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Espérance perdue

Dim 01 Jan 2017, 20:21
         

Espérance Perdue (Partie 1/3)




« Désolée, je suis en retard !
— Ahah, t’inquiète. Où sont les autres ?
— Longue histoire… »

Ysaline s’assit avec précipitation, sans même remarquer Alkael que j’avais décidé d’emmener avec moi. Nous ouvrîmes tous les deux un petit calepin, sur le café de la place à Sainte-Nuit. Nous avions rendez-vous ici, pourtant Irina et Ilhem manquaient à l’appel. Ysaline m’expliqua que pendant la recherche des livres, Ilhem s’était fait attraper et était parti en prison, elle avait donc dû payer sa caution. Cependant, ses fonds étaient désormais à sec, le couple était donc parti en mission pour renflouer un peu notre compte commun. C’était une idée d’Ysaline : une sorte de boite imaginaire dans laquelle nous placions un budget exploitable pour le groupe. Cependant, la caution avait vidé cette épargne et vidé les bourses de deux jeunes filles… Si j’avais été mis au courant, j’aurais aidé, mais elles me savaient à l’autre bout du continent, me disait-elle. Elle n’avait toujours pas connaissance de Sirius, ni de ma guilde. Je lui avais dit que je ne cachais rien de particulier, mais que je n’avais pas le droit d’en parler, aussi savait-elle simplement que je pouvais obtenir certaines informations spontanément ou effectuer des voyages rapides. Alors elle ne posait pas de questions et me demandait si je pouvais mettre à profit ces avantages. Sirius avait été d’accord pour m’aider : Irina, ou du moins ce que lui en avais dit Sirius, intriguait le maître.

Il n’y avait pas moins de sept livres sur cette table, de différentes tailles et épaisseurs : quatre d’entre eux étaient de petits journaux de recherches, l’un d’eux une grande encyclopédie unique (ce pourquoi Ilhem avait été emprisonné) ainsi que deux romans s’inspirant de légendes oubliées, du même auteur. Après une mise en commun de nos trouvailles, nous en savions enfin le plus possible. La pierre d’Elpída était donc loin de pouvoir modifier la réalité, comme le disait la plaque du musée. Cependant, elle était capable de créer, distordre ou détruire les méridiens magiques et les flux d’Aeternanos qui se trouvaient dans l’air, pour ainsi les exploiter. Elle servait en réalité de catalyseur pour recycler les ressources naturelles et s’en servir avec abondance. Cela expliquait beaucoup de choses par rapport à la magie d’Irina. Comme tout mage, elle absorbait les Aeternanos ambiants pour les recycler en tant sorts, à la seule différence que cette pierre permettait une utilisation brute de cette énergie. En théorie, Irina pouvait diriger les flux pour directement les insuffler, au travers d’un cristal, au sein même d’un corps étranger, sans rejet. Heureusement que les schémas des notes que j’avais récupérées expliquaient ce processus bien mieux…


« Et tu vois, le journal que tu as ramené dit grosso modo la même chose que celui-ci, que j’ai trouvé. Il y a deux choses : Irina a tenté de mettre en pratique ce qui est expliqué et ça a marché ! Tu as déjà vu son cristal de protection, qui endosse les blessures à ta place ? Elle a réussi à créer une réserve de magie inactive, directement à partir de l’énergie présente dans l’air ! Un cristal immobile, dans lequel nous pouvons puiser notre puissance !
— Fabuleux ! Elle a probablement bien plus de potentiel que nous tous réunis…
— Certainement. La deuxième chose, la voici : les deux scientifiques qui font part de ces informations sont issus du même laboratoire. Regarde attentivement le symbole ici, c’est le même que là. De plus, les deux préfaces mentionnent un groupe… la « Confédération des Erudits ».
— Je vois… À en juger par l’état du papier, le journal date d’une petite dizaine d’années, s’il a été bien conservé, il peut remonter jusqu’à 15 ans.
— Donc il y a plus d’une dizaine d’années, un groupe nommé la Confédération des Erudits a fait des recherches sur cette pierre.
— Exactement, et leur point d’extraction était au sud d’ici, dans les montagnes proches de la frontière fiorienne, près du village d’Espér-… Ysaline ? »

Notre long dialogue venait d’être coupé par la stupeur de la jeune fille, qui se lisait clairement sur son visage. Elle fixait une page de l’encyclopédie dédiée à de nombreuses pierres oubliées, sans m’accorder la moindre attention, l’air abasourdi. Elle reprit ses esprits puis posa une question, dubitative, sans quitter le livre du regard.

« Liesel, Irina a bien notre âge, mmh ?
— Je pense, oui, elle a l’air un tout petit peu plus âgée… Pourquoi ? »

Elle soupira longuement, en fronçant les sourcils.

« Regarde un peu ça. »

Elle tourna le livre, qui afficha une gravure en couleur d’une jeune fille, semblant utiliser la magie. Elle avait l’air encore petite, mais la gravure traduisait très bien sa maîtrise de la magie. De nombreuses personnes l’entouraient, toutes munies du même sigle sur leur vêtement, le même symbole que sur les journaux. Mais ce qui frappait le plus était la chevelure rose de la jeune fille et ses yeux d’un bleu albâtre. Ysaline répondit à mes yeux qui s’écarquillèrent et à mes sourcils qui se froncèrent.

« La légende, en dessous.
— Espérance, X-785. Eiréné Ischýs à 8 ans. Des progrès colossaux en seulement 19 mois. L’ère de l’espoir approche. »

Je levai les yeux pour croiser ceux d’Ysaline, qui semblait visiblement comprendre la même chose que moi. La jeune fille sur la gravure était Irina, et la fermeture officielle de la mine en X-783 n’était qu’un prétexte pour que la Confédération l’utilise afin de mener ses expériences sur Irina. Les dates collaient, l’apparence aussi et le nom était assez semblable, prenait en tout cas les même racines. Il n’y avait aucun doute possible ! Voilà pourquoi elle ne voulait pas parler de son passé… Mais une question subsistait. Si ces expériences avaient été menées, alors elle devrait être capable de faire ce qui est détaillé dans ces livres, puisqu’elle l’a déjà fait. Mais Ysaline venait de me dire qu’elle avait appris une nouvelle capacité à partir des journaux. Ca ne collait pas. Avait-elle oublié toute la magie qu’elle avait apprise ?

Gravure du livre:

Espérance, X-785 — Eiréné Ischýs à 8 ans. Des progrès colossaux en seulement 19 mois. L’ère de l’espoir approche.

Un long silence régna par la suite, aucun de nous deux ne savions pourquoi. Maintenant que nous avions pris connaissance de cela, nous hésitions entre partir au village d’Espérance ou attendre Irina pour lui en demander plus. Nous buvions nos boissons chaudes, emmitouflés dans nos vêtements. Un petit moment de détente fit son apparition, durant ce silence, lorsqu’Alkael se fit enfin remarquer par ma partenaire. Des présentations s’en suivirent, Sirius me fit encore remarquer que ce chien ne pouvait pas me comprendre. (J’étais secrètement persuadé du contraire. Elle avait fait preuve d’une grande intelligence lorsque nous jouions et le collier que l’on portait nous permettait de nous comprendre). Elle avait saisi mon affection pour Ysaline et la ressentait également. J’aurais aimé que Yolagaar soit également présent pour ce petit moment comique, qui cessa bien rapidement lorsque toute l’affection d’Alkael fut remplacée par une violente animosité envers un groupe de personnes qui arrivait au loin. Un léger cri strident dont la vibration transportait une étrange chaleur s’émana d’un éclair embrasé qui filait vers nous, qui n’était autre que l’oiseau de feu tentant de nous alerter.


Nous posâmes nos tasses mais restâmes assis calmement pour tenter de découvrir quelle était la menace. Il ne fut pas utile de chercher plus lorsque nous vîmes sur l’une des cinq personnes imposantes qui venaient d’entrer dans la ville le symbole de la Confédération des Erudits. C’était logique… l’une des pierres se trouvaient là et Irina était restée plusieurs jours dans cette ville. Ils allaient bien sûr tenter de la retrouver.

« Liesel, te sens-tu prêt à te battre si nécessaire ?
— Oui… Essaie d’être prudente, ta magie du feu risque de me poser problème… »

Ysaline avait une sensibilité magique plus accrue que la mienne, elle m’avait alors informé des niveaux de chaque mage : sur les cinq, deux étaient des novices, deux des apprentis, et le dernier était assurément confirmé, me dit-elle. C’était évidemment lui qui allait poser problème. Mais se plonger dans les hostilités dès maintenant n’allait servir à rien. Nous observâmes dans le calme et la réflexion le groupe frapper à toutes les portes, les unes après les autres, montrant une photo, puis repartir. Certaines conversations duraient plus longtemps que d’autres, certains ne répondaient même quand ils toquaient. Ils n’avaient pas l’air si menaçant, mais il était hors de question qu’ils retrouvent Irina. Ce fut bientôt notre tour d’être questionnés.

« Bonjour, auriez-vu vu une jeune fille ressemblant à celle-ci ? Elle devrait être âgée d’une vingtaine d’année. »

Notre seule réponse fut des regards légèrement hostiles avant qu’Ysaline ne prenne la parole d’un ton sec.

« Que lui voulez-vous !?
— Haha, excusez-la, elle est très nerveuse à cause de… plusieurs choses. Désolés, nous n’avons pas vu cette personne.
— Je vois, merci beauc-… »

Il s’arrêta net en constatant les ouvrages sur la table. Nous étions cuits. Un grand silence plana un moment, alors que des duels de regard se jouaient entre nous trois, pour savoir qui de nous trois allait attaquer le premier. Nous étions assis et lui debout, ce qui nous faisait un désavantage considérable. Il aurait fallu une attaque par surprise pour nous aider. Plutôt que de tenter d’utiliser les livres sur les tables, j’allais user d’un autre atout. Je me concentrai intérieurement et insufflai une faible quantité de magie dans mon collier, afin d’ordonner par la pensée à Alkael d’agir.

« Alkael, aanval ! »


Aussitôt, l’animal fila à travers la table qui se renversa pour attaquer à la cheville le mage qui en perdit l’équilibre. Ysaline s’était retrouvée au sol dans la surprise, tandis que je m’étais relevé d’une roulade.

« Alkael, ren weg ! »

Et la chienne aux poils blancs s’en alla à toute vitesse dans les ruelles, pour se protéger des sorts qui seraient mortels si elle en était la cible. Les quatre autres sbires ne tardèrent pas à se ramener autour de nous. Je pensais qu’Ysaline aurait profité de ce moment pour attaquer, cependant nous étions maintenant encerclés… Une mince spirale ascendante de papier m’entoura depuis les livres sur la table avant d’éjecter plusieurs feuilles au ras du sol, qui passèrent derrière les adversaires et les menacer, en stagnant autour d’eux. Enfin, c’était ce que je comptais faire, mais Ysaline avait fini par réagir en lançant depuis le sol plusieurs rapaces que nos adversaires durent esquiver, réduisant en cendres mon attaque. Elle me lança un regard d’excuse, auquel je répondis par un acquiescement. Je l’avais compris, utiliser le papier était une erreur avec elle. Je m’élançai soudainement vers le plus faible des mages avec ma dague, qui retrouva mon arme dans l’épaule. Je ne pouvais pas les tuer sans avoir la ferme confirmation qu’ils étaient mauvais, peut-être faisions-nous erreur ? L’éclair qui vint parcourir l’intégralité de mon corps en contractant tous mes muscles me prouva le contraire. Son camarade apprenti venait de me sonner pour quelques secondes. Quand je repris mes esprits, ce même mage était entouré de petits cercles magiques rouges, desquels naquirent de fines flèches rougeâtres, œuvres d’Ysaline. Celles-ci n’eurent aucun mal à perforer les vêtements solides du mage, le laissant blessé sur le sol, à côté de celui qui venait de perdre l’usage de son bras.

« Ysa ! »

Avant qu’elle ne pusse saisir mon avertissement, une masse de bois vint percuter son abdomen, l’expulsant avec force à quelques mètres de là. Je tentais de me relevai en esquivant le nuage de fumée qui se dirigea vers moi, et rejoignis en titubant ma partenaire, qui peinait à se relever, pour nous enfermer sous un solide dôme de papier.

« Ysa, tout va bien ?
— Hnn… Oui… Ça va aller… On n’a aucune synchronisation, il faut corriger ça…
— Oui…
— Il faudrait que j’arrive à me servir de ton papier comme combustible, sans pour autant déranger tes attaques.
— Explique-moi vite ton idée, le dôme ne tiendra pas longtemps. »

En effet, on sentait sous le papier la masse de bois heurter avec violence notre protection. Quelques creux se formaient même sous les coups. L’ennemi pensait probablement détenir la victoire en nous constatant dans cette posture mais nous allions réagir. Elle m’expliqua son idée, que nous mîmes immédiatement en application. Une ouverture apparut, de laquelle nous sortîmes en un éclair alors que l’orbe de papier implosa. Pourtant, l’épaisseur qui avait doublé retient l’explosion un minimum. Cela me laissait un très court laps de temps pour manier l’objet embrasé avant qu’il n’en reste que des cendres. Ainsi, en levant les deux bras, la sphère embrasée s’envola, projetant son tortionnaire. Ysaline posa les deux mains au sol, en même temps que moi, provoquant la chute de ce météore sur le mage confirmé. Au moment de l’impact, un grand faucon rougeoyant avait traversé l’orbe devenu gris pour exploser avec lui sur l’opposant, qui gisait inconscient au sol. Toute la population nous fixait, nous venions de passer pour les agresseurs…

« On doit filer ! »

Dit-elle en me prenant la main à travers la place. Nous bousculâmes les quelques passants abasourdis pour nous frayer un chemin jusqu’à la porte principale. Sirius m’informa qu’il avait téléporté Alkael à bord d’Ouroboros, alors que je remarquai Yolagaar voler juste devant nous. Lorsque nous traversâmes la porte principale, pour contempler les plaines qui se profilaient devant nous dans une bourrasque fraîche, nous entendîmes les gardes crier.

