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[Histoire] ~ Briser la glace ~

Lun 12 Déc 2016, 00:50
         

Histoire



Briser la glace (PARTIE 1)

J’arpentais les chemins de la côte minstrelienne en compagnie de Zélos depuis une bonne heure déjà. Consciente de m’être fait avoir par la ruse facile et classique d’un homme qui m’avait pourtant fait mauvaise impression au départ, mon esprit contenait trop de frustration a posteriori pour que cela ne se lise pas sur les traits de mon visage. Il était bavard… Il était enthousiaste… Tout mon contraire en somme. Décontracté, il marchait la tête haute et les bras croisés derrière. Quant à moi, je tentais souvent de prendre cinq mètres d’avance sur les pas de mon compagnon de route et d’infortune, emplie d’un désir de ne plus le voir et fantasmant qu’ainsi, je ne l’entendrais peut-être presque plus. Simplement aurait-il fallu que mes jambes soient plus longues ! Les quelques vingt centimètres qui me séparaient de cet énergumène se ressentaient particulièrement au niveau de nos foulées respectives. Du coup, impossible de prendre la moindre avance.

Alors, j’évacuais ma peine dans la contemplation du paysage alentour. L’océan tapissait l’horizon, toujours visible bien que le chemin emprunté s’émancipât toujours plus de la côte. Chaque fois que je le regardais, je songeais à Joker et Spade, dont je n’avais toujours eu aucune nouvelle, le tout dans une émotion complexe par son ambivalence. Et bien que j’eusse tenté à deux reprises de contacter le premier des deux à l’aide de la lacryma de communication, je n’avais encore reçu aucune réponse. Mais mes réflexions furent soudain embrouillées par un sentiment de bonheur emplissant mes oreilles. J’entendis le silence. De manière prolongée, en plus. Quand je jetai un coup d’œil furtif à Zélos, je pus constater que ses mains étaient dorénavant dans ses poches et qu’il regardait vaguement le sol en marchant. Son sourire était tombé : il avait dû remarquer que je ne l’écoutais définitivement pas. En même temps, si ça n’avait pas été le cas, je l’aurais catalogué comme d’autant plus bête qu’il était grossier. Sûrement avait-il assimilé le fait que je n’étais pas la personne la plus à-même de lui apporter entière satisfaction en termes de discussion.

Tolérer sa présence à mes côtés ne signifiait pas pour autant que j’avais envie de faire connaissance avec lui. Je ne pouvais effacer de mon esprit son côté homme à femmes, vantard, dès que le je voyais. Du coup, je préférais croiser mon regard avec autre chose, en l’occurrence les abords du chemin que nous suivions. J’allais sûrement devoir rester avec Zélos jusqu’à la fin de la journée, le temps d’arriver au décroisement de nos routes, donc autant rendre ces heures agréables sur au moins un plan : le visuel.

J’avais beau penser cela tout le long, me dire toujours plus que les arbres encadrant le chemin de terre fertile étaient bien plus intéressants… mes idées revenaient inlassablement à ce nigaud. Surtout l’aspect dont il avait fait montre lorsque j’avais pointé ma dague sur lui. Peut-être alors accepter de discuter avec lui me procurerait la réponse à cette interrogation. Poussant encore et toujours un soupir, je pris ma décision.

« Zélos, écoutez… Je vais être claire, je ne tiens pas à ce que nous devenions bons amis. Donc inutile de palabrer plus longtemps et venons-en au fait. Qui êtes-vous ? Je vous demande là votre identité en tant que mage bien sûr…
— J’avais commencé à en parler, au début. Il faut écouter les gens quand ils parlent, honey ! »

Il ponctua son observation d’un clin d’œil et d’un grand sourire que je me contentai d’ignorer le temps qu’il passe à autre chose.

« Je suis un mage indépendant, je trace ma route comme un loup solitaire, chantonna-t-il. Et sans vouloir vanter les mérites de sa personne, le grand Zélos est plutôt bon, hahaha ! Et toi, jolie créature ?
— …La jolie créature risque de devenir plutôt bestiale si le grand Zélos n’arrête pas céans de se comporter ainsi durant le minuscule laps de temps que je daigne lui accorder ! grognai-je. C’est quand même fantastique… Je ne suis pas une de celles qui s’accrocheront à vos bras, engluée par vos compliments basés sur aucun autre fond que la satisfaction de votre libido. Finalement, je ne veux pas en savoir plus. La journée sera longue. Tant pis. »

Au vu de son air abasourdi, je lui avais cloué le bec. Les approches qu’il tenta au fil de la journée de marche furent récompensées par mon ignorance. Peut-être une fois de plus étais-je trop dure avec les autres mais sans parvenir à trouver les bons mots pour expliquer ma réticence à entamer une relation quelle qu’elle soit avec quelqu’un, je ne voyais qu’une seule solution : le dire comme je le pensais. La journée, comme prévu, passa lentement. Cela car je savais qu’il était avec moi tout le long et que malgré mon habitude à m’occuper seule, le sentiment de lourdeur qui avait pris possession de l’atmosphère modifiait ma perception du temps. Ce ne fut qu’à dix-neuf heures, en soirée, que nous arrivâmes à proximité de la zone où s’était trouvé l’œil du cyclone, impliquant les adieux.

« Eh bien je suppose qu’il serait inutile de chercher à te convaincre de faire connaissance, toi et moi, admit-il dans un sourire en coin un peu triste vraisemblablement, entamant un mouvement de départ. Ravi de t’avoir connue, honey ! Bonne continuation !
— Oui, c’est ça, toi aussi… »

La partie visible de l’océan était minime en comparaison de la proximité que j’avais eue avec lui plus tôt dans la journée. Selon les derniers mots de Zélos avant qu’il ne m’eût saluée, à quelques heures de marche vers l’Ouest se trouvait un campement, lieu de bivouac à l’attention des voyageurs. Peut-être trouverais-je des indices sur Joker et Spade, voire les individus eux-mêmes… Alors, je guidai mes pas dans cette direction, suivant le sentier tout tracé ondulant entre les hautes herbes et leurs semblables écrabouillées, sûrement par les semelles des aventuriers à la recherche du campement. La voie menait vers un petit bois aux arbres semblant de plus en plus secs à mesure que je portais mon regard vers l’horizon. Le climat de Minstrel, sa nature désertique, surtout à proximité de Desierto, prenait ses marques très loin sur la côte. La végétation avait dû s’accoutumer à cette pression naturelle, car l’herbe ne ressemblait à aucune herbe qu’il m’eût été donné de voir, tant par sa couleur que par sa tendance à pousser n’importe où. Si j’avais continué vers le Sud et non en direction du bois au bivouac, il m’aurait fallu longer une immense paroi rocheuse paraissant entourer une vaste crique. La roche poursuivait son épaisse route encore assez loin. Ainsi, je tournai vers la droite qui dans mon cas menait à l’Ouest.


Des voix fortes se firent entendre à l’orée du petit bois au bout d’une poignée de minutes. Des voix d’hommes, au moins deux. Je restais sur mes gardes le temps de faire quelques pas, tout en me concentrant sur les propos tenus… N’étaient-ce que des voyageurs bavards ? Non. Ils n’étaient pas de simples civils. Un relent d’aethernanos se faisait ressentir, et pas des moindres. Ils devaient avoir mon niveau, peut-être même étaient-ils plus forts… Et ils ne prenaient même pas la peine de masquer leur présence. Peut-être me faisais-je des idées, mais j’eus un instant l’impression qu’ils se trouvaient juste derrière-moi. Continuant à marcher néanmoins, je redoublai de prudence, songeant à la probabilité non négligeable qu’il se fût agi de mages noirs… et qu’ils m’eussent prise pour cible. Je ne laissai rien transparaître, poursuivant mon chemin comme si je n’avais rien remarqué ou, tout du moins, comme si je n’y prêtais aucune attention. Il subsistait une chance de me tromper : les mages continuaient de parler fort, une troisième voix s’était même ajoutée. La discussion était triviale, ils riaient de temps en temps… Mais mes pas s’enchaînaient sans discontinuer.

Peu de temps plus tard, cinq minutes tout au plus, ma crainte interne s’intensifia toutefois. Ni la présence magique, ni les voix ne s’étaient perdues dans le bois, me laissant tranquille. Comme si les individus me suivaient. Pourtant, elles parlaient encore de tout et de rien. Je ne pus empêcher un frisson de parcourir ma nuque quand une brindille craqua dans mon dos, là où je n’étais plus. Tant pis pour mon apparence stoïque. Je me retournai, lentement, paraissant la plus calme possible. Le bois n’était pas bien dense et je voyais encore vaguement son orée. Une voix résonna de nouveau derrière moi, vers ma gauche. Au même endroit, je perçus une émanation d’aethernanos qui me fit me retourner une fois de plus, sur-le-champ. Des ricanements à ma gauche, quelques plaisanteries à ma droite sur des sujets qui ne me concernaient pas… et qui paraissaient totalement dénoués du contexte. Je sursautai encore quand un murmure se fit entendre juste au-dessus de ma tête. Par réflexe, je la penchai vers l’avant, les yeux un instant crispés ; mais poussai un cri lorsque deux grandes mains se posèrent sur mes épaules !

