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La Bibliothèque de Neferet

Ven 29 Juil 2016, 18:42
         
~ Première partie ~

Préface:
Bien le bonjour, lecteurs !
Comme vous avez pu le constater si vous savez lire, chose que j’espère, il s’agit de la première partie de l’histoire « La Bibliothèque de Neferet ». La raison est que le background et l’histoire de cette Bibliothèque ne peuvent pas être explorés totalement en un RP, c’est pas possible. C’est également une histoire d’une trop grande envergure pour Liesel actuellement. Les trois parties ne se suivent donc pas ! Enfin si, évidemment, mais pas à la suite. La partie deux surgira bien plus tard, de même pour l’éventuelle partie trois (si j’arrive pas à tout faire rentrer dans la deux (#OnVoitLOrganisation)). Bref, tout ça pour dire que je poste dans Histoire, alors que c’est un Entraînement, mais que la suite sera une Histoire, donc je veux pas séparer. Toute une histoire pour cet entraînement (lol).
Enjoy !

À peine réveillé, alors que la vie était belle et que les oiseaux chantaient à ma fenêtre, une alerte Sirius m’indiquait que j’avais du courrier. Il devait probablement s’agir de mon père, qui prenait de mes nouvelles. J’avais toujours été très proche de ma famille, et pas une fois depuis mon intégration je n’avais cherché à les joindre… Il possédait certes cette bague permettant de venir ici, mais je me doutais qu’il avait des raisons de ne pas l’utiliser pour l’instant.
Je me levai donc, somnolant encore, pour aller – toujours en pyjama – vers la boite aux lettres récupérer cette fameuse lettre. Je l’ouvris immédiatement, impatient d’avoir des nouvelles de ma famille, que j’espérais bonnes. Y repenser m’avait fait réaliser dans quel état je les avais quittés : ma mère portée disparue, mon père prêt à partir au combat… je craignais le pire.


Lettre - Eryck Engelwald

Mon cher fils,

Je t’écris aujourd’hui pour te signaler que tout va bien. À l’heure où tu recevras cette lettre, je serai probablement en train de voyager vers Iceberg. J’espère que la vie dans cette guilde te plaît et que tu ne te mets pas trop en danger surtout. Peu de personnes le savent, mais j’ai été mage de guilde autrefois, avant de rencontrer ta mère… Cläre est en vie, elle se trouve actuellement chez son frère, Osvald, chez qui tu passais souvent du temps quand tu étais enfant, te souviens-tu ? La résidence a également été totalement reconstruite en intégralité par Mr. Mugetsu. Cet homme a un grand cœur et toute sa tête, j’espère qu’il pourra t’apprendre à tirer le meilleur de toi-même. En attendant, ne fais pas de choses inconsidérées.
Si je t’écris, c’est aussi pour te signaler une chose que nous ne t’avons pas dite, avec ta mère. Lorsque nous avons découvert que tu possédais des aptitudes à manier le papier, nous avons pensé t’emmener, l’âge adéquat atteint, chez un maître avancé du papier, pour qu’il t’apprenne tous les secrets de ta magie. Ainsi dans les livres, nous avons trouvé la trace d’un certain Mivard Drosin. Peut-être est-il encore en vie, mais nous n’avons pas plus d’informations que son nom.
J’espère pouvoir te revoir dans les plus brefs délais. Si tu en as la possibilité, passe chez ton oncle Osvald, Cläre pensait y rester quelques jours pour ne pas avoir à retraverser le champ de bataille… ce que je m’apprête à faire. Enfin, ma magie d’illusions m’aidera à passer sans problèmes.


Avec tout l’amour d’un père,

Eryck Engelwald.






Lire les écrits de mon géniteur avait fait remonter de bons souvenirs en moi. C’était rassurant de savoir tout le monde sauf ! J’avais honte de ne pas m’être plus inquiété depuis mon départ, mais la vie à la guilde et les objectifs – qu’ils furent personnels ou collectifs – que je poursuivais prenaient réellement toute mon attention. Mais ça ne me laissait pas le droit de négliger ma famille pour autant ! Passer à Iceberg serait ma prochaine étape, mais seulement après avoir rencontré ce mage. Il me tardait de revoir oncle Osvald ! C’était un grand homme aux cheveux longs. Il n’utilisait que très peu la magie, mais était un archer hors pair. Il m’avait d’ailleurs appris, enfant, à tirer à l’arc de façon convenable. Avais-je encore des restes de ses leçons ? Peut-être qu’avec un peu d’entraînement, je pourrais réapprendre l’archerie pour l’utiliser au combat…

Liesel et son oncle Osvald:

Je réalisai à nouveau le parcours que j’avais fait jusqu’ici. Être au sein de la guilde n’allait m’apporter que du bien, pour sûr ! La lecture terminée, je remontai en courant dans ma chambre pour faire ma toilette et m’habiller. Il me tardait d’en savoir plus sur cet homme, Mivard Drosin. Je savais que la maîtrise du papier n’était pas la magie la plus répandue, mais qu’elle était loin d’être considérée comme rare pour autant. Si mes parents avaient trouvé cette personne dans un livre, c’était qu’elle avait le mérite d’y être citée.

Une fois prêt, je me rendis vers la salle Sirius, dans la Haute-Tour. S’il y avait un endroit sur terre où je pouvais trouver un homme rien qu’en donnant son nom, c’était bien ici.



J’entrai donc dans la pièce, très sombre, qui s’illumina à mon entrée. J’avais l’impression d’accéder à des lieux défendus et je savais les dangers que j’encourais si je ne suivais pas les consignes données dans les locaux de la Haute-Tour. C’était vertigineux, la façon dont cette guilde avait des ressources si puissantes… Je me demandais pourquoi elle ne l’exploitait pas pour mettre fin au Mal dans le monde. Mais j’avais à gagner dans cet énorme détour que nous étions, membres d’Aeternitas. Un piédestal s’éleva non loin de moi. Je m’y rendis immédiatement, légèrement confus et effrayé. Non pas que la pièce fût hostile, mais je savais qu’une bêtise pouvait me coûter la vie et bien plus encore, alors je devais être prudent.

Bienvenue dans mon domaine, Liesel. En quoi mon réseau illimité d’informations peut-il être utile ?

Heu… Oui… Je… Je cherche un homme, un certain Mivard Drosin. Je voudrais en savoir plus sur lui, ainsi que sa localisation approximative, s’il vous plaît.

Mivard Drosin est un mage de niveau avancé, maîtrisant la magie du papier. Il est âgé de 82 ans. Ancien membre de guilde officielle, il a démissionné lorsque celle-ci a fait faillite, pour s’atteler à la reconstruction de la Bibliothèque de Neferet, détruite lors de la guerre d’indépendance. Il vit désormais dans cette bibliothèque, dans la Cité Indépendante de Neferet, à Desierto.

Une guerre d’indépendance ? Dîtes-moi tout sur Neferet s’il vous plaît !

Neferet Hassan était un mage, politicien et diplomate reconnu à Desierto jusqu’en X-782, l’année de sa mort. Il fut le leader de la guerre d’indépendance qui dura trois ans, visant à donner à la cité son indépendance politique. La guerre se conclut par une victoire de sa part, trois jours avant son assassinat, donnant ainsi son nom à la ville. Cette cité-état est donc totalement libre d’accès aux étrangers. Cependant, bien que politiquement neutre, la Cité de Neferet reste étroitement liée au gouvernement de Desierto, puisque l’actuel Consul – Yrcer Faïz Eladrin – s’efforce d’entretenir des relations amicales, dans le cadre du conflit contre Bellum. Enfin, Mivard Drosin est l’un des trois mages qui aida à reconstruire intégralement la bibliothèque, qui recèle près de 5 millions de livres, faisant de cet endroit un point d’accès au savoir pour tous. Il est le seul des trois rénovateurs à vivre encore et est un personnage important de l’histoire de cette ville.

Je vois… Où se trouve cette cité ?

À l’est de Desierto, à 35,3 km de la mer. Il y fait à l’heure actuelle très exactement 42,1°C, mais le vent du sud apporte une rare fraîcheur maritime, rendant la chaleur supportable pour un être humain normalement constitué.

Merci ! Pouvez-vous prévenir maître Mugetsu de mon départ ? J’espère que cet homme pourra devenir mon mentor et m’aider à progresser… Je pars immédiatement rassembler quelques affaires !

Je partis donc vers ma chambre, remplir un sac d’affaires essentielles : de l’eau, principalement. Je ne partis pas non plus sans ma dague, que je rangeai dans son fourreau, à ma gauche. Je me retrouvai donc dans la salle des portails, effrayé de découvrir une nouvelle terre, désertique. Desierto… La chaleur de cet endroit allait probablement me tuer avant les dangers qui y rôdaient. Je fis un pas en avant puis me retrouvais sous le soleil.

Bwargh !

Un aboiement m’échappa quand je dû inhaler l’air brûlant du désert, j’en vins presque à m’étouffer, mais je pus rapidement retrouver ma respiration, qui était devenue bien désagréable. Je pouvais donc enfin découvrir la ville.


Je levai les yeux au ciel, mais ne m’attendis pas à ressentir cette merveilleuse sensation d’écrasement lorsque je vis, grande et flamboyante, la gigantesque statue de Neferet Hassan qui trônait au cœur de la ville, au-dessus de toute chose. Même en ayant connu Aeternitas, une ville de ce genre restait une découverte merveilleuse. Je m’aventurai à pas rapide dans les rues bondées de cette ville.

La Cité Indépendante de Neferet:

Le ciel n’était qu’un lointain souvenir quand, engouffré dans les ruelles ombragées remplies d’odeurs, de tapis, de mosaïques d’un peuple que je ne connaissais pas, j’admirais tant de choses inconnues. Mes sens n’arrivaient à saisir toutes les choses à découvrir, si bien que le sourire restait figé sur mes lèvres alors que je tourbillonnais comme un enfant. Un véritable choc des cultures… Mes souvenirs d’enfance d’Iceberg ne pouvaient pas rivaliser avec ça, impossible... La vue encore ancrée du bleu et du blanc de l’horizon venait de disparaître, brûlée par la nouveauté et la chaleur du désert. M’épuisant à alterner la marche, le trot et la course pour atteindre des points qui m’attiraient, comme une bille dans un océan, je m’émerveillais sur chaque chose que mon regard captait. Les marchands qui hurlaient leur promotions et la foule qui s’écoulait continuellement faisait office d’emphase à mon déplacement totalement confus et empli d’extase.


Mais je ne devais pas oublier les raisons de ma présence ici ! Je devais trouver Mivard Drosin. Je me rendis au magasin le plus proche, dont le regard du vendeur ne m’effrayait pas en tout cas, pour demander mon chemin.

B-Bonjour ! Je cherche la bibliothèque de Neferet, s’il vous plaît.

Sayakun mawdie tarhib ! Soyez le bienvenu ! La bibliothèque est fermée au grand public le mardi, mais j’ai de nombreux ouvrages à vous proposer si vous le souhaitez ! Ça ne coûtera que quelques joyaux, et je peux même vous faire un prix, rafiq !

Non merci, en fait je cherchais juste la bibliothèque...

Allons camarade, les grands hommes se forgent dans les lettres ! Vous savez quoi ? J’vois du talent en vous, mon ami. Ce livre, c’est pas n’importe quel livre !

A-Ah… Ah oui ?

C’est l’histoire que me lisant ma mère quand j’étais jeune ! Elle est chère à mes yeux… Vous verrez, c’est une aventure palpitante ! Achetez-le ! Vous savez quoi ? Comme vous êtes encore jeune et que c’est la première fois que je vous vois ici, je vous l’offre pour 2 000 joyaux !

I-Il y a méprise ! Je ne veux pas-…

Bien trop cher hein ? C’est ce que je me disais aussi. Bon, ça reste entre nous mais, approchez… — j’approchais mon oreille du marchand, qui me tenait pour cible — La concurrence est rude par ici. Le souk est un véritable champ de bataille où chacun défend son territoire. Si vous achetez ici, je vous ferais un rabais la prochaine fois ! Je n’oublie jamais un visage. — il se recula et se remit à crier — Je vous le fais à 3 000 joyaux ! Mais en bonus, je vous offre ce livre-ci ! Une autre aventure qui a bercé mon enfance !

3 000 Joyaux les deux… C’est abordable…

J’avais conscience de me faire totalement laver le cerveau, mais j’allais acheter ces bouquins pour une autre raison que l’histoire qu’ils contenaient. La bibliothèque de la guilde devait probablement déjà les posséder. Mais avoir du papier sur moi était une façon de me défendre en consommant beaucoup moins d’énergie qu’en créant moi-même le papier. Ces deux livres étaient donc comme un carquois de flèches, prêtes à être tirées. J’achetais donc les deux livres, que je feuilletais tout de même en me dirigeant vers une ruelle non loin. Mais je le refermai rapidement lorsque j’entendis trois voix s’adresser à moi de façon hostile. J’allais probablement être victime de racket… Je rangeais le livre dans le sac en fixant les trois adultes qui m’avaient encerclé. J’étais prêt à me défendre, malgré une certaine peur.

Les trois agresseurs:


E-Ecoutez, je n’aime pas me battre… Laissez-moi tranquille et… nous aurons tous la paix… Non ?

Tant qu’il y avait des gens comme ça sur terre, la quête d’Aeternitas restait inachevée.

Il semblerait que nous nous soyons trompés.

Tss. Ca a vraiment son importance !?

Bien sûr. N’oubliez pas notre mission.

Qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans !?

Toi ? Absolument rien. On s’est plantés, on rentre !

Nous recherchons un mage du papier, comme toi. Nous avions senti ton pouvoir et étions venu t’éliminer, mais tu n’es pas celui qu’on pensait. Va. Notre clémence possède ses limites.

Il sait quelque chose.

Bien joué, Khalis. Demandons-lui.

Dis-nous petit, t’as entendu parlé d’un mage de papier vivant ici ?

Chacun d’eux dégageait une forte aura magique, impossible d’engager le combat. Un seul passait encore, avec difficulté, mais trois, c’était trop dur pour moi… L’homme habillé en rouge s’appelait donc Khalis… Devais-je leur parler de Mivard Drosin ? Il avait l’air d’être important et révéler sa localisation pouvait être dangereux pour lui…

N-Non, je ne sais rien… Je viens ici pour du tourisme… J’ai même acheté deux livres…

Il ment.

Oh ? Voyez-vous cela, le petit nous prend pour des idiots.

L’homme à la toge verte se rapprocha de moi, colla presque son front sur le mien, pour m’intimider, ce qui était, je l’avoue, totalement réussi.

Tu sais quoi ? Khalis est un mage de feu brillant. Mais là où il excelle le plus, c’est pour lire les visages. Le moindre mouvement de sourcil que tu n’es même pas capable de ressentir, il le capte et l’interprète. Et ce qu’il vient de dire, ça veut dire que tu nous prends pour des idiots. Alors tu vas te mettre à table, sinon je t’égorge, makhati !

Du calme Iyàs ! Ça ne fonctionnera pas comme ça.

Ce Iyàs de recula donc de mon visage, retenant clairement une violence enfouie en lui. C’est alors que le dernier mage, vêtu de bleu, leva les deux mains. De petites gouttes d’eau s’élevèrent du sol pour m’entourer paisiblement. Mais ces gouttes étaient assurément une menace. Je ne savais pas vraiment que faire et je ne souhaitais pas trahir mon futur mentor. Je restais stoïque, tétanisé et frustré de ne pas avoir la possibilité de faire quoi que ce soit. L’eau et le feu… Mes deux plus grandes faiblesses. Le papier mouillé était totalement inutilisable et des cendres m’étaient inutiles. La seule chose que je pouvais faire pour espérer m’en sortir vivant, c’était de fuir d’ici.

Ne le touchez pas !

En entendant la voix retentir, le mage d’eau frappa des mains et chacune des gouttes d’eau explosèrent violemment d’un liquide qui sembla bouillant. Mais avant même que l’eau ne puisse m’atteindre, une volée de feuilles parcourra l’entièreté de la ruelle pour se retrouver trempées à ma place. Je n’avais pourtant rien fait !

Je vous somme de vous écarter !

