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~ Retrace ~

Dim 07 Mai 2017, 19:01
         

Histoire ♦ Retrace – First bell

C’était, une semaine plus tôt, un jour des plus moroses. Un jour de deuil prolongé sur sept, et même plus dans le futur. Le deuil. Cette période qui détermine à la place des autres à quel moment ils ne pourront plus aimer une personne comme avant. Et comment celle-ci ne pourra plus aimer en retour. Au moins ne le dirait-elle plus, ne l’entendrait-on plus. Pire encore lorsque sans préparation ; quand, si peu de temps avant, on l’étreignait encore. Et s’il s’agissait de ce genre de personne pour qui on pensait "je t’aime" en la voyant. Dans ce cas, on pensait aussi "je t’aime" sachant qu’on ne la verrait plus.

Nina n’avait pas été une enfant à laquelle on avait caché la mort. À vrai dire, elle n’en était pas même bien impactée car elle ne connaissait jamais ceux dont on avait annoncé le trépas. Ce n’était pas le cas de sa sœur, Élianore, qui s’attachait très vite à quiconque elle rencontrait, ou presque. Fallait-il dire qu’elle faisait la connaissance de plus de gens quotidiennement que Nina en plusieurs mois... Néanmoins, à caractères si opposés, réaction similaire. Une
semaine encore, les deux fillettes pleuraient leur mère, leurs larmes n’ayant pas ne serait-ce que tiédi. Leurs cœurs perpétuellement serrés, Élianore en avait perdu son dynamisme. Nina ne sortait pas même de sa chambre, sinon pour se laver, et rechignait à prendre son petit déjeuner. Emyr, lui, savait qu’elle préférait la confiture de fraises à la gelée de myrtilles. Mais lui non plus n’était plus là, désormais.

Dans les couloirs inconnus du manoir Andersen, un jeune garçon déambulait, peu anxieux. Il n’était pas seul pour autant, au côté d’une des servantes les plus gentilles de la vicomté tâchant de lui expliquer tant les raisons de sa venue que celles de l’atmosphère pesante entre les murs, comme s’il faisait orage malgré un ciel radieux.

« Dame Mélinoée n’était pas celle que bon nombre te décriront. Si certaines personnes te sembleront plus joyeuses que d’autres, c’est parce que ces gens ne la voyaient pas d’un bon œil. Ils ne percevaient que la roturière, ou pire, l’ancienne mage noire.
— Elle était une mage noire ?
— Tout le monde a cette part d’ombre dans son passé. Mais certaines personnes, comme Dame Mélinoée, parviennent à s’en débarrasser.
— J’espère y parvenir moi aussi, sourit le jeune garçon en regardant devant lui, replaçant une mèche ébène qui glissait un peu trop près de ses cils.
— Il n’y a pas de raisons, mon grand ! Viens, nous approchons de la chambre de la cadette. Elle s’appelle Nina mais je te préviens, elle... est un peu plus revêche qu’Élianore. Ne le prends pas personnellement. »

Bien que la servante tentât de rassurer l’adolescent, il ne semblait pas inquiet en premier lieu. Arrivé devant la porte, il entra à sa suite dans la pièce baignée de lumière. Nina avait enfin ouvert les rideaux... Invité par sa guide, le jeune garçon progressa à pas feutrés vers le lit où cette enfant lisait. Elle l’avait remarqué mais ne laissa paraître, ne leva pas même un sourcil en le voyant à son côté, flou mais réel. La servante décida d’attendre devant la porte, n’ayant jamais été très à l’aise en compagnie de Nina. Le garçon, en revanche, ne semblait pas touché par ce sentiment.

« Bonjour ! (Il s’inclina vers l’avant, ne sachant pas bien faire la révérence ni même s’il devait essayer face à elle). Je m’appelle Dimitri, je suis le nouveau majordome de cette maison. »

Effectivement portait-il un costume adapté au poste. Il réajusta par ailleurs son nœud papillon : l’habitude d’en porter lui viendrait avec le temps. Nina ne réagit pas avant qu’il ne prononce le mot "majordome". Un nouveau ? Le remplaçant d’Emyr ? Il n’y parviendrait jamais, personne d’ailleurs. Le jeune Dimitri, peu malaisé par l’aura d’indifférence émanant de l’enfant, resta patient et se présenta un peu plus. Arriverait-il à capter son regard ? Il n’avait jamais eu ni petit frère, ni petite sœur – aucune fratrie de toute manière – alors il ne savait pas trop comment s’y prendre.