« Bouh ! »

Dague à la main à l’instant même où le contact eut lieu, je pivotai vers l’origine, pointant de ma lame ce qui aurait dû être une carotide. Mais qui n’était que de l’air. Plusieurs hypothèses se formèrent à ce moment-là. Une certitude au centre de tout cela : j’étais la cible de ces mages, qui ne devaient ainsi pas être des personnes de bonne compagnie. Les reflux d’aethernanos se rapprochaient de moi alors que les voix provenaient maintenant de tous les coins. L’un d’entre eux devait être spécialisé dans les illusions ou la déformation de la perception ou bien des sens. Pour me préserver au maximum de ce genre de pouvoir, je répartis des aethernanos dans chaque recoin de mon corps, plus particulièrement ma tête, pour prévenir un éventuel assaut mental.

Je campai sur ma position, en garde, jusqu’à ce que l’un d’entre mes trois – au moins – assaillants surgisse de l’arrière d’un buisson ou qu’importait. Au début, rien ne se passa. Je ne ressentais que leur présence aethernanique tout autour de moi, et rien de physique, de matériel, proprement humain n’apparaissait dans mon champ de vision. J’étais sûre d’une nouvelle chose, à trois contre moi seule, ils étaient très certainement trop forts. Il me fallait prendre les devants et m’informer, bien que je détestasse demander une trop grande aide à Sirius habituellement. Selon lui, ils étaient bien trois. Il m’aida à les localiser, car la stabilité des aethernanos n’était pas effective, comme s’ils voulaient brouiller leur piste. Il ne manquait plus que ça… Mais ils se lasseraient de l’attente plus rapidement que moi. Je n’irais pas les chercher.

Lorsque le premier d’entre eux décida de montrer le bout de son nez, je fus surprise de son air serein, bien que cela me permît de regagner un tant soit peu le mien. Il était grand, avec de longs cheveux noirs. Ses petits yeux bleus perçants et cernés me souriaient doucement, assortis à ses lèvres fines, presque invisibles. Nous restâmes quelques instants à nous regarder en chiens de faïence, attendant chacun que l’autre fasse un geste ou laisse aller un mot. Ce fut lui qui rompit le silence.

« C’est dangereux pour une jeune fille seule de se promener dans un lieu inconnu…
— Pas plus qu’il soit original pour un antagoniste de prononcer ces mots. »

Je réinstaurai par mes mots un silence bref, en profitant pour tenter une nouvelle fois de repérer ses acolytes dans l’espace alentours.

« Nina, ils sont trop forts pour toi à trois. Je suis désolé de te le dire mais tu ferais sûrement mieux de ne pas t’y frotter… m’intima Sirius.
— Je sais bien. Je crois que je vais devoir contourner par le Sud finalement… Pour l’instant, je dois trouver un moyen de m’enfuir sans être interceptée par le noiraud ou ses sbires… »

Ma phrase mentale à peine formulée, l’homme en face de moi se retrouva en un claquement de doigts dans mon dos, à souffler derrière mon oreille un air glacé. Je frissonnai, crispée, car… Eh bien car il était toujours présent devant moi, bras croisés, flegmatique. Il semblait ne pas me prendre au sérieux. Compte tenu de ma position de faiblesse, cela pouvait se comprendre… Des feuillages morts et des brindilles sèches craquaient de temps en temps, çà et là. Je m’épuisais patiemment, hésitant naïvement à attaquer la première, par derrière grâce à ma dimension de stockage pour créer un minimum d’effet de surprise. Je ne ferais pas cependant pas l’erreur de l’homme qui me toisait en dévoilant une partie de mon pouvoir… Lui soupira, alors que c’était normalement mon rôle.

« Tu attaques ou non ?
— C’est vous et vos sbires qui venez me chercher des noises et encore ce serait moi l’agresseur ? Allez-vous-en plutôt, ce sera mieux pour tout le monde…
— Si c’était si simple ! Non, non, nous voulons juste nous amuser un peu, faire un peu d’exercice ! Tu es mage, tu devrais pouvoir nous tenir tête, pourtant. »

Jouer sur les nerfs, tenter d’attiser la colère… Caresser la nervosité de l’autre dans le sens du poil pour que celui-ci aille dans son sens, ce qui signifiait en l’occurrence l’attaquer. Cependant, cela signifiait également que si j’accédais à sa requête, il y serait préparé et il me serait beaucoup plus difficile de m’enfuir. D’autant qu’il n’était pas seul, ses acolytes tapis dans les feuillages morts malgré leur densité relative. Je regardai hâtivement juste au-dessus de moi, un peu à droite et un peu à gauche. Une rapide estimation du temps nécessaire pour me rendre à l’entrée du bois, dans le but de m’enfuir au Sud, me donna environ deux minutes à ma vitesse de course rapide. Enfin, si j’amplifiais ma force musculaire avec autant d’aethernanos que possible, uniquement dans les jambes, sûrement pourrais-je n’en compter qu’une seule. Si le moindre incident survenait et contrevenait à ma fuite, alors je me servirais du pouvoir de ma rune. Seulement dans ce cas, car je ne savais pas combien de temps il me faudrait courir pour trouver un endroit où me cacher.

Cependant, tarder plus ne pourrait rien m’apporter de bon. Je devais prendre le risque tout en restant extrêmement concentrée. C’était à partir de cet instant que je ne devais laisser aucun de ces brigands me prendre de court. Concentrant des aethernanos dans les muscles de mes membres, aussi densément que possible, je bondis vers la branche d’arbre la plus proche et me hissai plus ou moins adroitement. Il me sembla sentir tout près de moi la présence du mage noir aux cheveux d’ébène. Vite ! Dans des gestes hasardeux car mal maîtrisés, mon corps fut porté de branche en branche avant de se laisser choir à une centaine de mètres de l’entrée de la forêt. Courant aussi vite que mon énergie me le permettait encore, je me rendis vite compte que je ne les avais pas semés. Persisteraient-ils jusqu’à me pister une heure durant ?!

Je me sentis vaciller un instant, manquant de trébucher sur la terre sablonneuse du chemin tout tracé en direction du Sud. Leur meneur devait jouer sur les hallucinations… Ce qui me donnait envie de vomir, au vieux souvenir de l’expérience du datura. Mais je devais éviter d’y penser et à tout prix me concentrer sur mes pas. Sirius m’indiqua la présence du meneur au plus près. Ses deux sbires ne traînaient pas la patte pour autant, mais représentaient un danger plus mesuré. Selon les dires de Sirius en tout cas, car ils ne semblaient pas très actifs, en termes de magie… Peut-être parce que leurs sorts ne valaient que pour le corps-à-corps… C’était assez déplorable pour eux, bien que favorable pour moi. Mes exercices de localisation magique portaient leurs fruits, car les informations apportées par mon ami psionique concordaient avec le plan mental que je traçais en temps réel.

Là où je me trouvais alors, mon regard avait perdu l’horizon maritime. Je longeais les roches qui elles-mêmes entouraient la côte, peut-être formant une crique. Plus je déviais du plein Sud, plus la paroi minérale semblait s’épaissir et sa texture devenir plus irrégulière.

« Nina, regarde, la paroi ! Non, plus loin… Le coin où l’on peut tourner !
— Qu’y a-t-il ici Sirius ? Je ne vois rien de notable si ce n’est…
— Une fissure. Une fissure est creusée dans la roche à moins de cent mètres de toi maintenant, après ce virage tapissé de hautes herbes – désolé de t’avoir coupé la parole, mais pressons. À mon signal, tu tourneras le coin, trouveras la faille et passeras l’ouverture. Mais il faudrait que tu utilises la rune de la pluie pour prendre de l’avance sur ces mages. »

Il avait parlé très vite mais je pus assimiler chacune de ses directives assez facilement. Et heureusement, car celles-ci me sauvaient relativement la peau. Mes muscles se tendaient trop et commençaient à s’épuiser à cause des aethernanos que je peinais à maintenir à leur plus haute intensité dans mes jambes. Je n’avais pas envie de forcer comme cela encore plusieurs minutes, alors je me contentai de réciter le poème d’Úr. Fusant aussitôt vers le tournant comme convenu, mes deux « cartes mentales » m’indiquèrent en chœur que j’avais dépassé mes poursuivants. Mais pas pour très longtemps… Écartant les hautes herbes, brunes et vertes en même temps, et fines comme du blé, je me frayai un chemin jusqu’à la faille qui me sauta vite aux yeux. J’étais suffisamment mince pour passer sans difficulté, mais ma hâte me fit trébucher dans la petite cavité que cachait le passage. En me retournant précipitamment pour vérifier que personne n’approchait, je remarquai que mon avant-bras droit avait été raclé par le mur rugueux dans ma chute. Mais ce n’était pas grave. Plus important : je les avais semés. Je préférai masquer mon dégagement aethernanique pour plus de sûreté… Jamais trop de prudence dans les cas d’urgence. De toute façon, vu ce qu’il me restait, ce n’était pas très difficile.


