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Engelwald & Leoni - Tout commença lors d'une froide nuit d'hiver...

Mar 09 Aoû 2016, 21:45
         
Partie I — Retour en enfance


Depuis le temps que j’étais dans les locaux de la guilde, j’avais eu l’occasion de noter quelque chose de particulièrement dérangeant… Alors que je sortais de ma chambre, la verrouillant derrière moi, le livre de mon mentor entre les mains, je remarquai que les couloirs étaient à nouveau vides… Je me rendis vers le salon pour continuer de lire dans la convivialité, mais… personne ne s’y trouvait. Un silence de mort régnait dans la guilde. On avait beau faire partie d’un grand projet et avoir des ressources colossales, les bâtiments étaient toujours déserts. J’avais beau me sentir bien dans ma chambre, marcher à travers la guilde était assez angoissant, du fait de la solitude que l’on y ressentait. Le quartier est était le seul endroit où, de rares fois, il y avait un peu d’animation : le silence de plomb de Nina dans la bibliothèque, qui était toujours plus appréciable que l’absence de compagnie ; ou le son de Dirk qui sifflait et chantait avec les coups de marteaux près des armureries… Outre cela, rien n’y faisait, le bâtiment avait fini par m’angoisser. Je ne pouvais plus rester seul ainsi. Je n’avais jamais vraiment apprécié la compagnie d’étrangers. Cependant, lorsque nous vivions à Bosco, j’entendais souvent des voix de visiteurs, d’enfants qui criaient parce qu’ils voulaient tel ou tel livre, de ma mère qui hurlait parce qu’elle critiquait ses horaires de garde et ses collègues… Il y avait de l’animation. Ici, rien. En regardant par la fenêtre, on voyait les créatures qui peuplaient Ouroboros virevolter et s’amuser — ou peut-être qu’elles s’entretuaient..? — pourtant cela ne contribuait que très peu à l’animation dans les couloirs.

Sirius… Savez-vous où est tout le monde ?

Master Mugetsu est dans son bureau ; Shirona est dans sa chambre ; Irma et Nina sont en mission ; Aria se trouve dans la salle du simulacre ; Dirk est dans la forge.

Je vois… Merci beaucoup…

Irma ? Je ne l’avais jamais rencontrée. En constatant ma moue déprimée, il sembla soupirer, réfléchissant à comment me remonter le moral.

Si tu te sens seul, tu peux toujours faire un tour à l’animalerie.

L’animalerie… L’idée ne m’avait même pas traversé l’esprit. Mais avais-je les capacités de m’occuper d’un animal ? Me dirigeant vers ce bâtiment, donc, je questionnai Sirius quant aux choix qui me seraient offerts là-bas. Chats, chiens, exceeds… Je n’avais pas envie d’un individu pouvant parler. Sinon il ou elle allait me déranger durant mes lectures. Un chat ou un chien pouvait donc être une bonne option. J’avais toujours aimé les chiens, enfant. Je me souvenais d’un gros chien que nous possédions, lorsque j’étais très jeune… Mes parents devaient sûrement encore avoir la photographie qu’ils avaient prise de nous deux, mais il était décédé peu après notre déménagement à Bosco. Ils l’avaient adopté bien avant ma naissance et avait fait ses dernières années avec moi. Un chien, c’était la compagnie idéale ! Il me permettrait de ne plus rester seul, aussi bien sur Ouroboros que sur le continent lors des voyages peu dangereux ! C’était décidé, j’allais adopter un animal.

J’entrai dans l’animalerie puis m’accoudai au comptoir, lorsque la voix de Sirius se manifesta dans mon esprit. Il me présenta les différents chiens que la guilde avait à disposition, ainsi qu’une brève description de leurs caractéristiques. Il me fit également part de préférences personnelles et de recommandations, mais c’était trop tard, j’avais trouvé mon coup de cœur. Il insista lourdement sur le fait qu’un chien n’était probablement pas le meilleur choix pour un mage indépendant, mais je voulais de la compagnie, pas un allié. Du moins, pour le moment…


Alkael !

Tu veux choisir celle-ci ? Parfait. Pour récapituler, Alkael est une femelle Grand Spitz, d’origine Berg. Dressée, elle obéit à des ordres simples qui doivent être prononcé en dialecte berg, mais ça ne devrait pas te poser de problème.

Non, en effet, j’ai les bases.

Elle est sportive, intelligente, indépendante et supporte la solitude – idéale pour un mage fréquemment en mission – bien que très attachée à son maître. Cependant elle a tendance à se méfier des étrangers.

Indépendante et affectueuse, c’est exactement ce qu’il me faut.

Sois prudent cependant : elle a besoin d’être entretenue et  de se défouler fréquemment. Les jardins de la guilde seront parfaits pour cela, elle pourra gambader comme elle le voudra ! Mais courir seul n’est jamais amusant très longtemps, si tu vois ce que je veux dire…

Courir avec elle me permettrait d’améliorer mon endurance…

Exactement ! Parce que vu l’état de Nina après une pompe et le tien après un sort, cette guilde a un grand avenir devant elle…

V-Vous avez raison !

Son sarcasme était le reflet des faits. Ma réserve magique était minable et mon endurance laissait tout de même à désirer pour le moment…

Alkael sortit pour me rejoindre, alors que son visage marquait son incompréhension. Souhaitant faire mon possible pour la rassurer, je m’avançai vers elle pour la caresser et me présenter. Elle semblait méfiante mais pas effrayée, c’était déjà un bon point ; les animaux avaient tendance à m’apprécier. Ma timidité affreuse avec les êtres humains était contrebalancée par mon aisance avec la plupart des animaux.

Bonjour. Je m’appelle Liesel ! Je vais devenir ton nouveau maître, Alkael !

Hum… C’est une chienne. Elle ne te comprend pas, Liesel.

O-Oui mais… Enfin… C’est pour la rassurer… Enfin je crois…

Alkael:

Une fois dans ma chambre, nous passâmes plusieurs heures ensemble, tantôt à (essayer de) jouer, tantôt à ne rien faire. Je lisais parfois, en la surveillant du coin de l’œil, l’emmenant à l’extérieur entre mes chapitres. Malgré mes efforts, elle semblait toujours méfiante avec moi, ce qui me déprimait un peu… J’espérais que ça ne durerait pas. Mais avec elle, je n’allais plus passer pour un fou en parlant tout seul ! De plus, les voyages seraient moins ennuyants.

Parce qu’une autre raison de son adoption était le voyage qui allait suivre. En effet, suite à la lettre que j’avais reçue de mon père, je souhaitais me rendre à la demeure de mon oncle Osvald, à Iceberg. Le problème était que la localisation exacte de sa maison m’échappait et je ne voulais pas demander à Sirius. Le seul souvenir des lieux que j’avais était le pied de la montagne sur laquelle il vivait en ermite. Il fallait passer une gorge. Loin d’être spécialement dangereuse, il fallait y affronter des bourrasques de vent ainsi que parfois des meutes de loups qui vivaient non loin. Alkael n’allait pas se battre, évidemment, mais j’avais… un peu peur d’y aller seul. Cet endroit m’avait terrorisé toute mon enfance…


Etant donné la méfiance du chien, je m’étais permis de partir dès le lendemain de son adoption, pour une raison simple : oncle Osvald pouvait communiquer et commander aux canidés. Les meutes de loups qui m’effrayaient tant étaient d’ailleurs à son service et protégeaient la maison. Enfin, il s’agissait plutôt d’agresser chaque personne qui passait par ici, mon oncle y compris.

Ainsi nous prîmes tous les deux le portail vers la gorge. J’avais rassemblé mes affaires : de quoi me battre ; mon manteau, doublé d’un pull — je n’avais jamais vraiment craint le froid, au contraire, mais les bourrasques de vent étaient ce qu’il y avait de pire. Je prenais surtout ma dague. Elle avait pris une dimension particulière à mes yeux, comme si elle était l’incarnation de mes progrès jusqu’ici. En étant resté chez mes parents, jamais je n’aurais pu atteindre un tel niveau si vite, c’était certain.
J’avançai de quelques pas, tenant Alkael par la laisse que l’on m’avait offerte dans l’animalerie, puis nous arrivâmes au cœur d’un grand froid, si subitement que mes dents claquèrent et ma chienne se secoua en tremblant. Cette race de chien était pourtant habituée au grand froid, et moi avec, mais le vent qui sifflait dans cette gorge était affreusement mauvais.



Gorge de Weißzähne:

La chienne aboya en constatant les lieux, elle semblait effrayée. À croire que cet endroit avait réellement quelque chose de menaçant si je n’étais pas le seul à en avoir peur.