Le vieil homme qui était au bout de la rue lâcha un livre, duquel surgit un serpent entièrement fait de papier qui fonça en direction des trois mages. Mais Iyàs réagit en invoquant des lames de vents pour décimer la créature. Soudain, d’autres feuilles virent m’entourer, virevoltant jusqu’à ne plus voir où je me trouvais. Le bruit de la ville diminuait alors que ma vision n’était constituée que de papier. Aussitôt, je me retrouvais dans une salle inconnue, à l’abri, aux côtés du vieil homme. La pièce était sombre, mais ne semblait pas menaçante. Il alluma la lumière, puis nous nous trouvâmes en réalité dans un couloir, dont le bout baignait dans la lumière.

O-Où suis-je ? Qui êtes-vous ? Vous n’êtes pas… Mivard Drosin ?


Mivard Drosin:

En personne. C’est un plaisir de rencontrer un apprenti du papier. Qui es-tu ?

Je… Je suis Liesel… Liesel Engelwald. J’utilise en effet le papier mais comment sav-…

Avec le temps, la maîtrise d’un pouvoir devient si aigüe que tu peux ressentir chaque feuille, vivre ce que le papier ressent, jusqu’à même parfois imaginer sur ton corps les sillons d’encre qui écorchent les livres dans la même douleur que celle qui te transperce. Le papier est vivant. Il y a eu une variation anormale dans la ville. Je l’ai perçue jusqu’ici.

Vous devez être extrêmement puissant !

Ohoh non, je ne le suis pas tant que ça. Je m’efforce simplement d’atteindre la plus grande précision dans ce domaine. Je suis incapable de me battre… Mais personne sur terre ne peut comprendre les livres mieux que moi. Je veux dire, au-delà du récit futile gravé dessus.

Je ne savais plus comment me tenir… J’étais en présence d’un grand homme. Son pouvoir dépassait toutes mes attentes. J’espérais qu’il pourrait m’enseigner, m’apprendre à devenir aussi fort… Mais si ses hommes étaient à sa recherche, il devait être en danger…

Ces hommes, qui étaient-ils ?

Oh, ne t’en fais pas pour ça. Ça fait des années qu’ils sont à ma recherche.

Et vous êtes resté ici ?

Exact. Nous sommes dans une bibliothèque, parbleu, les ressources à ma dispositions sont colossales, jamais ils ne pourraient me combattre ici. J’écraserais leurs éléments sans problème.

Le papier peut donc résister au feu et à l’eau !?

Ahaha, mais bien sûr ! Toute magie sur cette terre possède un moyen de contrer la pire de ses faiblesses et d’en tirer avantage. Quand je disais être le plus précis, j’entends par là que j’ai exploré la quasi-totalité des aspects de cette magie, du moins dans ce que mon niveau me permet d’atteindre. Je serais bien prétentieux de croire que je sais tout ce qu’il y a à savoir sur le papier. Je sais simplement tout ce que je pouvais apprendre dessus.

Cet homme… C’était indéniablement la personne qu’il me fallait. Je voulais qu’il devienne mon mentor, qu’il me transmette tout son savoir ! Pendant la discussion, nous nous étions avancés vers la salle principale de la bibliothèque, spacieuse et éclairée seulement de la lumière du jour. Le nombre de livre qui étaient présents dans cette pièce devait facilement atteindre celui que nous possédions à Bosco, je n’osais pas imaginer à quoi ressemblait le reste des couloirs !


Bibliothèque de Neferet:

Lorsque le vieil homme posa son sac sur son bureau qui était au fond de la pièce, il soupira longuement, me tournant le dos. Je ne savais pas vraiment comment formuler ma demande, ni si j’avais réellement ma place en ces lieux… mais je devais devenir plus fort, Mivard Drosin était ma seule solution.

Dis-moi... Liesel c’est ça ? Que faisais-tu en ville ?

Il ne se retourna pas vers moi, il se contentait de regarder par la fenêtre, comme s’il était en pleine réflexion et voulait en savoir plus pour alimenter cette méditation au sujet de la situation.

Je vous cherchais… J’espérais que vous auriez pu m’en apprendre plus sur la magie du papier.

C’est donc cela… Et tu n’as rien remarqué d’étrange ?

Pas de chose qui ait piqué ma curiosité, non…

Le vieil homme se tourna vers moi, arborant un visage sérieux. Il soupira longuement et se mit à marcher vers une porte qui se trouvait sous un escalier, à droite.

Suis-moi, je vais voir ce que je peux t’apprendre sur le papier.

Je constatai qu’il ne voulait pas m’en dire plus… En suivant le vieil homme, je me retrouvai dans une pièce qui semblait être un dortoir. Il m’indiqua que cette pièce était l’une des chambres à disposition du personnel, mais qu’elle était totalement vide depuis qu’il faisait le travail seul. Le maître m’offrit un lit, me disant de faire comme chez moi. Gêné, je tentai de décliner son offre, justifiant que je partirais prochainement. Il n’accepta cependant pas, disant qu’il n’avait pas vu de visage amical depuis trop longtemps pour me laisser partir ainsi.

Mon entraînement allait commencer demain, à la première heure. J’avais profité d’un moment de solitude pour faire mon rapport à Sirius, disant j’allais rester sur terre en peu plus que prévu.

Nous nous mîmes à table, sur son bureau, autour de boissons fraîches locales. Nous échangeâmes des discussions bateau, comme sur la bibliothèque ou ses voyages de jeunesse. Nous continuâmes notre discussion sur des sujets me concernant, comme mes origines. Je lui racontai donc mon enfance à Iceberg, mon adolescence à Bosco, ainsi que mon arrivée à la guilde, en prenant garde à ne pas trop en dire. Je précisai simplement que cette guilde possédait un très bon réseau d’informations qui m’avait permis de le trouver.

Je passai enfin la nuit dans cette bibliothèque, légèrement angoissé de me trouver dans ce dortoir, alors que tous les lits étaient vides. Trouver le sommeil avait cependant été facile, l’odeur des livres me mettait en confiance. Nous nous retrouvâmes que le lendemain matin, dans une salle vide, suffisamment grande pour y utiliser la magie.


Bien ! Liesel, quels sont les aspects du papier que tu maîtrises pour l’instant ?

Je n’irais pas jusqu’à dire « maîtriser », mais… je peux utiliser le papier comme lame, en rendant ses bords tranchants.

Parfait, c’est la base de l’offensive. Malheureusement, je n’ai pas grand-chose à t’apprendre sur ce sujet…

Il y a également rendre le papier beaucoup plus doux pour en faire du tissu, comme du bandage ou des vêtements, même si la forme des vêtements est difficile à cerner avec précision... je n’y arrive pas très bien, et ça reste désagréable à porter.

Je vois… Cet aspect est important pour la survie en milieu hostile. Mais tu ne sais pas rendre le papier solide, je constate ?

Exact. Je ne sais pas…

C’est ce qu’il y a de plus important dans la défense. Je vais te montrer.

Il fit sortir une unique feuille du tas de livres qui était à sa droite puis elle vint se placer face à moi, à quelques mètres, parfaitement droite.

Essaie d’abîmer cette feuille. Par tous les moyens dont tu disposes.

Considérant premièrement cette tâche comme aisée, je me rendis rapidement compte que les coups, la magie et même la dague n’y faisaient rien. La lame s’écrasait comme sur un mur en pierre. J’abandonnai, reculant et reprenant mon souffle. La suspension du papier cessa et la feuille chuta lentement sur le sol.

Comme tu peux le constater, c’est impossible. Enfin, bien évidemment que c’est possible, mais tu n’as pas la puissance requise. Les faiblesses du papier peuvent jouer contre cet aspect. L’eau ou le feu anéantiront ton bouclier en un instant.

Mais… Vous m’aviez pourtant dit qu’il était possible de lutter contre nos faiblesses…

C’est exact. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Une nouvelle feuille sortit de la pile de livre pour rester en lévitation face à moi. Maître Drosin m’ordonna de rendre cette feuille aussi résistante que possible. Ne sachant trop comment faire, j’essayais de visualiser les fibres du papier se resserrer et d’augmenter sa consistance afin de le rendre plus dense.

Mmh... Tu apprends vite, tu es doué. Voyons.

Il s’approcha pour examiner la feuille, avant de comparer sa dureté avec celle d’un morceau de carton. Alors que j’étais légèrement découragé par cette affirmation, il me motiva en disant qu’une fois la méthode parfaitement acquise, créer une feuille aussi dure qu’une plaque de titane deviendrait largement accessible, et que j’étais sur la bonne voie. Je recommençai donc plusieurs fois, suivant ses conseils, me fatiguant un peu plus à chaque tentative. Arrivé à un certain point, je constatais mon essoufflement alors que j’étais resté quasiment immobile tout ce temps…

Tu es vraiment doué ! Je constate dans ta façon de manier le papier que tu es très proche de lui… Le papier semble d’apprécier. Tu as du talent, tu feras certainement un mage très compétent.

M’apprécier ? Dites… Vous êtes sûr que…

Le papier est vivant. Manier le papier, c’est leur demander d’agir pour toi. Traite-le bien, il te le rendra.

V-Vraiment..?

Sa théorie me semblait vraiment farfelue. Mais qu’est-ce que ça coûtait d’essayer ?

Parle-lui. Lorsque tu souhaites qu’il agisse, parle-lui. Beaucoup ordonnent à leur magie d’agir, car un grand nombre de magie n’agissent pas sur les êtres vivants. Mais le papier est vivant. Il n’agira que s’il t’apprécie. Ne lui ordonne pas, demande lui.

Je croyais surtout qu’il délirait… En quoi une feuille de papier pouvait être vivante ? Et puis si demander ou ordonner avait un impact, ma magie pouvait-elle me désobéir !? Il me répondit que non, la magie leur imposait l’action, mais entretenir un rapport positif avec eux améliorerait mes capacités… Combien de temps avait-il dû rester seul pour penser ainsi ? J’essayai tout de même. Peut-être que, dans un coin de mon esprit, je le croyais un peu… J’allais jouer le jeu. Je pensais donc fortement, en tentant de condenser la feuille face à moi, de lui proposer de faire cela, si elle le souhaitait, afin que je puisse devenir plus fort.

Si tu veux saisir tous les aspects du papier, laisse-le saisir tous les aspects de ta personne.

Je demandai à nouveau, afin que je puisse me défendre contre les forces du mal et lutter contre elle, pour établir une ère de paix dans le monde. Je fermais les yeux intensément, concentré, ne pouvant penser qu’à mon monologue avec cette feuille. Mais suite à un long silence, une sensation étrange m’envahit, l’espace d’un très court instant, intense. Toute ma concentration se dissipa, alors que mon cœur s’était mis à battre plus vite. La feuille retomba sur le sol lourdement et fit un grand bruit. J’avais réussi ! Ça avait marché ! Non, assurément non, c’était grâce à mes efforts.

Bravo ! Ça c’est du talent !

M-Merci..?

Je demandai à Sirius si cet homme ne délirait pas…

Sirius, est-ce que c’est vrai, le papier est vivant comme le dit cet homme ?

Non, rassure-toi, il a juste un grain. Mais l’une des façons de canaliser la magie pour les êtres humains est d’implorer celle-ci d’agir, comme si le lanceur était passif. C’est souvent la méthode qu’utilisent les débutants et les gens n’ayant pas confiance en leur pouvoir. Mais j’avoue qu’il l’utilise de façon plutôt brillante, même s’il lui manque quelques cases…

Je vois, merci…


Si ça aidait vraiment, alors penser ainsi pouvait être un atout pour cerner mes pouvoirs jusqu’à les maîtriser réellement. Mais j’avais confiance en eux, depuis tout bébé j’avais une résonnance avec le papier, lors de crises ou de caprices, les feuilles tremblotaient autour de moi, ça fascinait mes parents. Je partis pour me reposer une heure ou deux, même si je perdis un grand moment à continuer plus calmement l’entraînement dans mon lit, l’un des livres que j’avais acheté sur le drap, à manipuler les feuilles. J’essayais de rendre plus solide une, puis plusieurs pages, puis enfin tout le livre, ce qui s’avéra en fait bien moins difficile que ce que je pensais. Là où j’allais consommer beaucoup d’énergie, c’était en créant des feuilles solides… Les feuilles que j’arrivais à créer étaient aussi solides qu’une planche de bois, ce qui était suffisant pour l’instant ; un coup violent pouvait tout de même percer ma défense, je n’aurais qu’à esquiver.

Maître Drosin me réveilla vers onze heures et à cette heure-ci, la bibliothèque était ouverte. Il y avait donc de nombreuses personnes, silencieuses, qui lisaient ou cherchaient les livres dont ils avaient besoin. Je sortis donc des dortoirs pour rejoindre la salle où nous étions plus tôt. Nous allions commencer un nouvel apprentissage. Visualiser des formes afin de les recréer. C’était là l’intérêt d’une magie de création.

Bon… Sais-tu comment faire ?

J’ai jamais vraiment essayé, mis à part des oiseaux en origamis. Je vais vous montrer !

Depuis la pile de livres à côté de moi sortirent une dizaine de feuilles qui se transformèrent toutes en oiseaux, virevoltant dans la pièce. Revoir ces créatures n’était pas sans me rappeler Yolagaar, l’oiseau flamboyant qui accompagnait Ysaline. Il fallait que je la revoie un de ces jours !

Bien, même très bien ! Tu es doué ma parole…

La guilde dont je vous ai parlé ne recrute que les mages recélant un grand potentiel…

Je vois. Mais ne te repose pas sur tes facilités ! Parfois, améliorer ce que l’on sait faire est plus difficile qu’apprendre. Tu as encore un long chemin à parcourir.

J-J’en ai conscience, je ne prends pas la grosse tête !

Bien. Revenons à nos moutons… Tu dois visualiser un objet et le matérialiser, en papier.

En me concentrant autant qu’il m’était possible, j’essayai de fabriquer un vase sur le sol, devant moi.

Jusque-là tout semble bien, mais regarde…

Il tendit le bras en avant et l’objet se plia en deux, comme s’il s’agissait d’une poterie encore fraîche. La chose que je venais de construire n’avait pas réussi à prendre les propriétés de l’objet voulu. Je devais faire mieux. Maintenant que j’avais acquis les trois aspects les plus utiles, je pouvais créer tout ce qui me passait par la tête. Je recommençai donc, agitant mes mains pour créer un vase face à moi. Mais cette fois-ci, j’avais durci les feuilles trop tôt, rendant l’objet difforme et incohérent, des polygones dépassaient de la structure en intérieur et en extérieur, c’était raté… À chaque poterie créée, j’adaptais ma méthode en fonction de mes échecs, jusqu’à réussir à faire un vase parfait. Le Maître me félicita, puis retourna voir dans la salle principale pour voir si personne n’avait besoin de lui. Etant seul à nouveau, je décidai de tenter quelque chose…

Je m’assis au sol et tentai de créer plusieurs objets à la fois. Assis en tailleur, les yeux fermés, j’écartais les bras. Je sentis les frottements du papier contre l’air arriver jusque dans mes oreilles, alors que je pouvais situer avec précision l’emplacement de chaque feuille que j’avais sous mon contrôle. À ma droite, un premier tas forma un vase long et affiné, bombé vers le centre, qui resta en lévitation alors qu’à ma gauche, un autre se forma, rond, aplati aux deux extrémités. La fatigue commençait à venir… Face à moi, je tentai de former une troisième poterie, anguleuse cette fois-ci. Je réussis à maintenir les trois vases quelques instants, alors qu’ils drainaient mon énergie. Lorsque ma limite fut atteinte, je relâchai toute ma concentration, me soulageant de mes maux de tête. Les vases se désagrégèrent et tombèrent au sol. Le maître était entré et restait perplexe quant à ce qu’il venait de voir.

Je t’ai sous-estimé. En revanche, ta réserve d’énergie semble assez faible…

Oui, j’ai eu l’occasion de le remarquer, moi aussi…

Tu t’en sors très bien, Liesel. Cependant, je ne t’ai appris que les compétences les plus basiques. Peut-être devrions-nous les mettre en pratique dans l’après-midi ? Je n’aurais qu’à fermer la bibliothèque, après-tout, j’ai toujours rêvé d’apprendre la magie à quelqu’un.

