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[Aria] Le premier ennemi à combattre est à l'intérieur de soi. Souvent, c'est le seul

Ven 23 Sep 2016, 20:06
         
2nd entraînement : « Le premier ennemi à combattre est à l'intérieur de soi. Souvent, c'est le seul », Christine Orban

Après mon premier entraînement riche en émotion, je me mets en tête de changer d'objectif : avant de pouvoir renforcer mon lien avec Réalta, je dois d'abord renforcer mon lien avec moi-même. C'est vrai ; à quoi bon établir une connivence, une confiance mutuelle avec quelqu'un, alors que je n'ai même pas la foi de croire en moi-même. Les seuls personnes à qui je fais confiance sont mes frères et sœurs. Je ne fais même pas confiance à ma tante ! Et pourtant, je l'aime à un point inimaginable…
Je décide donc, afin de renouer avec mon moi intérieur, de faire mon exutoire émotionnel : pas question de vivre avec mes anciens démons ! Qui dit nouvelle vie dit aussi nouvel esprit. Je ne peux pas avancer si je ne fais que regarder derrière moi, regrettant des erreurs, des actions, des paroles, des événements du passé… Je dois choisir mon propre chemin, et non celui que l'on m'impose.

Cet entraînement sera personnel, individuel. Sans Réalta, sans Sirius, sans personne. Pas besoin de quelconque instrument : j'ai juste besoin d'un environnement calme, propice à l'introspection. Et l'environnement qui m'apaise le plus est sans conteste la forêt. Mais pas question de rester gentiment assise : si je dois réfléchir, je dois d'abord mettre mon corps en mouvement.

M'étant échauffée, je suis prête à évacuer ce surplus désagréable d'émotion. Mes pas deviennent de plus en plus régulier, et je trouve mon rythme de croisière. Mon esprit commence à vagabonder, apaisée par cet environnement verdoyant, lumineux et aéré. Je me remémore certains événements qui se sont déroulés depuis l'arrivée de Mugetsu dans ma petite maison de Brià. La rencontre avec Liesel et Nina, le début de mon indépendance, l'emménagement. Je repense à toutes les sensations que j'ai ressenti : joie, colère, peine, jalousie… La course m'est utile à évacuer cette surcharge émotionnelle… Que j'ai depuis toujours, à mon grand dam. Ça m'a causé pas mal de problème, pour sûr ! Et pas des moindres…

**

Petite, j'étais bagarreuse. Toujours en train de m'immiscer dans les querelles, j'ai reçu quelques coups, c'est vrai, mais j'en ai surtout distribué pas mal ! Je n'ai pas toujours été la Aria posée, souriante, aimable et généreuse ; j'étais même parfois tout le contraire. Je réalisais les tâches qui me concernaient, à la maison. J'aidais mes sœurs et mon frère quand mama ne pouvait pas s'en charger… Mais ces tâches étaient parfois épuisantes pour la gamine que j'étais. Epuisantes, énervantes et surtout irritantes. Dès lors, quand la situation commençait à m'échapper, je faisais de même : je partais, vaquant au gré de mon bon vouloir. Et si quelqu'un avait la bonne idée de m'importuner, je me faisais un réel plaisir à lui botter le cul. Sans remord. La vie m'a appris qu'être une garce peut parfois être une nécessité, que c'est se battre ou se faire battre. Encore aujourd'hui, il m'arrive encore d'avoir des passages à vide où je redeviens comme cela. C'est surtout dans les moments difficiles, où mon cœur est mis à rude épreuve. Dans ces moments-là, j'ai du mal à me contrôler, la part « sombre » revient, sans que je puisse faire quelque chose. Je ne pense à rien d'autre qu'à la survie, à ma survie. Un instinct animal, quasi primitif.
Elio était celui que me calmait ! Et oui, il faut se méfier de l'eau qui dort… Elio, si énergique et plein d'entrain peut aussi s'avérer très persuasif et autoritaire. C'est lui que me sortait de pas mal d'embrouilles, et, même si les rôles se sont inversés depuis quelques années, je ne peux pas oublier le nombre de fois où il m'a aidé…