Je pris néanmoins le temps de calmer mon corps, de me détendre un peu et de souffler après une telle course poursuite. Assise sur de la poussière, le dos contre la roche froide et tapissée d’une fine épaisseur de lichen, j’avais fermé les yeux. Simplement, en les rouvrant quand ma main droite, glissant sur le côté, se retrouva mouillée, je découvris le lieu dans lequel j’étais tombée. Sur une flaque d’eau juste à côté de moi se reflétait la lumière de l’extérieur, prenant la forme de la faille dans la paroi ; plus loin discernai-je une sorte d’étang enfermé, bien qu’il me fût impossible de déterminer la profondeur. Faiblement éclairé, le lieu se laissait détailler malgré tout. Quelques roches çà et là faisaient office de lampes à lumière bleutée et douce. Une ambiance froide, frissonnante même, et humide, mais belle. Le clapotis de quelques gouttes d’eau condensée sur les quelques stalactites que j’apercevais résonnait en plusieurs échos réguliers, apaisants. Si l’on regardait bien, quelques champignons se frayaient un chemin sur certains murs. Je me demandais s’ils étaient comestibles…
 
Quand je manquai de m’assoupir en seulement une poignée de minutes, une certaine entité me ramena à la réalité. Malgré mes réprimandes monocordes, j’écoutai son conseil et me levai, bien que la tâche fût ardue. Plutôt que retourner dans la forêt, je fus prise d’une irrépressible envie de rester dans cette grotte. L’aura qu’elle dégageait était étrange mais plutôt que me repousser, comme elle aurait dû repousser beaucoup d’autres par sa froideur, elle m’attira à elle par sa beauté propre. Ou à vrai dire… Cette aura faisait peut-être vibrer les cordes de mon âme d’aventurière, celle qui naquit au cours de mon périple magique au sein de la guilde. Je voulais en savoir plus.

Au fil de mes pas, mon attraction se faisait plus intense… Je compris alors que ce n’était pas la grotte elle-même qui exerçait cette force sur moi, mais ce qui se trouvait à son bout. Le son des gouttes d’eau, silencieuses parfois lorsqu’elles tombaient sur mon nez, entra en chœur avec le bruit de vagues, au loin. Les parois reflétaient de plus en plus la lumière également. Je n’allais pas tarder à découvrir l’objet de ma langueur. Mon pas se fit plus rapide une fois qu’un blanc d’albâtre, intense, m’éblouit le temps de quelques secondes, que ma rétine s’accoutume au soleil qu’elle retrouvait après une dizaine de minutes de séparation.

Quand je posai mon premier pied hors de la grotte, la mer sembla se situer juste à côté de moi. Son eau engloutissait une partie du tapis végétal qui faisait office de sol. Un morceau de plage était visible, notable par son sable nacré et bien entretenu. Un chemin de terre battue se traçait, voguant entre des dômes oranges à l’architecture fascinante, et totalement exotique. Bâtis sur une base simple, des arabesques de bois ambré, certainement du bois d’if, gravé de courbes harmonieuses, ornait leur circonférence. Régulièrement, tout autour, des poutres se dressaient, portant quelques fanions. Tous les dômes se ressemblaient mais aucun n’était identique à un deuxième. C’étaient sûrement les maisons du village dans lequel je m’étais retrouvée… Il y en avait une vingtaine à première vue, certaines plus grandes que d’autres. Un certain nombre, ouvertes sur le dessus, devaient être des échoppes. À l’horizon, les roches, le ciel et la mer. C’était donc ce que renfermaient les plus épaisses parois du grand mur de roche…

Le village

« …-demoiselle ? Mademoiselle ? »

M’arrachant à ma contemplation, cette voix féminine et posée appartenait à une petite brune, plus encore que moi mais semblant à peine plus jeune, toute de bleu et de mauve vêtue. Son épaisse robe, crantée sur plusieurs couches et recouverte d’ornements de dentelle blanche sur le haut et les manches, son col de tissu grimpant jusqu’à la mâchoire, sa chevelure un peu plus foncée que la mienne mais tout aussi ondulée, et qui était tirée en arrière par une coiffe bleu minuit, lui donnaient un air solennel, accentué par les traits de son visage.

« Vous étiez dans votre monde, mademoiselle… Puis-je vous demander ce qui vous amène dans notre village ? Il est rare d’y recevoir des visiteurs, ponctua-t-elle d’un léger sourire.
— Oh, eh bien… (Je remis mes idées en place ; un peu d’aplomb que diable !) C’est une histoire simple mais assez longue…
— Nous avons tout notre temps. Je me présente : Dinah, Prêtresse de Kura, sous la loyauté du Grand Damoclès. Je pense être parmi les mieux placés pour disposer du temps nécessaire à votre écoute, mademoiselle... ?
— Nina. »

Elle hocha la tête. Cette jeune fille marquait son air solennel par des phrases polies et particulièrement bien façonnées, ainsi qu’une posture droite. J’en fus surprise mais m’y accoutumai vite. Ce n’était pas comme si mon propre langage était digne d’un charretier à côté du sien…

La jeune fille

Je me demandais qui pouvait bien être Damoclès, le dieu qu’elle semblait vénérer. Je n’en avais jamais entendu parler dans les légendes que j’avais lues. Je n’étais pas nécessairement une référence en la matière – pour le moment j’espérais –, mais il ne me semblait pas qu’il fût particulièrement notoire. Sur sa demande, je la suivis chez elle, la plus grande bâtisse, en tout cas la plus haute, mais aussi la plus en altitude. En arrivant, je pus constater la différence majeure avec les autres maisons. Celle-ci était ornée, bien au centre au-dessus de la porte, d’une grande croix à six bras, comme celle portée par Dinah à sa bandoulière. Je savais que Minstrel était un pays connu pour sa population vénérant très majoritairement le culte de Zentopia – d’où leur affluence à la cathédrale, en Fiore, enfin d’après ce que j’en savais. Ou plutôt, vénérant leur archevêque. Sinon lui, c’était une religion basée sur aucun dieu mais des principes si puissants qu’une entorse entraînait la mort des fidèles qui la commettaient. Les heures de catéchisme que j’avais dû suivre étant plus jeune ne m’avaient jamais convaincue de rejoindre leur doctrine pourtant pacifiste… Me soumettre à un dieu était une chose – que j’appliquais bien indirectement depuis mon intégration à Aeternitas… Me soumettre de gré à un autre humain, apte à me faire tuer si je ne respectais pas ses directives, sa vision des choses, ses moindres décisions, en était tout autre. C’était ce que j’avais commencé à penser au catéchisme et un principe auquel je n’avais pas dérogé… En apparence.

Car en y réfléchissant bien, ma mission pour Aeternitas m’apparentait sous certains points à l’archevêque.

Je soufflai du nez, dans l’optique d’un silencieux rire jaune. Retournant à la réalité quelques vagues secondes seulement après l’avoir quittée une fois de plus, je croisai le regard de Dinah.

« Si la croix de Damoclès vous intéresse tant, nous pourrons l’évoquer à l’intérieur, mademoiselle Nina. Voulez-vous bien entrer, s’il-vous-plaît ? » sourit la Prêtresse.

Pour un édifice religieux, mis à part un autel couplé d’un grand siège de bois, au haut dossier vaguement sculpté, et les nombreuses bougies disséminées sur les ailes de la courte nef, rien ne semblait plus terre-à-terre. Des tapis dans les tons ocre recouvraient les lamelles de parquet, les meubles étaient faits de bois ambré alors que la porte que j’entrapercevais derrière la haute chaise était aussi brune que celle à l’entrée. Le rendu était très naturel, comme si l’utilisation du métal était limitée au maximum. D’ailleurs, les poteries semblaient être faites à la main, mais par d’excellents artisans. Il n’y avait que deux autres personnes outre nous dans ce bâtiment que je qualifierais d’église. Dinah demanda silencieusement, d’ailleurs, à l’un des hommes de déposer une chaise face à l’autel. Elle m’invita ensuite à m’y asseoir, elle-même venant de le faire.

« Bienvenue au village de Kura, mademoiselle Nina. Avant de vous présenter plus amplement notre nid, j’aimerais que vous m’expliquiez la raison de votre présence parmi nous. Je ne voudrais pas nous révéler à une personne mal intentionnée, voyez-vous…
— C’est tout à fait légitime. Pour commencer, je suis en Minstrel contre mon gré en tant que victime d’un naufrage. J’ai échoué à Mushur, village pêcheur à plusieurs heures d’ici à pied. J’étais initialement à la recherche de compagnons perdus quand un trio de mages noirs trop puissants pour moi m’attaqua. Ne voulant prendre trop de risques et perdre trop de temps dans un combat, j’ai fui jusqu’à trouver une petite brèche dans la roche qui nous entoure. Celle–ci m’a menée à parcourir la grotte qu’elle cachait jusqu’à ce que j’arrive chez vous. Voilà tout, ma venue n’est qu’un hasard. (Je marquai une pause avant de poursuivre) Mais votre village m’a semblé m’attirer à lui, aussi suis-je extrêmement curieuse à son sujet. »

Dinah me fixa longuement, les yeux dans les yeux, confrontant ses prunelles brunes à l’azur de mes iris, cependant qu’une minute entière passait, silencieuse. J’avais l’impression qu’elle me jaugeait, qu’elle cherchait à desceller le vrai du faux dans mes propos. Après quoi elle ferma les yeux un instant, puis les rouvrit en m’exprimant un sourire.

« Je suis également, en ma qualité de Prêtresse, celle que vous pouvez considérer comme chef du village. Nous sommes peu, par ici. Nous avons décidé de vivre en autarcie voilà plus de cinq-cents ans. Notre religion a toujours été mal perçue en Minstrel, pour commencer. En effet ne sommes-nous pas du culte de Zentopia, comme le montre la croix ornant notre église. Depuis autant de temps que notre village existe, nous vénérons Damoclès. Nous adorons le danger. Car c’est à ce qui nous est dangereux que nous devons nous plier. Damoclès est la nature, Damoclès est l’Enfer, Damoclès est Dieu. C’est comme ça que nous voyons les choses, en cela que nous croyons. »

La passion semblait la submerger quand elle m’expliquait son culte. Sa dévotion à Damoclès se lisait en elle comme dans un livre ouvert à calligraphie épaisse. Vénérer le danger… Après tout, cela semblait cohérent. Un dieu n’en était un que s’il était autant adoré que craint. Or, que craint-on plus que le danger ? Fascinant. Cette petite population vivait en autarcie depuis plus d’un demi-millénaire et semblait s’en accommoder parfaitement. Oh, bien entendu, j’imaginais quelques problèmes qu’une si maigre population coupée de presque tout autre pouvait engendrer.