Treize heures sonnèrent, alors que nous avions déjà mangé et que les bâtiments étaient redevenus déserts. Nous nous plaçâmes tous les deux dans la salle principale. Maître Drosin me conseilla d’utiliser tout le papier qui était à ma disposition, ça ne lui prendrait qu’un instant pour tout ranger. J’avais donc une énorme réserve de ressources. Il s’agissait d’un combat en situation réelle. Je devais essayer de le tuer et il devait faire de même. Je devais mettre à profit les défenses que j’avais apprises, mais j’espérais pouvoir me servir de mes défenses comme d’une attaque. Il n’y avait plus aucune bruit, il me laissait faire la première action, à moi de décider comment débuter le combat.


En partant en courant sur la droite, ma dague en main, je fis partir des murs plusieurs feuilles coupantes, afin de tester sa réactivité et exploiter d’éventuelles failles. Lorsqu’elle arrivèrent à son niveau, les feuilles perdirent toutes leurs propriétés et tombèrent au sol.

Sois toujours prudent, lorsque tu affrontes un mage, il se servira toujours de tes attaques.

L’attaquer à distance était donc impossible, comme je l’avais imaginé. Alors que je continuais vers sa droite, en cercle, sans m’approcher, je décidais de foncer vers lui le plus vite possible, en lançant avec moi quatre feuilles, qui se plantèrent instantanément sur un mur qui venait de s’élever face à moi. Les quatre feuilles, rendues solides, me servirent d’escalier afin de passer au-dessus du mur, me laissant plus haut que le maître, à encore quelques mètres. En me jetant en arrière, je me retrouvai toujours en hauteur, sur les étages de la pièce. Il continuait à me suivre du regard. Je m’arrêtai, pour le fixer en réfléchissant, restant prudent.

J’étais extrêmement déterminé et impatient de mettre en pratique la tactique que je venais de mettre au point. Alors qu’il lança à ma poursuite quatre shurikens, je sautai pour poser mon pied sur un livre que j’avais sorti de l’étagère à distance, qui restait flottant. Prenant appui sur celui-ci, j’en fis sortir un deuxième, plus loin, afin d’utiliser une nouvelle plateforme. Un troisième livre sortit plus haut, sur lequel je m’accrochais avec mes mains, pieds pendant. Les shurikens tranchèrent les deux plateformes volantes que j’avais utilisées.

Au moment où je manquais de tomber, je commandai à deux autres livres de venir se caler sous mes pieds, afin de maintenir ma position. Debout sur ces deux bouquins en lévitation, je pris dans les mains le troisième et l’ouvris calmement, afin de regarder son titre.

La Rapace Sauvage, mmh ? Quel titre parfait !

Au même moment, je sautai en avant en jetant le livre avec moi, tenant les deux autres. Il explosa en plusieurs centaines de feuilles, qui s’agrégèrent pour former une forme volatile qui plana jusqu’à me trouver au-dessus du Maître. Détruisant instantanément l’oiseau pour tomber sur lui, je brandis ma dague en avant pour l’attaquer par le ciel. Mais les restes de ma construction se réunirent juste sur sa tête, m’empêchant de passer. Reprenant l’équilibre dans les airs, j’utilisai le bouclier pour rebondir sur le côté. Pendant ma chute, je lançai à nouveau d’autres feuilles vers l’avant, qu’il para en formant des petits murs flottant. Mais il ne fit pas attention au second livre que j’avais jeté durant ma chute, derrière lui, qui lança sous mes ordres plusieurs feuilles coupantes vers lui également, qu’il ne put parer qu’au dernier moment, dans un sursaut. Epuisé, je m’écroulai au sol, vidé de mon énergie…


Intéressant… Où as-tu appris à combattre ?

Je balbutiai une réponse à travers mon halètement, la rendant peu compréhensible.

Ma mère est escrimeuse… j’aime depuis tout petit… prendre de la hauteur — je respirai un grand coup pour prendre mieux la parole, en me relevant avec difficulté — quand j’étais petit, j’escaladais la tour où nous vivions, ça rendait fou mon père. J’avais toujours rêvé de pouvoir m’envoler depuis le sommet jusqu’à la forêt… C’est ce que j’ai fait.

Je vois…

Soudain, toutes les feuilles au sol tourbillonnèrent autour du Maître. Subitement, elles allèrent toutes à leur emplacement d’origine, laissant la salle propre, comme s’il n’y avait eu aucun combat. Le maître me félicita, mais je lui indiquai que je devais partir. J’étais épuisé, et il me tardait de retrouver ma chambre à la guilde. Je m’y sentais vraiment bien, quoiqu’un peu seul… Peut-être devrais-je songer à adopter un animal de compagnie ? Je repris mes affaires dans ma chambre, les deux livres que j’avais achetés plus tôt. Puis en repassant dans la salle principale, Mivard me demanda de m’approcher.

Puisque tu t’en vas si vite, laisse-moi t’offrir ceci.

Il me tendit un livre étrange, qui semblait scellé par la magie.

Le présent de Maître Drosin:

La lacryma au centre ne s’ouvrira que si tu es mage du papier. Enfin, le verrou est loin d’être le plus sûr du monde, c’était surtout pour qu’on ne me le prenne pas facilement… Il est à toi.

Je le remerciai sincèrement, pour le livre et pour l’enseignement. J’espérais le revoir prochainement. Je tournais les talons pour sortir, lorsqu’il m’interpella de nouveau.

Liesel… Tu es vraiment sûr… de n’avoir rien remarqué de bizarre ou d’incohérent, en ville ?

Non, désolé… Pourquoi… j’aurais dû ?

Non ! Non, personne ne le remarque… À très bientôt ! Je ne bougerai pas d’ici !

D’accord… Merci encore pour tout ce que vous avez fait !

Si je tiens cette bibliothèque, c’est pour transmettre mon savoir aux gens. Je n’ai fait rien de plus que mon métier. Et j’ai encore du travail avec toi.

Il me salua en souriant, puis je sortis. Dehors, je m’isolai dans une ruelle pour me téléporter à la guilde. Je demandai à Sirius d’informer le maître de mon retour en me rendant vers ma chambre. Une bonne douche me ferait du bien ! Après celle-ci, je regardais le présent de Mivard, le livre. Assis sur mon lit, je ne pouvais cesser de fixer la lacryma au centre, attiré par elle. La caressant du doigt, elle s’illumina et le verrou se débloqua. Curieux, j’ouvris la couverture puis lus à haute voir le contenu de la première page.

« Lire ou Mourir, par Mivard Drosin. Exemplaire unique. »

Exprimant un large sourire de fierté et de joie, je me rassis plus confortablement pour lire à voix basse la préface…

« Adresse au lecteur, par Mivard Drosin. À l’homme ou la femme qui ouvrira ce livre, je souhaite que vous sachiez que s’il est à vous, c’est que vous avez gagné mon estime (ou que vous l’avez volé et forcé la serrure, chenapan !). J’ignore encore qui dans ma vie est assez digne à mes yeux pour le recevoir, mais peut-être qu’un jour, ce journal servira à quelqu’un. Quoiqu’il en soit, si vous êtes en sa possession, j’espère de tout cœur qu’il puisse vous être utile, d’une quelconque manière. Il s’agit d’un recueil de mes aventures, de mes expériences, de mes explorations du monde et de la magie. Puisse-t-il vous transmettre la sagesse qui est la mienne. »

Je soupirais, ne pouvant réprimer un plus grand sourire et même un gloussement de gêne. Je me sentais honoré qu’il m’ait donné un objet qui lui était cher… je me promis d’en faire bon usage. Il serait le grimoire de magie que j’allais utiliser pour devenir plus fort. Avec cette force, je pourrais enfin accomplir nos objectifs !



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Lun 01 Aoû 2016, 16:21
         
Somptueux. S+.



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Lun 01 Aoû 2016, 17:27
         
Voici le compte-rendu détaillé de la correction :

- voilà donc le début d'une histoire, ce qui te donne 250 points !

- le rang S+ te permet d'obtenir 500 points supplémentaires.

- il y avait un total de 339 lignes, soit 3 390 points de base.

- toujours quelques fautes de syntaxes ("Ce Iyas" par exemple. "Cet" serait plus correct), mais rien de grave !

- parfaitement cohérent. 100 points.

- j'aime beaucoup l'aspect "vieil ermite gaga, mais pas tant que ça" de Mivard Drosin, et puis le background derrière Neferet, tout ceci vaut bien les 50 points d'originalité.

- au niveau "historique", j'aime beaucoup. Mais beaucoup, m'voyez ? 500 points.

- rien de particulier à ajouter quant au rendu, 100 points.

- on remarque parfois de petits sarcasmes bien sentis, disons 75 points !

- une rédaction qui, même si elle ne relève pas de la perfection, est très soignée. 200 points, amplement mérités.


TOTAL : 5 165 points !



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Jeu 06 Avr 2017, 19:51
         

La Bibliothèque de Neferet

~ Récapitulatif des événements ~



Voici un petit the story so far à la manière des séries, avec les scènes coupées et montées, avec la musique qui fait genre, qui devrait vous aider à resituer le contexte autour de Mivard Drosin et de Neferet sans avoir à relire le texte précédent. La suite devrait pas tarder :)


« Je cherche un homme, un certain Mivard Drosin. Je voudrais en savoir plus sur lui, ainsi que sa localisation approximative, s’il vous plaît.
— Mivard Drosin est un mage de niveau avancé, maîtrisant la magie du papier. Il est âgé de 82 ans. Ancien membre de guilde officielle, il a démissionné lorsque celle-ci a fait faillite, pour s’atteler à la reconstruction de la Bibliothèque de Neferet, détruite lors de la guerre d’indépendance. Il vit désormais dans cette bibliothèque, dans la Cité Indépendante de Neferet, à Desierto.
— Une guerre d’indépendance ? Dîtes-moi tout sur Neferet s’il vous plaît !
— Neferet Hassan était un mage, politicien et diplomate reconnu à Desierto jusqu’en X-782, l’année de sa mort. Il fut le leader de la guerre d’indépendance qui dura trois ans, visant à donner à la cité son indépendance politique. La guerre se conclut par une victoire de sa part, trois jours avant son assassinat, donnant ainsi son nom à la ville. Cette cité-état est donc totalement libre d’accès aux étrangers. Cependant, bien que politiquement neutre, la Cité de Neferet reste étroitement liée au gouvernement de Desierto, puisque l’actuel Consul – Yrcer Faïz Eladrin – s’efforce d’entretenir des relations amicales, dans le cadre du conflit contre Bellum. Enfin, Mivard Drosin est l’un des trois mages qui aida à reconstruire intégralement la bibliothèque, qui recèle près de 5 millions de livres, faisant de cet endroit un point d’accès au savoir pour tous. Il est le seul des trois rénovateurs à vivre encore et est un personnage important de l’histoire de cette ville.
— Je vois… Où se trouve cette cité ?
— À l’est de Desierto, à 35,3 km de la mer. Il y fait à l’heure actuelle très exactement 42,1°C, mais le vent du sud apporte une rare fraîcheur maritime, rendant la chaleur supportable pour un être humain normalement constitué. »

La Cité Indépendante de Neferet:

« Nous recherchons un mage du papier, comme toi. Nous avions senti ton pouvoir et étions venu t’éliminer, mais tu n’es pas celui qu’on pensait. Va. Notre clémence possède ses limites.
— Il sait quelque chose.
— Bien joué, Khalis. Demandons-lui.
— Dis-nous petit, t’as entendu parler d’un mage de papier vivant ici ? »

Chacun d’eux dégageait une forte aura magique, impossible d’engager le combat. Un seul passait encore, avec difficulté, mais trois, c’était trop dur pour moi… L’homme habillé en rouge s’appelait donc Khalis…

« Tu sais quoi ? Khalis est un mage de feu brillant. Mais là où il excelle le plus, c’est pour lire les visages. Le moindre mouvement de sourcil que tu n’es même pas capable de ressentir, il le capte et l’interprète. Et ce qu’il vient de dire, ça veut dire que tu nous prends pour des idiots. Alors tu vas te mettre à table, sinon je t’égorge, makhati ! »

Les trois agresseurs:

« C’est un plaisir de rencontrer un apprenti du papier. Qui es-tu ?
— Je… Je suis Liesel… Liesel Engelwald. J’utilise en effet le papier mais comment sav-…
— Avec le temps, la maîtrise d’un pouvoir devient si aigüe que tu peux ressentir chaque feuille, vivre ce que le papier ressent, jusqu’à même parfois imaginer sur ton corps les sillons d’encre qui écorchent les livres  dans la même douleur que celle qui te transperce. Le papier est vivant. Il y a eu une variation anormale dans la ville. Je l’ai perçue jusqu’ici.
— Ces hommes, qui étaient-ils ?
— Oh, ne t’en fais pas pour ça. Ça fait des années qu’ils sont à ma recherche. »

Lorsque le vieil homme posa son sac sur son bureau qui était au fond de la pièce, il soupira longuement, me tournant le dos. Je ne savais pas vraiment comment formuler ma demande, ni si j’avais réellement ma place en ces lieux… mais je devais devenir plus fort, Mivard Drosin était ma seule solution.

« Dis-moi... Liesel, c’est ça ? Que faisais-tu en ville ? »

Il ne se retourna pas vers moi, il se contentait de regarder par la fenêtre, comme s’il était en pleine réflexion et voulait en savoir plus pour alimenter cette méditation au sujet de la situation.

« Je vous cherchais… J’espérais que vous auriez pu m’en apprendre plus sur la magie du papier.
— C’est donc cela… Et tu n’as rien remarqué d’étrange ?
Pas de chose qui ait piqué ma curiosité, non… »

Le vieil homme se tourna vers moi, arborant un visage sérieux. Il soupira longuement et se mit à marcher vers une porte qui se trouvait sous un escalier, à droite.

« Suis-moi, je vais voir ce que je peux t’apprendre sur le papier. »

La Bibliothèque de Neferet:

« Liesel… Tu es vraiment sûr… de n’avoir rien remarqué de bizarre ou d’incohérent, en ville ?
— Non, désolé… Pourquoi… j’aurais dû ?
— Non ! Non, personne ne le remarque… À très bientôt ! Je ne bougerai pas d’ici !
— D’accord… Merci encore pour tout ce que vous avez fait !
— Si je tiens cette bibliothèque, c’est pour transmettre mon savoir aux gens. Je n’ai fait rien de plus que mon métier. Et j’ai encore du travail avec toi. »

Il me salua en souriant, puis je sortis.


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Jeu 06 Avr 2017, 21:55
         

La Bibliothèque de Neferet

~ Deuxième Partie ~



Disclaimer:
Malgré mon inactivité certaine, je tiens à rappeler que ce texte s’inscrit dans l’arc Evlogiméni Mageía, qui se déroule sur un peu plus de deux semaines. Les textes se suivent de peu, ces événements se passent donc juste après le focus sur Irina et ce qui a suivi. C’est-à-dire il y a 3-4 mois IRL. Cependant, ce texte suivra d’avantage le premier épisode de La Bibliothèque de Neferet, dont vous avez un rapide résumé juste au-dessus.
Bonne lecture ! :)


La lettre qui était posée sur mon bureau était donc arrivée ici sans l’aide de Sirius. Je pensai au journal, Lire ou Mourir que Mivard Drosin m’avait offert… peut-être avait-il localisé Ourobors et envoyé la lettre grâce à cela ? Ça m’étonnerait qu’il ait perçu ma magie à travers plusieurs pays, tout de même.

Je pris la lettre entre mes mains et fus immédiatement marqué par le papier utilisé. Une telle qualité dépassait tout ce qui m’avait été donné de rencontrer jusqu’à présent. C’était assurément une lettre importante, dont l’origine était clairement magique. L’enveloppe attira mon attention plus ardemment. Mivard Drosin était un mage très talentueux et je n’avais pas eu l’occasion d’observer son travail au peigne fin. En passant mon doigt sur l’enveloppe, je constatai que sa constitution était des plus équilibrées, les fibres utilisées pour ce papier étaient uniques, ce n’était pas du recyclage de la poussière, mixée à quelques Aeternanos, ni du bois de mauvaise qualité. La lettre, pourtant, ne dégageait aucune énergie, tant mieux, car elle n’aurait sûrement pas pu passer la barrière d’Ouroboros, autrement. J’effleurai une nouvelle fois la languette, qui ne tenait par aucune colle, profitant de la douceur qu’offrait le matériau.