Cette nuit-là, la nuit où mama est décédée, j'étais encore partie en escapade nocturne. La journée avait été éreintante, riche en rebondissement. Et le poids de la journée m'était retombé dessus lors de mon retour de l'école. A peine rentrée chez moi, je m'étais aperçu de la montagne de choses à finir au plus vite : rangement, papiers, ménage, cuisine, soins… Stop. Je sortis. Elio a crié mon nom au moment où la porte a claqué. Peu importe. Foutez moi la paix…

Je n'avais jamais conscience de ce que je faisais dans ces moments-là. Je rentrais comme en transe,  dans une réalité déformée. Cette nuit-là, quand je me « réveillai », j'étais perdue au beau milieu de la forêt. A cette période-ci, je ne connaissais pas autant la forêt qu'aujourd'hui. Il s'avérait donc que j'étais seule. Sans repère. Perdue. Comme d'habitude. J'eus beau essayer de me rappeler, je ne connaissais pas le chemin du retour. Rien aux alentours pour me repérer. J'étais perdue physiquement et mentalement. Les bruits de la nature m'effrayaient tandis que je cherchais un endroit sûr. Un endroit sûr, mais ouais ! Et puis quoi encore ? Un chalet high-tech ? Qu'est-ce que je pouvais être niaise…  J'étais paniquée. Les couleurs se mélangeaient, les ombres bougeaient ; les arbres, par leurs ombres et leur taille, m'étouffaient. Panique. Angoisse. Solitude. Hyperventilation. Un bruit se détacha des autres, de plus en plus audible et proche... Des bruits de pas :
- « Qui est là ?! »
Plus près...
- « Elio, c'est toi ? »
Encore plus près…
- «  Càc ! Elio, fous moi la paix, laisse moi seule ! »
Encore plus près…
- « Mais réponds moi ! Elio… ? »


**

Je trébuche. Il faut que je m'arrête. Trop de souvenirs, et pas des meilleurs. Et la douleur. Immense. Les larmes qui apparaissent. Fébriles. Tranchantes. Ne pas les bloquer, les laisser couler. Tout doit sortir. Emotions et souvenirs. Pour pouvoir tout recommencer, partir de zéro, me libérer. De mon passé, de ma famille, de mes souvenirs, de mes peurs. De tout, de rien. Juste me libérer. De moi-même, des autres.
Arrivée aux abords de la forêt, je décide de me poser près d'un rocher. Respirer. Décrocher. Les souvenirs remontent. Je ferme les yeux et laisse aller ce flux…

**

Un jeune homme, 18 ans. Le grand frère d'Aodhan, le meilleur ami d'Elio. Comment s'appelle-t-il déjà ? Wil- ? Wo- ? Ah, Wallace !
Plutôt bizarre, comme garçon. Il traînait toujours dehors, errant. Il avait parfois des réactions bizarres… Il ne se posait aucune question éthique. Il faisait ce qu'il voulait, quand il le voulait. Il avait arrêté très jeune l'école et vaquait au gré de ses envies. Comme moi. Il m'appelait par un surnom (c'était bien le seul à faire ça d'ailleurs). J'étais banphrionsa. Princesse. Je n'ai jamais compris pourquoi, mais ça ne me dérangeait pas. Il n'était pas vraiment méchant… (je crois…). Je l'appréciai malgré ce que l'on pouvait dire sur lui… Je faisais ma vie, il faisait la sienne. Et comme j'étais la sœur du meilleur ami de son frère, il me laissait un peu tranquille. Enfin, c'est ce que je croyais… Jusqu'à cette nuit. Ce n'était pas Elio, mais bien Wallace. Haletant, trempé de sueur. Bestial. Un peu effrayant…