N’aie pas peur, Alkael… Cet endroit est sans danger… De toute façon je sais me défendre, donc il est inutile d’avoir peur… Avance et n’aie pas peur, Liesel…

Nous continuâmes droit devant, elle, à l’affût, moi, recroquevillé sur moi-même face au vent, prêt à me battre, serrant mon arme pour me rassurer. Je n’avais pourtant aucune raison d’avoir peur pour l’instant… Mais le sifflement du vent dans la roche faisait monter en moi des frissons de terreur, si bien que j’avançais plus vite pour retarder ma mort. Alkael aboya et je sursautai à son cri. Elle fixait un point sur un rocher dont la surface supérieure était plane, comme si elle avait aperçu quelque chose qui avait disparu. Cependant, il était trop haut pour que nous puissions voir ce qu’il y avait dessus… Je tirai sur la laisse pour avancer, mais rien à faire, elle continuait de fixer ce point, avec un regard qui traduisait une agressivité liée à la peur. Avait-elle vu un loup ? J’espérais au fond de moi qu’oncle Osvald s’était amélioré dans sa magie de domptage des canidés pour que ces derniers nous laissent passer sans problème, mais je n’y croyais pas vraiment.

Alkael, on avance, il n’y a rien. Et tu n’as pas à avoir peur, je sais me battre. C’est pas cinq loups qui risquent de m’effrayer…

Elle se décida à bouger puis nous continuâmes, mais plus loin, alors que je commençais à prendre confiance, un bruit surgit derrière moi. Par réflexe, trois pages de mes livres déchirèrent le sac de l’intérieur afin de pourfendre l’origine de ce bruit, alors que je ne m’étais pas encore retourné. Les feuilles gisaient seules sur le sol, mouillées par la neige, inutilisables. La chienne commença à grogner…

Toi aussi, tu as ce sentiment d’être épiée…

Une chose était certaine, seul, je n’aurais jamais eu le courage de traverser cet endroit. Seul, j’aurais surtout demandé à Sirius de m’emmener juste devant la porte, mais pour un futur chasseur de mages noirs, avoir peur du vent était pitoyable. Je fronçai les sourcils en me répétant que je savais me battre, puis je continuai. À seulement quelques mètres avant le fond, là où se trouvaient les escaliers vers le plateau, un hurlement retentit. Des loups. Ils allaient donc bel et bien attaquer… Je tirai la corde pour laisser la chienne derrière moi et serrai plus fort encore ma dague.

Reste bien derrière ma fille, je vais m’occuper de ça.

Les profondeurs de Weisszähne:


Cinq loups surgirent des rochers, à croire que le destin se jouait de moi, avec la phrase que j’avais prononcée plus tôt. Ils ne tardèrent d’ailleurs pas à attaquer. Je devais réagir dans l’immédiat, bloqué par la chienne que je devais protéger. J’ouvris mon sac et une centaine de feuilles surgirent de celui-ci pour tourbillonner autour de moi. Alors qu’un loup attaquait sur la droite, un bon nombre d’entre elles se dirigèrent vers lui. À mon mouvement de bras, une barre solide fit son apparition dans la gueule du loup, au moment où il avait sauté sur moi.

Tss, ça va pas le faire comme ça…

Je lâchai le sac au sol puis plusieurs feuilles virent former un petit mur devant la chienne et mon sac, les mettant à l’abri. Alors qu’un animal sauta si haut que je pus le regarder dans les yeux, je me baissai immédiatement, lançant derrière moi plusieurs feuilles tranchantes qui le blessèrent immédiatement, après qu’il fut retombé. Je ne voulais pas les tuer, ils ne faisaient que défendre un territoire… Il cessa de se battre, mais celui dont j’avais bloqué l’assaut plus tôt avait réduit à néant le bâton que j’avais utilisé.

Ces feuilles sont précieuses, imbécile !

Il me suffisait de lancer quelques sorts et j’étais fichu, s’ils réduisaient à néant les feuilles que j’utilisais, je n’allais pas m’en sortir… Je fonçai vers le loup qui se dirigeait droit vers moi. Celui derrière me poursuivait. L’ennemi face à moi sauta pour m’attaquer, moment dont je profitais pour glisser sur la neige et lui planter ma dague dans la patte, avant de rouler sur le sol en lançant du papier sur mon poursuivant. Il n’en restait que deux, dont le loup Alpha.

Les deux adversaires restants:

Attends !? Un dégagement mag-…

Je ne pus finir ma phrase que je dus esquiver l’assaut du plus petit, qui avait fondu sur moi à tout vitesse. Je pouvais confirmer, ces créatures étaient magiques ! De même que pour les précédentes, mais beaucoup moins. À seulement quelques mètres face à moi, l’ennemi restait immobile.

Des loups maîtrisant la magie ? Je n’ai pas assez de ressources pour ça…

Il s’avançait vers moi lentement, à mesure que je reculais, puis cracha un souffle glacé qui vint brûler ma peau tant il était froid. Mes jambes étaient désormais violemment irritées, si bien que le frottement des vêtements était un supplice. Je tombai au sol, des larmes de douleur coulant sur mon visage, me hurlant intérieurement de me relever pour continuer à combattre, mais rien n’y faisait. Il s’approcha vers moi, puis m’immobilisa avec ses pattes. Il ouvrit la gueule, à seulement quelques centimètres de mon visage, lorsqu’une voix retentit.

ZIT !

Le loup s’éloigna et s’assit sur le sol, remuant la queue. Un homme fit son apparition derrière les rochers et je dus attendre qu’il se rapproche avant de le reconnaître.

Oncle Osvald !

Osvald Leoni:

Il est blessé… Eryck ! On le porte !

Le mur de papier tomba, laissant apparaître la chienne et mon sac, tous deux immobiles.

Raap op ! Volg !


L’animal obéit, prit le sac dans la gueule et nous rejoignit. Alors que mon père et mon oncle se partagèrent mon poids, les loups que j’avais blessés disparurent et les deux autres nous suivirent pacifiquement. Nous montâmes les marches alors que la voix de ma mère parvenait jusqu’en bas…

ALORS !? Il est mort !? Pas Liesel hein, le loup !?

Non ! Il a pas eu le temps de le blesser !

Il s’est fait rétamer !? C’est que mon idée a marché alors !

Ça pour marcher ! C’est moi qui marche plus !

C’était non sans une certaine agressivité que j’avais clamé ça… utiliser son fils comme un cobaye… Enfin, au moins ils me surveillaient. Nous arrivâmes au sommet du plateau, là où il faisait beaucoup plus chaud qu’en bas. Si chaud… Que la neige avait fondu. La décoration de cet endroit n’avait pas changé. Elle était très différente du reste d’Iceberg, je me demandais d’où venait cette inspiration.

Maison d’Osvald Leoni:

Revoir cet endroit et mes parents était un véritable retour en enfance !  Alors que l’on me portait toujours jusqu’au bâtiment du fond, je pouvais regarder les cibles à droite sur lesquelles j’avais appris à tirer. Tous les souvenirs me revinrent, les bons comme les mauvais, dans cet endroit qui avait bercé ma petite enfance, avant mon déménagement à Bosco. Cependant j’étais arrivé tôt à Bosco, donc j’avais également beaucoup de souvenirs là-bas. On me laissa dans la chambre, avec le matériel médical, enfin, ce fut après que j’eus insisté auprès de tout le monde sur le fait que, oui, j’étais capable de me soigner tout seul. Ainsi je badigeonnai mes jambes d’une crème qu’ils m’avaient donnée puis créai des bandages de papier pour éviter les frottements, avant de me rhabiller et de retourner dans le salon. Je m’assis sur l’un des coussins, autour des thés qu’ils avaient préparés. Mon père prit la parole.

Alors, cette guilde ?

Eh bien… Je ne sais pas trop par où commencer… J’ai rencontré de nouveaux membres, qui ont à peu près mon âge.

Tu te feras peut-être des amis alors ! Ahah, tu n’en avais pas eu un seul depuis… Comment ils s’appelaient déjà ?

Yvan et Ulis… Mais ça remonte à longtemps ! Je n’ai rencontré que des filles pour l’instant, l’une s’app-…

Ooooh ? Une fille, ce sera p’tête l’occasion de te trouver une copine ?