« J’ai treize ans et je n’ai aucune expérience, mais je ferai de mon mieux pour te... vous servir, Nina. Si vous voulez bien me parler pour que je sache ce qui vous ferait plaisir. » assura-t-il avec douceur, négligeant de s’excuser pour sa faute pronominale.

Nina n’avait pas tourné une seule page de son livre depuis que Dimitri était assis, et il l’avait bien noté ! Elle écoutait tout ce qu’il disait, en revanche.

* * *


« C’est terrible, Dimitri.
— Oh ? »

Le livre qu’il s’apprêtait à reposer à sa place, sur une étagère bien en hauteur, stoppa sa course.

« Elle me fatigue, c’en serait comique si elle n’était pas une nouvelle fois revenue couverte de plaies. Heureusement pour elle, je l’aide à soigner ses blessures avant qu’elle ne se présente devant papa. »

Élianore avait pris goût à la fugue ludique depuis quelques années. Nina ne racontait jamais à personne tout ce qu’elle apprenait sur ces escapades... Savoir qu’à seulement quinze ans, sa sœur avait déjà eu plusieurs petits copains des bas quartiers, ou qu’elle avait failli mourir, assommée par un pot de fleurs mal attaché à son balcon, était une chose. Le répéter à une personne indigne de confiance ? Autant officialiser l’assignation d’Élianore à domicile jusqu’à sa majorité ! Nina le savait bien, c’était bien pour cela que le seul à tout savoir, sinon elle, était Dimitri.

Ce jeune garçon avait bien grandi. La puberté était terminée depuis un moment, le voilà alors à 20 ans. Il avait enfin pris conscience que les cheveux trop longs, tombant directement sur les yeux, n’étaient plus une option et il les avait coupés. Comme tous les soirs, lorsqu’il n’était plus censé travailler pour le Vicomte, il portait son monocle alors, quand Nina entra, il l’ôta une nouvelle fois.

« Je déteste quand tu fais cela, tu le sais...
— Et toi, tu sais que je hais le porter en public. Regarde un peu cette tête de guignol ! plansanta-t-il enfin, à moitié.
— Tu n’as pas besoin de monocle, si c’est ce qui t’inquiète... »

Le regard en coin, les sourcils levés, donnaient à Nina un air blasé. Pour tout avouer, elle trouvait que le monocle de Dimitri renforçait son apparence de majordome et elle adorait cela. L’intéressé le savait pertinemment, d’ailleurs, à l’insu de la jeune fille. Il était habitué à ses sarcasmes et pouvait dire à quel moment il ne s’agissait que d’un moyen de défense pour écarter les sujets sensibles. Il en entendait de tels depuis déjà sept ans, après tout !

Elle s’installa sur le sofa et croisa les jambes, recevant quelques minutes après que Dimitri fut descendu de l’escabeau une tasse de son thé préféré.

« J’en profite pour te rapporter le livre que tu m’as prêté la semaine dernière. Je ne l’ai pas trouvé très... passionnant.
— C’est rare, ça, tiens. Penses-tu que ce soit le style qui t’ait repoussée ?
— Peut-être bien.
— Remarque, ce n’est pas si surprenant ! Ce n’est pas un auteur pour enfant.
— Si j’en étais une, cet argument serait peut-être valable, Monsieur Zacharias... » grogna Nina, vexée.

Elle considérait être la plus mature de la fratrie et que leur mère s’était trompée en la mettant au jour en second. La guerre contre Stella ne semblait pas près de cesser et s’il venait à arriver malheur à leur père, ce serait à Élianore de reprendre la vicomté dès sa majorité. Si les années restaient à passer et que Nina était bien consciente de l’âge de sa sœur et du sien, elle ne pouvait s’empêcher de douter qu’une fille comme Élianore, candide et rebelle, véritable électron libre, en soit capable. Elle-même, en revanche, s’intéressait déjà à la géopolitique de sa région. D’ailleurs elle, au moins, ne séchait pas les cours du précepteur pour batifoler en ville !

Enfin, même si elle était peut-être bien la plus mature du lot, Nina n’en restait pas moins aussi têtue que sa sœur. C’était juste plus... discret. Comme dans le cas de son fétiche pour les majordomes.