« Votre culture est très intéressante mais puis-je vous poser quelques questions, peut-être un peu osées ? Si vous ne désirez pas répondre, je ne vous en tiendrai bien sûr pas rigueur et soyez sans crainte que n’étant pas historienne, tout ce que j’apprendrai ici ne fuitera pas dans la société que vous évitez.
— Demandez toujours.
— Comment procédez-vous pour être autosuffisants en termes d’alimentation, si ce n’est par le biais des ressources halieutiques ? Avez-vous votre propre monnaie ? Et enfin, n’y a-t-il pas trop de problèmes de type… consanguins ?
— Les rares visiteurs que nous avons pu avoir ces dernières années posaient les mêmes questions. Et à chacune, la réponse était classique, sans grande fioriture. Mais ces questions sont légitimes pour un ressortissant quelconque des civilisations occidentales donc laissez-moi vous répondre, mais pas ici. »

Elle se leva de sa chaise, lissa ses vêtements et m’invita à la suivre pour une balade dans le village. Lorsque nous sortîmes, elle nous dirigea vers l’Ouest, où les échoppes accueillaient actuellement la majorité des villageois. Elle m’apprit que la population de Kura était de quarante-six habitants, elle comprise. La monnaie qu’ils utilisaient, le Kur en honneur au nom immuable de leur minuscule cité, permettait à chacun de vivre de son petit commerce. Généralement, une ou deux familles se chargeaient d’un domaine en particulier. Telle famille était la banque, telles autres pêchaient et vendaient les ressources halieutiques qu’elles avaient récoltées. Deux familles de potiers, une famille d’agriculteurs, trois de tisseurs, une forge, un cordonnier. Et ils étaient quatre, dont elle, à s’occuper de l’église selon une hiérarchie très simple. Dinah, Prêtresse, avait au-dessous d’elle trois religieux de profession qui s’occupaient respectivement des prières, des cérémonies et de l’école. En somme, chacun avait un rôle précis mais tous les habitants, hormis les quatre cléricaux, pouvaient être considérés comme dévots assidus. La monotonie évitait le danger dans l’esprit de ce village. Et éviter le danger signifiait en avoir peur, donc s’y soumettre.

Concernant la consanguinité, Dinah m’expliqua qu’elle était inévitable mais néanmoins maîtrisée. Au fil du temps, des visiteurs étaient arrivés à Kura. Des explorateurs solitaires, ou pas nécessairement. L’injection de sang neuf par l’intégration à la culture kurane de ces visiteurs permettaient d’éviter les problèmes d’engeances incestueuses. Bien que ces engeances ne fussent pas prohibées dans ce village, contrairement à nombre d’autres cultures, Dinah, depuis qu’elle avait été nommée Prêtresse par son prédécesseur, faisait en sorte de limiter ce genre de pratiques.

« Tant de visiteurs ont décidé de rester habiter ici ?
— Nombre d’entre eux ont été séduits par le calme de notre vie, la simplicité de nos règles permise par notre dévotion sans faille à Damoclès. Sans notre Dieu, tout ceci serait bien entendu impossible, sourit-elle vaguement.
— Je vois. J’imagine que la petite échelle de votre société permet d’ordonner les individus… N’y a-t-il jamais de débordements ?
— Cela arrive. Généralement, après un cas comme cela, nous ne rencontrons plus de problème du genre avant un bon moment… »

Elle marqua une pause et me demanda de la suivre de nouveau. Nous fîmes le tour du village sans qu’elle me décrive plus d’aspects excentriques de Kura, me laissant le loisir d’interpréter ce que je voyais. Après une demi-heure de marche lente le long du chemin, nos pas nous ramenèrent face à l’église.

« Vénérez-vous les Hommes ?
— Eh bien… commença-t-elle lentement après quelques secondes d’assimilation. Non. Nous ne vénérons pas notre propre espèce, aussi dangereuse puisse-t-elle être. Si vous vous posez cette question au regard de ma position de Prêtresse, sachez que je ne suis à ce poste qu’en tant que descendante directe du Fondateur, pour garantir le bon déroulement des activités de notre village. Un cadre, si vous préférez. Ce n’est pas à moi qu’obéissent les villageois mais aux préceptes tacites qui nous lient. »

Intéressant… Présenté comme cela, n’importe qui pourrait être tenté par une vie telle que celle-ci. Le stress ne semblait pas faire partie du dictionnaire kuran. Mais je ne croyais pas en les utopies. Un sourire m’échappa quand je commençai à me questionner sur les défauts susceptibles de ternir la toile quasiment blanche que l’on posait devant moi. Mais qu’importait : je n’allais pas rester bien longtemps ici. Bien que je ressentisse toujours en moi… cet attirance pour l’aura de ce village. Peut-être pouvais-je me permettre de demander asile pour la nuit, sachant que le temps défilait sans se soucier de moi…

* * *

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Lun 12 Déc 2016, 00:51
         

Histoire



Briser la glace (PARTIE 2)
Cette demande m’avait été accordée par Dinah. Une journée était passée, presque vingt-quatre heures durant lesquelles j’avais vécu au rythme de Kura. J’avais pu apprécier leur rythme de vie, leur mentalité… La famille d’agriculteurs, dont la mère était mage de la terre pas spécialement puissante – et un de leurs enfants apprenait d’ailleurs cette magie –, m’avait un peu parlé des types de récoltes en cette période de l’année et m’avait même invitée à rester pour le repas de treize heures. Les enfants n’étaient pas très turbulents, ce qui était une très bonne chose à mon sens car j’avais du mal avec ces créatures. Une chose était sûre, la cuisine fut excellente, très terroir.

Mais au long de la journée, bien que j’eusse appris beaucoup de choses sur cette culture excentrée, quelque chose manquait. L’étrange sensation en moi, celle qui m’avait poussée jusqu’ici, ne s’estompait pas malgré l’étanchement de ma soif d’en savoir plus. Ce n’était donc pas la raison pour laquelle je me sentais si attirée par cet endroit. Et cette sensation s’accentuait quand j’y pensais, dans ma chambre aménagée à l’église, au point de rendre les battements de mon cœur lents et sonores.

La deuxième nuit arriva et je n’avais toujours pas quitté le village. Je n’avais presque pas repensé à Joker, à Spade, ni même songé à mon travail. Sirius n’était pas beaucoup resté avec moi durant la journée, mais nous étions en train de discuter depuis peu lorsqu’une idée me vint.

« Sirius… Je pense que la source de mon attirance se trouve dans cette église. Quoi que tu aies pu apprendre, même si tu sais déjà tout de cet endroit, je t’en prie ne me dis rien. (Je me levai de mon lit, doucement.) Je veux en avoir le cœur net, et par moi-même.
— Parfois, je me demande bien à quoi je te sers, miss. » plaisanta-t-il avant de me laisser seule.

Je me rendis d’un pas décidé dans la pièce à vivre de l’arrière de l’église, qui constituait les appartements de Dinah. Il n’était pas l’heure qu’elle se couche et je ne fus pas surprise de la trouver à son bureau, écrivant le journal quotidien qu’elle tenait, comme le voulait la tradition, depuis sa prise de statut. Elle, qui m’avait invitée à entrer après que j’eus frappé à la porte, me demanda la raison de ma visite en se tournant vers moi. Je lui fis part de mes questionnements, du sentiment qui s’était emparé de moi à l’arrivée dans la grotte, la veille, et qui n’avait cessé d’exister depuis.

« C’est normal, me dit-elle. C’est ce que ressentaient beaucoup de visiteurs en arrivant ici. Tous ceux-là sont restés. Cela veut dire que nous aurons la joie de vous compter parmi nous, mademoiselle Nina. J’imagine. (Elle m’adressa un grand sourire avant de poursuivre.) Je suis ravie que la vie à Kura vous plaise tant. Il ne devrait pas être difficile de vous trouver un mari dans le vil-…
— Pardonnez-moi de vous couper, Dinah, mais vous vous méprenez ! paniquai-je légèrement. Je n’ai aucune intention de demeurer ici. J’ai un travail et un foyer que je ne quitterais sous aucun prétexte. Simplement, je suis curieuse. J’aimerais savoir ce que contient votre église et qui amplifie ce phénomène de… oui, d’attraction. Car ce n’est pas la volonté de vivre ici qui m’anime, croyez-moi. »

Son sourire tomba et ses sourcils se froncèrent l’espace d’un instant. Sa désillusion la fit toussoter, mais elle me fixa quand même, droit dans les yeux. Son ton, lorsqu’elle répondit, s’était asséché.

« Bien. Comme il vous conviendra. Mais peut-être, effectivement, qu’aller à sa rencontre vous ouvrira les yeux sur la nature de votre sentiment, mademoiselle Nina. Je vais vous emmener auprès de lui… auprès de l’autel de Damoclès. »

C’était donc l’autel de leur dieu qui se trouvait dans cette église… Il devait être grand pour impliquer une hauteur si importante de la bâtisse, vue de l’extérieur – car à l’intérieur, la hauteur sous plafond n’était pas si conséquente que cela… Alors je suivis Dinah jusqu’au sas, auquel on accédait notamment en passant la porte derrière la haute chaise dans le chœur de l’église. La porte de droite, que nous venions de pousser, menait ainsi aux quartiers de Dinah. Celle de gauche donnait sur la chambre des invités comme moi. La seule que je n’avais jamais passée était celle du devant. Visiblement, elle cachait l’autel de Damoclès.