Evidemment. Elle répétait ça en me donnant des coups de coude et en faisant des clins d’œil… Ce qui faisait rire mon oncle et mon père, alors que je voulais juste leur parler de ce que j’avais vécu, pas me faire chambrer sur ça… Je leur parlai donc de Nina, d’Aria et d’Ysaline, en choisissant bien mes mots pour éviter de subir d’autres boutades — ce qui était raté. Je leur parlai également de la lettre et de Mivard Drosin, ainsi que de mon court séjour à Desierto, mais également de mon entrainement, de mes lectures… Pas une seconde de ma vie à la guilde ne leur avait été cachée.  Cela rappela d’ailleurs à mon père — qui décrivait avec moi les bâtiments — qu’il avait cet anneau pour ma mère, leur permettant de venir à la guilde. Mon séjour raconté, je pouvais enfin leur poser la question qui me démangeait.

C’était quoi, ces loups magiques, là !?

Mmh, un test. Une expérience de ta mère et son frère.

Nous avons tenté de fusionner notre magie, j’entends par là dompter un loup, et par ce biais, lui donner accès à la magie de Cläre, la neige. Il y a eu des loupés, sans incidence sur les créatures (mais sur nous) mais nous y sommes parvenus.

C’était une expérience dangereuse, on donne pas libre accès à ses canaux magiques à n’importe qui, mais Osvald n’a aucun secret pour moi, nous avons tout appris ensemble, et puis nous sommes du même sang !

Je vois…

Quant à ceux que tu as réussi à tuer, il s’agissait de créations tirées du conte du Petit Chaperon Rouge, comme tu m’as déjà vu le faire. Mais je voulais voir si la magie de ton oncle pouvait s’appliquer sur ces choses.

Et ça a marché ! Ça a été difficile aussi, mais en temps normal, ces créatures sont sous le contrôle permanent de l’invocateur, elles n’ont pas de conscience. Mais nous avons réussi à lui implanter un semblant d’autonomie, rendant chacun de ces loups assez intelligent pour une seule tâche : défendre les lieux. Cela permet de ne pas blesser inutilement trop d’animaux réels…

On a même essayé de faire fonctionner ça à trois, créer un loup, le soumettre et lui donner accès à la magie, mais… c’est impossible. Même pour nous trois, qui sommes très proches.

En effet : Eryck et Osvald étaient amis d’enfance, c’était grâce à cela que Cläre avait rencontré Eryck, d’ailleurs…

Et pourquoi tant de précautions ?



Visiblement j’avais posé une question gênante… Un silence de mort régna pendant plusieurs secondes, avant que mon père prenne la parole. Il se fit cependant couper par ma mère, qui voulait expliquer.

Le clan Leoni a appris mon retour dans le pays.

Et alors ?

Ta mère et moi les avons trahis…

Ils baissèrent tous les deux la tête, le sujet semblait sensible. Avant que je leur dise de ne pas en parler s’ils le souhaitaient, elle prit la parole à nouveau, après un long soupir.

Nous avons parlé du grand secret des Leoni à un membre d’un autre clan, Eryck. Nous nous sommes faits bannir pour l’éternité. Nous n’aurons même pas le droit à une sépulture. Ainsi Osvald est resté là, parce que nous savions tous les trois ce qui allait se produire…

Qu’est-ce qui va se produire ?

Le clan Leoni est dirigé par une lignée de femmes. Ta mère est l’héritière directe et unique du clan. Ils la recherchent donc pour faire la cérémonie de pardon et la placer à la tête du clan.

Qu’est-ce qu’il y a de mal à cela ? Ta famille te pardonne…

Il y a tout de mal !

Elle frappa son point sur la table. Mon père s’approcha pour la rassurer, alors qu’elle entrait dans une colère noire. Les mots sortaient entre ses dents serrées, jamais je n’avais vu ma mère dans un état pareil.

Ils nous ont humiliés. Alors que nous formions le seul éclat de bon sens de toute cette famille, ils nous ont déshumanisés, renvoyés… Pendant cette période de ma vie, je n’avais plus aucune raison de vivre… Et ils veulent me « pardonner » !? Ha ! Idiots, imbéciles, narcissiques et égocentriques, ne pensant qu’à leurs traditions dont je n’ai que faire.

J’ai assisté à l’une de leur « cérémonie du pardon » … Il s’agit en réalité de trois jours et de trois nuits de tortures, si bien calculées que lorsque tu en ressors, tu considères la clan comme la chose la plus importante au monde. Notre famille est maudite.

Et ils reviennent la bouche en cœur, pff, qu’ils crèvent. Reprendre la suite de notre « chère et tendre » mère, Némée VI, et puis quoi encore !?

De toute façon ils peuvent envoyer toute leur secte, on ne les laissera pas faire.

Si jamais ils essaient… Prévenez-moi, je viendrais vous aider.

Ne t’inquiète pas ! De toute façon nous allons bientôt repartir pour Bosco…

Je me faisais du souci pour elle… Elle avait beau être très forte, je ne savais pas si elle pourrait tenir face à l’attaque de tout un clan d’Iceberg… Mais l’heure n’était pas à ça. De toute façon, elle ne se laisserait pas faire, même sans combattre elle trouverait une solution.


Mais j’y pense, tu t’appelles Engelwald aussi, comment ça se fait ?

Elle poussa subitement un énorme cri d’exaspération qui me fit sursauter. Elle m’expliqua qu’elle avait fait la cérémonie d’intronisation chez Eryck, qui était en bons termes avec son clan — qui ne confinait pas ses membres dans un périmètre limité. Mon père expliqua que la cérémonie avait duré des heures, qu’elle avait prêté serment sur des dizaines de trucs qu’il avait oublié, puis on l’avait présenté devant le chef, qui avait une tête affreuse… Elle était morte de rire. Je savais cependant que ces promesses et ces cérémonies, bien qu’ennuyeuses, avaient une importance à ses yeux. Elle l’avait déjà prouvé, lors de la destruction de notre résidence. Cette joie de vivre, ça m’avait manqué dans la guilde : nos petites conversations, mes parents… le sentiment d’être non pas en sécurité, mais là où je me sentais le mieux. Mon oncle « discuta » avec Alkael un petit moment, qui en revint transformée. Il lui avait comme expliqué qui j’étais et elle arborait un visage plus détendu, comme rassurée. Cette magie était vraiment intéressante… Nous partîmes nous coucher, parce que l’après-midi avait filé à toute vitesse lorsque j’avais raconté ma vie. Sur les matelas au sol, la chienne était contre moi, me tenant chaud. Cependant le sommeil ne venait pas… éclairé par la lune, je me demandais ce qu’il allait advenir de tout cela lorsque je serai un membre à part entière d’Aeternitas… Il me tardait de le découvrir, pourtant la crainte laissait ses marques sur cette impatience.


La nuit avait été agréable, Alkael avait été géniale en tant que chauffage, et les matelas étaient plus confortables que ce qu’ils en avaient l’air. Cependant, le réveil…

ALLEZ DEBOUT !!! On commence la journée avec un petit footing ! Hop hop hop ! Allez ! Mais quelle larve ce mari… Et cet enfant n’est pas mieux !! DEBOUT !!!

Elle en vint à nous frapper pour nous forcer à nous lever et à courir. Nous nous retrouvâmes donc à l’extérieur, comme quatre idiots, à courir. Osvald et ma mère étaient en tête, au pas de course, alors que mon père et moi compatissions dans notre décès, à l’arrière. Puis ce fut le tour des pompes…

Une ! Deux ! Une ! Deux ! Une ! Deux ! Liesel ! Je crois pas t’avoir autorisé à t’allonger ! On reprend !

Pour finir avec les abdominaux, qui m’avaient totalement achevé. Sans parler non plus des étirements, des sprints, de l’escalade de la façade du bâtiment, de la gymnastique, des entraînements de combat à l’épée, de l’autre footing… Ça n’allait jamais finir ! À la moitié du programme, mes muscles me faisaient déjà si mal que je ne ressentais presque plus la douleur, tout cela pimenté par les ricanements de Sirius que j’entendais, ainsi que ses commentaires « Allez ! Même Nina fait mieux que ça ! »… Mais le plus difficile fut les exercices magiques. Invoquer une feuille, faire trois pompes, invoquer une feuille… Mon corps ne pouvait tenir ça, tandis que j’observais la fratrie le faire sans problème, mon père avait déjà abandonné depuis plusieurs heures. Quand ce fut l’heure de passer table, je m’attendais à une bonne spécialité berg, rêvant d’un bon steak pour me redonner des forces… que nenni ! Des simples légumes soi-disant plein de vitamines et de protéines. Je voulais rentrer à Aeternitas. Vite.

Liesel ? Tu sembles ne pas aller bien…

Evidemment ! Je n’ai pas l’habitude de tout cela moi !

C’est ce qu’on fait tous les matins depuis l’enfance.

Vous êtes masochistes…

Mais on a la forme !

Oui bah nous en attendant on va pas tarder, on a de la route à faire.