« Tu ne voudrais pas remettre ton monocle, pour une fois ? Quitte à ressembler à un guignol, autant ne pas faire les choses à moitié. »

Dimitri rit, désespéré, et s’assit sur le canapé à gauche de Nina. Sa main monta jusqu’au crâne de la brunette et le frotta frénétiquement, faisant sautiller les tresses jumelles de chaque côté de son buste. Elle protesta d’une moue boudeuse sans pour autant se dégager. Toutefois, une fois la main immobile, elle regarda Dimitri dans les yeux, les joues roses. C’était quelqu’un comme lui qu’elle voulait voir à la tête de la région, un jour. Un homme pour lequel elle regrettait de ne pas être plus âgée, d’ailleurs. Elle le trouvait plus beau encore ainsi vêtu de son veston noir, sa chemise et son jabot blancs.

Sortant de sa stase quand la main de Dimitri repartit à sa place, elle préféra en rester là pour aujourd’hui. Les joues brûlantes, elle décida tout de même de s’enfouir dans les bras de son majordome favori, lequel rendit son étreinte à la jeune fille avec douceur. Elle pensa ne jamais en avoir eu de pareil mais après tout, ses lointains souvenirs d’Emyr s’estompaient avec le temps et le désir d’oubli de la souffrance endurée.

Dimitri était son seul ami et elle n’en voulait pas d’autre. Quand elle ressentait le besoin d’un contact, elle n’attendait rien de quiconque sauf lui. Nina se souvenait juste de la douleur de la perte, sachant alors qu’elle ne voulait plus la ressentir. En tout cas, pas avant un temps auquel elle ne préférait pas penser pour le moment.

« Et si tu venais avec moi demain ? Nous pourrions t’acheter des lunettes, murmura-t-elle, le front contre le jabot du majordome.
— J’aimerais autant dépenser mon argent autrement. Je me doute bien que tu ne l’as pas oublié, mais autant le rappeler : étant logé, nourri et blanchi ici, je ne gagne pas autant que...
— Je sais que le peu que tu amasses est envoyé à ton père. Simplement, sache que j’ai suffisamment d’économies pour t’en offrir. Et puis, tu pourrais m’emmener au restaurant, ensuite. Cela fait longtemps que je n’ai pas été à la Tour d’Or. J’avais beaucoup aimé leur risotto aux truffes, la dernière fois...
— Oh oui, avec grand plaisir ! répondit-il d’un enthousiasme ironique, avant de se mettre à rire. Non mais Nina, sincèrement. Se faire payer ses lunettes par une fillette de quatorze ans ? Pour un adulte comme moi ? Haha oui, bien sûr.
— Je vois que je n’ai plus le choix... »

Nina se défit de l’étreinte, à contre cœur et les joues encore chaudes, mais résolue.

« Dimitri, demain matin, à onze heures, nous partons t’acheter des lunettes avant de déjeuner à la Tour d’Or. C’est un ordre. »

Se rendant compte de la portée de son dernier mot, elle lui embrassa la joue timidement. Dimitri ne put lui en vouloir, néanmoins.

* * *



« S’il te plaît Hendrik, pas maintenant, murmura Nina en réprimant un frisson.
— Au point où on en est... »

Elle repoussa le grand homme à moitié nu, à peine sorti de la douche, qui embrassait le creux de son cou et rouvrit les yeux. Elle se retrouva face au miroir, habillée, coiffée, mais y trouva le même visage tendu que d’habitude, celui dont elle se parait lorsque les jours ne lui offraient rien. Il lui avait suffi de fermer les yeux quelques secondes et ses souvenirs en avaient profité pour ressurgir.

Nina secoua la tête. Il était temps de passer à autre chose. Sa mère ne reviendrait jamais, pas plus que Dimitri si elle se contentait de ressasser le passé. Pour le moment, la chose la plus importante à faire était de se rendre à Caelum.

« Nina, ma grande, commença Sirius, sans crier gare, et de sorte qu’Hendrik l’entende utiliser un ton mielleux en prononçant ses prochains mots. Ne reste pas en mauvaise compagnie alors que Mugetsu veut te voir. Il est dans son bureau, rejoins-le vite : il a une mission à te confier. »

Comme ça, l’Ange avait donc entendu mon ultime prière...

by Nina




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Nina Andersen
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Jeu 31 Aoû 2017, 23:20
         
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Base : 1 160 points.

Perfection : oui ! YOUPI !

Fautes : Ø

Cohérence : toujours. 100 points.

Originalité : c’est une tranche de vie, un choix pas follement original pour le coup, mais il fallait faire ce RP.

Histoire : par contre, l’histoire a beau ne pas être originale, elle nous en apprend bien plus sur Nina. Et elle mérite donc ses 400 points.

Rendu : 100 points.

Humour : allez, je suis d’humeur généreuse : 190 points.

Rédaction : Purrfèct ! 300 points.

TOTAL : 3 000 points tout pile.



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Raziel
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