Dinah s’empara de la croix qu’elle portait en bandoulière et l’enfonça dans une cavité de même forme, au centre de la porte. Nous entrâmes une fois qu’elle l’eût retirée et que le passage fut débloqué. Un froid glacial fit vibrer mon échine mais ne sembla pas affecter Dinah, peut-être grâce à l’épaisseur des tissus de sa robe. Et je ne fus pas dans le doute bien longtemps… Levant les yeux, un amas de cristaux transparents, légèrement bleutés, n’en formait plus qu’un immense. Celui-ci dévorait une grande partie de la superficie du lieu. Il ne collait pas vraiment les murs, il n’était pas figé dessus… Ils semblaient plutôt avoir été ajoutés a posteriori. Mais le détail le plus frappant était l’homme, vêtu de lambeaux, au cœur de cet immense et magnifique cristal qui lui faisait office de vitrine. Mon cœur manqua un battement, je me sentis vaciller avant d’avoir une nausée. Je pus vite me calmer, ce ne fut que passager, mais ô combien perturbant… Je m’accoutumai à l’aura du lieu, obnubilée par l’homme, aux longs cheveux d’un mauve si pâle qu’il en ressortait presque blanc au-travers du cristal. Il était courbé, vers l’arrière, comme s’il avait été gelé dans les airs, comme si…

Le cristal

« Comment… Comment s’est-il retrouvé ici ?
— Qu’importe. Il s’y trouve. La raison de sa présence est tenue secrète à chaque étranger de Kura, même ceux qui ont eu la chance d’y faire face. Damoclès a choisi de se manifester en lui il y a plus d’un siècle, c’est tout ce que je peux te dire… à moins que tu ne décides de vivre ici.
— Si je ne peux pas savoir, puis-je au moins… revenir le voir, demain matin ? »

Je m’étais approchée du cristal en prononçant ces mots. Dans le même temps, mes doigts frôlèrent la paroi glacée de cette prison minérale, la faisant passer pour de la glace au toucher.

« Ne le touche pas, étrangère ! »

Mes doigts se retirèrent aussitôt que Dinah eût fait résonner sa voix dans la pièce close. Elle avait crié, non pas hurlé mais elle avait été ferme et sa voix forte.

« Sortons. »

Fronçant les sourcils, j’entrepris toutefois de la suivre jusqu’au sas, avant de rejoindre ma chambre sur son ordre amer. Il n’était pas dans mon intérêt de provoquer les foudres de la Prêtresse alors que je voulais revenir en ce lieu où j’avais ressenti une pareille… résonance.


Je me demandais pourquoi dès mon réveil, à la sortie de l’église, le regard des Kurans avait considérablement durci à mon égard. J’avais pourtant eu l’impression que ma présence au village ne les dérangeait pas mais même la famille d’agriculteurs qui m’avait offert le couvert paraissait aigrie envers moi. Quelque réflexion suffit à me donner une piste, celle que j’estimais la plus cohérente en tout cas : cela avait un rapport avec ma visite à Damoclès, dans l’église, la veille. Mais quel genre de rapport ? Ils ne m’avaient pas vue toucher le cristal, ce qui apparemment était défendu, du moins aux étrangers. Pas plus qu’ils n’étaient au courant de la vibration qui m’avait déstabilisée à sa rencontre. Alors pourquoi ces regards en coin ? Je tentai de me balader dans le village, notamment vers les échoppes, pour tenter de glaner quelques informations au détour de conversations plus ou moins discrètes à mon propos.

Mais je n’eus pas besoin d’un tel manège car un vieillard, un vieux potier à canne qui achetait du poisson, se tourna vers moi avec véhémence et commença à crier, aussi fort que sa voix usée lui permettait, des mots que je ne comprenais pas.

« Que voulez-vous ? Ayez au moins l’audace de vous exprimer dans la langue universelle… Ce n’est pas votre dialecte qui m’empêchera de comprendre que vous m’insultez et me blâmez, répondis-je calmement et sans le regarder de haut.
— Que tu déguerpisses, étrangère ! J’ai été voir notre Dieu ce matin, comme chaque matin. Nous tous l’avons fait, comme tous les matins. Et il était fissuré ! Jamais une fissure depuis qu’il est là, et une étrangère arrive, et il se fissure !
— C’est signe de la colère du Grand Damoclès, ajouta une femme presque âgée. Elle a dû refuser sa proposition, refuser de nous rejoindre à Kura. Il est en colère à cause de son refus ! »

Je comprenais mieux pourquoi certains étrangers avaient demeuré à Kura après leur arrivée. Ils avaient ressenti une attirance semblable à la mienne, comme l’avait mentionné Dinah, mais y avaient succombé en songeant à la manifestation de la volonté divine. Ils avaient dû penser que se retrouver ici était un signe du destin, que quelque chose les liait à cet endroit et qu’ils devaient rester. Ou peut-être avaient-ils été poussés par autre chose que cette résonance… Mais qu’importait. Les villageois commençaient à s’attrouper autour de moi, allant de murmures de commères à insultes pour les plus virulents. Je soupirai. Si le cristal s’était fissuré, c’était peut-être bien ma faute, après tout… S’il s’avérait que ce fût le cas, je ne le nierais pas. Mais ce morveux avait-il besoin de me jeter une pierre sur l’épaule – même s’il devait viser ma tête ? Je ne pensais pas. Alors je rebroussai chemin, en direction de l’église, me frayant un passage entre les villageois irrités. Me battre, verbalement ou non, avec eux n’apporterait rien, au contraire. Même si ma fierté en prenait un grand coup…

« Où crois-tu aller jeune étrangère sotte ?! La sortie du village n’est pas vers l’église, déguerpis !
— C’est une envoyée de l’Église de Zentopia, j’en suis sûre ! Ils ont dû nous trouver, d’une manière ou d’une autre, et ils nous ont envoyé quelqu’un !
— Ou son refus de faire partie des Kurans a provoqué la colère du Grand Damoclès, tout simplement ! Les rares étrangers ayant refusé, comme elle, ne sont plus là pour en témoigner, mais moi je l’ai vu, le dernier ! Il s’est vidé de son sang par les yeux je vous dis, je l’ai vu ! »

J’espérai fort que son histoire fût fausse… Je devais en savoir plus et surtout m’échapper d’ici, sans quoi ils en viendraient aux mains, pour sûr. Ce vieil homme était terriblement véhément… J’entamai alors ma course vers l’église quand une liane s’enroula autour de mon pied, manquant de peu de me faire chuter. Les yeux écarquillés puis les sourcils froncés, je mordis ma lèvre. S’il fallait en arriver aux sorts…

J’utilisai un couteau pour rompre avec aisance l’excroissance végétale entourant ma cheville et courus de nouveau, évitant quelques lianes poussant sur ma route, manquant de glisser sur de la boue se formant sous mes pieds. Je pris bien soin d’éviter les zones herbeuses qui s’agitaient. Les aethernanos que j’insufflai à mes jambes me servaient à empêcher que les quelques villageois ayant décidé de me courir après ne me rattrapent. L’église n’était plus qu’à quelques dizaines de mètres. J’avais eu un bon entraînement à la course poursuite l’autre jour, bien plus éprouvant, contre des mages au potentiel tout autre. Celle-ci n’était pas grand-chose à côté… Mais je n’étais pas réputée pour ma sportivité. Cependant, l’église se profila quelques instants plus tard. Elle était ouverte, alors j’y pénétrai sans grâce, les chaussures sales mais qu’importait. Je fermai la porte derrière moi dans une tentative presque inutile de ralentissement de mes opposants et constatai qu’il n’y avait personne dans la nef ou le chœur. Le sas était ouvert néanmoins. J’y courus donc, et là se trouvaient des villageois effarés, presque tétanisés. Dinah était avec eux. Je devais lui demander de calmer mes assaillants, ne pouvant pas me permettre de blesser des innocents… Mais elle préféra, en me voyant, me jeter un regard noir brut. Je regardai le cristal tandis que les villageois affluaient dans la salle.

Ce fut à ce moment-là qu’il commença à trembler. Que les fissures s’étendirent. Et qu’en seulement quelques secondes, il éclata dans d’immenses volutes de fumée, ou plutôt de brume extrêmement épaisse. Quelques éclairs mauves donnaient à cet écran absolument opaque un air de nuage d’orage provoquant les cris les plus stridents que j’avais pu entendre chez les villageois. Dinah, elle, s’avança, tremblante et en sueur. Je posai un pied en avant moi aussi, mais elle brandit son bras pour m’empêcher de passer avec une telle fermeté qu’elle manqua de me frapper.

Depuis le nuage qui n’avait pas totalement désépaissi, une toux retentit, forte, presque théâtrale, comme quelqu’un qui échauffe sa voix.

Puis un soupir sonore. Et une voix parlant seule.

« Aaaah… Qu’est-ce que c’est que ces vêtements… souffla la voix rauque. Hum hum ! Quelque chose de plus moderne… »


Dinah, le visage paniqué, brandit de nouveau son bras, ce qui fit s’abattre dans le nuages les éclats de cristal qui restaient, éparpillés dans la salle.