« Halte-là ! Restez ici, criminels !
— Nous devons rejoindre la forêt au sud, c’est là que se trouvent Ilhem et Irina. »

Retrouver le couple était donc notre objectif. Logique : avec la Confédération à ses trousses, Irina était menacée et Ilhem ne pourrait la défendre à lui seul. Je n’étais même pas sûr que nous pussions la protéger en étant trois, mais une chose était sûre : il fallait la prévenir du danger. Ysaline se précipita pour dévaler la pente, mais je la retins un peu brusquement. Je la pris dans mes bras, ce qui l’étonna fortement. Au même moment, je me jetai dans le vide, la tenant contre moi. Elle hurla si fort que mes tympans s’en trouvèrent inutilisables quelques secondes, mais lorsqu’elle s’arrêta ses ultrasons, nous étions allongés sur un grand avion en papier, qui glissait sur le vent du nord en direction de la forêt. Je me levai brusquement pour piloter avec plus ou moins d’efficacité l’engin afin de ne pas mourir écrasé contre le sol. Pourtant malgré mes efforts, nous perdions en altitude, si bien que n’allions pas tarder à subir un crash. Créer un avion était une chose, mais j’étais incapable de le piloter ! La magie de création dynamique était un niveau que je maîtrisais trop faiblement… Entre un oiseau de papier inutile et un véhicule pour transporter deux personnes, je n’avais pas mesuré l’écart qu’il y avait et que je ne maîtrisais pas. Alors nous chutâmes encore plus bas, bientôt nous serions à la renverse.

« Y-Yolagaar ! … J’espère juste… pitié… que ça fonctionne… »

L’oiseau plongea sur le poignet de ma partenaire, juste avant qu’elle ne joigne ses mains en chargeant le plus d’énergie possible afin de former correctement un cercle magique qui apparut dans le ciel. Elle ferma les yeux pour se concentrer, puis grogna une onomatopée en relâchant toute sa magie, libérant du ciel un grand brasier ailé qui vint planer juste sous notre véhicule, l’élevant petit à petit grâce à l’air chaud produit. Cela nous stabilisa un petit moment, suffisamment en tout cas pour atteindre la forêt.

« Si on entre avec ça, je vais tout faire cramer ! »

Cria-t-elle en faisant disparaître le grand oiseau, qui l’avait visiblement épuisée après le précédent qu’elle avait fait dans l’attaque. Grâce à lui nous nous étions stabilisés, mais cela ne suffirait clairement pas pour passer au-dessus de la petite colline qui se tenait au milieu de la forêt, entre les plaines et les montagnes. Une déchirure se fit entendre dans l’aile droite, puis la gauche, à nouveau à droite, jusqu’à ce que notre avion finisse en lambeaux en moins de temps qu’il ne fallut pour hurler. Tout ce que nous comprenions maintenant était le feuillage qui fouettait avec violence nos visages dans des bruits assourdissants, dans des rebonds de panique, avant de ne plus rien entendre du tout.


Le silence total. Il ne subsistait que le son des oiseaux qui tentaient de s’enfuir, paniqués. Je pris petit à petit connaissance de mon propre corps, puis me relevai avec peine pour m’asseoir. J’observai, confus, la dense forêt dans laquelle nous avions atterri. Enfin, « atterrir » n’était peut-être pas le bon terme. Je jetai un œil à Ysaline, parfaitement consciente, allongée, les yeux écarquillés vers le ciel, qu’elle verrait d’une toute autre façon désormais. Elle ouvrit la bouche, pour parler, mais s’arrêta, gardant la bouche ouverte, avant de reprendre quelques secondes plus tard.

« E-Est-ce qu’on vient sérieusement de voler ?
— Oui…
— Je veux dire, planer sur plusieurs dizaines de centaines de mètres, avec la garde à nos trousse, sur… sur un avion… en papier !?
— Je pensais pas qu’on s’en sortirait vivant mais… oui.
— Je suis partie de chez moi pour avoir de l’aventure… Et je vole sur des avions en papier. D’accord. »

Elle soupira puis ferma les yeux, exaspérée. Visiblement non, elle n’était pas parfaitement consciente. Enfin, aucune blessure à déclarer, mis à part de nombreuses griffures, quelques vêtements déchirés et nos visages couverts de boue.

« Est-ce que tu sais que j’ai le vertige, au moins ?
— Euh… bah maintenant oui… »

Elle se leva brusquement, dans une position menaçante, pour se diriger vers moi à grands pas, avec hostilité.

« J’ai le vertige et tu me jettes dans le vide puis tu me fais voler sur un avion en papier, on atterrit au beau milieu de nulle part et encore t’étais même pas sûr qu’on s’en sorte vivants !?
— Bah… Il fallait agir vite… Mais tu as eu une bonne idée avec ton… r-… rapace… de… Ysaline ? »

Elle partait. Elle partait où ? Je n’en avais aucune idée, elle non plus probablement, mais elle marchait, nerveusement, vers une destination qui lui était inconnue. Elle s’assit quelques mètres plus loin, au bord d’une toute petite rivière qui passait par là.

« Bon. On est en vie. »

Elle fouilla son sac puis en sortit sa lacryma de communication… brisée. Voilà qui allait bien nous aider pour contacter Ilhem et Irina. Je n’avais pas pris la mienne, évidemment : on avait rendez-vous tous les quatre, je n’allais pas m’encombrer avec ça… Mais il fallait aussi que l’on trouve un moyen de savoir où nous étions.

« Il y a un livre que je lisais quad j’étais petit. Dedans, le héros subissait un crash de montgolfière, à Caelum. Et après le crash, il trouve une rivière.
— Ah. Et alors ? demanda-t-elle sèchement, pas encore tout à fait remise, peut-être en boudant un peu…
— Bah il fait un truc tout à fait logique : on est entre des montagnes et des plaines, pas vrai ? La rivière, elle prend forcément sa source dans la montagne, donc par là, et va vers la plaine, donc par là.
— C’est un bon début… »

Elle continuait de regarder le sol, sans dire un mot. Alors je m’assis aussi, en tentant de réunir tout le papier utilisable. Fort heureusement, en réparant celui usé à partir de mes pouvoirs, j’avais pu réunir de quoi me battre efficacement et même de quoi construire une tente ! Enfin, j’espérais réellement que nous n’aurions pas à dormir là… Ce ne fut qu’au bout d’un bon quart heure qu’elle se calma, enfin, qu’elle tenta de se calmer.

« Bon. C’est pas si dramatique. L’avenir de notre amie est en jeu alors on a volé plusieurs livres aux quatre coins du pays pour éviter qu’une confédération de mages les récupére alors que tu as des doubles dans ta guilde et c’est précisément à cause de ce plan qu’on est ruinés, pourchassés et perdus. Il y a pire, non ?
— Euh… Oui ? Mais on va trouver une solution ! Elle était où, la mission d’Irina et Ilhem, pour commencer ? »

Elle m’expliqua alors qu’un campement de chasseurs devait se trouver pas trop loin autour de nous et qu’ils y étaient partis juste avant mon arrivée, cet après-midi. En tenant compte de l’heure de marche qu’il y avait, le couple devait être arrivé depuis une heure et demie. Le temps d’en apprendre plus, de chasser le monstre qu’ils devaient tuer, ainsi que de récupérer la récompense… ils devaient encore être dans la forêt. La nuit n’allait pas tarder à tomber, nous devions faire vite.

Nous marchâmes ensemble en criant les noms de notre couple, alternant. J’avais tenté, durant une bonne partie de la marche, de lancer plusieurs feuilles sur lesquelles nous avions écrit des messages dans toutes les directions, mais aucune d’elles n’avaient trouvé de réponse. En conclusion, la nuit était presque tombée que nous n’avions absolument rien trouvé. Nos voix avaient d’ailleurs fini par se taire pour écouter les grillons qui commençaient à chanter. Le bois semblait plus dense à mesure que le soleil disparaissait, si bien que les quelques craquements d’animaux autochtones qui passaient paraissaient menaçants. Toujours aucune trace de notre amie aux cheveux roses ni de celui aux cheveux marins. Si nous ne les retrouvions pas, ils rentreraient à Sainte-Nuit où la Confédération les attendait. Qui sait, peut-être les avaient-ils déjà trouvés !? Un stress montait petit à petit à chaque minute qui nous rapprochait de la nuit. Il était hors de question de dormir ici sans avoir retrouvé nos camarades. C’est au moment même où nous avions établi cela que nous entendîmes deux voix : celle d’un homme et d’une femme, qui semblaient combattre contre une créature qui grognait. Ysaline et moi nous regardâmes, soulagés, avant de courir en direction de ces voix.


« Irina !! »

Une flèche vola au-dessus de mon front en emportant une mèche de cheveux dans son sillage. Je restai totalement immobile face à la scène qui se déroulait devant moi. Une sorte d’énorme sanglier, dont les cornes étaient couvertes de sang séché, venait de recevoir dans l’estomac quatre stalagmites de roche. Il s’écroula, en se vidant de son sang, lorsqu’une voix féminine, presque enfantine, prit la parole.


« Chouette, on a de quoi dîner pour tout le village ! Oh… Vous êtes qui ? Des touristes perdus ? »

Il y avait deux personnes, un homme et une jeune femme, très jeune femme, qui ressemblait à une adolescente. Ysaline et moi fixions chacun les personnes du sexe opposé, sans comprendre quelle était la situation dans laquelle nous venions d’intervenir. L’homme baissa son arbalète et se frotta la tête en regardant ailleurs, embarrassé.

« Désolé pour le carreau… dit-il en rougissant.
— D’habitude il rate jamais sa cible, j’espère pour sa réputation que c’est pas toi qu’il visait, plaisanta la jeune fille. Plus sérieusement, désolée, on vous avait pas vu.
— C’est pas grave…
— Adam, aide moi à trimballer ça jusqu’au village ! »

La fille avait beau paraître jeune, elle avait de l’autorité sur l’homme, Adam, qui était grand et musclé, aux cheveux d’un brun pastel, presque gris. Une épaulette d’un métal presque mauve maintenait son pectoral droit, alors que son t-shirt moulait son torse. À sa ceinture tenait une cape de fourrure, qui avait l’air terriblement confortable et de fabrication artisanale. La fille, quant à elle, avait des cheveux étranges : la couleur dégradait d’un rouge pastel à la limite du rose vers des pointes blondes, en passant par des nuances de roux. Cette extravagance avait l’air de coller avec son caractère dynamique. J’aimais tout particulièrement la couronne de perles qu’elle portait à son front, sur quelques mèches qui retombaient sur son visage. Mais ce qui demeurait le plus marquant chez elle était sa pioche. Le contraste entre son air d’adolescente et la pioche était légèrement perturbant.

La paire:

L’homme prit à lui seul l’intégralité du sanglier qui faisait bien trois fois sa taille sur le dos, sans avoir l’air de subir la moindre difficulté. Le duo partit alors derrière des buissons puis disparurent, mais la jeune fille revint en arrière pour nous interpeller.

« Bah alors ? Vous venez ? »

Nous emboitâmes alors le pas en direction de la paire.

« Juste là il y a notre village. Enfin, c’est plus un campement, mais ça fait des années qu’on vit ici, alors on appelle ça le village. Vous trainez dans la région ou vous êtes en mission, vous aussi ?
— Eh bien… Nous cherchons des amis à nous. Une jeune fille aux cheveux roses et un garçon avec une épée, habillé en bleu.
— Ah oui, je connais ça ! Venez ! »

Elle accéléra le pas, sans faire attention à Adam, alors nous la suivirent. Il nous fallut quelques petites minutes pour arriver dans une clairière, qui donnait suite à une petite grotte, au centre de laquelle brillait un feu. Deux silhouettes que nous reconnûmes se tenaient assises à proximité, les mains tendues dans le but de se réchauffer.