La lettre flotta face à moi, puis s’ouvrit, faisant sortir une page d’une qualité tout aussi élevée. Je dépliai la feuille, qui ne recelait aucune marque de pliure, comme si elle n’avait jamais été tordue. J’eus un sourire d’admiration face à un tel travail. Les autres ne pouvaient certainement pas comprendre, mais en tant que mage du papier, j’étais ébloui par un travail si précis. Les mots écrits sur la lettre résonnèrent dans mon esprit avec la voix de mon mentor.


Cher Liesel,

J’espère que tu progresses sur la magie du papier et que tes connaissances évoluent du mieux qu’elles peuvent. Tu as beaucoup de talent, il faut que tu apprennes à l’exploiter, tu feras un bien meilleur mage que moi.

Mais cette lettre n’est pas un éloge. Si tu reçois ceci, c’est parce que tu fais partie du cercle très restreint des personnes en qui j’ai encore confiance en ce monde. Permets-moi de faire appel à ta mémoire en t’évoquant notre première rencontre : trois individus t’importunaient. Il se trouve que, comme tu le sais, ils étaient à ma recherche. Les éléments sont désormais réunis et je peux affirmer qu’ils ne tarderont pas à s’en prendre à moi.

Je trouve cela fort déplacé de ma part de te demander de l’aide, mais tu es le seul, avec Alicia, en qui je peux placer ma confiance pour les événements à venir, qui seront probablement les derniers que je vivrai. Ne t’en fais pas, tu sauras toute la vérité sur Mivard Drosin et sur Neferet Hassan. Je ne veux pas emporter ces secrets dans ma tombe, ils doivent être révélés au monde et c’est vous deux que j’ai choisi pour en faire part.

Pourrais-tu prendre en considération les dernières volontés d’un vieil homme et te rendre à la bibliothèque le plus tôt possible ? J’espère simplement avoir quelques jours devant moi avant que la suite d’événements ne se produise et que ce ne sera pas trop tard. Dans le cas contraire, sache que je te souhaite un avenir des plus radieux et une maîtrise de la magie la plus parfaite.

Avec l’expression de ma plus sincère affection,

Ton mentor.

Le message me laissa un moment sans réaction, abruti. Ce ne fut qu’après quelques secondes que je fronçai les sourcils, inquiet. J’avais pu constater la puissance de cet homme : sa magie résistait au feu et à l’eau, il avait créé un serpent de papier… J’étais incapable de faire tout cela, pourquoi voulait-il de mon aide ? L’espace d’un court instant, je doutai de la fiabilité de cette lettre, mais fus raisonné par la qualité du papier qui était inimitable. Je pris une grande inspiration puis m’affalai sur mon lit, pensif. Il était probablement en danger. Même sans avoir sa puissance, j’avais une agilité certaine que je pouvais exploiter. Elle n’avait pas suffi à sauver Xylia… mais cette fois-ci, je pourrais faire quelque chose. Ces trois hommes… Iyàs, Khalis et je ne connaissais pas le nom du dernier… la première fois, nos niveaux respectifs se valaient plus ou moins. Ils avaient dû progresser, mais moi aussi… cette fois-ci, je savais me battre. Je me questionnai également sur Alicia. Elle devait être une amie du professeur. J’allais pouvoir la rencontrer et nous aurions probablement à combattre ensemble. Je n’allais pas tarder à les retrouver, de toutes façons.

Je me relevai d’une impulsion, pris mes affaires que j’avais tout juste posées puis partis en direction de Desierto. J’avais hésité sur le fait de prendre ou non le grimoire d’Irina, mais décidai tout de même de partir avec. Peut-être Mivard pourrait me renseigner sur son utilisation.

En quelques minutes, j’atterris à Desierto. Sirius avait prévenu le maître, et m’avait en passant fait remarquer mes absences très fréquentes, ces derniers jours. Il n’avait pas tort, entre Ysaline, Irina et Mivard, ma dernière interaction au sein de la guilde remontait à plus d’une semaine, quand j’étais revenu de ma mission. Mais là, il s’agissait de la vie d’un grand mage, je ne pouvais pas laisser tomber cela. Mivard avait parlé de Neferet Hassan dans sa lettre… Se connaissaient-ils ? Probable… Sirius m’avait dit qu’il avait reconstruit la bibliothèque après la rébellion, peut-être avait-il participé à cette guerre ? Oui, Mivard était important dans de l’histoire de cette ville… Je réalisai l’ampleur de cette missive : bien plus que le sort d’un ami, c’était l’histoire de toute une ville et peut-être même d’un pays, que je jouais. Une légère nostalgie flotta en moi quand je posai le pied à Neferet, toujours écrasé par la chaleur ardente du début d’après-midi. Pourtant, quelque chose était différent depuis ma dernière venue.



Trouver la bibliothèque fut aisé. La fois dernière, il m’avait téléporté à l’intérieur, j’avais dû demander mon chemin à plusieurs reprises. Les citoyens de cette ville ne semblaient pas réticents face aux étrangers. Les gens venaient de partout : c’était un tout petit paradis fiscal, à l’échelle d’une ville, qui jouait de l’importation et de l’exportation, grâce à ses contacts avec Desierto, et jouissait de l’attraction de sa bibliothèque ; de la vallée des arches, grand terrain de chasse, des ruines touristiques à l’est… J’avais eu beaucoup de mal à me débarrasser de cet homme très bavard qui m’avait raconté tout cela, alors que je n’avais fait que lui demander mon chemin… Toujours était-il que j’étais désormais dans le hall de la bibliothèque. Je l’avais déjà traversé pour sortir, lors de ma première venue. Je trouvais étrange d’avoir découvert ce hall uniquement pour en sortir, mais soit.

J’arrivai à hauteur de la salle principale, qui n’était pas sans rappeler notre premier entraînement. Les grandes fenêtres éclairaient chacun des livres d’une lumière à la fois dorée et bleutée. Le ciel était si clair que le soleil se teintait de son azur. S’il y avait bien une chose que l’on voyait rarement à Iceberg, c’était le jaune du soleil illuminer les bâtiments de la sorte.

Mon mentor se tenait devant une étagère, sur l’un des étages. Je slalomai entre les hommes ou étudiants présents dans la salle, sans faire de bruit, afin de l’atteindre.


« Hum hum… Heu… Bonjour, maître, murmurai-je.
— Oh ! Liesel ! Viens, viens, viens, allons discuter dans un endroit plus adéquat ! » s’exclama-t-il sans prêter attention aux occupants de la pièce qui ne soucièrent pas plus de lui.

Il me guida jusqu’à une toute petite pièce où tenait une bonne centaine de notes écrites à l’arrache, de parchemins et de livres ouverts à n’importe quelle page. Il m’invita à m’asseoir sur une vulgaire chaise de papier, qui paraissait plus solide que le plancher en bois qui détonnait avec le reste du sol de la bibliothèque. Derrière le bureau, je pus remarquer une silhouette blonde remuer des potions devant une lampe, comme pour en sonder le contenu rien qu’à la vue. Cela ne me surprit pas de constater que Mivard m’explique les raisons de ce plancher miteux avant de me présenter.

« À l’origine, commença-t-il, c’était une très haute pièce où l’on ensevelissait les prisonniers, mais je l’ai coupée en deux pour en faire un bureau et ma chambre. »

Légèrement perturbant.

« Qu’est-ce qui t’amène, Liesel ? J’imagine que ce n’est pas une visite de courtoisie. Tu souhaites recevoir mes enseignements ? Mes livres avaient hâte de te revoir, ils t’aiment beaucoup.
— À vrai dire… Je viens pour votre lettre.
— Quelle lettre !? sursauta-t-il. Ah, oui ! Mais je l’ai envoyée ce matin à peine, comment as-tu pu venir si vite ? Toute cette affaire m’était sortie de la tête. J’espère que la qualité du papier t’a plu.
— C’était magnifique, dis-je en souriant, pensant que n’importe qui trouverait ce sujet très bizarre. Et donc, cette fille, je suppose que c’est… »

La jeune fille se retourna et dévoila de grands yeux marron et une robe très légère dans des tons verts. On notait sur son visage une candeur certaine, qui faisait son charme, devais-je admettre. Une couronne de fleurs ornait son crâne et le souvenir de Xylia revint en moi l’espace d’un instant, avant que celle que je supposais être Alicia prenne la parole.

« Tu dois être Liesel, enchantée, je suis Alicia Meyrande. Ravie de faire enfin ta connaissance.
— De même, répondis-je avec joie.
— C’est une sensation fort agréable de vous voir tous les deux dans la même pièce, lança Mivard à travers un sourire triste. Mes deux amis… »

Alicia Meyrande:

Elle s’avança vers moi et tendit la main, que je serrai vigoureusement, impatient de savoir quels seraient nos objectifs et pourquoi Mivard nous avait réunis tous les deux.

« Maître, j’ai terminé les potions que vous avez demandées. J’espère qu’elles nous seront utiles, il m’a fallu plus de six mois pour réunir tous les ingrédients…
— Oui, ne t’inquiète pas Alicia, j’ai un plan bien précis en tête, j’attendais Liesel pour vous en faire part à tous les deux. »


Il y eut un blanc, puis une étrange sensation. Toute la bibliothèque sembla frémir, comme si chaque feuille tremblait d’un événement qu’elles craignaient. C’était une impression très perturbante, comme si chaque livre était parcouru d’un frisson de peur. Je regardai tout à coup mon mentor avec gravité. Il était inconsciemment l’auteur de cette ambiance de terreur qui semblait peser sur Alicia également.

« Dites-nous tout… Que se passe-t-il ?
— Liesel… Nous allons mourir.
— C-Comment ça ?
— Ma bibliothèque périra dans les flammes de Khalis, Alicia tombera sous le joug de Nazir et Liesel mourra sous la main d’Iyàs.
— P-Pourquoi ?
— Hein ? Bah c’est le plan.
— Attendez… Quand on fait un plan, on prévoit de gagner…
— Nous sommes trois contre une armée, contre une nation entière.
— Expliquez-nous monsieur Drosin ! »

Il ferma les yeux un long moment, en soupirant.

« Vous n’avez donc rien remarqué en ville ? Desierto est en guerre contre Bellum, et nous sommes à la frontière. Cette ville devrait être rasée depuis longtemps. Pourtant elle tient, prospère, visitée, joyeuse. Ce petit état indépendant n’est plus ni moins qu’une épine dans le pied de Desierto. Ce petit état indépendant… dépend de Bellum.
— Attendez, quoi !? »

Je me rassis sur la chaise en papier, pris de vertige. Je réalisai dans quoi j’avais mis les pieds : une guerre, un conflit géopolitique. C’était évident pourtant, Sirius me l’avait dit : la ville profitait de subventions de Desierto dans le cadre de la guerre contre Bellum. Pourtant, en arrivant dans la ville, aucun conflit, aucune famine, aucun orphelin. Tout était normal. Desierto subventionnait son propre adversaire. Mais ce n’était pas logique, pourquoi personne ne s’en était pas rendu compte ?

« Neferet Hassan était un ami très proche de moi. Nous nous étions connus dans une guilde officielle, quand nous étions jeunes. Il était puissant et adroit. Sa magie : les illusions. Non pas celles qui trompent vos sens, mais celle qui dupent votre esprit. Il pouvait manipuler n’importe qui, personne ne lui résistait, car si sa magie échouait, son éloquence contre-attaquait et personne n’y tenait tête. Excepté moi. Dans la confiance que nous avions nouée, il m’avait révélé ses tours, ses trucs, les secrets de ses sorts et de ses talents. J’étais la seule personne qu’il ne pouvait tromper, il m’avait tout appris. Néanmoins… J’ai mis trop longtemps à réaliser que c’était là l’illusion ultime, la plus cruelle, la plus affreuse qu’il soit donné d’user : la confiance. Il m’a trahi. Ensemble, à mon insu, nous avons mené cette rébellion et volé cette ville à Desierto pour l’offrir à Bellum. Ce ne fut que trop tard que j’ai découvert la vérité. … Je l’ai assassiné, quelques jours ou peut-être quelques heures avant la proclamation d’indépendance, qui n’étaient en réalité qu’une façade. Desierto subventionne cette ville, mais elle appartient à Bellum. Une quantité énorme d’argent est offerte à Bellum, sans même qu’ils ne s’en doutent. Ce que je n’ai pas mesuré, en assassinant Hassan… j’ai fait de lui un martyr. Les citoyens se sont retournés contre Desierto. Cette ville est en réalité une terre ennemie, et le pays n’en a même pas conscience !
— Ca ne colle pas. Comment le pays ne peut-il pas s’en rendre compte ?
— C’était un illusionniste ? Se pourrait-il qu’un sort empêche tout le monde de voir la réalité en face ?
— Précisément. Vous savez, quand il y quelque chose que vous ne voulez pas voir, car peu important : un individu qui marche près de vous dans la rue, une pomme dans un marché… C’est un filtre de perception. Ce détail pourtant colossal est dissimulé. Pas invisible : il suffit d’en avoir conscience et le filtre disparaît. »

Je restais silencieux… Sauver une ville toute entière… Je n’avais pas réussi à sauver Adam, je n’avais pas la force nécessaire pour sauver ne serait-ce que mon mentor, encore moins une ville, ou pire, le destin de toute une guerre. Un engrenage minuscule au centre d’une gigantesque machinerie meurtrière, entre Bellum et Desierto… Le monde était grand, je réalisai seulement maintenant à quel point nous étions tous minuscules et pourtant essentiels. Je ne voulais pas mourir, pas dans ce combat, dans aucun combat… La mort était effrayante, et je l’offrais à ceux qui se mettaient en travers de mon chemin. Pourquoi une telle peur de l’inconnu ? Ne pas avoir peur de la donner devait-il requérir ne pas avoir peur de la recevoir ? Ce n’était pas mon cas, pourtant je tuais.

« Tuer ou être tué, je suppose… » murmurai-je. Je repensai à Adam. Il fallait faire de son mieux. Et si ce n’était pas suffisant, tant pis, le monde était égoïste et il fallait avancer pour ses objectifs, se battre pour eux. J’allais aider Mivard Drosin, puisqu’éradiquer cette guerre rentrait dans le cadre de mes objectifs. J’espérais juste ne pas y laisser ma peau. D’une voix tremblante, j’affirmai ma participation. Alicia fit de même. Elle sembla détendue, loin d’être effrayée.

« Mais dites-moi, pourquoi veulent-ils vous attaquer ? Pourquoi ne l’ont-ils pas fait plus tôt ?
— Je ne suis pas sorti de cette bibliothèque depuis des années, mis à part pour venir te sauver. C’est depuis ce moment qu’ils ont compris que ce n’était pas la bibliothèque qui me protégeait, mais moi qui protégeais la bibliothèque…
— Comment ça ?
— Il y a plusieurs milliers de livres dans ces murs. Ici, je suis imbattable. Mais il y a également un livre beaucoup plus important, et ils le recherchent, je ne sais pourquoi. C’est un livre ancien, très ancien, dont les pages sont imprégnées de magie. Je n’ai jamais su en faire usage correctement, malgré toutes mes tentatives. Et depuis un long moment, ils ont tenté de me le dérober. »

Alors qu’il parlait de ce livre, je sortis l’ouvrage que m’avait offert Irina, à la couverture du cuir. Les pages étaient blanches et je les sentais parcourues de magie. Il pouvait peut-être m’aider à le comprendre. En voyant l’objet que je venais de sortir, il fit les gros yeux et demanda à toucher l’objet. Il le fixa avec attention, chaque détail.