« Allons, demoiselle… Est-ce comme cela que tu traites ton dieu ? »

Des éclairs vaguement mauves s’agitèrent et de la poussière brillante recouvrit le sol. Restes de cristal. La silhouette devint de plus en plus visible au fur et à mesure que le nuage se dissipait. Elle était grande et il semblait qu’un long manteau la parait. Puis elle se dévoila. Sans surprise, un homme aux longs cheveux mauves, presque blancs, comme les éclairs qui avaient émané de lui. Ses yeux violets luisaient, je les voyais d’ici… Son habit n’était plus composé de lambeaux mais d’un pantalon blanc, assorti à une chemise à cravate noire et un long manteau à haut col et bordures dorées. Un veston indigo concordait avec sa ceinture et quelques cristaux dont il s’était paré. Ses chaussures étaient dans le même ton. Je fus frappée par son ensemble, qui ressemblait beaucoup à… la manière dont j’étais personnellement habillée à ce moment, adaptée à un homme classieux. Seule la couleur d’un peu de son sang brisait l’harmonie chromatique de son apparence.

L’homme

« Kuhuhu, ça vous plaît ? ricana-t-il. Je me suis inspiré de la demoiselle juste ici… »

Tout d’un coup, sans me rendre compte d’un mouvement, une main gantée s’empara de mon menton et releva mon visage. Mes yeux furent plantés dans un regard byzantin d’un côté et magenta, luminescent, de l’autre. Mon cœur s’arrêta le temps de me rendre compte qu’il me faisait face. Je détaillai rapidement son visage, ne sachant où poser mon regard. Une marque, de la même couleur que son iris surprenant, partait de son front et rejoignait sa joue selon un tracé distordu.

« C’est donc toi qui m’a libéré…
— Je vous ai… »

J’étais bouche bée au point d’échouer à conclure ma phrase. Pourtant, il ne s’agissait que de répéter ce qu’il venait de me dire. Tous les villageois s’étaient écartés et massés à une distance considérable de nous, hormis Dinah que j’apercevais, demeurant à ma gauche.

« Ta résonance a mieux réagi à la mienne que celle de tous ceux qui sont passés devant moi depuis que je suis enfermé ici… Grâce à cela, j’ai pu déployer ma force et me libérer. Tes pouvoirs, mais aussi… Tu sens l’Ange. » termina-t-il en fronçant les sourcils.

Je ne sus que répondre, complètement prise de court. C’était une résonance magique qui m’avait fait ressentir tout cela ?! Je comprenais mieux… Le fait de la libérer l’annulerait-elle donc pour quiconque dorénavant ? Mais qui était cet homme, réellement… ? Peut-être réellement l’incarnation d’une quelconque divinité… J’entendis la voix de Dinah s’assurer, haut et fort. En tournant ma pupille au coin de mon œil, je vis qu’elle s’était agenouillée.

« Grand Damoclès, bienvenue parmi vos fidèles. Puis-je vous demander quel désir vous a poussé à nous faire l’insigne honneur de votre présence ? Demandez, mon Dieu, et nous obéirons.
— Commencez par renoncer à me traiter de « dieu ». S’il y a bien un statut qui ne me convient pas, c’est celui-ci. (Il se retourna vers moi et me fixa de nouveau.) Je m’appelle Hendrik. En quelle année sommes-nous, demoiselle ?
— X-795, répondis-je brièvement.
— Effectivement, cela fait plus d’un siècle… soupira-t-il comme s’il était exaspéré d’un petit problème du quotidien. Cent-cinquante ans, déjà. Et tu es la première à avoir eu les clés en main pour ouvrir ma cage… celle dans laquelle j’étais par la faute de ton aïeul. »

Au début, je pensai qu’il s’adressait à moi, mais son regard en coin montra que ses propos visaient Dinah. Il retira le contact malaisant qu’il avait sur mon menton et fit face à la Prêtresse qui ne savait comment réagir. Autour, les villageois étaient terrifiés et les plus jeunes enfants se cachaient derrière leurs parents. Mais personne n’avait fui, peut-être car ils étaient paralysés par la fascination et la peur.

« Vous avez… »

Le ton de Dinah ne témoignait plus le respect d’avant. Elle avait le ton de la plaidoirie, mais aussi et surtout du reproche.

« Vous avez détruit le Kura d’il y a cent-cinquante ans… Mon aïeul vous a figé ici-même, en cette place qui avant d’être une église fut sa demeure que vous avez détruite… Vous représentiez un si grand danger qu’il a décidé de faire de vous une idole, en tant qu’émissaire de notre Dieu ! Et nous n’avons cessé de vous vénérer comme l’envoyé du Grand Damoclès ! Vous ne pouvez pas nous abandonner !
— Eh bien ne vous en déplaise. Quant à votre ascendant… si je me souviens bien, il avait tenté ma colère. Que cela vous serve de leçon : vous apprendrez alors à ne pas considérer un demi-diable comme un envoyé du Paradis. Au lieu de ça, enterrez mon souvenir, passez à autre chose, ricana-t-il. Quant à toi, poursuivit-il à mon attention, tu me plais bien. »

Plaire à un demi-Démon, hein ? Outre le fait qu’il ne s’agissait que du deuxième individu aux racines infernales que je rencontrais, insufflant en moi une certaine forme de crainte, voire de peur car son dégagement aethernanique était extrêmement important – même si plus faible que celui du Maître –, savoir qu’il me trouvait intéressante, quelle qu’en soit la manière, ne participait pas à me mettre à l’aise. Sirius tentait d’attirer mon attention mais je préférai me concentrer sur ce qui était en train de se passer.

« Ton pouvoir… Montre-le-moi. Montre-moi comment tu t’en sers et si tu me plais définitivement, je te remercierai personnellement pour m’avoir libéré. Mais attention, je suis assez impatient… Il se peut que j’aie envie de te tuer si tu me déçois… Ce serait dommage. »

Il avait presque collé son front au mien. Mes yeux n’avaient jamais été à une telle proximité d’iris aussi inquiétants. Ma gorge se noua… Je devais relever son défi. Fermant résolument mes paupières, réunissant ma confiance en mes capacités, je me garantis qu’il m’était possible de faire mes preuves quel que soit mon niveau par rapport au sien.

Hendrik recula à quelques mètres de moi, nonchalamment. Quand il rencontra un mur hérissé de dagues, il comprit que la démonstration avait commencé. Certains Kurans crièrent, les autres s’agitèrent. Mon cœur battait encore un peu fort mais je tentai de passer outre ce détail et me concentrer sur mes gestes et mes sorts. Il sourit en coin en voyant mes armes se propager autour de lui via de simples gestes de la main mais ne bougea pas. J’avais dégainé la moitié du nombre d’armes que je pouvais manipuler en même temps, histoire de garder la surprise et de laisser germer une idée de mon esprit.

Au début, je ne fis pas étal de puissance mais de beauté dans la manipulation de mes couteaux. Je les faisais danser, guidant leur valse avec virtuosité, comme si elles avaient conscience de leur chorégraphie. Le demi-Démon me regarda faire avec désinvolture pendant plusieurs secondes, le temps de l’habituer au calme. Car une fois que ma deuxième main entra dans la danse, ce ne fut pas seulement pour ajouter vingt-cinq couteaux au spectacle. Elle commença quand même par cela, pour me permettre d’entourer Hendrik d’une bogue de lames pointées vers lui. Puis j’effectuai avec elle un geste circulaire, et l’homme se retrouva entouré d’un champ magnétique rotatif qui fit tourner la bogue. Par des gestes calculés de mes doigts, je créai des ondulations, variai la vitesse de rotation, la taille de la bogue… Il avait réagi au moment où je l’avais entouré d’un champ magnétique. Il avait souri… Il s’en était donc rendu compte, ainsi ne pouvais-je simplement l’assaillir de Merry Go Round. Il me fallait l’ennuyer en m’efforçant de faire comme s’il était convenu que tout se déroule de manière aussi redondante.

Puis il bâilla.

« Eh bien, belle performance artistique, mage du magnétisme. Mais si c’est tout ce que tu sais faire, c’est assez déceva-… »

Et j’ajoutai à la ronde le deuxième champ magnétique, à pleine puissance, de tout mon cœur, puis fis voler le demi-démon à quelques mètres du sol. Il maîtrisa aisément sa rotation en plein vol, comme s’il se maintenait en l’air grâce à sa magie, mais son visage transmettait de la surprise. Ma feinte semblait avoir fonctionné ! Alors je précipitai la formule d’Úr et m’élançai vers lui, me servant de la base du cristal brisé, encore debout, comme sautoir. Une fois à son niveau, je tentai de lui asséner un coup de ma dague en or noir… Mais il me l’arracha sans même la toucher et je me retrouvai enfermée dans une sphère électrique qui explosa quand j’en frôlai la paroi, me laissant tomber au sol comme une vulgaire mouche. Le souffle momentanément coupé, aussitôt eussé-je la possibilité de me lever que je le fis, non sans quelques spasmes dus à la chute. Úr disparut de mon front et Hendrik frappa dans ses mains quelques coups.

« Pas mal du tout, demoiselle ! Tu manques beaucoup d’expérience mais tu sais te servir de ta tête et de ta magie. Je sens que je pourrais faire de toi quelque chose de grandiose… »

En plein milieu de sa phrase, il s’était retrouvé face à moi une fois de plus, tenant de nouveau mon menton entre ses doigts gantés de blanc, mais toujours tâchés de rouge. Cette fois, cependant, je soutins son regard sans que ma gorge n’eût à se serrer.

« Que voulez-vous dire ?
— Mage du magnétisme. Tu as face à toi un maître de l’électromagnétisme, vois-tu ? Je l’étais à mon époque, mais cette magie de cryogénisation par le cristal n’a pas dû altérer plus ma puissance que mon âge… »

De son autre main, dans un rictus, il toucha sa joue comme pour féliciter l’absence d’une quelconque ride.