« Liesel ! Ysaline ! Qu’est-ce que vous faites là !? Ne me dites pas que le grand oiseau qu’on a vu s’écraser tout à l’heure, c’était vous !?
— Si précisément ! Ce taré de Liesel m’a fait voler sur un avion en papier. T’aurais pu venir nous chercher !
— On était en plein affrontement contre un monstre… Il était énorme, heureusement qu’Irina était là, sans elle j’y serais passé ! »

Et il recommençait. Vraiment, heureusement qu’Irina était là, je me demande de qui d’autre il pourrait bien parler, autrement. Cependant, ce qui demeurait le plus étrange était ce fameux village… Il y avait deux tentes, l’une décorée de fleurs et de branches, près d’une pierre sur laquelle était gravée « Xylia » dans une calligraphie souple et aérienne, ce qui avait dû prendre un temps fou à graver. L’autre tente était très sobre, sa seule décoration était le petit bloc de pierre écrit « Adam » dessus, dans les mêmes lettres que celles de sa partenaire. Leur « village » n’était donc que deux tentes dans une grotte… Le caractère dynamique et entraînant de la jeune fille prit soudainement une tournure bien plus triste à mes yeux. Peut-être se plaisait-elle dans cette vie ? Non, elle parlait de ce foyer comme s’il était habité de dizaines de personnes… C’était triste…

« Alors c’était bien eux que vous cherchiez ? Il commençait à se faire tard, alors nous leur avons proposé de rester ici pour dormir. Adam va s’occuper de faire griller le gibier de tout à l’heure.
— Merci pour cette hospitalité… heu…
— Xylia ! Et vous deux ?
— Ysaline, et lui Liesel, répondit Ysaline avec un grand sourire, tandis que je ne pouvais m’empêcher d’être intrigué par le silence d’Adam.
— J’aime beaucoup Ysaline ! »

Mon alliée rougit en entendant le compliment de la jeune chasseuse, me faisant ainsi sourire. Irina était toujours aussi silencieuse. Il était facile de comprendre ses émotions à travers son visage. Fermée sur elle-même, elle ne se rendait pas forcément compte que ses traits traduisaient à merveille ce que n’importe qui prendrait un certain moment à expliquer par le langage. On pouvait lire qu’elle était angoissée par quelque chose, mais que la présence d’Ilhem, doublée de la nôtre, la rassurait. Une chose était sûre : nous devions parler de ce qui s’était passé ce matin. La Confédération ne tarderait probablement pas à nous retrouver si nous ne réagissions pas vite. Mais pour l’heure, nous profitions de notre bon temps, innocemment.

« Et donc, tu vis ici avec Adam depuis combien de temps ?
— Mmh… Neuf ans, maintenant. On a toujours été rien que tous les deux, dit-elle, beaucoup plus calme, mélancolique.
— Et vous êtes… ensemble ?
— Haha non ! Absolument pas ! Hahaha non… C’est mon grand frère ! On a quitté notre village à la mort de notre père. Notre mère était ivrogne et violente, elle rentrait tellement soûle certain soirs qu’elle ne savait même pas qui nous étions… Alors on est partis, on a appris à se battre et à se débrouiller dans la forêt.
— Un parent qui ne reconnaît même pas son enfant… »

Elle avait dit ça d’un air tellement concerné… Les trois jeunes filles plongeaient leur regard dans les flammes au centre de notre cercle, qui avaient l’air de caresser les morceaux de gibier maintenus par deux pierres parfaitement taillées. La graisse qui brûlait provoquait un petit crépitement qu’il était doux d’entendre, par la fraîche brise qui soufflait. Xylia ne semblait pas avoir froid, vue sa tenue, pourtant elle s’était enveloppée sous une petite cape de fourrure, qu’elle avait fini par partager avec Ysaline. Les deux filles avaient tissé une certaine complicité en très peu de temps. Il n’y eut aucune parole, si ce n’était les grognements amicaux du feu, jusqu’à ce qu’Adam parlât, déviant toute notre attention sur lui.

« Nous n’avons pas de tente, où va-t-on les faire dormir ? demanda-t-il à sa sœur.
— Oh, ne vous en faîtes pas pour ça, répondis-je avec fierté, je m’en occuperai.
— Encore désolé pour le carreau, tout à l’heure… »

Je tentai de le rassurer, gêné de constater qu’il prenait ça vraiment à cœur. Après un petit moment, je pris ce qu’il me restait de papier pour créer deux larges tentes et des matelas. Irina dormirait avec Ilhem et moi avec Ysaline, comme d’habitude, l’heure n’était pas au gaspillage.

Après un repas très réparateur, une viande dont Adam avait parfaitement maîtrisé la cuisson, nous partîmes nous coucher. Xylia avait usé de sa magie pour fermer la grotte en invoquant sur le sol et le plafond une mâchoire de pierre qui s’était refermée doucement à l’entrée, nous étions donc en sécurité pour dormir.



C’était absolument agréable de se faire réveiller par les rayons de soleil se glissant à travers les dents rocheuses qui nous protégeaient. Nous étions ainsi tous levés très tôt. Ysaline avait rallumé le feu qui s’était éteint, provoquant l’admiration de Xylia. Après un petit déjeuner qui n’avait été autre que le plat de la veille, nous sortîmes tous les six, nous étirer. Xylia avait tenu à ce que nous profitions de son hospitalité un peu plus tout en participant aux tâches. Ainsi, trois d’entre nous (Ysaline, Xylia et Ilhem) partirent cueillir des baies tandis que les trois qui restaient (Adam, Irina et moi, donc) avaient pour mission de récupérer de l’eau. Le groupe scindé en deux, nous partîmes donc chacun de notre côté pour récupérer les denrées prévues. Je pensais que cela ne dérangeait pas tant Irina qu’elle soit séparée de lui un petit moment… Je comptais profiter de ce moment pour lui parler de ce qui s’était passé la veille et si je pouvais en plus récupérer l’aide de nos nouvelles connaissances… Au bord de la rivière, alors qu’Adam était accroupi en tenant ses gourdes, je tentai d’aborder le sujet.

« Irina, est-ce que la « Confédération des Erudits » te dit quelque chose ? »

J’avais été assez direct, j’espérai ne pas l’avoir brusquée. Néanmoins elle me regarda avec un air d’incompréhension, puis afficha un visage que je ne sus pas traduire, entre la surprise et la réflexion.

« Oui… J’avais oublié mais… oui. »

Son visage s’aggrava, alors qu’elle répéta les mots qu’elle avait prononcés au musée : « Ils ne l’ont pas détruite, ils ont continué. » comme si elle venait de s’en souvenir. Elle respira un grand coup avant de sortir une phrase dont la signification ne me plaisait pas du tout.

« Je ne veux pas vous mêler à cela…
— Irina… nous avons déjà commencé des recherches avec Ysaline. Si nous nous trouvons ici, c’est parce que la Confédération était à Sainte-Nuit. Nous nous sommes battus mais on a dû s’enfuir, on était trop faibles contre eux. »

Je me rapprochai d’elle puis m’accroupis devant elle.

« Nous savons ce qu’il s’est passé… La Confédération, toi, la pierre d’Elpida…
— Attends… La pierre d’Elpída !? demanda Adam avec une certaine brutalité.
— O-Oui… Ça te dit quelque chose ?
— Il faut retrouver Xylia, vite ! »

Il se leva rapidement, embarquant avec lui les gourdes puis nous retournâmes à pas rapide au camp avec lui. Les autres ne tardèrent pas à revenir non plus, et à peine furent-ils arrivés qu’Adam abordait sa sœur avec vigueur.

« Xylia ! La pierre d’Elpída !
— Qu-… Quoi !? Pourquoi tu me parles de ça maintenant !? Je croyais que c’était de l’histoire ancienne, ça fait presque un an que je ne l’ai pas ressentie… »

Irina s’approcha, le visage encore aggravé, vers la jeune chasseuse.

« Tu peux sentir cette pierre !?
— Eh bien… Mon pouvoir me permet de ressentir les auras des minerais, en tout genre. Habituellement, je dois mettre moi-même ce pouvoir en action, mais dans le village où je vivais, on avait pour habitude de se servir de la pierre d’Elpída comme énergie. Je devais avoir six ans, deux ans avant la mort de notre père, quand les problèmes ont commencé à arriver avec maman… cette pierre résonnait en moi, d’une façon parfois violente, le soir particulièrement. Adam a toujours été là pendant mes crises.
— Tu avais six ans… »

Irina sembla perdue dans de longues réflexions, totalement paniquée. Aucun de nous ne savait ce qui pouvait bien se passer. Elle s’assit près du feu, hésitante.

« Si quelqu’un pouvait nous expliquer, ça nous aiderait…
— Je crois que j’ai compris, hésita Ysaline, la Confédération menait des expériences à partir de cette pierre sur Irina, qui peut désormais maîtriser ses pouvoirs. Et dès lors que ces expériences ont commencé, Xylia entrait en résonnance avec cette pierre, du fait de son pouvoir de capter les minéraux. Cela ne peut vouloir dire qu’une chose : Xylia vivait à Espérance, près de la mine, où se trouve le laboratoire.
— Comment peux-tu savoir tout ça !?
— Nous avons été attaqués par la Confédération des Erudits, hier, avec Liesel, parce que nous faisions des recherches sur cette pierre. Ils tentent de te retrouver, Irina.
— Alors c’était bien de ça qu’Ilhem l’avait sauvée… »

Tout était clair maintenant. Irina avait bel et bien été victime de ces expériences. Nous savions maintenant d’où provenait la menace.

« Je vais tout vous dire… Je ne voulais pas vous impliquer mais c’est trop tard… J’avais huit ans quand le président de cette organisation m’a repérée. Il a remarqué une certaine symbiose avec cette pierre. Il avait alors décidé de développer mes pouvoirs dans son laboratoire. Aucun mal ne m’était fait, vraiment, mais… j’avais très peur d’eux… je sentais qu’ils étaient mauvais… je n’ai plus jamais revu ma mère. La mine était juste à côté d’Espérance, mais ce n’était pas là qu’était son laboratoire. Il était légèrement plus au sud. »

Un grand silence régna et pour un long moment, décoré de jeux de regards entre Ysaline, Ilhem et moi, qui ne savions que faire. Le bruit de la forêt venait combler ce vide, nous éloignant petit à petit de ce moment de révélations pour détendre nos oreilles par le chant des oiseaux. Jusqu’à ce qu’Adam prenne la parole. Sa voix grave ne brisa pourtant pas le silence. C’était fabuleux de constater à quel point même quand il parlait, il arrivait à rester discret et doux. Sa voix semblait glisser dans l’air, une comparaison que j’avais de suite imaginée sans trop comprendre pourquoi.

« Il faut retourner à Espérance. Si ce groupe attrape Irina, les expériences vont recommencer, ce qui voudra dire que Xylia reprendra ses crises… Je ne peux pas laisser cela arriver. Il faut les arrêter. »

Le calme était maintenu, pourtant la conversation qui allait se jouer décidait du sort de notre groupe.

« Vous seriez partants pour vous joindre à nous, demanda Ysaline ?
— Si cela peut sauver ma sœur, absolument.
— Si c’est pour Irina, ce plan me va, clama Ilhem en souriant et posant la main sur l’épaule de sa partenaire doucement.
— Je suis avec vous, répondis-je également.
— Je viens, dit fermement Xylia.
— Si vous pensez que c’est la meilleure solution… »


Si nous devions nous jeter dans la gueule du loup, nous avions convenu de faire quelques entraînements avant de partir. L’ambiance avait radicalement changé. De la gravité, nous étions passés à la complicité et la compétition. Ainsi nous consacrâmes le reste de la matinée à un entraînement individuel. Irina, Ilhem et moi avions peut-être un peu triché en utilisant la fiole de liqueur de sang que nous avions obtenue lors de notre rencontre afin de booster nos capacités cérébrales… Néanmoins cela m’avait permis de rapidement comprendre comment rendre le papier encore plus solide. Malgré les entrainements individuels, des paires s’étaient formées et, curieux, j’avais tenté de me rapprocher d’Adam, qui m’avait beaucoup aidé à améliorer cette technique. Sa magie était sympathique mais discrète : comme sa sœur, il contrôlait le minéral, mais sa simple capacité était de créer des carreaux de pierre qui pouvaient endosser différentes propriétés : indestructibilité (ce qui s’en approchait en tout cas), une explosion de fragments de roches, des projections de sable, sa plus puissante attaque permettait même de provoquer un éboulement sur le crâne de l’ennemi, mais il avait refusé de me montrer. Discuter de la théorie et de la pratique avec lui m’avait permis de mieux comprendre la solidité de la matière et de renforcer celle que je pouvais créer moi-même. En échange, je lui avais donné quelques idées pour se déplacer plus aisément à l’aide de rochers qu’il pouvait créer. C’était particulièrement enivrant d’être complice avec quelqu’un comme lui : il avait l’air fort, et bien plus qu’en avoir l’air, il l’était. Un certain équilibre s’était établi entre nous, si bien qu’il s’était mis à parler et même à rire. C’était réellement touchant. J’y accordais désormais une réelle importance, non pas qu’il n’en eût pas eu avant, mais il avait réussi à entrer en peu de temps dans le cercle des personnes auxquelles je tenais.