- « Ah, euh, excuse-moi, j-je pensais que c'était El-
- Aide-moi…
- P-pardon ? »
Il s'approche. Trop près…
- « Euh, ça va ?
- Aide-moi… J'ai… J'ai besoin de ton aide,
banphrionsa ! T'es la seule à pouvoir m'aider, s'il-te-plaît, prends le temps de m'écouter... »
Hystérique, il approcha ses mains, tenta de me toucher ! Je paniquai, me reculai, me cognai contre une branche :
- « N'approche pas ! », lui hurlai-je, ivre de peur.
Je sentis qu'on m'attrapait. Des bras, forts et imposants, me tirèrent en arrière. Ma respiration se coupa, sous la panique et l'instantanéité de l'action. Je m'apprêtais à hurler quand quelqu'un murmura mon prénom… Elio. Mon frère. Mon sang. Mon sauveur encore.
- « Calme-toi, deirfiúr mhór ! »
Je sanglotai, blottie dans ses bras si rassurant. Il avait ce don pour se cacher et cacher des choses, j'y cachai donc ma peur.. Je me faisais dès lors un peu moins de soucis… Un tout petit peu moins.


**
Je rouvre les yeux, et expire un bon coup. J-j'ai réussi, j'ai enfin passé ce « blocage », ce cauchemar qui hantait mes nuits. Je me sens plus légère, plus sereine… Moins coupable, peut-être ? J'ai pensé, durant toutes ces années, que c'était ma faute si mama était décédée. Si j'avais été plus avenante, moins capricieuse, peut-être aurai-je senti l'affaiblissement continu de ma mère ; peut-être aurai-je pu voir des éléments révélateurs… Que des suppositions, malheureusement !

**

L'enterrement de mama a été la pire journée de ma vie… Et de celle d'Elio. Lila et Mia étaient heureusement trop petites. Tout le village était présent, même les personnes avec qui ma mère s'était brouillée. On recevait les condoléances, les poignées de main, plus ou moins sincères… Je n'avais qu'une envie : m'enfuir de nouveau.
Mais dès que cette idée me traversait l'esprit, je me rappelais cette nuit-là, perdue, seule, au milieu d'une forêt sombre et silencieuse, avec un mec un peu dérangé à mes trousses… Je ne l'avais d'ailleurs pas revu depuis cet événement. Et, il m'arrivait souvent de me demander si ce n'était pas de sa faute si mama était décédée ; Elio le pensait et souhaitait sa mort. Mais moi, je ne cessais de douter : il était vrai que Wallace était très étrange, qu'il avait parfois des réactions disproportionnées… Mais de là à tuer quelqu'un ! Difficilement concevable… Cependant, le doute planait : et pourquoi pas ?

Je fus tirée de mes pensées par un autre villageois venant me transmettre ses « sincères condoléances pour cet horrible événement traumatisant ». Connard… Me ramenant dans cette triste réalité, je continuais et enchaînais les poignées de main quand soudain, Elio bondit hors de sa place et fonça vers les abords du cimetière. Sidérée, je lui criai de revenir à mes côtés. Mais il continua sa route… Il semblait poursuivre un jeune homme, dissimulé derrière les broussailles… Wallace. C'était comme un affront pour Elio, une marque d'irrespect. Impossible de le calmer, il avait besoin de le poursuivre. Je courus à sa poursuite, espérant le rattraper rapidement, mais ils étaient déjà loin devant…

Quand j'arrivai à leur hauteur, ils étaient en pleine dispute : Wallace avait escaladé un amont de rochers, et criait à Elio : « Je te jure, Elio, ce n'est pas moi ! Il faut que tu me croies ! », plusieurs fois, de plusieurs manières, mais qui revenait toujours à dire cela.