« Scientifique invétéré, sans vouloir me surestimer. Je sais reconnaître les sujets les plus intéressants. Alors, accepterais-tu mon offre, demoiselle encore inconnue ?
— Nina. Nina Andersen. Et nous pourrons bavarder de cette offre à notre guise lorsque vous aurez ôté vos doigts de mon menton car c’est assez… dérangeant, voyez-vous ? » souris-je légèrement, assurée.

Il éclata d’un rire franc bien qu’un peu effrayant et lâcha mon visage. Ce fut après qu’il m’eut tendu la main pour quitter cet endroit que Dinah éleva la voix encore une fois.

« Attendez, vous ne pouvez pas partir comme cela !
— Oh ? Et qu’est-ce qui pourrait nous en empêcher ? Vous, peut-être ? Pensez-vous une seule seconde pouvoir me garder ici après l’affront que votre village m’a fait il y a plus d’un siècle ? Il est beau de croire avec ferveur en un quelconque dieu, en une quelconque société parfaite, mais il est peut-être plus important d’ouvrir les yeux et cesser d’être naïve, ne croyez-vous pas ? Ma prétendue élévation au rang de divinité vénérable par votre aïeul n’était qu’un prétexte pour me tenir éloigné de son savoir scientifique pour la principale raison de mes origines, mais aussi pour redresser la religion de vos ancêtres qui battait de l’aile à cette époque. Je vous l’ai dit, faites votre deuil. Si pour vous je suis encore Dieu, alors considérez que je suis mort. Partons, Nina, cet endroit me donne des boutons et il serait bête que je le détruise une nouvelle fois… »

* * *


Le départ de Kura ne fut pas sans conséquences. Après avoir été chassés par Dinah, condamnés à ne plus jamais poser le pied en ces lieux, juste histoire d’affirmer une quelconque forme d’autorité auprès des villageois qui avaient perdu leur idole – pour les pieds que cela nous faisait… –, nous avions traversé la grotte bleue et retrouvé le chemin que j’avais quitté en trombe deux jours plus tôt. Hendrik et moi dirigeâmes nos pas selon ma directive, à savoir le bivouac que j’aurais pu atteindre sans le trio de mages noirs. À la différence ici qu’avec cet individu à mes côtés, je ne risquais pas grand-chose…

Hendrik était en effet quelqu’un de fort… Un puissant mage de l’électromagnétisme et même de l’électricité – bien que les deux magies fussent étroitement liées – et curieux scientifique. Mais nous ne parlâmes pas plus de lui le long de nos pas que de sa fameuse offre. Il désirait faire de moi son élève mais aussi sa guide dans ce nouveau monde au sein duquel il renaissait. C’était comme cela qu’il voyait les choses en tout cas, mais c’était compréhensible : tant pouvaint changer en cent-cinquante ans quand il n’y avait besoin que d’un instant pour renverser toute une vie ! Je fus alors contrainte de lui parler de moi. Mais de façon limitée, car il n’en restait pas moins un inconnu, un demi-diable d’autant plus… Mais il maîtrisait l’électromagnétisme à haut niveau et me proposait de me l’enseigner. Il me trouvait intéressante en tant que scientifique. L’offre n’était pas à jeter…

J’étais consciente qu’à la guilde, Irma n’était pas un Ange et loin de là car elle en était le strict opposé. Le Maître avait néanmoins réussi à lui faire rejoindre ses rangs… Et nous nous croisions quelquefois, échangions quelques mots même si c’était rare. Ce n’était pas une personne détestable. Alors je laissais à Hendrik le bénéfice du doute. Si ma vie à Aeternitas avait ancré au plus profond de moi une valeur en laquelle je croyais à la base, c’était le fait de considérer que rien n’était absolu. Même si je chassais les mages noirs et n’éprouvais plus la moindre considération pour leurs bons côtés, je ne pouvais admettre qu’ils fussent le mal incarné. Et bien qu’il me fût difficile d’avoir confiance en les autres, juger avec un minimum d’objectivité les individus laissait toujours place à une considération très yin-yang des choses. Et je tenais à ce point de vue.

« Sachez simplement que je ne peux et je ne veux en aucun cas quitter ma guilde… Le problème est que vous n’avez nulle part où aller. Mais parallèlement, il m’est impossible compte tenu de mon absence de grade dans la hiérarchie de la guilde de vous y emmener selon mon bon vouloir alors comprenez que… la situation est assez délicate.
— Je vois, je vois… C’est une guilde très stricte visiblement ! À mon époque, c’était à peine si les guildes de Minstrel opéraient une sélection. »

Notre chemin se poursuivit des heures durant. Le soleil commençait à fatiguer. Au bivouac, nous ne trouvâmes personne mais cela ne m’étonna pas, bien entendu. Avec le temps, ils avaient bien dû bouger. Dans le cas où ils n’étaient pas morts, assurément, mais je préférais écarter cette possibilité pour préserver un certain optimisme… Je ne pouvais pas m’empêcher d’y songer pour autant, étant donné que Joker ne répondait pas à mes appels via la lacryma de communication instantanée qu’il m’avait offerte.

Dans tous les cas, le temps passé en compagnie d’Hendrik m’avait permis de jauger le personnage. Il serait dommage pour moi de renoncer à un tel coup de pouce… Mon choix de ne pas me battre avec les mages noirs avait visiblement été le bon. Et refuser d’avoir un mage puissant, maîtrisant la magie que je désirais apprendre et dont j’avais besoin, ce qui était rare, comme mentor… serait sûrement un très mauvais choix car une telle opportunité ne se présenterait peut-être pas à moi avant un moment. Alors je pris ma décision.

« Si nous nous adaptons à ma condition de mage de guilde, Hendrik… Je vous accepte comme mon mentor. » annonçai-je en me courbant en avant.

Alors qu’il posa sa main sur ma tête et entrepris d’ébouriffer mes cheveux, me faisant mordre ma lèvre inférieure en roulant les yeux, l’air bougea dans mon dos, non loin, à peine à plus de deux mètres de moi… Venait d’arriver quelque chose, ou plutôt quelqu’un que je… Que je ne m’attendais pas vraiment à voir.

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Briser la glace (PARTIE 3) ft. Raziel

« Nina… Éloigne-toi de cet individu. Maintenant. »

La voix était ferme, ne souffrait aucun refus d’obtempérer. Hendrik se retourna pour voir qui était le personnage osant le déranger avec sa nouvelle apprentie. Son regard violine croisa les iris flamboyants de Mugetsu.

« Bonjour, semi-Démon. Et peut-être le dernier si tu ne m’expliques pas ce que tu fais avec ma disciple. » exposa le Maître, appuyant particulièrement sur le “ma”.

Hendrik haussa un sourcil, fronçant l’autre. Quelques courtes secondes plus tard, il cligna des yeux et se retourna vers moi. Si lui était calme, en ce qui me concernait, j’étais particulièrement pâle.

« Visiblement je ne suis pas le bienvenu ici. Viens Nina, ne reste pas à côté des gens étranges.
— Euh Hendri-... »

Une forme noire passa entre Hendrik et moi. Étonnamment falciforme.

« J’ai dit “éloigne-toi”. Et explique-toi. » posa une seconde fois Mugetsu, son regard passant successivement de moi-même à Hendrik, qui pouvions tous deux constater, avec une proximité frisant l’indécence, les possibilités excessivement tranchantes d’une faux sombre comme une nuit sans lune.

Jugeant la situation relativement catastrophique, je décidai d’obtempérer dans un hochement de tête soumis. Car cette personne était peut-être la seule avec Dirk qui pouvait m’en soutirer. Une fois que je me fusse éloignée, le Maître redressa immédiatement la lame de sa faux sous la gorge d’Hendrik et sourit de façon douceâtre.

« Mon nom est Mugetsu, maître de la guilde à laquelle appartient cette jeune demoiselle. Et accessoirement Archange. (Et enchaînant immédiatement, il ajouta) Je suis un fervent partisan de la trêve mariale nous interdisant entre Anges et Démons d’en venir aux assassinats sanglants, mais si vous étiez en train de vouloir corrompre ma protégée, je pourrais commettre une entorse à ce règlement, dussé-je risquer mon essence.
— Hm. C’était donc ça, cette odeur dérangeante. »

Les deux sourcils parfaitement froncés cette fois-ci, les deux hommes de taille approximativement égale se toisèrent sans mot dire un peu trop longtemps à mon goût. Je devais tenter quelque chose pour apaiser les tensions…

« Ah, hum… Maître, écoutez… Je suis totalement consentante à son enseignement vous savez, c’est un mage très puissant maîtrisant l’électromagnétisme et… J’ai pensé que laisser passer une telle opportunité serait malvenu… »

Mugetsu adoucit légèrement son ton mais ne baissa pas son arme pour autant.