Ysaline quant à elle était restée avec Xylia et les deux filles avaient passé plus de temps à rire qu’à s’entraîner. En contrepartie, c’était Yolagaar qui avait progressé : grâce à ses pouvoirs, en plus de devenir le Sceau du Dresseur, il pouvait désormais se transformer en une magnifique épée, le Sceau du Bretteur. Elle en était tout particulièrement fière et avait mis pas mal de temps à reprendre en main les enseignements d’escrime qu’elle avait reçus, enfant. Enfin, il restait le petit couple (je m’amusais beaucoup à les appeler comme ça derrière leur dos). Ilhem n’avait pas beaucoup progressé, il s’était surtout chargé de recevoir les coups de la nouvelle magie qu’Irina venait d’acquérir à partir des journaux que nous avions conservés : Katára. Celle-ci était beaucoup plus offensive qu’Evlogía. Pour résumer ce qu’Ilhem m’en avait dit à posteriori, elle absorbait l’empreinte magique de chacun de ses alliés pour créer un petit cristal dont le type de pouvoir était à l’effigie des empreintes absorbées, selon deux sortes : une pierre longue et pointue qui aurait comme tâche de blesser l’ennemi au corps à corps ; une pierre épaisse, un losange parfait, dont la propriété serait de tirer de petits rayons magiques. Avec cet attirail, Irina était parée au combat elle aussi !

Sceau du Bretteur & Katára:

Dans l’après-midi, nous avions été plus calmes et posés. L’objectif était d’améliorer notre synchronisation. En effet, nous avions remarqué avec Ysaline de gros problèmes de compatibilité et il ne faisait aucun doute qu’une symbiose était possible au travers nos éléments contradictoires, cependant elle était à travailler. Nous inventâmes donc des tactiques, des formations, des attaques combinées, tout en essayant de cerner la personnalité combattive de chacun pour être les plus synchronisés et attentifs possible.

La journée passa, puis la nuit. Le départ se ferait très tôt le matin. Je pensais aussi à la curiosité de Sirius et du maître à propos de cette pierre et d’Irina. De grands pouvoirs semblaient y être liés et je pensais que cette curiosité était partagée entre tous. Notre prochaine destination était donc toute dessinée : au sud-est, dans les montages, en direction du village d’Espérance. D’après notre camarade à la pioche, il fallait une journée complète pour y aller, mais j’avais une idée bien plus intéressante. En quelques minutes, j’avais formé au centre de la clairière une grande montgolfière de papier. J’avais eu l’idée après le crash de l’avant-veille. Nous montâmes donc, soulevés par la chaleur produite par la magie d’Ysaline, qui veillait tout particulièrement à ne pas tout faire brûler. En quelques heures nous y serions.


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Liqueur de sang utilisée.


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Dim 01 Jan 2017, 20:22
         

Espérance Perdue (Partie 2/3)




Notre petit bataillon avait débarqué bien rapidement à Espérance, en fin de matinée. Ysaline avait été très malade dans les airs, ce qui avait quelque peu perturbé notre voyage ; c’était elle qui régulait la hauteur. Mais nous y étions arrivés. Nous nous posâmes à proximité, sur un petit plateau. J’avais récupéré toutes les feuilles utilisées, avais reçu les admirations d’Adam et de sa sœur, puis nous entrâmes dans le village, qui avait à première vue l’air totalement désert. La première chose qui détonait était l’espèce de grand réservoir de métal qui se tenait sur la place. Il suffisait d’un coup d’œil pour observer la totalité du village, qui était en réalité plus un hameau. Il comptait une auberge et cinq autres bâtiments, tout au plus.

Village d’Espérance:

« Ne vous méprenez pas, nous avertit Xylia, ce village n’a rien d’heureux, comme l’indique son nom. C’était autre fois le repère d’une guilde noire, très influente. Je ne serai pas étonnée d’apprendre qu’il s’agissait de cette Confédération dont vous parlez tant. »

La Confédération était peut-être une guilde noire ? Voilà qui changeait drastiquement la donne. J’étais venu ici pour en savoir plus sur le passé d’Irina qui refaisait surface, mais si je pouvais confirmer que nos ennemis étaient une guilde noire, cela me donnait non pas l’autorisation, mais la mission de les exécuter. Je n’avais pas peur de leur offrir la mort, c’était bien plus doux que n’importe qu’elle repentance à mes yeux. Peut-être Ysaline me jugerait-elle à nouveau, peut-être que les autres aussi, mais mon amitié avait certaines barrière et Aeternitas constituait l’une d’entre elles : il me fallait trouver cette guilde et l’anéantir, avec leur aide. Mon visage se fit ainsi plus grave pendant l’exploration des lieux. Les regards de travers de la part de mon alliée aux cheveux roses m’indiquaient qu’elle avait compris quelles étaient mes intentions et en semblait déçue, pour autant elle n’avait pas l’air de me juger. Tant mieux.

Nous nous dispersâmes plus largement pour fouiller chacun une maison. J’avais pris la plus grande, puis Adam m’avait rejoint après avoir fouillé une plus petite, sans succès. Nous étions donc tous les deux, seuls dans un salon couvert de poussière, décoré de vieux livres qui devaient déjà être vieux à l’époque où quelqu’un vivait ici. Nous n’osâmes pas commencer de réelle conversation immédiatement, bien que nous nous fussions rapprochés pendant les entraînements. Ce n’était qu’après un sursaut de ma part, alors qu’il avait fait tomber un vase avec ses larges épaules, que nous commençâmes à parler de mondanités, puis de sujets bien plus sérieux. Je fus très surpris de constater qu’il lançait lui-même les sujets.


« Tu as l’air de ne pas aimer les guildes noires, commença-t-il.
— Oui… À l’origine, Ysaline, Ilhem et Irina sont des mages indépendants, des mercenaires. Ce n’est pas mon cas, dis-je en montrant mon tatouage de guilde. Je fais partie d’une guilde indépendante. »

Ma voix était devenue plus grave, ce qui me surprit au premier abord. J’avais l’impression de quelque peu me donner un genre, cela m’agaçait, mais à en juger par mon incapacité à devenir plus jovial en parlant de ce sujet, je réalisai à quel point il me tenait à cœur.

« L’objectif principal de cette guilde, ainsi que le mien, est d’anéantir tous les guildes noires sur cette Terre.
— Par la mort ?
— Par la mort.
— Tu n’as pas peur de tuer ?
— J’ai eu du mal, la première fois. Parfois, je repense à cette femme, je me dis qu’Ysaline et moi aurions pu trouver une autre solution… puis je me dis que j’ai fait ce qu’il fallait faire, qu’il s’agissait de ma mission. Je tremble encore parfois lorsque je mets fin à une vie, mais le simple calcul du nombre de personnes sauvées me remet du baume au cœur. J’ai un objectif et je m’y tiens : établir un monde meilleur. Peu importe le prix. »

Il resta silencieux un moment, avant de reprendre la parole, ce qui m’étonna un peu de lui.

« Je ne te juge pas… Quand j’étais enfant, on me disait toujours que chaque être vivant naissait avec une tâche, une mission qui l’accompagnerait tout le long de son existence et dont la récompense serait le paradis. On ne peut pas choisir… Certains doivent faire le mal, d’autres le bien, afin de maintenir l’équilibre, et tous sont reçus dans le paradis.
— J’aime bien cette vision des choses…
— Mais je ne crois pas en un Dieu… Si un homme tue un autre homme, c’est que c’était nécessaire.
— Ca légitimise le meurtre, en quelques sortes ? demandai-je, intrigué.
— La vie n’est qu’un passage, nous ne sommes pas responsables de notre réussite ou de notre échec, nous faisons de notre mieux. Et c’est suffisant pour rejoindre le paradis. »

J’aimais beaucoup sa vision des choses, mais elle me semblait un peu naïve. Voilà une idée à laquelle je souscrirais volontiers si je n’en savais pas plus sur le divin, grâce à Aeternitas. Cela posait l’existence de toute chose dans un ordre des choses, dans lequel chacun devait faire de son mieux avant la rédemption… C’était comme cela que je l’interprétais : il fallait faire ce que l’on croyait juste et faire de notre mieux. Peut-être était-ce comme cela que ça fonctionnait, après tout. Une place dans le monde meilleur que je voulais forger m’était-elle réservée ? Qui sait, peut-être allais-je mourir aujourd’hui même en affrontant cette guilde. Je me devais de faire de mon mieux chaque jour.

« Merci, Adam.
— Je t’en prie… »

Il m’adressa un sourire complice, rougissant. Discuter avec lui m’avait soulagé quant à mes actes qui, bien que décidés, paraissaient parfois occulter un malaise que je refoulais. Il avait l’air un peu triste, mais je n’osai pas rebondir immédiatement. Malheureusement Ysaline entra brusquement dans la pièce, disant avoir trouvé quelque chose : un ordre de mission pour des mercenaires de détruire la guilde noire « La Confédération des Erudits ». Sur le papier était écrit que la guilde cherchait à maîtriser les pouvoirs d’une jeune fille afin de voler la magie sur Humanitas et asseoir leur puissance sur le monde des humains. C’était donc vrai, cela n’avait rien d’un groupuscule réunissant plusieurs pays, c’était tout simplement de tordus mages noirs s’en étant pris à Irina avec des objectifs déments. La suite était donc toute tracée : ils allaient périr.

« Liesel, faut-il vraiment en arriver jusque-là ? demanda tristement Irina.
— Je suis désolé, mais je le dois. »

C’était une décision que j’avais prise en rejoignant cette guilde, il fallait que tous les mages noirs disparaissent pour que le monde prospère. Je n’avais pas de regrets, je faisais le Bien par mes actes.

Nous nous réunîmes au centre du village, autour du grand réservoir, afin que nous décidions de la suite. Xylia nous expliqua cependant l’utilité de cette cuve de métal. Il s’agissait de la réserve de pierres, utilisées sous forme de poudre. Chargée en magie, elle pouvait réchauffer, refroidir, améliorer la fertilité… une sorte de solution miracle. Ils avaient installé ce système quelques semaines après le début de ses crises (et donc des expériences). Ilhem perça le réservoir, qui se révéla être toujours plein.


« On a deux choix : soit on fuit pour cacher Irina jusqu’à ce qu’ils nous trouvent, soit on les trouve avant et on les arrête. » proposa Ilhem.

Mon choix était tout fait. Adam semblait du même avis, il voulait protéger sa sœur. Xylia restait très insouciante et pourtant parfaitement mature. Elle résuma la vision des choses qu’Adam m’avait fait part plus tôt, en ajoutant que le monde était égoïste et que la vie tranquille n’existait pas, qu’il fallait toujours se dépasser. Elle se joignit à nous, prête à tout. Tout comme Ilhem, qui de toute façon irait jusqu’au fin fond de l’univers si c’était pour Irina. Ysaline était hésitante, mais était consciente des enjeux et finit par accepter. Irina restait silencieuse, le visage neutre. Si elle ne tenait pas debout, on aurait presque pu croire qu’il s’agissait d’un corps ayant traversé une mort paisible. Pourtant elle accepta et ne sembla même pas le faire à contrecœur. Cette fille restait un véritable mystère pour moi. Facile à lire, elle était indéchiffrable.



« Vous pensez donc détruire une guilde noire en étant seulement six ? clama une voix qui s’approchait.
— Qui va là !? »

Nous sortîmes nos armes, prêts à combattre tous ensemble. Irina était au centre d’un cercle que nous avions formé, pour la protéger.

« Je suis le Président de la Confédération, mais je vous en prie, appelez-moi Saulvus. Je suis ravi de te revoir... Eiréné Ischýs. »

Elle ferma les yeux, assurément vexée. Je ne pouvais pas déterminer avec précision ce qu’elle ressentait maintenant. L’homme qui lui faisait peur ressurgissait de son enfance. J’espérais sincèrement qu’elle considérât le fait qu’elle n’était pas seule cette fois-ci. Elle murmura un « non » discret, qui semblait dédié à tout à fait autre chose, cependant. Lorsqu’elle releva la tête, son visage arborait une expression sérieuse, que je n’avais encore jamais lue chez elle. Elle allait faire fi de sa timidité et affronter se passé de front.

« Ce plaisir n’est pas partagé. »

Elle imposa une voix forte et déterminée, qui rompait totalement avec la faiblesse qui lui était caractéristique. Ce n’était clairement plus la même Irina. Ilhem était partagé entre le choc de voir sa compagne si assurée et la menace imminente qui provenait de l’homme. Le président Saulvus, grand, arborant sur son front une ridicule couronne, rit aux éclats tout en fixant la jeune fille.

Président Saulvus:

« Elle a bien grandi, en effet. Je me demande à quel point tes pouvoirs sont développés maintenant. »

Il tourna la tête vers la droite, côté depuis lequel surgit une dizaine de mages, tous novices à en juger par leur posture et leur émanation. Nous faisions le poids, enfin, c’était ce que je croyais avant d’en voir vingt autres débarquer de notre gauche.

« Tuez-les, mais pas Eiréné. Je la veux vivante, et sans une seule égratignure.
— Revenez-ici ! »

Je ne pouvais décemment pas laisser filer le maître de cette guilde noire. Je lançai une feuille vers lui, mais il disparut dans un nuage de fumée au contact de celle-ci. Nous étions tous les six contre trente novices, désormais. Un seul regard suffit à nous mettre d’accord sur la stratégie à utiliser. D’une attaque combinée, nous allions balayer une bonne moitié en appliquant l’une des tactiques que nous avions mises en place.


Je criai le nom d’Ysaline, puis nos posâmes nos deux mains respectives au sol. Nous fûmes immédiatement entourés par quatre colonnes qui ondulaient, l’une de papier, l’autre d’oiseaux de feu. Celles-ci s’élevaient en rythme vers le ciel, avant que nous nous écartassions l’un de l’autre. Dos à dos, nous lancèrent la suite de ce sort en même temps, alors qu’Irina venait tout juste d’absorber nos empreintes magiques. Xylia frappa avec sa pioche sur le sol et tous nos assauts jouèrent de concert, alors que les ennemis s’étaient rapprochés.