« Il est du même auteur. J’en suis absolument certain. Ce livre-là et celui que je possède ont été créés par la même personne. Je les sens tous les deux parcourus d’une magie que je ne comprends pas… J’aimerais essayer d’approcher les deux livres pour voir si quelque chose se produit. »


C’est à cet instant que nous remarquâmes quelque chose de très étrange : la même sensation que plus tôt nous parcourut le mentor et moi, comme un courant d’air froid chargée d’une odeur de cendres. Il ne fallut pas moins d’une seconde pour comprendre, en sentant la chaleur qui venait jusqu’à nous, que la bibliothèque brûlait.

« Khalis est ici ! Il faut évacuer les jeunes !
— Je m’en occupe ! »

Alicia prit son bâton, qu’elle frappa contre le sol de toute sa hauteur. La fleur à son sommet expira violemment un gaz coloré qui s’en alla dans toutes les pièces de la bibliothèque avant de disparaître de notre vue. Une étrange sensation de peur m’envahit tout à coup, l’envie de fuir prit possession de mes jambes.

« N’y cédez pas, ça passera dans quelques secondes, ce gaz stimule l’instinct de fuite ! »

Brillant. Nous entendîmes toutes les chaises grincer et les gens crier, partir à l’unisson vers la sortie. Il était clair que Khalis ne serait pas affecté par un tel gaz, probablement déterminé.

« Monsieur Drosin, pourquoi maintenant !? Ça ne tient pas debout ! Khalis est en ville depuis longtemps, il m’a agressé lors de ma première venue, alors pourquoi avoir attendu pour brûler cette bibliothèque !?
— Il leur fallait la clé des galeries souterraines de la bibliothèque. Je l’avais cachée dans des ruines, il y a des années. Ils ont dû la trouver. Ou alors… »

Un craquement sourd résonna au-dessus de nous, nous vîmes aussitôt le plafond s’effondrer. Immédiatement, les feuilles obéirent à notre ordre commun : un toît de papier vint nous abriter. Cependant, ce fut au tour du sol de craquer vivement, disparaissant aussitôt en miettes de bois. Mivard et Alicia tombèrent dans la pièce en dessous, alors que je bondis rapidement vers le couloir pour rester à l’étage. Je m’assurai que tout le monde allait bien, puis poursuivis vers la salle principale.

« Liesel, tu es assez fort pour le batte… Tu vas le battre, tu en es capable… »

Je n’allais pas laisser mourir d’autres de mes amis. Il me fallait me battre avec vigueur et aplomb. Khalis était mage de feu, mais j’étais capable de lui résister. J’avais combattu avec Ysaline plusieurs fois, je savais quels étaient les risques, mais je pouvais y faire face et les retourner contre lui, c’était certain. Lorsque j’arrivai dans la salle, Khalis se tenait au milieu, les bras tendus. Il projetait de grandes gerbes de flammes à travers le hall. Je le fixai avec détermination, il ne m’avait pas remarqué…

« Hauteur du plafond, largeur… Fenêtre… Oui ! »


Je complétais mes calculs effectués depuis déjà plusieurs semaines par les variables du terrain. L’espace était suffisamment grand pour combattre contre un mage de feu selon toutes les tactiques que j’avais mises au point. Un tourbillon de papier vint m’entourer puis forma une nouvelle tenue, comprenant un masque et une écharpe. Immédiatement, je fonçai sur Khalis, plusieurs feuilles dans chaque main, prêt à le découper. Il se retourna aussitôt et cracha de sa main une nouvelle gerbe de flammes, que j’esquivai en roulant sur le côté. Face à moi, un cube de papier apparut, sur lequel je grimpai aussitôt avant qu’il ne disparaisse dans le feu. Portant une attaque ascendante, je rencontrai tout à coup un geyser de feu qui me projeta à quelques mètres.

« Je te reconnais. Je n’oublie jamais un visage. »

J’expulsai loin de moi ma tenue de papier, enflammée, pour en reformer une nouvelle. Ces uniformes de papier à usage unique me protégeaient des brûlures. Je repris ma respiration et fonçai à nouveau vers lui à toute vitesse, évitant de nouveau les tunnels de feu qui se projetaient vers moi. Je créai des murs, qui brûlaient à ma place, dans le but de me rapprocher. Près de son visage, du papier vint entourer mon avant-bras et poing. Mon gantelet se durcit de la même fermeté avec laquelle je serrais mon poing, puis je frappai, de toute ma culpabilité, vers le visage de Khalis. Sa main me retint, et de celle-ci s’échappa une lueur rougeâtre qui avala immédiatement mon gantelet. J’effectuai plusieurs petits sauts en arrière et évitai les boules de feu qu’il lançait.

« Khalis ! »

Le souvenir de mes combats avec Adam me revenaient à chaque mouvement. Si je m’étais mieux battu, si je n’avais pas… Il serait encore en vie… Mes dents grincèrent à nouveau alors que ma colère grandissait vers Khalis, comme s’il était le responsable de ma tristesse.

« Oh ? La rage… Un décès, il me semble. »

Sa voix résonna dans ma tête et un étrange écho l’accompagna : « Tu sais quoi ? Khalis est un mage de feu brillant. Mais là où il excelle le plus, c’est pour lire les visages. Le moindre mouvement de sourcil que tu n’es même pas capable de ressentir, il le capte et l’interprète. » C’était vrai, Khalis pouvait lire les visages comme un texte noir sur blanc, Iyàs me l’avait dit… Il devait prédire mes mouvements…

Il lança contre moi de nouvelles flammes, qui dévorèrent maintes et maintes fois mes barrières difformes, qui ne servaient qu’à brûler à ma place. Je devais réfléchir à un moyen de l’affronter et le vaincre… J’explorai mentalement, perturbé par des voix indésirables, mes souvenirs récents, les détails oubliés, mes capacités. Je dressai plusieurs listes à divers thèmes, jusqu’à trouver une suite d’éléments concordants. Je fermai les yeux, la concentration était impossible : continuellement, l’image des défunts revenait, des voix apparaissaient, des nouvelles flammes tentaient de me dévorer… J’ouvris les yeux en grand, pouvant observer au dernier instant une grande boule de feu qui me fit voler à l’autre bout de la pièce, marquant sur ma peau de nombreuses brûlures importantes. Le vœu d’abandonner, comme marqué au fer rouge, caractérisait mon visage. Mos dos heurta avec violence une étagère, et mes yeux s’écarquillèrent en observant toute la pièce brûler.


« La Rapace Sauvage ! »

Lors de mon premier combat dans cette salle, j’avais utilisé un livre et fabriqué un grand avion de papier, qui m’avait permis d’atterrir sur mon opposant. Je ne savais pas le contrôler, mais je revis aussitôt l’image d’Ysaline utilisant sa magie du feu pour le maintenir dans les airs. Je tenais ma solution ! Pourquoi n’y avais-je pas pensé ? Utiliser les courants d’air chaud faisait pourtant partie de mes tactiques…

« Concentre-toi, Liesel ! »


Je réunis une grand nombre de feuilles devant moi. Parmi elles, quelques-unes vinrent masquer tout mon visage. C’était risqué, le feu pouvait me brûler, mais Khalis ne pouvait plus rien prévoir. Je fermai les yeux derrière mon masque, je devais sentir les énergies magiques qui foisonnaient dans cette pièce, les saisir et interagir. Je sentis tout à coup une grande concentration face à moi, c’était le moment ! Toutes les feuilles qui tournaient traversèrent à l’unisson le jet de flammes que j’esquivai également. Toutes ces feuilles, en feu mais encore entières pour l’instant, me laissaient une faible marge de manœuvre pour agir. Elles s’éparpillèrent dans la pièce. Je concentrai mon énergie pour extraire des bibliothèques des livres encore intacts, me servant de marches célestes pour m’élever dans la salle. Contre le plafond désormais, je me laissai tomber dans le vide, priant pour mes instincts combinés aient fonctionné.

Dans un effort considérable, je pris contrôle des cendres des livres brûlés, qui se réunirent autour des feuilles encore au sol. Les flammes, insatiables, durent aussitôt tenter de dévorer des feuilles qui avaient triplé de taille. Un papier de mauvaise qualité, mais je cherchais un puissant combustible. Je sentis Khalis s’étonner d’une telle mascarade : pourquoi voulais-je créer un tel brasier, alors qu’il se fichait de finir brûlé. La réponse lui parut aussitôt claire, dans son soupir. Un miracle intervint à cet instant. Toujours concentré dans les flux d’Aeternanos, aveuglé, je sentis une forte magie attaquer de front mon adversaire, un serpent de papier mordit de ses crocs acérés le corps de Khalis. L’animal s’embrasa immédiatement, mais dans le même temps, je pris mon envol, guidé par l’air chaud dans un manège fulgurant autour de Khalis. Plusieurs lames volèrent jusqu’à lui, le touchèrent, alors que le serpent s’était maintenant enroulé. Mivard cria mon nom en entrant dans la pièce.


« Liesel ! Lies… Oh, il est malin… »

Mes attaques à distance étaient ininterrompues et les flammes de l’adversaire n’avaient pas le temps de surgir, car son sol me maintenant dans les airs. Je crus sentir qu’Alicia entra également dans la pièce.

« Va sur lui ! »

Alicia lança un ordre que je m’empressai d’exécuter : je sautai de mon avion, le propulsant aussitôt vers mon adversaire. Le bâton de la mage frappa le sol et une poudre orangée vint recouvrir ma structure d’une odeur de soufre. Une grande explosion apparut : les murs tremblèrent, les vitres se brisèrent, un grand cratère apparut dans le sol, dans lequel je tombai sans pouvoir contrôler ma chute. En tombant, je lui plantai une dague de papier dans la poitrine. J’atterris immédiatement dans une pièce de l’étage en dessous. Les briques et le poids de nos deux corps fit céder le plancher et, avant de rencontrer le dernier sol en pierre, je pris le cadavre de Khalis contre moi, pour qu’il amortisse la chute. Nous traversâmes ce qui devait être le rez-de-chaussée. Une volée de papier vint tenter d’amortir petit à petit ma chute, pourtant lorsque nous nous écrasâmes enfin, il me sembla perdre connaissance un petit moment.


Je me relevai difficilement, sonné et confus. Les brûlures que j’avais négligées commençaient à faire mal… Je vérifiai que j’avais toujours sur moi le livre d’Irina, dont j’avais réduit la taille grâce au papier. Je vérifiai également que Khalis fût bien mort. C’était le cas, pas grand monde ne résiste à une dague dans le cœur. La voix rugueuse du mentor résonnait depuis tout en haut de la bibliothèque.

« LIESEL !? LIESEEEEL !?
— Je… hu… Je suis là ! JE SUIS LÀ !
— TU N’ES PAS BLESSE !?
— N-Non, tentai-je d’articuler, oh seigneur, NON , RIEN DE CASSE !
— TU ES AU SOUS-SOL DE LA BIBL-… ALICIA ! »

J’entendis un bruit sourd d’eau, Mivard crier de surprise et Alicia hurler. Un grand brouhaha se faisait entendre jusqu’au sous-sol de la bibliothèque. C’était clairement le troisième mage, le mage d’eau, qui les avait attaqués. Je tentai de former un escalier de papier avec les quelques feuilles restantes, mais mon énergie se vida soudainement, comme si le confort d’un sol en brique s’imposait. Mon torse me brûlait, mes bras aussi. En ôtant ma chemise, je pus constater des marques rouges et vives. Je devais les soigner… Dans l’adrénaline, je n’y avais pas fait attention, mais désormais, j’avais mal. Je repensais aux mots d’Irina, lorsqu’elle disait que les feuilles de ce livre pouvaient soigner les blessures. C’était vrai ? Et mes camarades en haut qui étaient seuls face à ce mage… Maître Drosin était fort.

« On va essayer ça… »

Je sortis le livre de ma pochette, puis caressai le papier. Il scintilla légèrement à mon contact. J’étais impatient de voir ce dont cette chose était capable. Je créai un bandage autour de mon bras, d’abord. J’attendais, rien ne se passait.

« … S’il te plaît ? … Il faut peut-être que j’y injecte assez de magie… »

J’offris aux feuilles une quantité limitée d’Aeternanos, pourtant une violente impression vint me marquer : les feuilles drainaient mon énergie, proportionnellement à ma guérison ! Elles agissaient presque d’elle-même ! J’avais pour habitude, en manipulant des centaines de feuilles, d’avoir l’impression qu’une simple feuille soit douée de sa propre volonté, mais il n’en était rien, c’était un contrôle de ma part dont j’avais fini par ne plus avoir conscience. Là c’était différent ! Elles me volaient l’énergie dont elles avaient besoin ! J’éloignai le livre, le faisant glisser vers une extrémité du couloir sombre, alors que des gouttes tombaient du trou dans le plafond, tout était redevenu calme, en haut.

« C’était trop bizarre… Il n’y a plus un bruit, j’espère qu’ils n’ont rien… »

Je me sentais lâche, de les avoir abandonnés ainsi, mais la fatigue m’avait rattrapé et, à mesure que je pensais, elle se faisait de plus en plus lourde. Je finis par m’assoupir.

À mon réveil, il faisait totalement noir, il devait faire nuit. Impossible d’y voir clairement, mis à part quelques formes noires. Ce couloir devait bien avoir une entrée et une sortie, ce n’était pas compliqué. Je me levai, puis choisis une des deux directions pour arriver au rez-de-chaussée. J’eus de la chance, car après seulement quelques mètres, je me trouvais devant une échelle qui menait à une trappe.

« Il fait bel et bien nuit… Sirius, saurais-tu ce qui est arrivé à monsieur Drosin et Alicia ?
— Oui, ils sont en vie, dans le palais du Consul.
— Je dois aller les retrouver !
— Mauvaise idée. Le palais est protégé par une barrière qui sonde ton esprit et t’empêche de passer si tu es mal intentionné. D’habitude elles sont juste assez grandes pour protéger une ou deux personnes, mais là il s’agit d’un palais tout entier. Tu ne pourras pas entrer, il n’y a pas de feinte.
— Alors que puis-je faire ?
— Le troupe du Consul a attaqué la bibliothèque car ils avaient enfin trouvé une trace de la clé dont Mivard t’a parlé. Ainsi, Iyàs a pu prendre de l’avance.
— Si je trouve cette clé avant eux, je pourrais l’utiliser comme monnaie d’échange et les sauver… Puis contre-attaquer pour renverser Bellum.
— Risqué, mais faisable. Khalis, Iyàs et Nazir forment le bataillon d’élite du Consul. Tu en as déjà tué un, tu devrais être capable de t’occuper des autres.
— Tu sais où est la clé ?
— Evidemment, il m’a fallu moins d’une seconde pour analyser les composantes de la serrure et restreindre de le champ de recherche de cette clé dans une zone de quatre kilomètres, dans laquelle se trouve comme par hasard une ancienne ruine, dans le même genre que celles que l’on trouve à Minstrel. Je vais t’y téléporter. Mais sois prudent, tu risques d’y croiser Iyàs. »


Je poussai la porte du temple qui était restée close depuis des siècles. J’entrai dans l’antichambre poussiéreuse, dont le sol était jonché de squelettes des décennies passées. J’y étais enfin arrivé. C’était vrai, Nazir avait enlevé Mivard et Alicia, mais Sirius me l’avait dit plusieurs fois : ils étaient dans la forteresse. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : étaient-ils mes adversaires, désormais ? Autrement ils n’auraient pas pu passer la barrière…

Une écharpe blanche dissimulait mon visage, même à l’entrée du temple, qui se présentait comme hostile à en juger par les trappes à peine visible au sol. Je marchais sur un chemin de papier, lévitant, afin d’éviter de les déclencher. En réalité, Desierto possédait peu de temples comme cela. Néanmoins, contrairement aux ruines de Minstrel emplies de magie, les temples entièrement intacts pour la plupart regorgeaient de pièges mécaniques mortels. Le gouvernement avait donc fait sceller celui-ci, comme tous les autres. Enfin, quelques soldats ne purent m’empêcher d’entrer.