« Un mage de l’électromagnétisme ? Voilà quelque chose d’intéressant en effet… Il se pourrait que je t’aie mal jugé, Hendrik. Oui, je connais ton nom, et ta vie entière, grâce à un très bon ami à moi. Mais cependant, tes intentions dernières sont plutôt nébuleuses. Et en tant qu’Ange, je ne peux décemment pas te laisser enseigner à une humaine sans m’être assuré que tu n’essaieras pas de la traîner dans un délire infernal quelconque. Je peux même t’avouer quelque chose : il y a une Démone pure souche dans ma guilde et c’est même mon apprentie personnelle. Mais je connaissais ses antécédents et son rejet profond de l’Abîme. Je ne te laisserai enseigner à cette demoiselle qu’à la condition sine qua non que tu sois capable de me prouver que tu ne représentes pas une menace d’ordre démoniaque pour ce monde et surtout pour elle. Le cas échéant, tu repartiras en vie et avec mon aval pour lui enseigner. Si tu me fais défaut, par contre… »

Je vis Hendrik fermer les yeux, sourire doucement et souffler du nez. Il dévoila de nouveau ses iris particuliers à ceux du Maître et entama des propos sur un ton qui me faisait un peu peur pour lui…

« Continuez, je vous prie. Les propos sans fondement des Anges m’ont toujours fasciné, au même titre que ceux des Démons. Permettez-moi peut-être de juger qui a le plus de suite dans les idées ? Tu as vraiment des amis bizarres Nina. Kuhuhu. Mais bon, si je n’ai besoin de faire montre que de ma force, cela ne devrait pas représenter un challenge trop inaccessible. Enfin, ni même s’il s’agit de mon intelligence. »

Je laissais gracieusement échapper un “... merde…”, tandis que Mugetsu éclatait de rire.

« Tu parles beaucoup et tu prouves peu, jeune homme. Tu veux montrer ta force ? Très bien. »

Mugetsu convertit sa faux en bâton, qui disparut immédiatement et recula.

« Il serait fort peu aimable de ma part de ne pas te laisser exprimer ta magie après cent-cinquante ans de léthargie. La sieste fut bonne ? En garde, ta survie sera la preuve de ton droit d’enseigner. »


Sans laisser le temps au semi-démon de se préparer, Mugetsu commença simplement le combat en changeant les cent mètres carrés de terrain lui faisant face en brasier ardent.

« Espérons qu’il survive à cela, Nina, sinon je promets de faire une jolie cérémonie de dispersions de cendres à ton ex-potentiel professeur.
— Oui, enfin, Maître, s’il-vous-plaît, ne l’abîmez pas trop hein… C’est que j’en ai besoin, moi… » suppliai-je.

Hendrik se contenta de léviter, fusant dans les airs aussitôt que les flammes eurent submergé le terrain. De grands geysers à vrai dire, plutôt que de simples flammèches… Approximativement, Hendrik devait se trouver à peine à moins de quinze mètres du sol… Enfin, je disais cela, mais c’était déjà beaucoup à mes yeux ! Moi qui ne pouvais léviter que quelques secondes sur une plaque de métal…

Une aura électrique entoura le demi-Démon en un instant, avec une intensité magique telle que les aethernanos dégagés par cette aura provoquèrent une bourrasque qui fit virevolter ses cheveux et son ample manteau. Se mêlant aux flammes, une tempête mauve, électrique, lumineuse et, je le sentais, magnétique se déchaîna tout autour du Maître. L’électromagnétisme provoquait une tempête telle que ce fut au tour de mes propres cheveux de s’envoler impétueusement. Je m’efforçais de ne pas trop masquer mes yeux pour les protéger de la poussière soulevée : je ne voulais pas manquer une seule seconde de ce qu’il se passait…

Mugetsu haussa clairement les sourcils, perturbé par l’apparition violacée qui le ceignait…

« Hm… Oh, je vois… Tu entraînes des millions de particules électroniques dans ton mouvement pour perturber les structures alentours. Ingénieux ! Mais sans particules, que fais-tu ? »

Deux sphères du Territoire apparurent sur ses mains et virèrent au bleu nuit. Il les appliqua brusquement sur le mur du cyclone et toute l’énergie parasita vite cette tempête. Qui s’effondra et disparut l’instant d’après.

« Que de chaleur… Un petit rafraîchissement ? » dit-il, alors que deux énormes masses d’eau se formaient dans les airs et s’abattaient sur chaque côté d'Hendrik, à la manière de cymbales géantes.

Semblant particulièrement concentré sur ce qui se tramait, Hendrik évita à moitié les deux concentrations d’eau, qui avaient mis suffisamment de temps pour se former afin que la réactivité du demi-démon puisse être exploitée. Seules ses chaussures se retrouvèrent broyées par la puissance de l’eau, car je les vis tomber dans un sale état peu de temps après. Quand je relevai mes iris vers Hendrik, je vis qu’il en avait de nouvelles, identiques.

« Heureusement que je ne paye pas... grogna-t-il. S’il n’y a pas de particules, dis-tu ? Eh bien on s’y prend autrement... »

Je sentis aussitôt quelque chose de magnétique se former dans le sol, ce qui me fit hausser un sourcil. Je ne tardai pas à comprendre de quoi il s’agissait… Le Maître déploya un instant après ses six ailes et se retrouva dans le ciel, bien plus haut qu’Hendrik, poursuivi par six espèces d’échardes toutes aussi mauves que leur propriétaire, un peu plus grandes que mes dagues à première vue, qui fusaient avec lui, essayant de toucher ne serait-ce que ses vêtements.

Du point de vue de Mugetsu, cela pouvait s’apparenter à une course-poursuite avec des missiles à tête chercheuse… À une centaine de mètres au-dessus du sol, ces espèces de poignards le poursuivaient sans relâche.

« Je suppose qu’il m’a magnétisé, ce fourbe. Mais c’est astucieux et je peux respecter cela.
— T’es pas magnétisé, crétin. Il les contrôle juste. Et, oui, ta disciple m’entend te traiter de crétin.
— Merci pour ma crédibilité, andouille. On règlera ça plus tard. Pour l’heure… »

La faux fit son retour, trancha chaque poignard en deux, les rendant temporairement inopérants… Environ deux secondes. Puis ils se reformèrent et reprirent leur assaut.

« Bon… Soit. Tu peux disposer, Coercens. Allez zou, poubelle les couteaux. »

Six petites poches dimensionnelles s’ouvrirent brusquement et gobèrent les lames.

« Il m’a surpris… Je suppose que c’est à mon tour… »

Un dégagement magique impressionnant se déclencha tout autour de la zone.

« Neel Wielg Mion… Terse Elcanteus… Yagdo Rigora ! »

Une sphère d’énergie dorée enfla dangereusement au sol, englobant une zone d’environ trente mètres de rayon. Et explosa brusquement dans ce même rayon, emportant vers le ciel une énorme quantité d’énergie.

« Comme promis gamin, si tu reviens après ça, je t’engage, dit-il tout en se reposant au sol.
— Euh, Maître ? tentai-je en essayant de me recoiffer. J’espère que vous avez préparé le contrat... »


Quand le Maître se retourna vers moi en haussant un sourcil, et qu’il vit Hendrik accroché à mon bras, haletant considérablement et lui lançant un regard pour lequel même “noir ébène” était un qualificatif trop pâle pour être employé, il resta interdit quelques instants… Puis reprit son attitude mi-joviale, mi-assassine habituelle.

« Bon, hé bien tu as survécu. Je me fiche de savoir comment.
— À toi je t’expliquerai, ne t’en fais pas, murmura Hendrik à mon oreille sans détourner son regard assassin de l’Archange.
— La seule chose exigée, c’est que Nina puisse faire de même sous ton égide. Tu es officiellement son tuteur. Respecte ce titre, cette guilde et crains-moi. Sinon je deviendrai ton tueur.
— Tout à fait, oui. Craindre un… Ange, oui. Bien entendu. »

Soufflant du nez, Hendrik passa derrière moi, entoura mes épaules d’un de ses bras et posa son menton ainsi que son autre main sur ma tête. Je frissonnai, peut-être pas de dégoût mais de déplaisir en tout cas…

« On verra qui lui apprendra le plus de choses, au final... »

Le regard de Mugetsu s’obscurcit totalement, fixant le duo et particulièrement le prétentieux sur ma tête.

« Je n’ai jamais eu l’intention d’être son professeur particulier : je ne maîtrise pas et ne maîtriserai sans doute jamais sa magie. Cependant, je suis très bon pour enseigner, quoi que tu puisses en dire, minable persifleur. Et si tu ne me crains pas, ni ne me respectes, alors je t’enseignerai la chose que toute personne en ce monde doit craindre. La mort. »

Et comme pour asseoir définitivement son propos, l’aura magique du Maître devint écrasante et la végétation flétrit sur plus d’un hectare, avant qu’il ne disparaisse dans une gerbe d’étincelles bleutées. Je poussai un long soupir et épongeai mon front fatigué. Je considérais qu’en tant qu’apprentie, il était de mon devoir de préserver mon mentor…

« Que vous le détestiez est une chose, Hendrik, mais… S’il-vous-plaît, pour vous comme pour moi, évitez de lui chercher des noises trop souvent… »

Puis, voyant que le regard noir et les injures presque inaudibles d’Hendrik persistaient, j’enfouis mon front dans ma main et entrepris de me masser les tempes.

« Tu l’as voulu, Nina… Grandiose. »


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Nina Andersen
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Jeu 31 Aoû 2017, 23:07
         
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Perfection : non

Fautes : « dès que le je voyais » => « dès que je le voyais »
La seule faute du texte, que de précipitation…

Cohérence : as always, a hundred points.

Originalité : 40 points. Le personnage de Hendrik est un grand original (un grand orignal dirait Sirius), mais pas son chara-design, n’est-ce pas ?!

Histoire : hmm, disons 450 points.

Rendu : une habitude. 100 points.

Humour : ah le cynisme, une valeur sûre. 175 points.

Rédaction : rien à redire en dehors de l’inversion. 300 points.

TOTAL : 9 185 points ! Mazette.



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Raziel
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