Mon père ne croyait pas si bien dire en plaisantant. Je devais rentrer à Aeternitas. Avant de m’endormir, j’avais signé pour une mission d’escorte de bateau dont le départ avait lieu très bientôt, je ne pouvais donc pas rester trop longtemps. Je me réservais le temps de déposer Alkael, ne voulant naturellement pas la prendre en mission. Je leur fis pars de tout cela. Osvald partit dans la chambre puis revint avec une petite boite.

Oh ! Tu ne vas quand même pas lui donner !? C’est ton bien le plus précieux !

Haha, il lui sera plus utile qu’à moi, je ne m’en sers pas, j’en ai pas besoin.

Pendentif de Baasje:

J’étais gêné de son présent. Il s’agissait du pendentif de Baasje, la femme qui lui avait tout appris sur sa magie. Il avait le pouvoir de lier un animal et son maître, afin que chacun puisse ressentir les émotions de l’autre, de communiquer par la pensée et même, en cas d’extrême confiance, de partager les blessures. Osvald n’avait jamais trouvé un animal digne de le porter — il fallait que l’animal en ait un aussi. Cependant, en « discutant » avec Alkael, il avait trouvé qu’elle possédait un fort instinct et qu’elle serait une chienne idéale. Je me demandais sur quels critères il jugeait cela… Lorsque je mis le collier, alors qu’Alkael l’avait déjà,  elle se mit à s’exciter et sautiller tout autour de moi, en aboyant ! Je me mis à genoux pour les faire des caresses, et vraiment, je venais de sentir un lien se tisser entre nous, juste comme ça, grâce à cet artéfact. Cependant…

Et si j’enlève le collier ? Où sera le lien ? Notre confiance ne dépend-elle que cet objet ?

Mmh… Je ne pense pas. La confiance doit être ancrée un long moment, et le partage des émotions doit se faire pendant encore quelques heures… Enfin je pense que ça dépend combien de temps tu le gardes avant de le retirer.

Je vois… Merci, Oncle Osvald !

Ah oui, par contre, ne il ne faut jamais mettre le collier sur un autre chien, ou inverser celui du chien et du maître. C’est la mise en garde que l’on m’a faite…

Merci ! Je dois vraiment y aller… je dois être au nord de Fiore d’ici demain, avant le lever du jour. J’aimerais m’y rendre à l’avance, pour faire connaissance avec mes alliés et pouvoir dormir aussi.

Nous sortîmes donc de la maison pour que Sirius puisse nous téléporter dans la guilde sans les gêner, alors qu’ils faisaient au revoir de la main pendant ma disparition.



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Mar 09 Aoû 2016, 22:17
         
Fort bien tout ceci, un S+ bien mérité. C'était très frais.

La correction interviendra à mon retour de vacances !



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Sam 13 Aoû 2016, 19:37
         
Voici le compte-rendu détaillé de la correction :

- c'était une histoire, voilà donc 250 points.

- un rang S+, c'est 500 points de plus.

- il y avait un total de 243 lignes, soit 2 430 points de base.

- je crois bien que c'est parfait !

- rien à redire pour la cohérence, tu as même pensé à l'anneau pour ka-san. 100 points.

- l'originalité est présente et vivifiante, fichu rituel tribal... 50 points.

- nous assistons principalement à l'apparition d'Oswald et au développement du lien Alkael-Liesel. Autant dire que ça vaut son pesant de cacahuètes. 450 pour être précis.

- le rendu est bon. Pour la prochaine fois, cependant, pourrais-tu augmenter un brin la saturation de l'écriture d'Oswald, mes yeux forcent pour la lire. 80 points cependant.

- ah, des parents qui jouent à molester leur enfant unique. Que j'aime ce genre d'humour noir foncé... 200 points.

- la rédaction est excellente, mais certaines syntaxes restent maladroites. Disons 240 points !


TOTAL : 4 300 points augmentés à 4 400 par le bonus de perfection !



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Dim 16 Avr 2017, 21:43
         

Leoni & Engelwald

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« J-Je suis désolé, je… j’en peux plus…
— Liesel ! Repose-toi, je prends le relai… »

Mon père m’avait rattrapé de justesse. J’avais failli m’écrouler et tomber de la charrette. Notre problème ? Nous n’avions pas de monture. Nous nous succédions donc, mon père et moi, afin d’en émuler une grâce à un cheval de papier, ou une meute de chiens de traineau. Je venais d’enchaîner près d’une heure d’activité en conduisant mon cheval, mais là j’étais à bout de forces… Je rejoignis ma mère, à l’arrière, alors que mon père allait devant. Nous étions partis depuis maintenant deux jours. Nous n’avions toujours pas quitté Bosco, nous y étions presque. J’avais insisté pour que Sirius nous téléporte là où nous devions aller, mais il avait refusé de façon catégorique, car j’allais soi-disant avoir une surprise en chemin. Ma seule surprise : des maux de tête affreux, un épuisement constant et un banc mouillé par la pluie de la veille. Qu’avais-je bien pu déclencher pour que nous méritions cela ? Au final, peut-être que je n’aurais jamais dû prendre ces livres… Je me blottissais contre Alkael, qui était avec nous tout le long. J’étais réellement effrayé de ce qui allait se passer, car depuis la panique que j’avais semée, je n’avais reçu aucune explication et ne nous étions presque pas parlés. Ils refusaient de m’expliquer, ils disaient que je devais d’abord intégrer le clan Engelwald. Cela ne faisait aucun sens, c’était mon nom d’usage, alors pourquoi n’étais-je pas déjà intégré ? Je supposais qu’il fallait effectuer une cérémonie fastidieuse pour être considéré comme un membre à part entière. C’était plausible : ma mère faisait partie du clan, pourtant elle était née Leoni. Et puis cette histoire de clan Leoni qui voulait ma mère pour accomplir la Cérémonie du Pardon et la placer à la tête du clan était terrifiante. Pour la première fois, j’avais peur que ma famille se décime. Même pendant la guerre, j’avais su rester le plus optimiste possible. La vérité était que cette stupide course m’avait fait douter de la vision héroïque que j’avais de ma mère. Si j’avais pu presque la battre, cela signifiait qu’il y avait des mages beaucoup plus puissants qu’elle… Quand j’étais enfant, en tant que son fils, une telle idée ne m’avait jamais traversé l’esprit.

« Liesel ?
— Oh ? Oui ?
— Tu avais l’air triste. Profite du paysage, tu sais à quel point celui d’Icerberg est monotone…
— Il fait encore nuit…
— On a qu’à faire un jeu. Regarde, on p-…
— Maman, je n’ai pas besoin de ça… Tout ce qui m’importe, c’est que nous arrivions le plus vite possible. Et nous n’avons même pas encore quitté Bosco ! »

Je réalisai trop tard que ma voix avait été chargée d’une faible colère, dont je m’excusai immédiatement après. Quand mon père était aux commandes, ses loups nous tiraient plus vite, donc nous avancions à vive allure. Cependant le bruit était gênant et les caillasses étaient affreuses. Je me demandais comment ils faisaient lorsque je n’étais pas avec eux… Mon père pouvait créer jusqu’à deux paires de Bottes de Sept Lieues en même temps, c’était sûrement ça. En y réfléchissant de plus près, je réalisai que j’avais oublié ces jours de trajets que nous faisions pendant les vacances pour aller voir oncle Oswald, quand j’étais petit. Je passais ces heures à dormir et quand j’avais arrêté l’école, nous n’y étions plus retournés. Mon père avait dû se rouiller pour que je doive prendre la relève. Je tentai une discussion avec Sirius, pour passer le temps.

« Dis-moi, tu sais quelque chose ?
— Je ne veux pas interférer.
— Mais je suis dans un état pas possible, je panique à l’idée d’avoir fait une terrible erreur… S’il te plaît, aide-moi…
— C’est dans mes règles. Je dois aider les membres d’Aeternitas dans leur travail et leur entraînement. Pas plus.
— Tu mens !
— Evidemment. Mais fais-moi confiance, j’ai refusé de te téléporter pour une bonne raison. Tu la découvriras au lever du jour si vous continuez à cette allure.
— Pff… »

De l’extérieur, tout ce qu’on avait pu voir était mon soupir. La nuit touchait presque à sa fin et nous avions tous les trois affreusement sommeil. C’était dangereux de voyager la nuit, car des prédateurs rôdaient. Mais le jour, nous risquions à tout moment de tomber dans une embuscade de brigands ou Stellane, car se rapprocher d’Iceberg impliquait se rapprocher de Stella.