En un éclair, une quinzaine d’adversaires se trouvèrent engloutis dans un tourbillon de feuilles embrasées qui venaient lacérer leur peau sans retenue, au moment même où les cristaux d’Irina formaient un cercle qui s’élargissait de plus en plus, tranchant les armures des mages qui n’avaient eu le temps de se défendre. Autour de ce spectacle, une barrière de roche s’était formée, œuvre de Xylia, qui empêchait toute fuite. L’heure était au massacre des quinze restants. Ilhem sortit son épée, propageant une grande onde concentrée qui éteignit tout ce brasier. Alors que les cendres retombèrent lentement au sol, la scène semblait s’être arrêtée un instant. Cela ne dura pas car en un battement de paupière, Ilhem, Xylia et moi-même avions fondu dans des directions opposées sur nos adversaires.

Chacune des paires jouait en symbiose au sein d’elle-même et entre elles également. Chaque esquive de l’un engendrait la riposte de l’autre, chacun tirait avantage de son duo et les cinq adversaires qui restaient ne tardèrent pas à tomber comme des mouches. Je n’avais aucune pitié pour eux, si bien que les cinq m’étant désignés avaient fini la gorge tranchée. En observant du côté d’Adam, je vis que Xylia n’avait aucun scrupule à planter sa pioche avec férocité dans l’estomac de celui qui l’agressait, alors qu’Adam visait à la perfection le front d’un autre opposant. Ilhem tentait juste de se défendre, ce qu’il réussissait à faire avec brio accompagné par Irina, qui n’avait lancé ses protections que sur lui pour éviter une perte d’énergie.

Ainsi, en seulement trois minutes, nous nous étions débarrassés du menu fretin. Mais une telle abondance de mages faibles ne pouvait vouloir dire qu’une chose : leur leader était terriblement puissant.


« Et ensuite ?
— S’ils n’ont plus de pierre, Irina sera hors de danger. Il faut aller à la mine et la détruire.
— Elle ne pourra plus utiliser sa magie après !
— Si, ne t’inquiète pas. »

Paralyser la mine avant d’envahir le laboratoire était peut-être en effet plus sûr. Après tout, si avec ces expériences, les villageois avaient réussi à se servir de ce minerai comme énergie, alors eux aussi. En coupant leur source de production, nous pouvions donc les paralyser. Mais ils devaient sûrement avoir des réserves. Irina nous informa rapidement du contraire.

« La mine fonctionne jour et nuit, la pierre ne sert à rien si je ne l’active pas. Néanmoins la mine est chargée d’une grande quantité de magie, Elpída y est constamment active là-bas, il faut un acheminement constant s’ils veulent s’en servir. Si on détruit la mine, on les coupe de leurs ressources. »

Malgré sa façon de parler toujours posée, c’était marquant de constater sa prise de confiance soudaine. Xylia nous guida grâce à son pouvoir jusqu’à la mine, qui était à un bon moment à pied. Nous avions couru une bonne demi-heure, calmement, pour ne pas s’épuiser. Nous arrivâmes essoufflés dans un tunnel sombre, creusé dans la roche, dans lequel nous ralentîmes. Au bout de quelques mètres seulement : un croisement. L’un des chemins partait à gauche, l’autre à droite. Nous décidâmes de partir tous vers la gauche.



Nous entrâmes dans une grande salle aux murs de roc. La lumière du soleil pénétrait dans la grotte à travers un trou dans le mur, qui éclairait un énorme vase posé au milieu, rempli d’un cristal que nous reconnûmes tous.

Réserve:

« Je me souviens de cette pièce, informa Irina discrètement.
— À quoi servait-elle ?
— On y stockait le minerai. On m’y amenait souvent, avant chaque test. Ils préféraient que je transite avec la pierre, sinon elle perdait de son énergie. »

Des souvenirs désagréables semblaient ressurgir. C’était étonnant de voir à quel point elle réussissait à prendre de la distance face à tout cela et à nous suivre comme si elle n’était pas concernée. C’était plutôt inquiétant, à vrai dire. Elle prenait tout sur elle et ne montrait rien. Elle se laissait porter par nos choix, sans rien dire. Sûrement voulait-elle aussi en finir avec tout cela…

« Le point d’extraction est par ici, suivez-moi. »

Nous rebroussâmes le chemin puis prîmes l’autre passage, vers la droite, qui déboucha rapidement sur une gigantesque cavité, que l’adjectif ne décrivait même pas assez bien. Il s’agissait d’une plaine à l’intérieur même d’une grotte. Je n’avais vu cela que dans les livres, quand les narrateurs décrivaient certains paysages de Desierto, dont une petite partie se trouvait également dans la roche. Le sable orangé était parsemé de grands cristaux verdâtres, de la même lueur que ceux d’Irina. Enfin, tout au bout, trois énormes tuyaux partaient d’un grand complexe métallique, qui était probablement le point d’extraction. Je fus pris de vertiges en constatant la grandeur de ces lieux, en imaginant qu’une guilde noire se l’était approprié. S’occuper d’une guilde si puissante… Etait-ce réellement une bonne idée ? Après tout, je n’étais qu’un pauvre mage Confirmé, bien loin d’être capable d’affronter des mages plus puissants. Un doute s’installa en moi, alors que la pensée que j’avais eue plus tôt concernant la mort me revenait en tête. Peut-être allais-je bel et bien mourir aujourd’hui, face à eux.

Mine d’Espérance

Visiblement je n’étais pas le seul à penser cela, puisque personne ne dit rien pendant un petit moment. Xylia finit néanmoins par parler pour remotiver les troupes en nous invitant à poursuivre vers la mine. Nous ne savions pas encore totalement comment procéder, tout ce qu’il nous fallait était simplement détruire la mine dans son ensemble. Nous nous approchâmes du grand bâtiment, qui était bien plus grand que ce qu’il paraissait à l’intérieur.

« Tu es sûre de vouloir rentrer ? demanda Ilhem à sa compagne.
— J’ai toujours été faible, mais aujourd’hui je dois être forte, murmura-t-elle, oui, je vais entrer. »

Nous poursuivîmes le chemin. Sur la sorte de terrasse métallique, Xylia nous ouvrit la porte en quelques coups de pioche, alors qu’Adam et Ilhem passaient devant, pendant qu’Ysaline et Xylia couvraient nos arrières. Il était inconcevable que cette mine soit sans défenses. D’autres mages faibles ne tardèrent d’ailleurs pas à se montrer, mais ne tinrent pas longtemps un carreau entre les deux yeux ou une pioche dans l’estomac. Ysaline semblait s’être petit à petit faite à l’idée, même si elle refusait d’agir elle-même pour achever les adversaires. Le plus étonnant était Ilhem, qui mettait fin à des vies sans sourciller. En y repensant, je savais peu de choses sur lui…

« À droite, il y a la salle de commandes de l’extracteur magique. »

Nous suivîmes les directives de la magicienne en entrant dans la pièce. Xylia dressa un mur de pierre dans l’encadrement afin que nous soyons plus tranquilles pour s’occuper de… quel était cet engin d’ailleurs ? Nous étions dans une toute petite salle avec une grande vitre qui donnait sur une énorme foreuse qui tournait doucement, dans une grande crevasse. Jamais je n’avais vu de tels mécanismes.

« La meilleure solution serait peut-être de la faire sauter ? proposa Ilhem, toujours aussi brutal.
— J’ai une meilleure idée. »

Ysaline se concentra un instant puis invoqua une plume rouge, qui luisait et émettait une faible chaleur. Elle nous expliqua que ces plumes pouvaient provoquer des explosions. Inutiles en combat direct, elles étaient parfaites pour tendre des pièges. Elle en dispersa quelques-unes dans la pièce alors qu’Irina nous informa que le comité d’accueil était derrière la porte de pierre.

« Xylia, on s’en occupe, proposa Ilhem.
— J’ai compris, ouais ! »

La jeune fille asséna un grand coup dans la porte, au moment où Ilhem créa une onde bleutée, projetant les fragments de pierre dans le visage des adversaires, qu’Adam et moi nous empressâmes d’achever pour leur propre bien.

« Il faut poursuivre. Il y a trois foreuses comme celle-ci. »

Nous continuâmes en gardant la même formation, dans un grand couloir serré. Les murs se ressemblaient tous, comment Irina pouvait-elle se repérer là-dedans ? Nous débouchâmes rapidement sur un grand hall, entièrement vide. Une simple pièce aux parois métalliques, sans aucune décoration. Le néant, du sol au plafond. Pourtant alors que nous passions au centre de celle-ci, je sursautai en constatant qu’une grande cage tomba du ciel, sans aucune raison apparente, pour nous faire prisonnier. Un homme entra alors que les portes se verrouillaient. Il avait l’air jeune et avait une façon de parler enfantine, un peu malsaine.

« Allons, allons, ma petite Eiréné. Tu tentes de détruire ton foyer, ce n’est pas gentil.
— Ybin… »

La cage se mit en mouvement, flottant dans l’air alors qu’un sol était apparu sans que nous nous en rendions compte. Celle-ci se colla calmement contre le mur. Confus, nous avions nos armes pointées vers l’homme, qui ricanait encore et encore.

« Tu ne m’en veux pas j’espère, mais je vais m’amuser avec tes amis. En attendant, tu seras punie… au coin. Quant à vous… vous serez punis d’une manière bien moins enfantine. »

Sa voix avait pris une tournure encore plus malsaine lorsqu’il s’était adressé à nous. La cage brilla puis disparut, nous laissant libre, tandis qu’Irina était toujours prisonnière d’une cellule plus petite. Le mage ouvrit les bras, invoquant de petites scies circulaires qui tournaient d’elles-mêmes autour de lui. Il s’agissait probablement d’un des mages plus puissants de cette guilde, je me devais donc de l’éliminer. J’espérais simplement que ces scies n’allaient pas mettre fin à mes jours. Je refusais de mourir ici. Encore moins contre un personnage aussi tordu.

« Un mage des instruments de torture !
— Précisément. Mais tu es punie, je te rappelle, tu ne parles pas. »

Aussitôt, la cellule devint une boite noire, en métal, à travers laquelle nous ne pouvions plus voir. Il tenait à la récupérer, donc nous savions qu’elle allait bien, mais il n’aurait aucun scrupule à nous tuer. Nous n’allions pas le laisser faire.

« Bien, comme elle vous l’a dit, je m’appelle Ybin et je maîtrise les instruments de torture. Qui veut commencer ? »

Ybin, le tortionnaire:

Il afficha un sourire presque puéril, augmentant encore l’aura si mauvaise qui l’entourait. En baissant les bras, presque déçu, il constata qu’aucun de nous étions volontaires. Pour autant je ne baissai pas ma garde.

« Bon, alors je vais en choisir un au hasard. Et pourquoi pas… »

Il allait attaquer par surprise, nous en étions tous persuadés.


« … TOI ! »

Il fit surgir du sol une gigantesque roue tranchante sous les pieds d’Adam, qui esquiva avec brio d’un saut sur le côté, tirant plusieurs carreaux qui heurtèrent les mini-scies qui tournaient autour de lui. Impossible donc de le toucher sans faire tomber ces trucs, donc… Nous nous mîmes immédiatement tous en mouvement. Par reflex, je dispersai dans l’air plusieurs plateformes blanches pour rendre ce combat un peu plus aérien. Adam et moi grimpâmes en hauteur pour essayer de trouver des ouvertures par le haut, mais rapidement, nous dûmes esquiver de gigantesques haches qui pendaient au plafond.

« Cool, hein ? »

Il fit apparaître deux fouets de chaînes dans sa main, l’un muni de piques couvertes de sang, l’autre équipé d’un fléau à son extrémité. Un combat s’engagea alors entre Ilhem et lui. Notre camarade tentait surtout d’esquiver et de parer les attaques plus que de riposter, le mur tranchant lui en empêchant. Ysaline invoqua des oiseaux de feu. Quelques uns réussirent à passer les scies qui virevoltaient, mais Ybin avait résisté. Il était plus puissant que nous, c’était un problème.

Adam et moi étions d’accord sur le fait que nous avions plus de chances de s’occuper de lui, le corps à corps étant impossible. Tout en continuant nos figures aériennes entre les plateformes pour éviter les haches — exercice qui s’avérait nécessiter une grande concentration— nous poursuivîmes nos assauts de carreaux de pierres et de flèches de papier, sans grand succès. Quelques-uns passaient au travers de la barrière, mais Ybin était résistant. Ysaline nous assistait dans nos assauts à distance, toujours au sol. Xylia quant à elle généra une énorme pointe de roche au-dessus de l’ennemi qui ordonna à ses scies de se déplacer afin de broyer la roche. Rapide, Ilhem profita de cette ouverture pour asséner un grand coup d’épée dans l’abdomen du mage. Projeté plus loin, Ybin se releva, un filet de sang coula de sa bouche, un grand sourire aux lèvres. Il s’amusait, assurément.