Je quittai bien rapidement l’antichambre pour arriver sur un grand hall. En observant attentivement le sol, je pus remarquer qu’aucun piège n’était disposé, cependant, sur le mur, on constatait des cavités sombres. Afin d’économiser mon énergie, je posai le pied au sol, reprenant le papier utilisé depuis lors. J’avançai au centre de la salle, gardant plusieurs feuilles lévitant autour de moi. Je sursautai en trébuchant sur un os, alors qu’une nuée de chauves-souris sortit des cavités. Je devais absolument rester concentré et passer tous les pièges jusqu’au fond du temple. Le hall donnait sur trois directions différentes : face, gauche, droite. Il me semblait évident que des pièges m’attendaient. En observant le décor, je pus remarquer les hommes-oiseaux gravés dans les murs, ainsi que les scarabées dorés concaves entre les piliers qui soutenaient les murs. Les fresques orangées étaient décorées d’inscriptions gravées que je n’arrivais pas à comprendre. Cependant, aucune indication n’était donnée sur le chemin à prendre. Je devais me décider alors. Je m’approchai d’une des torches murales, puis allumai une feuille. Avec mes mains, j’envoyai dans les passages sombres des boules de papier qui s’éparpillèrent pour illuminer mes routes. Dans le chemin de droite, de grandes haches sortirent du mur pour se balancer au milieu du couloir. De plus, de larges piques sortaient du sol et du plafond pour perforer les intrus. À ma gauche, des petites têtes d’oiseaux sculptées étaient sorties du mur pour cracher plusieurs flammes. Tandis que tout droit, la lumière révéla un cul de sac, dont les murs se rapprochaient pour écraser les indésirables. Entre les flammes et les armes, j’allais choisir les armes.


« Bon, Liesel, tu joues ta vie là. »

Je tentai avant de m’engager de faire glisser une feuille au milieu de ces pièges, dans l’optique de constater s’il était réellement possible de passer. Celle-ci à peine entrée fut broyée dans la machinerie mortelle.

« Ahahah… Mmh, non. Les gens de l’époque avaient sûrement imaginé un moyen de passer, dissimulé. »

Je parlais à nouveau seul, ma voix résonnait dans le hall, qui ne désirait pas ma présence. C’était logique : les trois passages étaient mortels, mais ceux qui avaient construit le temple avaient dû imaginer un passage plus sûr. Je m’approchai à nouveau des cavités noires creusées dans les murs. Combien de chauve-souris étaient-elles sorties de là-dedans ? Une bonne trentaine… Si trente chauves-souris rentraient à l’intérieur, je pouvais aussi, non ? Je grimpai sur quelques marches de papier puis me laissai glisser dans le conduit, qui me laissa dans une petite pièce, sur un tas de sable. Lorsque j’atterris, deux torches s’allumèrent, dévoilant une petite tablette dont je lus les inscriptions.

« Vous êtes le bienvenu dans le Temple de la Foi, pilleur de tombe. En arrivant ici, vous avez prouvé votre logique, vous laissant digne de poursuivre à travers l’un des trois passages. »

Je lâchai un sourire en apprenant que j’étais « digne de poursuivre ». Digne ou pas, j’aurais poursuivi, de toute manière, non mais.

« Mais le Temple de la Foi n’est pas sans surprise. Soyez sur vos gardes : votre force, votre esprit et votre endurance seront mis à l’épreuve dans le Temple de la Foi. »

Seigneur… Je venais tout juste de commencer, en fait… Je devais m’y attendre. Ce temple recelait la clé pour accéder à un objet apparemment très convoité. Juste derrière la tablette, un passage s’ouvrit, dans lequel je m’engouffrai prudemment. Il déboucha sur un creux, dont le fond était très proche. Il débouchait en réalité sur un autre couloir, environs deux mètres en dessous. Je sautais donc, doucement, afin de ne pas me blesser, en injectant quelques Aeternanos dans mes jambes. Cela s’avéra totalement inutile, puisque je ne savais pas le faire correctement. Je m’écroulai donc comme un imbécile, avant de me relever pour observer le lieu.

Le couloir était très long et des colonnes similaires ornaient les murs. Les scarabées étaient toujours là, entre chacune d’elles. Je sursautai en constant derrière moi le mur décoré qui se tenait dans le renfoncement. Il prenait toute la largeur du couloir. Dessus, une bête était gravée et colorée, dont les détails étaient impressionnants. Elle tenait deux sabres, probablement des artefacts qui devaient valoir cher. Mais je n’étais pas ici pour mourir en récupérant des objets de valeur.


Couloir:

Mur décoré:

Je poursuivis ma route à travers le couloir, qui semblait toujours aussi long à mesure que j’avançais. Cela attisa réellement ma curiosité lorsque, après cinq minutes de marche, j’avais l’impression que ce couloir était toujours aussi long. Pourtant je pouvais voir son extrémité ! Je me tournai, pour mesurer mon avancement, mais fut choqué de constater que je n’avais pas avancé d’un centimètre. Le mur gravé était toujours juste derrière moi. Intrigué, je l’observai plus attentivement… Mis à part les pattes avant qui étaient très dérangeantes et les yeux qui avaient l’air prêts à s’ouvrir, je ne trouvai rien pouvant m’aider. Je décidai de m’éloigner à reculons, concentrant au maximum ma sensibilité magique. Au bout de quelques pas, je finis par prendre confiance puis me retournai, vers l’avant. Je continuais vers le bout du couloir, lorsque j’entendis derrière moi des craquements. Leur répétition m’indiqua qu’il ne s’agissait pas d’une impression. Je me tournai, doucement, puis constatai que la sculpture du mur s’était décrochée et qu’elle était vivante !

L’adversaire:


Toutes les pattes du mur jouaient de concert, alors qu’il avançait vers moi. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre la situation : il avancerait jusqu’à m’écraser, si je ne le tuais pas avant. Il était donc là, le test de force. Sirius m’informa qu’il me restait donc deux minutes et quarante-trois secondes avant ma mort, ce qui me permit de dresser mentalement une liste variée de manières de le tuer. Je courus au fond du passage, qui ne jouait plus d’illusions cette fois-ci, évidemment. Dos au mur, je fis tourner les feuilles autour de moi, alors que l’ennemi approchait. Je concentrai le plus précisément mon énergie, afin de former autour de moi plusieurs pointes de papier. Deux minutes et vingt-deux secondes. Poussant encore plus les limites de ma maîtrise de papier, je formais autour de moi une dizaine de scies blanches. Je disposais de tout un arsenal, mais je vins rajouter encore quelques lances, dont la création nécessita un petit moment. Une minute et cinquante-quatre secondes. Je devais attendre le moment propice. Dans le dernier effort du mage Expérimenté que j’allais bientôt être, je dressai face à lui un mur de papier, dont les extrémités touchèrent les torches. Le mur s’embrasa, pourtant, puisant jusqu’aux tréfonds de mon énergie, il ne se consumait pas : à mesure que le feu se propageait, je régénérais le papier. Il me fallait attendre qu’il brise le mur avec son épée. Il ne tarda pas, fort heureusement, et lacéra la barrière. Modifiant à nouveau les propriétés du papier, celui-ci s’embrasa dans un grand incendie qui était en contact avec mon opposant. Sur le champ, je lançai toutes mes armes qui tournaient sur elles-mêmes. Elles traversèrent violemment le mur de feu, leur offrant ses propriétés brûlantes pour peut-être plus d’une seconde. Mes scies tranchèrent avec une vivacité déconcertante les pieds du mur, alors que les javelots s’enfonçaient dans son torse. Immobile, le mur s’effrita, grinçant. Il finit par tomber en poussière. Seules ses épées restaient sur le sol. Je restais un genou à terre, essoufflé par un tel effort magique. Néanmoins, je dus me mouvoir lorsque les épées lévitèrent et me prirent pour cible. Je formai derrière moi plusieurs obstacles, en essayant d’essayer d’échapper aux deux torpilles. J’arrivai immédiatement sur un couloir totalement vide, dont le sol était inexistant. Un pont de papier me fit passer sans problème et j’esquivai par miracle les fléchettes qui sortaient du mur. Enfin, je passai une porte, qui donna sur une grande salle éclairée. La clé était au centre, sur un piédestal.

Salle du Lien:

Clé de la porte:

Je ne pus admirer l’objet plus longtemps car l’une des deux petites lames me frôla à nouveau, alors qu’elle revint vers le couloir. Je regardai une jeune femme avancer, assurée, suivie d’un personnage qu’il me semblait connaître.

« Liesel, Liesel… Alors tu t’appelles Liesel ? C’est pas d’ici comme nom.
— Iyàs…
— Je savais que j’avais bien fait de te laisser en vie. Tu nous as menés directement à la clé, comme prévu. Alicia est de très bonne compagnie, mais malheureusement elle se bat pour nous. T’as compris, le mioche ? Alicia, tue-le.
—Bien, Maître Iyàs. Je suis navrée, Liesel, mais ta vision du monde est erronée, Bellum doit gagner cette guerre, et vous ni Monsieur Drosin n’empêcherez cela d’arriver ! »

La barrière… Elle se trouvait dans la forteresse tout ce temps, elle avait dû traverser la barrière… Elle était contre moi désormais. Mais pouvais-je réellement la tuer !? Déjà, POUVAIS-je réellement ? Elle pouvait probablement dégager des gaz toxiques et mortels, et Iyàs n’en serait nullement affecté, derrière une barrière de vent.


Elle frappa son bâton contre le sol et libéra une fumée orangée qui vint m’entourer. Je reconnus l’odeur de soufre qui me dit clairement que je ne devais pas m’approcher des torches. J’envoyai vers elle plusieurs lames de papier qu’elle esquiva aisément. Elle frappa à nouveau son bâton contre le sol et tout à coup une odeur nauséabonde se répandit dans la salle, et je fus pris de vertiges aussitôt. Je formai un masque de papier afin de m’empêcher de respirer une telle odeur. Un grand bâton de combat apparut dans ma main, fait de feuilles blanches. Je me dirigeai vers elle pour asséner un coup sur son arme, mais elle répliqua en crachant par son bâton une buée aveuglante. Je créai immédiatement un tourbillon de papier tout autour de moi afin d’éloigner tous ces poisons.

« Alicia, il te manipule !
— Je suis parfaitement consciente de mes actes.
—Tu crois que c’est ce que maître Drosin aurait voulu, que tu le trahisses !?
—Je ne sais pas, je ne connais pas ses plans. »

Elle avait légèrement insisté sur le mot plan, au moment où elle dégagea une poudre brûlante vers moi. En quelques sauts, j’avais réussi à m’en éloigner et en profiter pour m’élever dans les airs grâce à plusieurs plateformes. Je créai alors des cônes rétractables. Autour de moi, je réunis plusieurs feuilles puis lançai mes javelots à la poursuite de mon opposant, qui se protégea derrière un gaz humide et froid.

« Tu ne peux pas contrecarrer les plans de Bellum ! »

Une nouvelle fois, elle sembla insister sur le mot « plan ». Je compris alors ce qu’elle voulait dire, comme un idiot, et repensai aux mots de notre mentor : « — Ma bibliothèque périra dans les flammes de Khalis, Alicia tombera sous le joug de Nazir et Liesel mourra sous la main d’Iyàs.
— P-Pourquoi ?
— Hein ? Bah c’est le plan. » C’était logique. Nazir, le mage d’eau, était venu à la bibliothèque juste après le combat. Il avait tout prévu et Alicia était clairement de mon côté. Mais pourquoi m’attaquer et ne pas se retourner ensemble contre Iyàs ? Non, c’était logique, les gaz ne pouvaient pas l’atteindre et le papier était encore plus vulnérable face au vent qu’au feu. Seul Drosin pouvait le vaincre. Alors pourquoi nous mettre face à face dans ce cas ? Dans le plan de Drosin, j’étais censé… Mourir !? Je devais me sacrifier, c’était bien là le but du plan !? Etait-ce réellement la seule solution !? Je ne pouvais pas me laisser mourir dans un tel combat, je refusais de me laisser vaincre, j’allais prouver à Drosin l’étendu de mes pouvoirs et lui prouver que mon sacrifice n’était pas chose nécessaire !

« Je n’ai pas été assez fort pour sauver Xylia ou Adam… mais je suis assez fort pour me sauver moi. J’ai tué Khalis, je tuerai Iyàs et je tuerai Nazir. Rien ne pourra m’en empêcher ! Rien ni personne ! »

De nouveaux javelots apparurent autour de moi, et alors que je sautai vers Alicia pour l’agresser, ces derniers suivirent et projetèrent leur pique en avant. Une bourrasque les emporta tout à coup avec violence. La silhouette d’Iyàs traversa la salle à une vitesse impressionnante en lévitant. J’envoyai vers mes deux adversaires plusieurs scies de papier, en utilisant le peu de ressources qu’il me restait, lorsque qu’une tornade me saisit avec violence. Prisonnier, je tourbillonnais sans arrêt. Un vertige, suivi de nausées s’en suivirent. Tout s’arrêta d’un coup puis, immédiatement après, une infâme douleur traversa mon estomac. J’eus difficilement le temps d’observer la lame d’une dague à travers mon estomac et Alicia s’approcher de mon visage pour relâcher devant lui, par la fleur de son bâton, une odeur sucrée et forte de lavande. Je sentis mon corps s’écrouler au sol, épuisé, las de toute force, et mes paupières se fermer lourdement, laissant mon esprit dans un noir oppressant, dans lequel il se noya bientôt.


Fiche de RP (c) Miss Yellow





Fiche du mage
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Liesel Engelwald
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Dim 09 Avr 2017, 19:46
         

La Bibliothèque de Neferet

~ Troisième Partie ~




Quand j’ouvris les yeux, je ne vis qu’une lumière blanche. Aussi blanche qu’elle était dénuée de toute couleur, un spectre fade et livide. L’espace autour de moi semblait trembler, tourner, je n’arrivais à saisir aucun repère. Je tentais, avec mes bras, de saisir le moindre objet, mais je n’atteignais rien. Mes sens essayaient de s’accrocher au moindre son, à la moindre vue, pourtant seul ce blanc éternel m’entourait, infini et impénétrable. J’essayai de me relever plusieurs fois, mais tout tournait, mes sens n’indiquaient que des contradictions, pourtant le silence le plus absolu m’assourdissait. Impossible de réfléchir, de penser, de comprendre. J’avais besoin d’aide…

« Tu es mort, Liesel. »

Je reconnus cette voix. Je me retournai aussitôt et vis Adam, debout, au milieu de ce brouillard mystique. L’espace sembla se stabiliser tant que j’accrochais mon regard à son visage. J’aurais dû ressentir quelque chose en le voyant, de la surprise, de la joie… Pourtant il n’en était rien, comme si je ne reconnaissais pas qui il était à mes yeux. C’était Adam mais… Toutes mes émotions se chamboulaient, s’entremêlaient en moi, si bien que je ne me souvenais plus si je l’aimais ou le haïssais.

« Je suis… mort ?
— Juge-en par toi-même. »

Le brouillard avala mon ami, qui disparut dans un petit nuage blanc terrifiant. À sa place, un jeune homme était apparu, allongé, couvert de rouge et de blanc. Je m’approchai doucement, peu à peu, jusqu’à comprendre ses paupières fermées et son corps sans vie.

« C’est moi… Je suis… Je suis… Mort ! »

La neutralité qui m’entourait changea du tout au tout subitement : l’espace semblait comme virevolter dans ma tête, le brouillard blanc s’était teinté d’une saturation écarlate, et la fumée se montrait comme hostile. Je courais, aussi loin que je le pouvais, pour échapper à cette menace qui m’effrayait, me terrifiait. Je me sentais faible, vulnérable, absolument fragile et défaillant. Je compris toute la faiblesse des hommes face au monde, un vertige affreux s’empara de ma tête, j’en tombai sur le sol et eus l’impression de tomber sans cesse, dans un tunnel sans fond, noir et opaque.