« Regardez ! Si ça c’est pas un coup de chance ! Une auberge, au moment où le jour se lève !
— Ce que je vois surtout, c’est qu’on arrive à la frontière ! »

Le bâtiment:


Les grandes montagnes d’Iceberg semblaient écraser cette petite maisonnette. En traversant les flaques d’eau à toute vitesse, nous fûmes arrivés en un rien de temps. C’était comme une résurrection, nous allions pouvoir dormir au sec cette nuit. Nous entrâmes dans le bâtiment, exténués. L’aubergiste était une vieille femme bien en chair qui montrait des signes de fatigue mais qui, à en juger par son mari qui venait de se lever, allait finir son service.

« Ohlàlà, vous avez l’air épuisés… Moi aussi teh ! Prenez une chambre et vous verrez le paiement avec mon mari. Moi j’en peux plus j’vais coucher. »

Que Dieu apose toutes ses bénédictions sur cette femme, pensai-je. Un bruit familier vint ponctuer la fin de sa phrase, un cri d’un animal que j’aurais reconnu entre mille. Je me retournai et vis, sur le crâne d’une petite rouquine aux cheveux courts, un oiseau de feu. Je ne sus comment exprimer ma joie autrement qu’en fixant le groupe de voyageurs assis autour de la table jusqu’à ce qu’ils me remarquent.

« Eh mais ce serait pas… Liesel !
— Liesel !? »

Ysaline, Irina et Ilhem, ici, au beau milieu de Bosco. Ce n’était même pas ne serait-ce que crédible, pourtant ils étaient là. J’avais sauté au cou d’Ysaline, heureux de la revoir. Son mouvement de recul m’avait fait me souvenir qu’elle n’était pas très tactile… Ce n’était pas le cas d’Ilhem que je pris amicalement dans mes bras avec vigueur, ni même – fait étonnant – d’Irina, qui m’enlaça d’elle-même dans un silence qui disait beaucoup, chez elle. Mes parents restèrent complètement abrutis devant cette scène d’embrassade. J’allais devoir faire les présentations… Seigneur, j’allais devoir présenter Ysaline à ma mère, et ça… Ça, c’était quelque chose de terrible. Mais d’abord...

« Merci quiiii ?
— Mais qu’est-ce qu’ils font ici !?
— Bah, ils vont sûrement te l’expliquer, mais ils étaient en route vers Iceberg. Le but était d’aller à Pergrande, Ysaline t’expliquera tout, parce que c’est elle qui a chapardé le projet.
— Tu as gardé un œil sur eux…
— Evidemment. Un groupe soudé, des magies peu communes et intéressantes, des amis à toi… De plus, j’ai trouvé des choses intéressantes en fouillant de leur côté, le hasard fait vraiment bien les choses parfois. Mais ça, je n’en dis pas plus.
— Pas de soucis, je te fais confiance. Merci infiniment ! »

Quelque chose me disait que nous allions passer plus qu’une journée de sommeil dans cette auberge. Je présentai tout d’abord mes camarades à mes parents, qui comprirent que c’était avec eux que j’avais vécu tant d’aventures. Qui aurait cru que j’allais les croiser dans ces conditions… C’était exactement ce dont j’avais besoin. Après une brève introduction de chacun, mon père et ma mère décidèrent d’aller dormir sans moi. J’avais des histoires à rattraper de mon côté. Ils me proposèrent d’aller dans leur chambre. Je luttais contre la fatigue pour leur parler et les écouter.

« T’étais la dernière personne que je m’attendais à croiser ici !
— C’est vrai ! Qu’est-ce qui t’amène ? »

La voix d’Ysaline à elle seule me rendait plus qu’heureux… Je leur racontai tous les événements depuis mon départ : la lettre que j’avais reçue, puis les combats à Neferet. Je leur racontai que j’avais frôlé la mort et que j’avais sauvé une ville d’un conflit géopolitique. De leur côté, le trio avait également accompli des exploits : ils avaient sauvé un village entier d’une invasion de vers toxiques et de libellules venimeuses ; exterminé un nid de gobelins ; Irina avait même sympathisé avec des inconnus alors qu’elle était seule ! Ils m’expliquèrent leur trajectoire : après la mission d’escorte navale où j’avais rencontré Ilhem et Irina et le meurtre qui avait rendu Ysaline furieuse, ils s’étaient rencontrés aux abords de cette même ville. Je savais déjà cela. Ils s’étaient ensuite rendus à Sainte-Nuit, au musée des pierres, où je les avais trouvés. Pendant le périple avec Adam et Xylia, nous étions tous les quatre partis en ballons vers le sud de Seven, dans les montagnes. Ainsi, nous avions fini par arriver à Fortvieux, de l’autre côté de la chaîne de montagne, près de la frontière de Bosco. Là, Irina m’avait donné le grimoire qui se révéla être à l’origine de mes actuels problèmes. Enfin, Ysaline avait trouvé la trace de ce qu’elle cherchait, chose qu’elle avait refusé de nous révéler, à aucun de nous. Ils traversaient donc Bosco pour aller à Pergrande par Iceberg. (Enfin, initialement ils étaient partis vers la capitale pour partir en ballon jusqu'à Pergrande, mais on leur avait dit qu’il était hors de question de survoler Stella et que les vols vers l’est étaient annulés).

Ce n’est pas qu’une coïncidence:

Nous discutâmes de nos voyages et projets jusqu’à dix heures du matin. Ils avaient fini par parler entre eux, car je somnolais sur l’épaule d’Ilhem, à moitié inconscient de ce qu’il se passait autour de moi. Je me réveillai dans mon lit, dans la chambre de mes parents, encore fatigué. Ils étaient debout, en pleine forme. Je me frottai les yeux en leur parlant.

« J’ai dormi combien de temps ? demandai-je, paniqué à l’idée que mes amis fussent partis sans dire au revoir.
— Toute l’après-midi et toute la nuit. Tes amis sont dans la taverne. Ils nous ont proposé de nous accompagner jusqu’à Iceberg, puisque c’est aussi leur trajet. Je n’y vois pas d’inconvénient…
— Elle est mignonne la petite rouquine, mmh ? commença ma mère, c’est la fameuse Ysaline, c’est ça ? Vous avez déjà…
— Combattu ensemble. »

Ce n’était que le début d’une tornade de sous-entendus mal placés et tordus. Nous rejoignîmes mes amis, à l’extérieur. Le jour allait bientôt se lever. Contrairement à ce que nous avions fait à Bosco, c’est-à-dire voyager de nuit, il valait mieux voyager de jour à Iceberg. En effet, même si la météo était généralement plus calme le soir, les températures déjà basses devenaient dangereuses. De plus, la magie de ma mère pouvait nous protéger des intempéries. Devant le petit bâtiment, j’avais construit une grande montgolfière de papier, comme je l’avais déjà fait avec Ysaline. Cette idée la terrorisait, car elle avait le vertige, mais il était de hors de question que nous gravissions cette montagne à pied.

À ma gauche, mes parents.


« Bon, tout semble prêt. Eryck, t’as pensé à payer ?
— Oui, c’est fait.

À ma droite, Irina et Ilhem.

« Voilà, tout à l’air okay. Irina, tu as payé ?
— Oui, c’est fait. »

Irina était rayonnante. Elle était beaucoup plus active dans les conversations, si bien qu’on avait moins cette impression de la laisser dans son coin. C’était agréable de la voir prendre de l’assurance.


Ysaline créa une flamme au creux de sa main et le ballon décolla après quelques temps. Maintenir une forme stable était moins épuisant qu’un cheval qui tirait un chariot… Dans les airs, elle paniquait toujours autant, mais faisait fi de cette peur pour nous élever sur la montagne. Ça allait être beaucoup plus agréable que le voyage précédent. En quelques instants, nous étions loin au-dessus du sol. Iceberg était situé sur plusieurs centaines de mètres de glace, la vue aux frontière était donc magnifique… Certaines de ses régions formaient une cuve, c’était le cas de celle-ci. Nous pûmes nous en apercevoir lorsque nous arrivâmes au sommet de la montagne. Un paysage glacé se révéla à nous, depuis lequel le soleil se levait. La vallée la plus accueillante d’Iceberg, car elle était sur la trajectoire des caravanes jusqu’à Pergrande. Elles passaient, depuis Seven, par un col où se trouvait la Porte de Tristan, un long tunnel aménagé et surveillé qui débouchait sur le flanc de cette cuve. Ma mère nous contait, pendant que nous avancions, les histoires qu’elle connaissait sur chaque région que nous traversions. Cela fascinait Irina, qui écoutait tout avec attention. Ysaline aurait probablement été intéressée, si elle n’avait pas passé son temps à gémir et sangloter, pour la hauteur. Mon père, renfermé sur lui-même depuis plusieurs jours maintenant, finit par parler, d’un ton sérieux, mais souriant.