« Ca faisait des années qu’on ne m’avait pas tenu tête. Mais c’est de la triche, vous êtes cinq. »

Un cercle magique apparu sous Xilya, puis, avant qu’elle ne réagisse, une cage de métal s’était formée autour d’elle. Tirée par une grosse chaîne, la cellule s’éleva à quelques mètres du sol, faisant de la jeune fille une détenue. Le sang d’Adam ne fit qu’un tour. Colérique, il s’approcha de cette cage pour libérer sa sœur, sans faire attention aux nouvelles scies qui fonçaient vers lui. En un éclair, je me déplaçai derrière lui pour former un bouclier de papier qui ne tint vraiment pas longtemps face aux disques tranchants. Mes vêtements lacérés étaient désormais couverts de sang, le mien, à en juger par les douleurs qui se faisaient sur chacun de mes membres. Pourtant je tenais encore debout, les blessures n’étaient que superficielles.

« Liesel…
— Nous nous occuperons de toi dès que possible, Xylia ! Adam, reste concentré !
— Oui, tu as raison… »

Je sentis dans sa voix une certaine culpabilité, mais il n’avait pas à s’en faire, il aurait probablement agit de la sorte. Nous reprîmes le combat, au moment où j’eus une idée assez intéressante, mais qui ne pouvait pas encore s’exploiter, il me fallait encore un peu de temps.

« C’est beau l’altruisme, mais généralement, on en ressort avec plus de douleurs que de bonheur. »

Il afficha un rictus alors que les blessures commencèrent à faire réellement mal. En observant ces dernières, je pus constater qu’elles étaient légèrement nécrosées et la douleur continuait d’accroître. Un stade arriva où elles furent si forte que je devais contracter tous mes muscles pour tenir debout faiblement, jusqu’à tomber au sol lamentablement, échouant à maintenant les plateformes sur lesquelles Adam se tenait. Ilhem se précipita pour tenter de parer les assauts qui m’étaient destinés alors que je bavais sur le sol tant la douleur était forte. Comment avait-il produit cela !? Une telle souffrance frôlait la limite du supportable et continuait d’augmenter. À ce rythme, je n’allais pas tarder à mourir et échouer ma mission. Je refusais de me laisser abattre comme cela, pourtant ma détermination, torturée par cette horrible douleur qui me coupait du combat, ne pouvait tenir tête. La voix d’Ysaline m’interpellant parvenait jusqu’à mes oreilles, mais seuls mes crachats et mes cris constituaient un semblant de réponse. Un dialogue intriguant parvint jusqu’à moi également, auquel je tentai de m’accrocher de tous mes sens pour ne plus vivre ce supplice.

« Acier, je t’en conjure, laisse parler mon pouvoir et entends sa voix. Ouvre les portes de cette restriction et libère la sauveuse que constitue son otage.
— Quel genre de pouvoir est-ce là !?
— Porte de métal, obéis-moi ! »

Un grand bruit sourd résonna, quand je vis la porte de la prison d’Irina s’écarter vivement, laissant la jeune mage assister à mes derniers instants. Elle ne permit pas à cela arriver cependant. Je vécus le plus grand bonheur qu’il soit donné de vivre à un être humain lorsqu’un cristal bleu-vert se posa à mes côtés après ses mots, cessant immédiatement cet enfer, refermant mes blessures lentement.

« Evlogia : Hé ! Aleph ! »

Investi d’une énergie régénératrice, je pus me remettre debout, sain et sauf, parfaitement en forme. Les blessures étaient toujours là, mais la nécrose avait disparu et lentement, elles se refermaient. Pourtant une chose assez terrible vint perturber ce soulagement : les cris de Xylia.

« Non ! Ça recommence ! »

Dans son élan de protection envers sa sœur, plongé dans un altruisme qui n’était désigné qu’à elle, il tira sans hésiter sur la petite pierre qui régénérait mes blessures. Celles-ci revinrent immédiatement, bien plus faible cependant, assez pour me laisser me battre malgré leur présence.

« Je t’en supplie, Irina, n’utilise pas ta magie. Les pierres réagissent, elle ne peut pas supporter ça…
— Elle m’a libérée…
— Elle peut demander à la matière minérale d’agir pour elle, mais ça la fatigue énormément. Par pitié, n’utilise pas ta magie…
— Mais… je ne peux pas me battre… »

Voilà qui compliquait bien les choses… Ilhem et Ysaline n’avaient cessé de courir de tous les côtés pour attirer l’attention de notre adversaire et parer ses attaques. Irina ne pouvait pas utiliser sa magie sous peine de faire souffrir Xylia, qui ne pouvait plus combattre, enfermée et épuisée. L’affrontement s’annonçait plutôt mal.

« Comme j’adore ce genre d’affrontement ! Vraiment merci, sans vous j’aurais fini par mourir d’ennui… »

Il rit encore, puis ses petites scies disparurent l’une après l’autre, arrêtant ses rires. La cage de Xylia descendit lentement, bientôt elle serait à nouveau libre.

« Quoi !? Déjà !? Tss… »

Je pouvais constater le duo brandir leur épée pour qu’elles prennent les attaques à notre place, nous ne pouvions laisser faire cela. Je pris deux feuilles dans mes mains, sans penser à la douleur, pour les rejoindre.

« Tu es bien le premier qui se relève après mes attaques. Mais utiliser Eiréné, c’est de la triche ! »

Il leva les mains tout en esquivant une attaque d’Ilhem. Au-dessus de lui, de petits cristaux de fer se réunirent pour former un grand orbe noir, orné de pointes acérées. En un instant, cet orbe vola à travers la pièce en ma direction dans le but de m’écraser. Mon réflexe fut de former un mur de papier, qui faillit céder sous l’impact. La sphère se leva à nouveau dans le ciel pour s’écraser encore une fois sur mon plafond. Visiblement il pouvait contrôler la sphère avec sa main et ainsi esquiver les attaques tout en essayant de m’écraser. Bientôt mon papier ne tiendrait plus, alors j’eus une idée pour le moins risquée, la moindre seconde d’inattention me vaudrait la mort. Gêné par la dangerosité de mon plan, je fus à nouveau frappé par la douleur que j’avais oubliée. Je ne devais pas y penser et me concentrer sur mon attaque. Uniquement sur mon attaque. J’allais jouer à son propre jeu.

Immédiatement, le plafond cabossé qui touchait presque ma tête lâcha toute consistance pour enrober l’orbe piquant le plus rapidement possible. Je tentai cette fois-ci de maintenir la sphère dans les airs, en la soutenant par le papier. Un duel de puissance s’exerça alors entre lui et moi, qu’il était évident que j’allais perdre. Pourtant, l’intervention d’Ysaline et d’Ilhem pour le toucher s’avéra fort utile : dans la concentration, il n’avait pas pu voir arriver la mage rouge qui avait tranché son dos sur toute la longueur et Ilhem qui avait de nouveau frappé ses côtes. L’orbe métallique était désormais à moi.

« Vise un peu ça, Nina ! » pensais-je fièrement. J’allais mettre fin aux derniers instants de ce mage noir, avec sa propre arme. Je levai à nouveau les deux bras pour les abattre en avant, alors que mon marteau volant fila à travers la pièce pour s’écraser sur le mage. Pourtant celui-ci s’immobilisa juste avant d’entrer en contact, perforé par une colonne barbelée qui venait de surgir du sol, désormais cloué au plafond. Je n’avais pas dit mon dernier mot ! Chacune des feuilles qui me permettaient de manier cette masse géante se décolla pour devenir une autre arme dont l’idée m’était venue plus tôt.


« Eloignez-vous ! » ordonnai-je à mes partenaires, qui s’écartèrent rapidement du sorcier fait prisonnier, l’espace d’un instant, d’une aura bleutée le privant de ses mouvements. Bien sûr il ne tarderait pas à briser le sort d’Ilhem, mais cela me permit de fabriquer en moins de quelques secondes des dizaines de petites scies de papier. Deux petite feuilles carrées coupantes, collées l’une à l’autre, l’une tournant dans un sens, l’autre dans l’autre, voilà en quoi consistait cette arme. Lorsqu’il réussit en éjectant suffisamment d’Aeternanos à briser le sort d’Ilhem avec aisance, une volée de scies vint lacérer ses vêtements et sa peau.

« ARGH… NON ! VIERGE DE FER ! »

Dans un dernier mouvement de sa part il dessina un cercle magique. Une dizaine de carreaux pénétrèrent dans chacune de ses ouvertures, lui laissant échapper un cri d’agonie affreux, teinté d’un rire de plaisir malsain et masochiste qui glaçait le sang. Le cercle brilla à nouveau, son dernier sort avait été lancé. Un grand flash surgit sous Ysaline, qui, sous la surprise, ne put réagir à temps. Un grand sarcophage métallique rempli de lames acérées apparut autour d’elle, ouvert. Nous ne pûmes même pas comprendre quelle était la situation, alors que nous vîmes Xylia se jeter sur elle et le sarcophage se refermer. Un son de craquement d’os se fit entendre, puis le silence le plus total.


Ysaline était allongée sur le sol, tout près de la boite depuis laquelle coulait une grande quantité de sang. Lorsqu’elle se retourna pour constater les événements, elle soupira un cri, qui arracha chacun de nos cœurs en certifiant que ce à quoi nous venions d’assister était bel et bien la réalité. Ma douleur fut couverte par des tremblements de confusion.

Non… Elle n’a pas pu… Non…

L’arbalète d’Adam tomba au sol, il s’écroula. Les pleurs d’Ysaline venaient accroître les tremblements dont j’étais pris. C’était bien réel, n’est-ce pas ? Xylia venait de sauver Ysaline au prix de sa propre vie… Pourquoi ? Nous venions de réussir, tous ensemble. Nous l’avions vaincu, alors pourquoi ça devait se terminer ainsi !? Les combats que nous menions étaient-ils réellement teinté d’une quelconque utilité ?

« Elle m’a… non… Xylia… Pourquoi… POURQUOI !? TU AURAIS DÛ ME LAISSER MOURIR ! »

Ysaline hurlait, en pleurs, en frappant de toutes ses forces le cercueil de son amie. Je n’osais même pas détourner le regard vers le couple, mais le fis quand même. Irina pleurait. Je lisais sur son visage « je n’aurais jamais dû les impliquer, tout est de ma faute » alors qu’Ilhem restait bouche bée, totalement abruti par la scène, qui nous avait tous profondément marqués. Tous ces efforts… pour rien. Je voulais combattre les mages et sauver des vies, créer un monde meilleur. Tout ce que j’arrivais à provoquer, c’était la mort d’autres individus. Ces mages noirs étaient des vermines, des parasites, des âmes polluées qui empoisonnaient les êtres humains et les combattre s’avérait encore plus dangereux que d’y succomber. Si seulement quelqu’un avait… Si seulement j’avais… Xylia aurait pu être sauvée. Pourtant non, elle était morte, d’une mort affreuse, d’une mort qu’elle ne méritait pas. Etions-nous donc si inutiles ? Pourquoi malgré nos efforts devions-nous continuer de voir nos proches périr ? Pourquoi !? Je crissais des dents en maudissant l’injustice de cette quête que je menais. Je pris l’épée d’Ilhem, qui ne sourcilla même pas tant il était sous le choc, puis massacrai le corps encore frais du tortionnaire. Plusieurs coups n’allaient pas suffire. Il était défiguré. Adam posa son bras sur le mien. Je m’arrêtai, mesurant mes actions, considérant que céder à la colère était inutile. Il me fallait être plus fort, pour sauver d’avantages de personnes, pour ne laisser aucun mort maintenant. Il me parla, d’une voix chargée de tristesse et de volonté de vengeance.

« Garde cette haine pour le prochain combat. Et pour tous les combats à venir. »

Il sanglotait. Je baissai la tête en laissant tomber l’épée. Il avait raison. M’acharner ici n’allait rien changer. Nous devions poursuivre le combat pour que son sacrifice soit justifié, nous devions gagner, mais surtout, nous devions mettre un terme à la pestilence qui rongeait ce monde.


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Liesel Engelwald
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Dim 01 Jan 2017, 20:24
         

Espérance Perdue (Partie 3/3)




Nous étions retournés à Espérance. Quel bien triste nom après les récents événements qui avaient eu lieu. Ysaline s’était forcée à semer partout dans la mine des plumes puis les avait faites exploser, laissant Xylia enterrée au cœur du lieu qu’elle redoutait le plus, entourée de la matière qu’elle haïssait et qui la haïssait en retour. Ma colère avait fini par légèrement s’estomper, pourtant elle restait toujours là. Une tristesse considérable nous entourait, personne n’avait prononcé un seul mot depuis les derniers qu’Adam m’avait adressés. Ilhem avait fini par se reprendre, profondément heurté. Malgré la parenté d’Adam, Irina semblait en réalité la plus touchée par cet événement. Elle refusait de nous impliquer et maintenant une fille était morte, par sa faute, selon elle. Mais elle n’avait pas le droit de penser cela, nous étions tous pleinement responsables de notre présence en ces lieux, de nos actes pendant le combat. Ysaline et Xylia s’étaient beaucoup rapprochées, en seulement quelques heures. Désormais tout était fini. À bien réfléchir, nous étions tous extrêmement sous le choc, à notre façon. Chacun portait son lot de culpabilité… Lorsque nous arrivâmes sur la place, Adam parla.