- « Comment oses-tu ? », siffla Elio
-« Gaige, écoute moi ! Je te jure que ce n'est pas ce que tu crois !
- Ah ouais ? C'est vrai que maintenant que j'y pense, c'est pas du tout toi que j'ai vu chez moi, cette nuit-là ! C'est juste qu'il te ressemblait vachement…
Go n-ithe na péisteoga thú*!
- ELIO ! Comment oses-tu lui dire ça ?! », intervenais-je.
Il se retourna, me regarda de haut en bas avant de me répondre un froid « ça ne te regarde pas ». Mais le temps de se retourner, Wallace avait disparu…


**

Je ne sais toujours pas ce qui s'est passé la nuit où mama est décédée. Je ne sais toujours pas ce qu'a fait (ou pas) Wallace. Je ne sais pas non plus où il est, et même s'il est toujours vivant… Mais, à vrai dire, ça ne m'intéresse pas plus que ça. Je n'ose pas imaginer cette rencontre : je n'ai aucune rancune contre lui, peut-être, mais notre petite discussion en pleine forêt m'a rendu quelque peu méfiante, voire effrayée par lui…
Cependant, ce que je sais, c'est qu'avoir fait face à mon passé m'a donné la force d'aller vers mon avenir. La disparition de papa, la naissance de mes sœurs, la mort de mama, notre fuite vers Brià… Tout ces souvenirs m'ont forgé et ont la personne que je suis aujourd'hui… J'aurai jamais pu les fuir indéfiniment. Et c'était maintenant ou jamais.

« Le premier ennemi à combattre est à l'intérieur de soi. Souvent, c'est le seul. » J'ai enfin compris cette citation en combattant mes démons intérieurs. Je sens que je peux avoir confiance en moi, que je peux avancer. Cette introspection n'a peut-être pas amélioré l'utilisation de ma magie, ni mon lien avec Réalta, mais elle m'a permis de grandir et de trouver ma force intérieure.

**

Partant en direction des dortoirs, je croise Nina, des bouquins à la main. Je lui souris et continue mon chemin. J'ai à peine fait quelque mètres que je l'entends m'interpeller :
- «Tu as une sale tête. » 
Ah bah merci ! Je ris à sa remarque.
- « Oui, c'est fort probable !
- Tu t'es entraînée ?
- Euh, oui, en quelque sorte. Pourquoi, ça se voit tant que ça ?
- C'est juste que tu es pleine de sueur… »
La phrase de trop : je ris de bon cœur ! Ça fait vraiment du bien après tout cela…
- « Disons que j'ai eu une journée mouvementée et éprouvante...
- Ah. Bah, repose toi bien… Et prends peut-être une douche !
- J'y penserai... »

* : Que les vers te dévorent



"I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes."

- C. Baudelaire

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Aria Horwand
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Jeu 31 Aoû 2017, 23:05
         
Ranking : S

Base : 1 100

Perfection : non

Fautes :
« mes pas deviennent de plus en plus régulier » => « réguliers »
« m’est utile à évacuer » => maladroit, « pour évacuer »
« sans remord » => à moins d’utiliser la formule « verbe de sensation (ressentir, éprouver) + du remord », il s’agit toujours de « remords » au pluriel
« je m’étais aperçu » => « aperçue »
« intervenais-je » => « intervins-je » est plus adapté : elle crie, l’action est rapide

Cohérence : oui, même si peu de choses à rendre cohésives pour l’heure, 50 points.

Originalité : l’introspection n’est pas un sujet très original, même s’il est agréable à lire, pas de points pour cette fois.

Histoire : j’ai bien aimé, le mystère reste entier, disons 200 points !

Rendu : c’est assez net (bien que je ne sois pas fan du style « barré » à répétition) mais je pense pouvoir mettre 80 points.

Humour : un décès et un assassinat potentiel, ce n’est pas vraiment joyeux-joyeux… on se passera donc d’humour pour cette fois.

Rédaction : la rédaction est agréable, mais j’ai tout de même deux remarques. Premièrement, je ne suis pas friand d’une narration faite au présent surtout quand il y a des collisions avec du passé simple et de l’imparfait dans des flashbacks ; deuxièmement, et ça en découle, je ne les ai pas compté dans les fautes, mais cet emploi des temps amène à des problèmes de syntaxe et de concordance des temps, attention donc ! Je mets 100 points pour la forme.

TOTAL : 1 780 points



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Raziel
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