Vers la toundra au sud-est d’Iceberg:

« Dis-moi, Irina… C’est toi qui a donné ce livre à Liesel ?
— Oui, c’est moi. J’avais pensé qu’un mage de papier pourrait en faire bon usage.
— Tu peux me donner plus de détails sur la façon dont tu l’as obtenu ? »

Elle lui conta en détails ce qu’il s’était passé. C’était surprenant, habituellement elle se serait cachée derrière Ilhem pour qu’il explique… Elle restait timide, mais elle ne vivait plus dans son ombre. Elle expliqua qu’elle avait su modifier les propriétés du livre grâce à la pierre d’Elpída, car il était originellement prévu pour absorber l’énergie et la stocker. Cela étonna grandement mon père, qui murmura que cette rencontre n’était probablement pas le fruit du hasard.

« Je vais vous expliquer ce que je peux vous expliquer. Le clan Engelwald recherche ces livres. Ils sont dispersés aux quatre coins du monde, depuis des siècles. J’ai retourné tout le continent dans ma jeunesse, avec ta mère, avant que tu naisses. Je n’en ai trouvé qu’un. »

Il montra le livre qu’il utilisait pour se battre, duquel il tirait tous ses personnages de contes.

« Une légende au sein du clan raconte que seul un certain élu par… Hm, un certain élu pourra réunir tous les livres. Quand j’étais jeune, j’espérais de tout cœur qu’il s’agissait de moi, mais malgré tous mes efforts, je n’avais pu en trouver plus. Et voilà que mon fils arrive à la maison et rapporte deux de ces livres, en moins d’un an, sans même avoir particulièrement cherché. Liesel, je dois t’intégrer comme il se doit au clan car je pense que tu es l’élu.
— Oui enfin « l’élu », calme-toi hein, on dirait les vieilles légendes où le héros sauve le monde. Non non, t’as juste été choisi par tu-verras-qui pour faire tu-verras-quoi. T’as rien de surhumain, calmos. »

Choisi ? Par qui ? Et pour quoi faire ? Ça n’avait pas de sens… J’en saurais plus une fois sur place, c’était certain, mais j’attendais avec impatience ce moment… Je regardais la neige tomber près de nous. Elle semblait esquiver notre ballon, un sort de ma mère, pour qu’il ne se mouille pas. Tout était calme et paisible. La météo sembla soudainement s’intensifier, sans pour autant nous alarmer – mis à part Ysaline. Cependant, en constatant que le vent se levait avec une ardeur étonnante, ma mère commença à s’affoler. Une aura magique hostile vint s’installer autour de nous.


« Ils ont été rapides !
— Quoi !? Le clan Leoni !?
— Ce blizzard est magique. Je peux empêcher la météo normale de nous gêner, mais ce sort grandit en puissance à chaque instant ! Liesel, on va s’écraser si ce ballon est touché par la neige ! »

La neige devint tout à coup de puissants grêlons. Ilhem créa autour de nous une bulle d’ondes annulatives qui n’affectait pas le ballon. Les grêlons passaient cependant à travers, c’était inutile. On entendait des tambours se jouer au sol, des percussions de guerre. On voyait tout en bas une dizaine d’hommes et de femmes, du clan Leoni, qui n’attendaient que de nous attaquer. Des projectiles de glaces vinrent tout à coup cibler le ballon en mouvement.

« Qu’est-ce qu’on peut faire !?
— On va tous mourir…
— Irina, tu t’en sens capable ?
— Quand tu veux… »

La bulle bleutée d’Ilhem s’éclaira d’une lueur verte et un cristal apparut au centre de la nacelle. Le couple se tenaient la main et se concentraient. Je compris ce qu’ils faisaient : l’onde d’Ilhem diffusait la magie d’Irina sur une plus grande surface, et elle convertissait l’énergie magique des projectiles pour alimenter ce cristal et absorbait ainsi les attaques.

« Ils essaient de blesser mon fils, je ne vais pas le tolérer.
— Chérie, regarde, nous devons leur faire confiance.
— Si seulement je pouvais mettre fin à toutes ces histoires… »

Je vis au sol une personne de plus rejoindre le groupe. Un cercle magique l’entoura et l’instant d’après, plusieurs centaines de stalactites entouraient la bulle. Elles se dirigèrent tous subitement vers la bulle. Le cristal absorba leur pouvoir et brilla intensément avant de se briser en plusieurs morceaux. Irina s’écroula, alors que le ballon se trouvait maintenant perforé et détruit. Il ne fallut pas longtemps pour que la nacelle s’ouvre et que nous tombâmes tous.

« Eryck !
RAPUZEL ! »

Une lueur brilla autour de ma mère et les cheveux de celle-ci s’allongèrent à une vitesse incroyable dans des lueurs violettes. Elle s’accrocha à mon père et Alkael. Lorsqu’elle arriva à une distance correcte du sol, ses cheveux mystiques amortirent la chute en absorbant le choc. Elle se tourna vers le ciel pour tenter de nous secourir.

« Irina, près de moi !
— Ysa ! Accroche-toi ! »

Un parachute de papier se forma autour d’Ysaline, que je tenais fermement contre moi. Ilhem atterrit sans problème dans une bulle de vibration. Ysaline pleurait, contre ma poitrine.

« Tu sais que j’ai le vertige… »

La tristesse avec laquelle elle l’avait dit me toucha réellement. Je me dis à ce moment que plus jamais je ne la ferai monter sur un engin volant. Nous fûmes rapidement pris dans le vent plutôt violent, sans possibilité de contrôler notre direction. La neige finit par mouiller le parachute qui, petit à petit, se désagrégeait. Il finit par s’écraser dans la neige. Le sol était glacé et nous étions peu habillés. Nous nous relevâmes, elle sécha ses larmes, et nous constatâmes, en regardant autour de nous, que nous étions seuls au milieu d’une plaine déserte. Nous avions beau crier, personne ne venait.

« Liesel, je crois bien que nous sommes seuls… »


Le blizzard s’était calmé, mais le froid commençait à nous dévorer petit à petit. Nous allions finir morts de froid… Nous nous blottîmes l’un contre l’autre, sous une couverture épaisse de papier, une petite flamme entre les mains. Yolagaar était au creux du pull d’Ysaline, blotti contre elle. Nous marchions à travers la neige et le vent encore présent, sans trouver rien ni personne. Après ce qui devait être dix minutes de marches, nous trouvâmes sur notre route un grand château fait entièrement de glace. Il avait l’air inhabité, mais peut-être qu’il faisait plus chaud à l’intérieur ? La glace était bon insolant, après tout…

Le château de Wissenfrei. Ma mère nous en avait parlé tout à l’heure, en disait qu’un château abandonné et hanté se trouvait au milieu de cette toundra. De grandes arches de cristal s’élevaient haut dans le ciel, sans aucun mur. En entrant dans l’allée principale, nous réalisâmes à quel point le bâtiment était gigantesque.

Château de Wissenfrei:

L’endroit avait un certain charme presque gothique et il n’était pas rare de sentir des petits courants d’Aeternanos actifs qui faisaient frissonner malgré le froid. Ysaline et moi étions toujours blottis, sans dire un mot. Nous avancions vers ce qui semblait être le seul bâtiment doté de murs pour nous abriter du vent glacé. Elle avait l’air contrariée, tout comme moi. Où étaient mes parents ? L’idée que le clan les eût rattrapés m’angoissait… Elle devait penser à Ilhem et Irina… Je ne m’inquiétais pas tant pour eux, ils étaient solides tant qu’ils étaient ensemble. Et puis ils avaient dû gagner en puissance ces derniers mois, pendant que je m’affairais à la géopolitique de Desierto.

Nous entrâmes finalement dans un bâtiment entièrement fait de glace également. Il y avait un creux au centre de la pièce, qui était décorée de meubles tout aussi froids. Je recouvrai les deux fauteuils de papier épais, tandis qu’Ysaline alluma un feu au centre de la pièce, pour tenter de nous réchauffer. Nous restâmes un long moment sans parler, jusqu’à ce que je finisse par tenter une approche.