« Xylia n’avait jamais eu d’amis, quand elle était enfant. Les autres filles la trouvaient puérile et les garçons se moquaient d’elle. Elle ne parlait qu’à moi. Puis vous êtes arrivés et en quelques heures elle s’était rapprochée de quelqu’un, elle visait un nouveau but, son existence prenait enfin un sens… et la mienne aussi… il marqua une courte pause, puis reprit : Ysaline, tu étais la plus proche d’elle. J’aimerais voir cet endroit brûler. Je ne veux plus rien qui puisse me rappeler les instants où elle était à mes côtés. »

Elle s’exécuta silencieusement. Lentement, des oiseaux de feu volaient calmement pour embrasser ardemment chaque objet en ce village. D’énormes flammes illuminaient le ciel nocturne et la chaleur de celles-ci nous rappelaient chaque seconde que la vie était encore en nous. Ces flammes… c’était celles que ma haine dicterait, afin de servir ma cause, pour éviter qu’un tel événement se reproduise un jour.

Un Espoir en cendres…:

Nous ne restâmes pas longtemps à Espérance. Nous nous mîmes très rapidement en route vers le laboratoire de Saulvus. Irina était très réticente à l’idée de nous y conduire, mais Ilhem l’avait rassurée, chacun de nous le voulait et elle n’était fautive de rien. Alors que chacun de nous avait repris un peu du poil de la bête, Adam restait muet, derrière nous. Nous avancions dans la forêt dense vers notre objectif, mais je reculai pour rejoindre Adam, seul au fond. Je ne dis rien, cependant. S’il voulait parler, il parlerait, je n’avais pas à interférer. Nous marchâmes côte à côte un long moment, avant qu’il finisse par dire quelque chose.

« Merci, Liesel… me dit-il calmement, la voix claire.
— Je n’ai rien fait…
— Tu sembles être le seul à être aussi déterminé que moi, pour venger Xylia.
— Tu souhaites la venger ?
— Elle était ma raison d’exister. Je ne vivais que pour la protéger. Je dois anéantir cette guilde qui est coupable de sa mort. » Il m’adressa cette phrase à la manière d’une question, comme pour me demander quel était mon point de vue sur la chose.
— Je ne souhaite pas la venger, je veux me battre en son nom.
— Je comprends. Tu diras à tout le monde que je ne leur en veux pas. Ils n’y sont pour rien.
— Pourquoi ne pas leur dire toi-même ? »

Il ne répondit pas à ma question. Le reste du trajet se fit en silence. Le temps semblait à la fois court et terriblement long, néanmoins nous y étions arrivés, au laboratoire. Irina seule savait ce qui se cachait derrière ces portes, pourtant je n’avais pas peur. Cette fois-ci, je ne laisserai aucune mort arriver. La porte s’ouvrit, puis Adam fit un petit discours visant à nous motiver. Cela avait fonctionné, puisque la détermination avait remplacé la tristesse. Xylia n’aurait vraiment pas voulu que l’on soit triste comme cela.


Nous entrâmes en courant, prêts à en découdre avec toute cette guilde. Irina avait soigné mes blessures en seulement une vingtaine de minutes, Ysaline avait eu le temps de récupérer en magie et l’épée d’Ilhem lui avait été restituée. Il n’en fallait pas moins pour que nous écartions toute menace sur notre chemin. Trois novices arrivèrent, mais je tenais à m’en charger personnellement. L’un d’eux ne vit même pas ma feuille trancher sa gorge, tant j’avais été rapide. Le second se trouva l’estomac percé par deux papiers roulés. La dernier reçut un carreau d’arbalète dans le front, ni plus ni moins. Nous continuâmes à travers les couloirs du bâtiment, vidant petit à petit chaque pièce de ses occupants aisément. L’effet de surprise nous aidait beaucoup, car nous avions anéanti une trentaine de mage sans aucune fatigue. Passer par la bibliothèque m’avait permis de renflouer mon stock de papier, ce qui allait m’être utile pour la suite.

Nous entrâmes dans un grand hall, qui ressemblait plus ou moins à la nef d’une église. C’était étonnant de trouver ce genre de pièce dans un laboratoire, mais les tombes qui remplaçaient chaque banc m’indiquèrent rapidement qu’il ne s’agissait pas d’un lieu de culte. Un homme était assis sur l’autel qui prenait place au milieu de la salle. Je courus vers lui pour l’attaquer, comme tous les autres, mais fus frappé par son dégagement magique.


Lingarth, le croquemort:

« Alors comme ça Ybin est mort, mmh ? Mais à en juger par votre nombre, il a réussi à en avoir un. Mpf. Il n’a jamais su rester sérieux quand il le fallait, de toute façon.
— Nous mettrons fin à tes jours.
— Oh, j’en doute. Laissez-moi me présenter, mis à part pour Dame Ischýs que je suis d’ailleurs ravi de revoir. Je m’appelle Lingarth, l’un des deux agents de la Confédération des Erudits, avec cet idiot d’Ybin. Saulvus m’a personnellement demandé de me charger de vous, c’est donc ce que je compte faire de ce pas.
— C’est un nécromancien.
— Précisément. Mais au sens le plus littéral du terme. Ne voyez pas en mes pouvoirs une quelconque magie noire. Je « manie les morts », je fais des défunts mes marionnettes, tout simplement.
— Il est capable de les faire exploser : il contrôle également la glace.
— Allons, ma Dame, ne les privez pas du plaisir de la découverte.
— Ils n’auront pas ce privilège… puisque je vais vous vaincre… seule.
— Quoi !? Il en est hors de question !
— S’il te plaît, fais-moi confiance.
— À la moindre difficulté, j’interviendrai. »

Sa volonté m’étonna grandement, mais je pus la comprendre. Malgré ma rancœur envers les guildes noires, Irina affrontait son passé plus qu’un mage noir. Il était logique qu’elle veuille y faire face seule. Néanmoins il était hors de question qu’elle ne soit blessée. Trancher la gorge de ce Lingarth me démangeait et il était probable que je ne puisse pas me retenir jusqu’au bout. Pourtant quelque chose clochait. Il la voulait vivante, pourquoi se battrait-il avec elle ? Il semblait se tramer quelque chose de plus personnel entre les deux individus.

« Mais je vous en prie, Dame Ischýs, ce serait un honneur.
— Katára. Evlogía : Phi. Je vous propose un marché. J’ai peu chargé ce cristal. Saulvus vous a interdit de me blesser, mais si ce cristal vient à se briser, alors je reprendrais vos enseignements. En revanche, si je parviens à vous vaincre, Saulvus devra se rendre à mes camarades.
— Cet accord me convient parfaitement. »

Ilhem bouillait d’entendre Irina dire des choses pareilles. Elle était parfaitement sérieuse, cependant l’adversaire était fort et elle n’avait aucune expérience en combat individuel. Quoi qu’il en fût, nous comptions intervenir avant la fin de cet affrontement s’il venait à mal tourner, c’était une chose sûre. Irina avait invoqué son cristal de protection, suffisamment peu chargé pour que sa destruction soit sans danger. Elle avait également absorbé nos empreintes magiques, lui offrant deux cristaux physiques (Ilhem et moi) et trois cristaux magiques (Ysaline, Adam et Irina elle-même). Ils tournaient lentement autour d’elle. J’espérais qu’elle savait ce qu’elle comptait faire et qu’elle avait un plan. Je m’approchai d’Ilhem qui était totalement paniqué, puis lui adressai quelques mots discrètement.

« Tu connais Irina, tu sais à quel point elle surveille l’entièreté du champ de bataille. Il ne peut rien lui arriver, ne t’en fais pas. Si ça se passe mal… je m’occuperai d’égorger cette vermine pédante. »

Sur ces derniers mots, le combat commença.


Sans qu’Irina n’ait à effectuer le moindre mouvement, les deux aiguilles se figèrent dans la poitrine de deux cadavres réanimés, tombés en poussière. Les cristaux revinrent près d’elle, alors que les trois magiques tirèrent chacun un rayon sur les soldats macabres s’étant réveillés. Elle n’avait même pas tourné la tête, elle connaissait donc réellement son ennemi… Les deux cristaux volèrent en direction de l’adversaire, découpant quelques morceaux de sa robe alors qu’il n’essaya même pas d’esquiver l’attaque de la jeune fille. Les deux n’avaient pas bougé d’un millimètre, pourtant une certaine tension avait envahi la pièce.

« J’admire vos progrès, Dame Ischýs. Permettez-vous que je vous dévoile les miens ? »

Soudainement, un épais brouillard se leva, chose qu’Irina n’avait pas prévue, à en juger par ses mouvements de panique. Rapidement, nous ne vîmes même pas nos propres membres, tant ce brouillard était épais. Nous étions individuellement isolés dans un nuage blanc. De nos cinq sens, seul le toucher pouvait sentir le froid mordant qui semblait nous grignoter petit à petit. Cependant, cette impression continuait de paraître de plus en plus réelle, si bien que l’expression « froid mordant » devint un euphémisme. En observant mon bras, je pus constater d’étranges marques rouges. Le lâche ! Il s’était joué de nous. Ce brouillard était offensif ! Je déployai un grand nombre de feuille puis les fis voler à toute vitesse pour tenter de dissiper le brouillard. Aussitôt il s’estompa, révélant une salle vide. Mes compagnons avaient disparu, de même que les portes de la nef. Enfermé entre quatre murs, je vis plusieurs soldats macabres s’élever du sol pour me tenir compagnie.

« Ces mages noirs sont donc tous des foutues engeances. »

Je n’avais aucune idée de comment sortir d’ici, mais je devais rapidement trouver une solution car Irina était en danger et par notre faute. Je tranchai la gorge du premier zombie m’approchant, mais celui-ci restait toujours debout malgré ça. Il tenta de me griffer, attaque que j’esquivai malgré mon étonnement.

« Sois logique, Liesel, ils sont morts, il se fichent de leur gorge… »

Une véritable bataille se lança entre moi et plusieurs dizaines de soldats immortels. Je fis partir deux feuilles vers le sol pour trancher les chevilles de celui qui s’approchait de moi. Habituellement, mes feuilles étaient trop émoussées pour couper la chair si profondément, mais étrangement, ils étaient faciles à hacher. Le mort-vivant tomba au sol, m’indiquant sa défaite, pourtant je fus immédiatement soufflé par une forte explosion glaciale, qui vint givrer mon dos sur la longueur, m’expulsant contre le sol. Les brûlures de froid étaient les plus douloureuses à supporter. Pourtant je roulais en avant pour lancer une salve de feuilles sur les deux adversaires qui marchaient vers moi, utilisant un troisième comme bouclier humain. L’explosion du troisième servit à en anéantir deux autres, qui explosèrent à leur tour, explosions dont je m’étais protégé d’un mur de papier. Je plaçai face à moi un mur constitué de lames, puis chargeai en avant sans réfléchir, lacérant dans mon passage quelques bombes humaines, utilisant des plateformes artificielles pour me protéger des explosions. Je me débrouillais plutôt bien cette fois-ci, pourtant ils continuaient d’augmenter en nombre. Je commençai à déjà me lasser de cette tâche quand la voix d’Adam m’interpella.

« Liesel !
— Adam ! Comment est-ce qu-…
— Où sont les autres ?
— Je n’en sais rien ! Aide-moi à m’occuper d’eux ! »

Je formai de petites plateformes et élargis la mienne pour qu’il puisse m’accompagner. Du haut de notre étage lévitant, nous gardions nos distances, lançant comme lors de notre dernier combat des flèches de papier et des carreaux de pierre, provoquant çà et là des déflagrations gelées qui ne nous atteignaient pas. Pourtant, lorsqu’une vingtaine d’ennemis avaient disparu et que d’autres étaient nés et que les explosions continuaient, nous entendîmes des cris d’Ysaline, touchée par ces bombes. Nous cessâmes immédiatement le feu, tentant de localiser notre camarade, qui finit par se manifester par une gerbe de flammes à la forme d’un grand oiseau. Quelle erreur venait-elle de faire : balayer la totalité des soldats avec une puissante attaque. Il me fallut moins d’un instant, en déployant ma plus vive agilité, pour arriver près d’elle et former un mur protecteur pour nous défendre. Quelle était donc la logique de cette situation !? Comment mes alliés pouvaient-ils surgir au compte-goutte, sans entrée. Où étions-nous d’ailleurs !? La rage d’Ilhem réussit à venir jusqu’à nous, nous l’entendions trancher les morts-vivants sans retenue, prenant de plein fouet les déflagrations qu’il accueillait avec plaisir si elles pouvaient le rapprocher d’Irina. Nous allâmes pour l’aider, mais dès que nous nous mîmes en mouvement, le brouillard épais arriva de nouveau, impossible à dissiper, malgré nos sorts. Rapidement nous étions seuls, chacun enfermé dans une cécité totale. À nouveau la voix de Lingarth nous parvenait.

« Je m’avoue étonné, dame Ischýs, il est rare que quelqu’un résiste à mon brouillard hallucinogène. »

Lorsque nous ouvrîmes les yeux, nous étions au sol, dans la pièce initiale. Irina se tenait essoufflée au centre de la salle, alors que son adversaire était couvert de sang. Le cristal qui la protégeait était fissuré, au bord de se briser, c’était certain. Il s’était joué de nous. Il lui suffisait de lancer à nouveau ce sort pour enlever la magicienne et nous ne l’aurions même pas su. C’était beaucoup trop pour moi, je refusai de tolérer un nouvel incident.