J’ouvris à nouveau les yeux. Devant moi se tenait une femme, les yeux clos, dont les paupières se portait sur deux piliers de larmes sur ses joues. Je ne la reconnus pas immédiatement, mais après plusieurs secondes d’observation, je compris qu’il s’agissait de
cette femme. La première à qui j’avais donné la mort. Celle que j’avais égorgée de sang-froid. Le premier meurtre. J’étais puni, c’était bien ça ? Il fallait que je paie les malheurs que mes actes avaient provoqué…

« Pardon… Je ne voulais pas… Je suis désolé… Pitié… J’implore le pardon… »

Je pleurais devant son corps sans vie, couvert de sang, pleurais tellement, si bien que les larmes m’empêchaient de distinguer si le corps était le sien ou le mien. Elles s’estompèrent et révélèrent, peu à peu, une femme aux cheveux blancs, longs. C’était maman… Je l’avais tuée ! J’avais tué toutes mes racines, j’avais anéanti tout ce qui me reliait au bonheur ! De ronces apparurent dans le noir à mesure que mon désespoir naissait. J’étais seul, et c’était de ma faute. Je méritais le désespoir éternel pour avoir moi-même détruit ce que j’ignorais être le plus important à mes yeux, le plus essentiel, j’avais tué ma famille. Les corps de mon père, de mon oncle apparurent autour de moi, leurs doigts pointés vers moi. Ysaline était là, elle aussi, et m’accusait avec toute la colère d’un Ange. J’étais fautif, je méritais le châtiment le plus odieux. Les ronces m’entourèrent et finirent par m’enlacer, douloureusement. Elles me serraient, me torturaient, me tuaient. Je sentais chacune de leurs épines pénétrer ma peau avec une douleur aigue, alors qu’elles m’étranglaient sur chaque partie de moi.


Liesel, n’aie pas peur.


« Qui êtes-vous ? » répondis-je.

Je suis là pour toi. Depuis le début, jusqu’à la fin.


« Vous êtes mes regrets. » affirmai-je.

Donne-moi la main, laisse-moi te montrer qui je suis.


Je saisis cette main qui se tendait vers moi et vis soudainement toute ma douleur disparaître. La fumée noire qui m’étouffait révéla une aura blanche et dorée, teintée de volutes mauves qui coloraient l’air. C’était si rassurant, ces couleurs…

Je vis en toi depuis que Liesel Engelwald a vu le jour. Je suis celle qui observe l’Humanité depuis sa plus tendre enfance, et je continuerai de l’observer jusqu’à ce qu’elle rende son dernier souffle.


« Je ne vous connais pas… »

Si. Tu as oublié. Mais bientôt ton sang et tes racines parleront. Lorsque tu caresseras mon écorce, les souvenirs te reviendront.


« J’ai peur. »

Il ne faut pas. Je n’ai jamais pu te parler par le passé. Mais tu es au plus profond de ton esprit, là où je me trouve. Sache ceci : je serai toujours là pour te protéger. Où que tu ailles, qui que tu deviennes.


« J’ai peur… Je ne veux pas me réveiller… »

Les volutes de couleur disparurent et je me retrouvai aussitôt seul. Je m’assis sur ce qui paraissait être le sol, recroquevillé sur moi-même, seul. Une main se posa sur mon épaule, celle d’Adam, qui s’assit près de moi. Je posais la tête sur son épaule, heureux et triste à la fois. Tout devenait flou, petit à petit. Ma raison semblait revenir à elle, et tout de cet endroit allait bientôt disparaître. Plus j’y pensais, plus le processus s’accélérait.

« Je commence à comprendre, et à me souvenir… Je ne veux pas te quitter…
— Il le faut. Tu le sais. Sois juste heureux, et bats-toi de toutes tes forces pour ce que tu crois juste.
—Tu as des amis sur qui tu peux compter, qui n’hésiteront pas à te tendre la main. Tu n’es pas seul ! »

Je sursautai en voyant Ysaline surgir devant moi, accompagnée d’Ilhem et d’Irina. Elle avait raison, je n’étais pas seul, je pouvais poursuivre le combat… Je posai une main sur le tatouage d’Aeternitas, l’autre sur le pendentif que m’avait offert mon oncle. Une douce chaleur me parcourut, pacifique et amicale. L’univers devenait flou et rapidement, mes camarades avaient disparu. Un livre gigantesque flottait devant moi, le journal de Mivard Drosin. Il s’ouvrit et au cœur de pages parfaitement vierges se tenait une porte lumineuse.

« J’ai compris… Alicia, maître Drosin, vous êtes des génies… Liesel, il est temps d’aller te battre. »

J’avançai en souriant vers la porte, puis traversai la lumière d’un pas décidé.


« AAAAARGH !!! »

Mon cœur souffrit d’une douleur immense, j’écarquillai les yeux. Je serrai mon vêtement dans ma main, si fort qu’il s’arracha. La douleur était intenable. Tout mon corps paralysé reprit vie et la plaie du coup de dague fit également naître un supplice de souffrance. Je dus retenir plusieurs hurlements. Je tremblais et mon regard ne fixait que le plafond de brique. Je tentais de reprendre mes esprits, de contrôler ma respiration, mais chaque battement de cœur injectait un nouveau supplice dans ce corps qui renaissait. Une très forte odeur de lavande m’entourait, elle me rassurait pourtant elle était à l’origine de ces maux, je le sentais. Je me levai brusquement, endolori et incontrôlable, encore légèrement confus. Je me heurtai à une table qui traînait là, sur laquelle tenait un homme nu, mort. Je poursuivis vers le fond de la pièce. Je voulais de l’eau, mon corps tout entier se déshydratait à chaque seconde, ou peut-être étais-je déjà un désert humain. Chaque pas demandait un marathon d’efforts physiques et mentaux. J’avançais lentement et chacun de mes pas semblait m’éloigner encore plus de l’eau que je voyais au fond de cette pièce. Je tendais les mains en avant, désirant cette eau plus que tout au monde, sans ça, j’allais bel et bien mourir.

« Qu-… Qu-… Un… UN MORT-VIVANT ! »

Je regardai l’homme qui venait de crier en me voyant. Il devait me donner à boire ! Je lui suppliai de m’aider, mais il répondit en se cachant derrière une table en pointant une arme vers moi. Je ne lui voulais pas de mal, je voulais aller mieux, je voulais m’hydrater.

« De l-… De l’eau… »

J’arrivai enfin à hauteur de la petite fontaine sale, dans laquelle je trempai tout mon visage, qui put revivre. En buvant mes douleurs s’en allèrent rapidement. Elles étaient toujours là, mais en si peu de temps, elles étaient redevenues beaucoup plus supportables. Mes esprits purent revenir comme il fallait aussi, et je pris en compte au dernier instant que l’homme dans la pièce était armé, qu’il voulait ma mort, que je venais de lui tourner le dos, et que des bruits de pas d’un homme qui court se dirigeaient vers moi ! Je me retournai, décomposant mon écharpe de papier que j’avais toujours pour créer un petit panneau face à moi, dans lequel le couteau se planta immédiatement. Je me baissai, puis passai à travers ce mur comme s’il m’ouvrait lui-même le passage et assénai un coup de poing dans le ventre de l’homme, bien trop musclé pour que cela lui fasse quelque chose. Je sautai en arrière, sur mes gardes, tenant mon bras contre ma plaie pour éviter qu’elle s’aggrave.

« Comment tu as fait ça !? Maudit gamin !
— Essaie de rester en vie jusqu’aux explications ! »

Mon écharpe se sépara à nouveau en feuilles. Un premier tas vint me recouvrir de bandages, pour panser ma blessure, la deuxième se jeta sur l’adversaire paniqué et l’attacha contre une table. Totalement immobilisé, il ne put plus rien faire.

« Je vais avoir besoin de ça… »

Je pris son vieux t-shirt, plus propre que ma chemise couverte de sang et de poussière, et emportai également son couteau, et me rhabillais devant lui.

« Une dernière chose : je suis bien dans la forteresse de Neferet ?
— O-Oui…
— Parfait. Alicia, tu es géniale. »

Je rangeai le couteau dans une tenue de combat que je créai intégralement à partir des quatre livres de la pièce, puis partis vers la salle du consul. En sortant de la pièce, je vis de nombreux soldats parcourir le couloir vers la même direction. Les voix qui s’élevaient m’informèrent de la situation : Iyàs venait d’être assassiné ! C’était parfait… probablement l’œuvre d’Alicia. Nul besoin de savoir comment elle était entrée dans la forteresse et avait gagné les faveurs du consul pour le moment, car je devais moi aussi me diriger vers elle pour l’aider. La forteresse était prise d’assaut de l’intérieur !


« Toi ! Qu’est-ce que tu fais là !? »

Nous allions rendre cette ville à Desierto ! En réponse à son cri, je pointai mon couteau vers lui, puis me mis en position de combat. Ce fut rapidement réglé : en parant l’attaque de sa lance, je m’étais déplacé sur le côté pour lui perforer l’épaule. Je partis vers le lieu où se trouvaient les gardes. Ma blessure faisait mal, mais c’était supportable, il fallait juste que je fasse attention à ne pas me prendre de coup. En quelques virages, j’arrivai dans la chambre d’Iyàs. Son corps à moitié nu reposait sur son lit, et Alicia était encerclée par plusieurs gardes. Je formai une boule de papier de la taille d’une tête et elle vola en frappant ces soldats, qui tombèrent comme des dominos.

« Alicia !
— Liesel ! La potion a marché !
— Encore heureux ! Il faut secourir monsieur Drosin !
— Je sais où il est, c’est lui qui m’a donné le signal, quand tu t’es réveillé. Suis-moi et prend tous les livres que tu trouves, vous en aurez besoin face à Nazir ! »

Je la suivis en courant, éliminant les quelques soldats qui tentaient de nous arrêter. Elle m’expliqua rapidement : il était dans la salle du consul, vidée de tout papier. On leur avait fait passer la barrière et, en mélangeant quelques drogues et plantes, Alicia avait réussi à tromper la barrière en brouillant son propre esprit, rejoignant donc le côté adverse le temps que cette potion faisait effet. Quant à moi, ma mort était on ne peut plus prévue : cette odeur de lavande, c’était une solution particulièrement complexe qui enfermait une personne dans son propre esprit, mettant son corps profondément en veille, ralentissant ses battements de cœur si bien qu’il paraissait mort. La cachette la plus parfaite : son propre cadavre. Je n’avais aucun souvenir de ce que j’avais vu dans mon esprit… j’avais conscience d’avoir oublié quelque chose, comme un rêve qui nous échappe au réveil, pourtant j’avais ce sentiment de louper quelque chose d’important… Mais l’heure n’était pas à penser à ça, puisque nous enfonçâmes avec férocité la porte du grand hall où se tenait le consul.

« Maître ! »

Je pris un peu de hauteur avec des marches de papier, puis constatai le peu de gardes dans la pièce, ainsi que Nazir qui se tenait au milieu. Une salve de papier s’envola vers le mentor, alors que je fondis vers Nazir pour l’empêcher d’attaquer. Il esquiva mon coup de couteau, j’esquivai ses bulles bouillantes.

« Liesel ! Alicia !
— J’ai assassiné Iyàs. Nous devons vaincre Nazir ! Liesel, attrape-ça !
— Futile ! »

Détourné de l’attention du combat, je parai juste à temps de nouvelles gouttes brûlantes qui rendirent mon bouclier obsolète. Il en profita pour saisir l’objet que venait de m’envoyer Alicia.

« L’arme d’Iyàs… Khamsin. »

Khamsin:

Il fixa un moment le fourreau de l’arme avant d’y injecter une petite quantité de magie. La lacryma qui ornait le fourreau se mit à briller vivement puis Nazir lança une menace que nous prîmes tous au sérieux.

« C’est une dague amusante, ses effets sont sympathiques… Laissez-moi vous montrer. »

Nous nous mîmes tous en garde. Il dégaina à une vitesse incroyable et, l’instant d’après, il se trouva derrière Alicia, à qui il asséna un coup sur toute la longueur du dos. À peine eut-il terminé son attaque qu’il apparut aussitôt face à moi dans un coup de vent. Avant même que mes yeux puissent le saisir, je sentis la douleur de ma peau se déchirer sur ma poitrine. En un battement de paupière, il se trouvait derrière Mivard Drosin, qu’il retenait désormais en otage.

« Vous filez aussi vite que le vent. C’est assez amusant, je trouve. Mais ce qui est encore plus drôle, c’est que je ne m’attendais à te revoir dans ces conditions, jeune homme. Encore moins de te voir revenir d’entre les morts. Trois contre un, je suppose qu’il est temps de sortir le grand jeu. »

Une grande tension envahit la pièce et les Aeternanos ambiants s’excitaient violemment. Que préparait-il ? Sa voix résonna, chargée de magie, et l’écho de ses deux camarades résonna avec force dans la salle. Les voix de Khalis et d’Iyàs se faisaient fortes et puissantes. Quel genre de magie permettait une telle chose ?

« Vous avez fait une grande erreur. Nous combattre individuellement était la pire chose à faire. Car, voyez-vous, nous avons pillé un grand nombre de vieilles ruines avant de travailler pour Bellum. Nous avons trouvé des dizaines d’artéfacts magiques. Certains anciens étaient férus de… nécromancie.

Il fut aisé de comprendre, en ressentant l’augmentation magique de Nazir, qu’il absorbait les pouvoirs de ses deux camarades pour combattre à trois contre trois, tout en étant seul.


« Aihtiraq ! »
« Hubub alrrih ! »
« Waha ! »
« QATAL ALTHTHALUTH ! »

« NOUS ALLONS VOUS BRISER ! »

La magie bouillonnait dans la pièce. Aussitôt, une salve d’attaques fut dirigée vers moi, pris dans un tourbillon d’eau bouillante qui lacérait tout vêtement par des lames de vent. L’eau finit par prendre feu et dévorer ma peau, ajoutant à mes blessures de nouvelles brûlures. Enfin une bourrasque vint m’expulser à l’autre bout du hall, contre un pilier. La douleur vint plus tard, mon torse et mes jambes avaient été dévorés par cette attaque, et il allait bientôt s’en prendre à Alicia, qui n’avait clairement pas plus la carrure que moi pour résister à une telle attaque. Elle frappa son bâton au sol, son corps scintilla aussitôt d’une lueur liquide. Lorsque l’attaque apparut, son corps absorba la totalité de l’eau sans qu’elle ne subisse le moindre dommage. Une fumée surgit alors de son bâton pour l’entourer, la protégeant des flammes. Elle était douée ! La main de Mivard, qui s’était déplacé, toucha mon épaule.

« Liesel, tout va bien ?
— Un peu sonné…
— Il faut que tu comprennes à quel point tu es doué maintenant. Nous pourrons y arriver si nous le combattons tous ensemble.
— Vous êtes bien plus fort que moi…
— Très honnêtement, je ne saurais pas faire la moitié de ce que tu fais. J’ai confiance en toi. »

Une fumée étrange entoura Alicia, qui s’éleva dans l’air comme si son corps ne pesait plus rien. Elle fondit vers Nazir, dont les traits du visage changeaient en rythme, puis logea son bâton en plein dans son estomac. Il riposta en lâchant une bourrasque épaisse qui la fit voler à l’autre bout de la pièce. Le papier se mit bouger et créer un toboggan vers elle, afin d’amortir la chute. Je me relevai, déterminé à en finir avec lui. Un gaz coloré apparut face à moi et malgré une odeur acide et piquante très désagréable, mon corps sembla s’investir d’une motivation incroyable.

« Il a peut-être la force de trois personnes, mais nous n’avons qu’une cible à abattre ! »

Je courus vers lui. Il lança vers moi deux lames de vent, dont je calculais la trajectoire à une vitesse incroyable. Il me suffit de pivoter sur moi-même pour les éviter. Ce stimulant que m’avait donné Alicia était incroyable. Elevé sur quelques marches de papier pour éviter le sol de feu qu’il venait de créer, je glissai sur un sol qui apparaissait de façon synchronisé alors que des jets d’eau bouillante me ciblaient. Presque à sa hauteur, je formai quatre lances rétractables volantes qui me suivaient. Deux d’entre-elles tentèrent de le tuer, alors qu’une troisième s’envola vers son visage. La dernière, dans ma main, visa son ventre. Un mur de feu apparut autour de lui, suivit aussitôt d’un mur de papier de ma confection, qui prit à ma place la vague bouillante et l’absorba toute entière. Je formai un gantelet de papier puis frappai de toutes mes forces vers son visage. Il prit dans sa main mon poing, comme l’avait fait Khalis. Le visage de Nazir laissa apparaître celui du mage de feu, ce qui indiquait qu’il allait réagir de la même façon. Je disparus aussitôt, et filai à l’autre bout de la salle en un instant. Il n’avait pas réalisé que, de l’autre main, j’avais pris sa dague, Khamsin.