« J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va pas… Un problème ? »
— Mmh ? Oh, rien ! Je me fais juste du souci pour Ilhem et Irina, et tes parents aussi. »
— Ils sont solides ! Que veux-tu qu’il leur arrive ?
— Liesel, j’ai peur… Tu es quelqu’un dont je ne sais presque rien, pourtant j’ai une grande confiance en toi, parce que… enfin… Mmh. Comment dire… j’apprécie ta présence. Mais à chaque fois que je suis avec toi, l’affaire termine toujours en malheurs… Je ne veux pas dire par là que c’est de ta faute, bien sûr ! Seulement, ça m’effraie. Je n’ai pas envie de passer ma vie à la risquer, je ne suis pas comme toi… Je ne prends pas plaisir à ça. J’aime un peu d’action de temps en temps, mais c’est tout. Enfin ce que je veux dire, c’est pas une critique hein ! Je sais que tu fais de ton mieux pour éliminer les mages noirs.
— Comment tu… !?
— Ton regard face aux membres de la Confédération des Erudits, ta guilde secrète dont tu ne dois pas parler… Je ne suis pas stupide, tu es dans une guilde indépendante, et pas du genre qui regroupe des mercenaires libres. Je n’y porte aucun jugement ! Je désapprouve cette méthode, mais peut-être que je suis simplement trop naïve. J’ai appris à te regarder tuer, viendra le jour où j’aurais à faire de même évidemment. J’aimerais éviter, mais on vit dans un monde dangereux, je n’y peux rien. »

J’étais heureux qu’elle prenne la chose aussi bien. J’avais peur qu’elle réagisse comme lors de mon premier meurtre, qu’elle dise des choses affreuses… Ce que je faisais n’était pas bien, mais c’était mieux que de rien faire. Et puis ces mages noirs, qu’ils fussent motivés par la tristesse ou par la haine, effectuaient des actes maléfiques, je ne pouvais pas les laisser en vie. Mes actes étaient dictés par l’espoir et l’envie de croire à un futur meilleur. Alors évidemment, les intentions ne faisaient pas l’acte, mais tout de même…

« Tout ça pour dire que ta présence me rassure et m’effraie à la fois. Tu as été l’une des premières personnes que j’ai rencontrées quand j’étais parti de chez moi. J’étais pleine de rêve et de volonté, j’étais déterminée à trouver l’artéfact pour lequel j’étais partie. J’ai rencontré un jeune garçon comme moi, lui aussi plein de fougue. Liesel… S’il te plaît… Ne change pas. Reste le jeune garçon plein de bonne humeur… Si tu fais ça… je sais que je ne changerai pas non plus.
— Ysaline, qu’est-ce qu’il se passe ? »

Tant d’ouverture ne lui ressemblait pas. Et même si ses mots m’allaient droit au cœur, je m’approchai d’elle pour me serrer contre elle. J’étais inquiet qu’elle se dévoile ainsi, ce n’était pas son genre… Pourtant son visage me disait qu’elle allait bien, elle avait juste l’air effrayée de ce qui allait se produire.

« Je vais bien, haha ! Ne t’inquiète pas ! »

Elle montra un sourire qui me parut sincère, tout en s’éloignant de mon étreinte, gênée. J’étais quelque peu rassuré. Comme pour justifier ses dires, elle caressa la glace du sol d’un doigt et appuya sur le bout de mon nez pour le mouiller. Je m’essuyai en criant de surprise, lui rendant la pareille en plaquant ma main humide contre son visage. S’en suivit un combat de chatouilles sur le sol glacé. Elle n’était pas très tactile, mais le froid semblait nous avoir rapprochés, c’était agréable. Avant même que je le réalise, nous étions allongés l’un sur l’autre, dans une position assez gênante… Je roulai sur le côté et la pris contre moi, sur notre petit matelas de feuille, pour la réchauffer. Elle prit la parole, d’un ton enjouée.

« Liesel, j’ai une faveur à te demander ! Je suis à la recherche de… quelque chose. Personne ne sait quoi, sauf Yolagaar. Cette chose, j’en rêve depuis mon enfance. J’ai trouvé sa trace, récemment, de la bouche d’un vieillard. C’est pour ça qu’on va à Pergrande, avec Irina et Ilhem, ils ont accepté de m’accompagner car ils n’avaient aucune attache et rien à faire. Ma faveur… Si je venais à faire des mauvaises choses pour obtenir cet objet… Arrête-moi, s’il te plaît. »

Elle était devenue beaucoup plus sérieuse sur la fin… Qu’entendait-elle par « des mauvaises choses » ? Je préférais ne pas savoir. Mais il était certain que je n’allais pas la laisser faire. Je n’eus pas le temps de répondre car nous entendîmes rapidement des petits aboiements d’une chienne que je reconnus immédiatement.


« Alkael ! »

Nous nous levâmes d’un bond et courûmes à l’extérieur. Le groupe était juste là, sain et sauf. Alkael sauta vers moi si bien que j’en fus renversé dans la neige glacée. Elle me léchait le visage, alors que je lui demandais d’arrêter, d’un air faussement autoritaire. Cette joie des retrouvailles disparut lorsqu’un écho résonna à travers les arches.

« Kyahahaha ! Je suis le fantôme de la reine Wissenfrei ! Voyageurs, admirez mon pouvoir et fuyez ! »

Il fallait bien admettre que sa voix n’était pas très crédible. Mais il fallait se rendre à l’évidence : les feux-follets qui apparurent et virevoltèrent autour de nous, émanant un froid brûlant, étaient témoins de son existence. Ma mère dégaina son épée sans avoir le temps de profiter des retrouvailles, tandis qu’Ilhem tentait diverses ondes annulatives, sans effet. La matriarche commença à hurler. C’était quelque chose, ma mère en combat.

« Par pitié… Comme si la meute de grizzlis qu’elle avait chassée à elle seule tout à l’heure n’était pas assez pour l’épuiser.
— VIENS TE BATTRE COMME UNE VRAIE FEMME ! T’AS PEUR DE MOI, C’EST CA !? FAIBLARDE ! BOUSE DE VOUIVRE ! PISSE DE LYCAON !!!
— C-Comment osez-vous, voyageurs perdus !? Admirez mon courrouuuuuuuux !
—Vas-y, balance, j’attends que ça !
— Non mais c’est qui celle-là encore ? »

Je ne savais pas qui des deux était la moins crédible. Je regardais les feux-follets tourner et les esquivais de quelques pas sans aucune difficulté, en assistant au débat d’insulte qui se prolongeait entre les deux marâtres. Ysaline, derrière-moi, m’interpela. Elle avait trouvé une trappe secrète dans le bâtiment où nous étions plus tôt. Je la suivis aussitôt. Passant par la trappe, nous découvrîmes un tunnel dans lequel poussaient des racines couvertes de poussière. La voix du fantôme semblait provenir du fond de cet endroit. Nous avancions doucement sous la terre, tandis que la voix de ma mère arrivait jusqu’à nous. Après quelques mètres seulement, nous débouchâmes sur une grande zone. Au centre de laquelle brillait une vive lumière éthérée. Nous nous cachâmes immédiatement derrière un rocher pour pouvoir prendre la créature par surprise.

« ILS SONT MIGNONS TES BIDULES VOLANTS, MAIS VIENS PLUTÔT TE BATTRE PAR TOI-MÊME !
— Elle est tout le temps comme ça ? commenta Ysaline en murmurant.
— Oui. »

Pendant que les deux harpies se battaient vocalement, Ysaline et moi mettions au point notre stratégie d’attaque. Nous devions considérer le fait que c’était un fantôme et que mon papier était probablement inutile. Il allait donc servir comme combustible, encore une fois, malgré ma quantité limité.

« Prêt ?
— Mmh ! »


Reine Wissenfrei:

On entendait dans sa voix l’énervement de cette reine déchue. Il nous suffisait d’attendre le moment où elle pèterait un câble pour la prendre par surprise. Ce moment arriva plus vite que nous le pensions.

« HUMAINE DE PACOTILLE !! TU SAIS PAS C’QUE CA FAIT D’ÊTRE MORTE DEPUIS 500 ANS ! QUAND JE T’AURAIS TUÉE JE VIENDRAIS TE TORTURER DANS L’APRES-V-…
— MAINTENANT !
— Hein ? C’est quoi ça encore ? »

J’envoyai à travers la zone de petits papiers que les oiseaux de feu d’Ysaline embrasèrent. Ils se réunirent alors autour du fantôme, qui hurlait de douleur sous les cris de ma mère. Des feux-follets passèrent près de nous et nos peaux sentirent les brûlures, si bien que l’attaque que nous lancions avait disparue.

« Oh, jolie jeune fille, on dirait moi quand j’étais jeune. VOUS ALLEZ MOURIR QUAND MÊME ! »

De nouveaux feux-follets volèrent jusqu’à nous, plus rapides à présent, les esquiver s’avérait parfois compliqué. Je devais tenter quelque chose.