« Ceci m’appartient, mahkati !

Le mage de vent s’envola et lança vers moi plusieurs flèches acérées, que j’esquivai rapidement. Deux mains géantes saisirent le sorcier comme s’il eût été une mouche. Je réalisai alors que le golem de papier que mon mentor contrôlait. Il jeta avec une violence colérique le mage contre le sol, mais celui-ci s’entoura d’un vent sauveur au dernier moment, s’envola et cracha un énorme brasier pour réduire en cendres le golem. C’était sans compter sur le soufre dont il était recouvert grâce à Alicia. Le mage explosa, toujours en vie, et retomba sur des piques de papier qui l’empalèrent avec force. Le visage de Nazir devint livide, puis blanc et enfin disparu dans un liquide bleuté. Un leurre aquatique !

« Crevez ! »

Une bourrasque de vent chaud nous réunit tous en un même point, dos à dos. Nous comprîmes alors qu’une attaque puissante nous ciblait. Mivard éleva autour de nous des armures de papier, tandis que je créai un petit dôme. Alicia créa aussi une poudre qui vint modifier, non sans une légère douleur, notre peau en un métal résistant, tout en nous laissant libre de nos mouvements.

« UNISSON RAID : TAHAA BIALBUKHAR !!
— Un Unisson Raid avec lui-même !? »

Un tourbillon de flammes, d’eau et de vent nous entoura et le tout se changea rapidement en une vapeur volcanique. L’eau présente dans cette fumée blanche réduisit à néant mon dôme ainsi que nos armures. Alicia libéra à nouveau une potion sous forme de gaz qui rendit notre sang glacé. Refroidir l’atmosphère autour de nous était tout ce qu’elle pouvait faire. La jeune fille et moi nous en sortîmes avec quelques brûlures majeures, mais rien ne nous empêchait de continuer. Mivard s’écroula cependant, du haut de ses quatre-vingt-sept ans, il commençait à peiner.

« Maître ! Non… Restez debout !
— C’est fini… Ils ont brûlé ma bibliothèque, ils ont pris le livre que je protégeais depuis des années, je n’ai plus aucune raison de vivre désormais… Au moins vous aurais-je connus, Alicia, Liesel. Merci.
— Arrêtez de dire des choses pareilles ! Je n’ai pas fait tout ce chemin pour vous voir mourir sous mes yeux ! »

Ils avaient le livre que Mivard protégeait ? Un instinct étrange me disait que c’était la clé du combat. Il était du même auteur que le grimoire d’Irina, peut-être pouvais-je utiliser son pouvoir ? Etais-je le seul à pouvoir le faire ? Je devais tout de même essayer. Je sondai les alentours pour essayer de localiser l’ouvrage par la magie. Celui-ci se manifesta amplement, comme s’il répondait à mon appel, je pouvais sentir ce papier chargé de magie. Le livre d’Irina sembla réagir lui aussi et je pus en effet constater qu’il s’agissait du même type de livre. Ils m’intriguaient de plus en plus.


« Je dois vérifier quelque chose ! Retenez-le ! Alicia, ne le laisse pas toucher le maître !
— Tu es sûr de toi !?
— Pas vraiment, mais si on tente rien on va mourir tous les trois ! »

Quelques gardes tentèrent de m’empêcher de sortir de la salle, sans succès. Un étrange instinct me guidait, comme si une voix au fond de moi me disait où aller et que faire. En traversant quelques couloirs, j’arrivai dans une petite pièce. Le livre était posé au centre, sur un petit piédestal. Les pages de ce grimoire m’appelaient, je ne pouvais que répondre. Je caressai la couverture, ouvris le livre et observai les pages totalement vierges chargées de sens. En réalisant ce que dégageait ce livre-ci, je sortis le livre offert par Irina et remarquai qu’il émanait une sensation chaleureuse, une sensation qui donnait envie d’aller de l’avant. Quant à celui de la bibliothèque, une chaleur de réconfort et de confiance se faisait sentir. Rapprocher les deux les avaient bel et bien faits réagir. Je devais en savoir plus sur ces livres-là. Mais tout d’abord, je devais arrêter Nazir ainsi que le Consul. Il avait pris un malin plaisir à observer le combat depuis son trône, il allait redescendre rapidement. Je retournai aussi vite que possible dans la salle du combat. Alicia était gravement blessée et Nazir riait sans s’arrêter, alors qu’elle usait de ses dernières potions pour parer ses interminables assauts qui l’épuisaient. Le maître reposait contre un pilier, la main sur le cœur, qui devait lui faire mal. Son visage s’illumina d’espoir en voyant que les deux grimoires flottaient près de moi.

« Nazir, Iyàs, Khalis ! »

Je sentais bien que je n’étais pas au meilleur de ma forme, mes blessures faisaient toujours mal, surtout le coup de dague qui était loin d’avoir guéri, et ma reserve de magie bien entamée, mais je devais le faire. Les deux grimoires flottant s’ouvrirent et leur papier m’entourèrent en deux cercles distincts. Les feuilles d’Irina étaient les plus proches, prêtes à me soigner, alors que les autres, dont j’ignorais les effets, formaient deux cercles extérieurs. L’adversaire se tenait au milieu de la salle. J’activai la dague Khamsin et filai à travers la pièce. Le mentor se releva tant bien que mal et éloigna Alicia qui n’en pouvait plus. Celle-ci cependant, utilisa sa dernière ressource pour libérer un nouveau gaz stimulant dans la pièce autour du mentor et moi-même. La dague consommait relativement peu d’énergie pour l’agilité qu’elle octroyait, c’était une bonne chose.

J’apparus presque immédiatement derrière Nazir, mes deux cercles extérieurs se transférèrent autour de lui. Il tenta de les brûler, mais mon maître fit surgir plusieurs aigles de papier pour perturber le mage. Les feuilles se rapprochèrent de lui, jusqu’à le recouvrir totalement. J’injectai mes Aeternanos dans les pages et la même sensation que j’avais connu se produisit : elles se nourrissaient de mon pouvoir et agirent subitement. D’énormes échardes sortirent de chacune d’elles, des épines qui perçaient le corps de notre ennemi, qui s’écroula immédiatement dans un cri de douleur. Les trois visages qu’il portait se teintaient de souffrance, comme si chacun vivait les maux des autres. Les aléas de la nécromancie, je suppose. Il ne cessa de crier que lorsque j’égorgeai une bonne fois pour toute Nazir. J’eus une pensée pour Adam, et sa voix résonna dans mon esprit : « tu fais de ton mieux » disait-il. Je ne considérai qu’un court instant de faibles regrets d’avoir tué deux de ces hommes, mais j’allai rapidement mieux, car ils étaient ennemis, et même si la guerre était cruelle, il fallait choisir un camp et s’y tenir.

« Yrcer Faïz Eladrin. » menaça mon mentor qui respirait difficilement.

Le gros monsieur descendit de son trône, beaucoup trop confiant, sa pipe à la main. Je rangeais toutes les feuilles magiques que j’avais utilisées dans les grimoires, et portai attention à la discussion qui allait suivre.

Les soldats que Liesel balaie comme des mouches depuis tout à l’heure et le Consul:

« Que crois-tu faire, Mivard ? Me tuer ? Soit. Le peuple ne te laissera pas t’en sortir comme ça. Ta bibliothèque est détruite, pourquoi voudrais-tu continuer à te battre ?
— Ce peuple vient s’instruire chez moi et tu les endoctrines à leur insu, tu les manipules par la magie ! Je ne peux pas te laisser poursuivre ainsi !
— C’est pourtant de ta faute, si la ville est dans cet état. Tu as mené la rébellion, avec ton ami Hassan.
—Oui. J’ai mené cette rébellion pour empêcher cette ville de tomber dans cette guerre infâme et inutile. Je voulais la libérer des conflits en la rendant indépendante. Ainsi elle n’aurait pas été embrigadée dans le conflit. J’ai été stupide de croire Hassan… Il m’a manipulé. Aujourd’hui, je vais reprendre la ville de la façon dont nous étions censés le faire ensemble à l’époque, il a des années. Je vais offrir cette cité au peuple.
— Oh vraiment ? Sais-tu seulement où se trouve le charme qui manipule les citoyens ?
— Je ne suis pas stupide. Les bagues. »

Le consul sembla comme perdre sa confiance d’un coup et sortit une épée. Mon maître fut plus rapide et plusieurs lances de papier se logèrent dans son abdomen adipeux. Il en tomba, mort. Maître Drosin s’approcha et brisa les bagues de son pied. Les citoyens réalisèrent immédiatement ce qui venait de se produire : ils comprirent que le sort avait été rompu, comme s’ils avaient assisté à toute notre histoire. La joie sembla régner, plus bas, une vraie joie.


« Et si Bellum tente de reconquérir cette ville ? commenta justement Alicia.
— Ils ne s’y risqueront pas, au risque d’attirer l’attention de Desierto. Quant à Desierto, je dois envoyer mon rapport sur le champ… »

Tout finissait bien, en fin de compte. Enfin, c’était surtout le début de beaucoup de travail pour mon mentor, qui allait devoir remettre la ville en état, et sa Bibliothèque. Peut-être pourrais-je demander de l’aide à Mugetsu en ce qui concernait la reconstruction ? En guise de récompense pour avoir sauvé la ville et peut-être modifié le cours de la guerre… Nous étions loin de l’avoir totalement stoppée, cependant. Mais ce n’était pas de mon ressort, j’avais besoin de repos, de sommeil… Ces blessures allaient prendre un certain temps à guérir… Après tout ce que j’avais vécu ces derniers jours, je méritais un peu de bon temps.


J’étais rentré à la guilde. Mon mentor m’avait conseillé – ordonné – de garder le grimoire, étant donné que j’avais réussi à l’utiliser. Il me recommanda également d’essayer de me pencher sur la création d’objets dynamiques, il pensait que j’en avais grandement la capacité. Nous nous étions salués de façon assez concise, j’avais prévu de revenir rapidement, pour l’aider un peu, je ne savais pas vraiment à quoi mais tout de même. La première chose que je fis en rentrant, outre caresser Alkael à qui je n’avais pas prêté beaucoup d’attention ces derniers temps, fut de prendre une bonne douche. Je pus constater tout le sang que je perdais dans l’eau, car retirer mes bandages avaient révélé des plaies bien plus graves que prévues. Ce livre magique les guérissait un peu, mais rien de bien miraculeux pour le moment… J’étais toujours curieux à propos d’une chose. Ce rêve que j’avais fait pendant ma « mort ». J’avais le sentiment affreux que c’était quelque chose d’important dont je n’arrivais pas à me souvenir, comme si j’avais appris un élément essentiel… C’était tellement frustrant… La seule chose dont j’étais à peu près sûr, ou dont je voulais être sûr, c’était avoir vu Adam. Il me manquait… On se connaissait peu, pourtant nous avions noué une grande complicité… J’avais fini par comprendre, après seulement quatre jours, que je n’avais pas à m’en vouloir, mais… Je voulais le revoir, lui parler.

Je me déshabillai pour me mettre en tenue de nuit, bien qu’il ne fût que dix-sept heures à peine, m’allongeai dans mes draps froids, qui se confondaient avec la chaleur de mes bandages. Recroquevillé dans mes couvertures, je repensais à tout ce que j’avais vécu en si peu de temps… C’était éprouvant… Quelques pleurs m’échappèrent à cet instant. Je m’étais dit que je n’étais pas fait pour la vie de mage, encore moins mage indépendant, à traquer les mages noirs. Un moment de faiblesse, évidemment, car je n’étais pas encore au courant de ce qui allait bientôt m’arriver.

Je m’endormis tristement, partagé entre plusieurs émotions, mon coussin entre mes bras, Alkael contre mon dos. Je me souvins de mon rêve, cette fois-ci. Adam me disait d’avancer, il me rassurait et disait, avec sa voix grave et douce, que j’avais la force nécessaire pour avancer. Que je pourrais accomplir mes objectifs. Ensuite il m’avait enlacé, pendant ce qui m’avait semblé durer des heures dans le rêve. En me réveillant au milieu de la nuit, je m’étais dit que je devais tourner la page, sans savoir que des événements bien plus terribles m’attendaient.


Fin de l’arc Evlogiméni Mageía.



Fiche de RP (c) Miss Yellow




Fiche du mage
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Liesel Engelwald
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Jeu 08 Juin 2017, 00:14
         
Je te donne S+ et si tu oses me contredire, je mets 0 à ce texte. Na !

750 points, d’abord, en ajoutant ce score aux 250 points dus à une histoire rondement menée.

Enfin, étant donné que tu as rédigé 702 lignes bien pleines comme moi après un repas chez ma grand-mère, tu mérites 7020 jolis aethernanos.

Passons aux bonis, si vous le voulez bien !

♦ Si l’humain est imparfait, je conçois que ses œuvres puissent l'être également. Pas de perfection cette fois non plus, entschuldigung...

Récapitulatif des fautes pour les réclamations:
« que Mivard m’explique »
« personne ne s’en était pas rendu compte »
« toute entière »
« du cuir »
« air froid chargée »
« un toît »
« que je bondis »
« une grand nombre »
« me maintenant »
« d’elle-même »
« le troupe »
« à peine visible »
« sans surprise »
« j’avais l’impression »
« l’étendu »
« s’en suivirent »
« juge-en »
« se portait »
« de ronces »
« je posais »
« me rhabillais »
« faisait effet »
« avaient été dévorés »
« dont je calculais »
« de façon synchronisé »
« suivit aussitôt »
« toute entière »
« je réalisai alors que le golem de papier que mon mentor contrôlait. »
« et enfin disparu »
« vous aurais-je connus »
« les avaient bel et bien faits »
« leur papier m’entourèrent »
« je suppose »
« je rangeais »
« retirer mes bandages avaient »
« plus graves que prévues »
Et aussi l’orthographe du terme « aethernanos » qui, dans le texte, est orthographié « aeternanos ». Je ne sais plus si je l’avais relevé sur les autres textes mais ça ne change rien concrètement.

♦ La cohérence souffre d’une petite inattention : comment Liesel peut-il voir la fumée orange et le gouffre s’ouvrir au-dessous de lui alors que ses yeux sont couverts d’un masque ? Il a dû s’en débarrasser mais comme rien n’est précisé, je me vois obligée de pénaliser un peu... 90 points néanmoins, car ce n’est rien de grave !

♦ Niveau originalité, je tape dans les 50 parce que même si Alicia est aussi plate qu’une pizza italienne, sa magie est voilà sympa, mais aussi parce que la nécromancie mise en œuvre de manière intéressante je trouve !

♦ Allons-y pour 500 points d’histoire. Les textes clôturent un petit arc très intéressant qui nous fait découvrir Desierto – bien qu’il s’agisse d’une cité indépendante –, son environnement, et son conflit avec Bellum. Cekiétrébiain.

♦ 100 points de rendu, mais je me permets une petite remarque : aérer tes textes en paragraphes plus petits serait parfois plus reposant pour les yeux et le cerveau ! Pas que les tiens soient insurmontables, mais pour certains, il serait bon de les voir moins denses. ;)

♦ 50 points d’humour, c’est peu, mais le texte ne s’y prête pas vraiment, me diras-tu. Enfin tu n’as pas besoin de me le dire, de toute façon, haha ! Haha.

Plus sérieusement, le « bah c’est le plan » m’a aplatie.

♦ Notons finalement la rédaction ! Je suis désolée de ne mettre « que » 200, mais certaines répétitions alourdissaient considérablement le texte, et c’est dommage. Certaines tournures encore un peu malvenues pèsent dans la balance mais ne pleure pas – n’oublie pas que tu as 0 si tu oses me contredire –, ton texte reste bon !

Par la magie des mathématiques, l’addition de tous ces nombres nous donne un total tout à fait appréciable de 8770 aethernanos !

ET LIESEL REJOINT LE CERCLE DES MAGES EXPÉRIMENTÉS MAGGLE !



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Nina Andersen
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