« Quadrawurzeln ! »

Deux petits cubes vinrent flotter autour de moi. L’un d’eux était fait avec le papier du grimoire d’Irina, pour guérir, l’autre avec le papier du grimoire de Drosin, pour attaquer. Je lançai vers l’adversaire, tout en éviter les assauts de l’ennemi, le cube offensif, qui fit immédiatement surgir de lui de grosses épines marron. J’avais toujours du mal à me faire à cette sensation bizarre, comme si le papier et moi passions un accord à chaque fois que j’utilisais celui des grimoires. Le mentor avait peut-être raison au final, peut-être que le papier était vivant ? Mon attaque n’eut aucun effet, en revanche, je remarquai rapidement que le cube de soutien réussissait à bloquer les attaques quand je parais. L’énergie magique du livre semblait fonctionner contre les fantômes ! Je créai une scie à partir de ce cube et l’envoyai à toute vitesse vers la reine déchue, qui hurla de douleur lorsque ma scie lui sectionna un bras fantomatique.

« Ysa !
Yol ! »

L’oiseau posé sur sa tête prit une grande inspiration puis cracha par le bec un énorme brasier qui noya la créature dans une cascade de flammes. Elle hurla si fort que mes tympans en sifflèrent pendant plusieurs secondes par la suite. Quand nous sortîmes, je trouvai ma mère, en garde, haletante, et le reste de la troupe parfaitement immobile et reposé.

« Chérie, je crois qu’ils l’ont vaincue, tu peux te calmer maintenant.
— Elle est tarée.
— Cette femme m’effraie. »


Elle rangea son épée, fière et digne alors qu’elle s’était juste ridiculisée. Nous repartîmes vers le nord-est, à pied cette fois-ci, pour éviter une nouvelle attaque du clan. Ma mère parlait encore de ce fantôme et d’à quel point elle avait envie de se suicider juste pour lui mettre la raclée dans l’au-delà. Mon père essayait de la calmer, sans succès. Nous arrivâmes enfin dans un tunnel de glace où il faisait moins froid. Enfin, moins froid jusqu’à ce que l’on aperçoive la sortie et que l’effet Venturi nous offre un blizzard gelé bien plus fort qu’à l’extérieur. De l’autre côté, nous arrivâmes dans des gorges gigantesques. En haut, nous vîmes un groupe de chasseurs locaux, sur le plateau, que nous saluâmes vivement. Ils ne répondirent que lorsque ma mère leur hurla dessus, comme si c’était une marque d’un sang Icebergeois. Quand les passages devenaient trop sombres, Ysaline les éclairait avec Yolagaar, qui brillait vivement lorsqu’on le lui demandait. Il m’avait l’air d’avoir grandi, mais je n’étais pas sûr… J’aimais toujours autant ses petits cris qu’il émettait lorsqu’on s’adressait à lui. Alkael et lui s’entendaient à merveille. J’avais peur qu’elle essaye de le manger, au début, mais Alkael était intelligente. Ma mère avait d’ailleurs dit quelque chose à son sujet : c’était elle qui avait senti notre odeur jusqu’au château. Elle disait qu’elle devait voir Oswald pour faire quelques « modifications ». Je préférais ne pas savoir de quoi il s’agissait et priais pour ne pas le croiser. Pauvre chienne… Nous passâmes la première nuit dans une grotte, car nous marchions dans les crevasses des plateaux gelés ; crevasses qui formaient de véritables galeries dans lesquelles ne traînaient ni vouivre ni lycaon, même s’il n’était pas rare de voir quelques chauves-souris des neiges, animaux pacifiques, sauf en groupe, car leurs morsures lâchaient un venin qui refroidissait le sang jusqu’à l’hypothermie. Il nous fallait bénir Ysaline et son feu, car le froid nous aurait probablement empêché d’allumer la moindre flamme. Il nous fallait encore deux jours de marche avant de nous séparer, car nos directions divergeaient. Cependant j’appréciais grandement la compagnie d’Ysaline. Plus on passait du temps ensemble, plus les regards en coin de ma mère devenaient intenses et gênants…

« Nina, pour une fille, c’est joli, non ?
— MAMAN !
— Quoi !? On discute ! »

Elle me faisait rougir en plus, vipère qu’elle était, histoire de justifier à tort ses remarques… Cette mascarade dura encore plusieurs jours, jusqu’à ce que nous dûmes nous quitter.

« Bon, on vous laisse ! Sans vous, on aurait probablement mis des mois à traverser le pays, il nous a fallu à peine plus d’une semaine pour arriver près de la frontière.
— C’était un plaisir de vous rencontrer, tous les trois.
— Au revoir, belle-fille.
— Argh, murmurai-je avec un regard hostile de désapprobation. Ysa, Ilhem, prenez soin d’Irina. Irina, bonne chance pour les supporter.
— Je commence par avoir l’habitude, rit-elle en répondant à mon clin d’oeil.
— Pergrande… Je connais un peu la région autour d’Automna, je pourrais vous guider. »

Je ne savais pas qu’Ilhem avait grandi à Pergrande, ou en tout cas connaissait. Nous nous quittâmes rapidement. Une certaine nostalgie m’envahit peu après. Plus l’on avançait, plus un étrange sentiment me possédait, une légère angoisse, doublée de nostalgie et d’impatience. Ça ne faisait aucun sens, mais je me sentais mal dans ma peau.

Après seulement une petite heure de marche, nous arrivâmes devant un grand arbre gelé. Des cristaux de glace formaient une sorte d’escalier autour de lui et menaient à une petite ouverture dans l’écorce. Mon père soupira et ma mère fit un sourire que j’entendis lorsqu’elle m’annonça que nous étions arrivés. Le clan Engelwald. C’était drôle de voir que ce peuple vivait dans un arbre, tout comme notre résidence à Bosco. Lorsque je fis la remarque à haute voix pendant que nous nous approchions, mon père répondit avec un sourire plutôt fier :


« Eh oui, je suis attaché à mes racines. »

Ma mère leva les yeux au ciel en entendant ce jeu de mot pas très recherché. Au mois s’était-il déridé et il faisait de l’humour.

L’entrée du village:


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Jeu 08 Juin 2017, 00:17
         
Il n’y a pas de mots pour dire à quel point je surkiffe ce texte je crois (Cläre ♥), donc on va se limiter à la lettre S suivie du symbole mathématique + (et Dieu sait à quel point j’adore les maths haha ! Ha.). Il faudra néanmoins rester un tant soit peu objective pour la suite de la notation !

Moreover, nous avons un joli ajout de 250 points comme pour toute histoire...

... mais aussi 3180 points dus aux 318 lignes que tu as écrites.

Les bonis sont répartis comme suit :

♦ Meh. Toujours pas de perfection.

Récapitulatif des fautes pour les réclamations:
« ne nous étions »
« quand j’avais arrêté »
« scène d’embrassade »
« en ballons »
« chaîne de montagne »
« ils traversaient »
« de marches »
« quand j’étais parti »
« matelas de feuille »
« d’un ton enjouée »
« « débat d’insulte »
Et toujours le « aeternanos » qui colle aux baskets tel un chewing gum, mais comme j’enchaîne les corrections tu n’as pas eu l’occasion de changer, alors je le compte pas et MÊME, je le rappellerai plus.

♦ Jean-Louis Rienadir s’est penché sur la cohérence de ce texte et n’a... rien à dire. 100 points.

♦ Pour l’originalité, je mets quand même 10 points pour la découverte de nouveaux paysages d’Humanitas. Pas moins, mais pas plus.

♦ Venons-en à l’histoire ! Je te dooo-oo-oo-onne ♪ 350 points, car l’histoire de la famille de Liesel se dévoile encore un peu plus, mais également parce qu’Ysaline est mystérieusement développée !

♦ Rendu. Jean-Louis Rienadir te donne une nouvelle fois 100 points, il aime bien ce nombre. Quelques paragraphes trop condensés, de nouveau, mais même réflexion que pour la dernière correction.

♦ Humour, haha... Suis-je réellement obligée de... Oui ? Bon... SAPERLIPOPETTE COMME C’EST SURPRENANT ! 250 points ! Pour Cläre, beaucoup, déjà, parce que Cläre, mais aussi pour la verve de ce cher Sirius et le ridicule du fantôme givré. Mais aussi pour encourager Eryck. Un jour, il arrivera à faire de bons jeux de mots ! Je crois en lui.

♦ Eeeet terminons par la note de rédaction qui cette fois s’élève à 290, car je n’ai noté que peu de maladresses, en tout cas bien moins que dans les textes précédents (ça fait plaiz’) !

Cela donne un total merveilleux de 5025 aethernanos p’tit père !



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Nina Andersen
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