« Désolé Irina, mais j’ai un devoir à accomplir. »

Je sautai au-dessus de la mage, découpant sur toute la longueur deux adversaires avec des feuilles grand format. Deux nouveaux sautèrent sur moi, mais il suffit à ma veste de papier de se déployer pour les retenir éloigner. J’arrivai au niveau du mage et désormais, j’allais l’achever personnellement. Il était véritablement affaibli, j’allais profiter de cela ! Je pris deux feuilles dans mes mains et enchaînai de toute la force qu’il m’était donné d’user plusieurs attaques qui eurent raison de lui. Sa poitrine était désormais couverte de blessures alors que sa gorge était également tranchée. Un sourire de fierté décorait mon visage couvert de sang. Un mage noir de moins dans le monde. À mesure que j’en supprimais, je devais avouer qu’un certain sentiment d’impatience m’envahissait, comme si l’utopie que je voulais me tendait les bras, alors qu’elle restait encore loin, mais j’allais y arriver. Si ma troupe ne voulait pas me suivre, je savais qu’Aeternitas m’aiderait à conquérir cette terre. Et j’allais commencer par réduire à néant la Confédération des Erudits. Sans prendre garde à mes camarades, je courus vers la salle suivante, où devait se tenir Saulvus. Rien que d’imaginer sa couronne ridicule m’emplissait d’un sentiment de haine dont je ne tentai même pas de me défaire. J’arrivai rapidement dans une nouvelle grande pièce, occupée par un trône. Saulvus fut bien surpris de constater qu’il ne s’agissait pas d’Irina, et il ne put réagir quand, pris au piège dans un tourbillon de feuilles qui l’empêcha de voir, je venais de planter dans son abdomen plusieurs dizaines de poignards de papier qui s’étaient profondément logés en lui. En constatant le massacre, une grande fierté m’envahit. Je venais de réussir, j’avais détruit cette guilde.

Irina et tous les autres se tenaient autour de moi, en cercle, menaçants. Ils ne dirent rien, mais leur visage marquait pour chacun un profond jugement. Pourquoi n’étaient-ils pas fiers de moi !? Je venais d’anéantir cette guilde, j’étais en train de faire gagner un monde meilleur, pourquoi ne souriaient-ils pas !? Ils étaient tristes. La mort de ce maître de guilde les rendait tristes ? La voix d’Irina résonna dans la salle, puis les autres suivirent tous en chœur, répétant encore et encore que j’étais un monstre. Foutaises, je faisais le bien ! S’ils ne voulaient pas être mes alliés tant pis, ils seraient mes ennemis ! Immédiatement et sans pitié, je tranchai la gorge d’Ilhem. Les autres ne se défendirent même pas, de quoi ma faciliter la tâche. Je volai à nouveau l’épée d’Ilhem pour la planter dans le ventre d’Ysaline, qui s’écroula lamentablement. Dans un nuage de sang, Irina vola à travers la pièce, assassinée par mes soins. Adam ne resta pas non plus en vie bien longtemps. J’étais désormais seul, couvert de sang. Mais je n’étais investi d’aucune sorte de peur, le seul sentiment qui restait mien était la fierté de mes efforts, qui allaient bientôt payer, je le savais.

The sins of the unworthy must be baptized in blood and fear.:

« Ce que j’apprécie avec les hallucinations de ce brouillard, reprit la voix nébuleuse de Lingarth, c’est qu’il plonge la victime dans une série d’illusions de laquelle il ne peut se sortir.
—Un puissant sort, répondit Irina faiblement, mais il n’aura pas raison de moi. »

Lorsque nous ouvrîmes les yeux, nous étions au sol, dans la pièce initiale. Irina se tenait essoufflée au centre de la salle, alors que son adversaire était couvert de sang. Le cristal qui la protégeait était fissuré, au bord de se briser c’était certain. Il s’était joué de nous. Encore. Je fus frappé par la cruauté des actes que je venais de commettre dans ce fantasme morbide. J’avais tué mes propres camarades… Pourquoi !? La culpabilité des meurtres s’était effacée, avec le temps. M’étais-je moi-même plongé dans un fanatisme dangereux, menant plus à la destruction qu’à la réussite ? Je ne pouvais tolérer cette évolution, auquel cas je deviendrais tout aussi monstrueux que les mages noirs que je traquais. Monstrueux, c’était le terme parfait. Ils l’avaient dit, j’étais un monstre. Mes actes étaient chargés d’une idylle inatteignable, une volonté de faire le bien par le mal qui ne pouvait s’inscrire dans le réel. Après tout, quelle différence cela faisait-il ? Que le petit Liesel fasse le bien ou le mal, aucun de ses actes ne pourrait changer la face du monde. J’avais été naïf. Une horde de morts-vivants vinrent m’entourer, mais je n’avais plus la force de me battre. À quoi tout cela rimait-il ? Le premier ennemi frappa, arrachant ma peau de ses griffes acérées. Un deuxième poursuivit, puis un troisième. Ils étaient une dizaine à déchirer chacun de mes membres avec une frénésie meurtrière. Pourtant, je ne ressentais aucune douleur, la mort ne venait pas. J’assistais à ma propre mort sans la vivre, un cauchemar.

Lorsque nous ouvrîmes les yeux, nous étions au sol, dans la… Un bruit avait retenti. Le cristal d’Irina s’était brisé. Par une étrange sensation que je ne pouvais justifier, j’étais cette fois-ci persuadé d’être dans la réalité. Irina s’écroula au sol, nous laissant voir le visage ensanglanté de l’opposant, qui souriait. Nous nous relevâmes, il fallait l’empêcher de la prendre.

« Vous les avez libérés de leur prison !? Mmh, vous êtes plus douée que je ne le pensais. Mais ce n’est pas eux qui vont m’arrêt-… »
— J’en ai assez. »


Le front perforé, Lingarth s’écroula, alors qu’Adam baissait petit à petit son arbalète. Nous courûmes vers Irina pour s’assurer qu’elle allait bien. Heureusement, elle était juste évanouie.

« On y est, n’est-ce pas ? C’est bien réel, pas vrai !? demanda Ysaline, totalement paniquée.
— Oui… répondit Irina qui sortait de sa torpeur.
— C’était affreux… »

Elle se mit à pleurer. Visiblement, nous avions tous connu d’horribles événements pendant ces illusions. J’eus une profonde pensée pour Adam, qui venait de perdre sa sœur… Je n’osais même pas penser à ce qu’il avait pu voir. Quant à moi… je devais faire très attention. Céder à une telle folie était inadmissible. Je réalisai que la portée de mes pensées depuis peu signait un certain danger. Je devais être prudent avec moi-même.

Nous poursuivîmes notre trajet, plus calmes, tous un peu sonnés par ce qui venait d’arriver. Nous arrivâmes rapidement dans une grande bibliothèque. Au centre de celle-ci se tenait une colonne étrange : un grand livre lumineux flottait et semblait absorber les lettres des livres, doucement. Au pied de la colonne, un cristal scintillait, comme ceux d’Irina. Je comptai sur elle pour nous en dire plus. Saulvus se tenait debout face à nous, détendu. Il dégageait peu de magie et ne semblait pas la dissimuler. Il avait l’air bien moins hostile que la dernière fois, pour autant nous restions méfiants. Irina s’avança doucement pour parler avec lui. Il parla, sans mépris, sans hostilité.


Bibliothèque de la Confédération:

« Quel est ce mécanisme, demanda Irina. Je peux sentir la pierre…
— Nous ne te l’avons jamais montré. Ce dispositif absorbe les Aeternanos. C’était notre objectif, priver le monde de la magie… Elle n’est que source de malheur.
— Pourquoi un livre ?
— J’admire ta curiosité… Il nous fallait un catalyseur. Laisse-moi t’expliquer… Quand ta mère est décédée, tu étais si jeune. Mais j’avais trouvé ce livre, Elpida. Il parlait de créer un monde sans magie, il parlait d’une pierre qui avait le pouvoir de modifier les flux. J’avais trouvé la pierre, mais étais incapable de l’utiliser. Puis tu es arrivée !
— Vous vous êtes servi de moi… vous m’avez enlevée, séquestrée… vous vous êtes fait passer pour le père parfait alors que vous êtes égoïste. »

Ses mots investis d’une certaine colère. La présence de cet homme semblait la répugner au plus haut point, tant son regard transmettait de l’hostilité. Elle s’arrêta pour soupirer, mesurant les efforts que composaient cette prise de parole.

« Tout cela pour une lubie de priver le monde de la magie… Vous m’avez offert un don, qui offre la vie et la magie au monde, un don maudit qui est teinté de mort là où il passe. Evlogía signifie Bénédiction, vous avez vous-même choisi ce nom… Evlogía apporte la vie et le futur. Katára est tout l’inverse. Je suis désolé, ce que vous vouliez éviter va arriver : toute magie constitue un duel, et aujourd’hui… Katára l’emporte…
— J’en suis conscient. J’avais peur que ce jour arrive, que je sois frappé du revers de la médaille. Je suis désolé pour ce que tu as traversé, ma fille. J’accepte la mort, Eiréné, je la mérite.
— Je suis incapable de vous l’offrir de moi-même, cependant… Katára : San.

Les aiguilles se réunirent pour former un long sabre luisant. Elle le prit dans ses mains et l’offrit à Ilhem.


« Ce garçon m’a offert la liberté que tu m’avais volée. Il m’a permis d’accomplir mes rêves et rester à ses côtés est la meilleure chose qui aurait pu m’arriver. »

Elle s’arrêta et fixa son ami. Ils rougirent tous les deux en souriant. Ça venait d’arriver, ils avaient pris conscience de ce qu’ils ressentaient. Ils se tournèrent vers Saulvus, qui avait l’air de retenir ses larmes. Nous restions muets, observant la confrontation sans dire un mot, laissant aux amants le privilège de mettre fin à tout cela.

« Je suis désolée… papa. Ce n’est pas contre toi… je veux affronter mon passé. Merci, pour ce que tu m’auras apporté, à ta manière. »

Elle s’arrêta de sourire puis prit un air terriblement sérieux, triste. Elle continua sur une voix presque hautaine, chargée de colère, qui était plutôt une façon de couvrir sa tristesse.

« Mais mon passé ne peut coexister avec mon avenir. Si je ne le fais pas moi-même, Adam ou Liesel vous tuera sans hésiter. Mais c’est mon combat. Ilhem… tu as toujours près de moi, sois-le encore une fois s’il te plaît. »

Il s’avança vers Saulvus, qui ferma les yeux. L’épée magique s’enfonça dans l’estomac de l’homme, qui s’allongea au sol, paisible. La scène était bien triste. Pour la première fois, je réalisais que les mages noirs n’étaient peut-être pas si mauvais… la vision de l’existence d’Adam me revint en tête. Après tout, chacun faisait ce qu’il pensait juste. Dans une guerre, aucun des deux camps n’avait totalement raison, après tout. Ma vision manichéenne des choses m’avait plongé dans une hostilité puissante, pourtant cette haine était vaine. Irina me l’avait prouvé en invitant Ilhem à tuer son père : le meurtre était triste. Chasser les mages noirs n’avait rien d’une mission divine juste, il s’agissait de choisir un camp et de s’y tenir… J’avais choisi le mien, et j’allais désormais devoir m’écarter de la douleur qui naîtrait de chacun de mes meurtres.

Les deux amants s’enlacèrent puis elle pleura. Ilhem pleura également, sans avoir l’air de savoir pourquoi. Nous sortîmes du bâtiment. Tout était fini : nous avions détruit la Confédération, Irina n’avait plus rien pour la poursuivre, elle pouvait vivre avec Ilhem l’amour qu’ils partageaient.


« Si cela ne vous dérange pas… j’aimerais passer une dernière fois au « village », demanda Adam, le regard vague.
—Moi aussi… »

Nous partîmes donc à nouveau en ballon en direction du village. L’heure de vol avait été absolument silencieuse. Même Ysaline, qui avait paniqué au premier voyage paraissait calme. Elle serrait de toutes ses forces la rambarde en maintenant une flamme dans son poing, qu’elle serrait aussi. Nous arrivâmes au campement. La simple vue du prénom gravé à côté de la tente fit pleurer Ysaline, qui souffrait de la proximité qu’elle avait forgée. Adam partit dans sa tente. Il resta seul un long moment, avant que je me décide à entrer… peut-être parler l’aiderait un peu ? J’espérai en tout cas. Nous nous étions rapprochés nous aussi, il accepterait probablement de ne pas traverser ça seul…


« Je peux entrer ? demandai-je en ouvrant le drap.
— Oui… »

Je vins m’asseoir à ses côtés. Nous ne parlâmes pas, nous n’en avions pas besoin, nous ne savions que dire et savions ce qui allait être dit. Il était inutile de prononcer un mot. Je voulais simplement l’accompagner. Assis près de lui, je pris sa main dans la mienne, qu’il serra fort. Il ne put plus retenir ses larmes et posa sa tête contre mon épaule puis pleura. Un long moment passa, alors que ma présence avait l’air de le détendre petit à petit. Les yeux à nouveaux secs, il se mit à parler doucement, chuchotant au milieu du silence qui était le nôtre depuis plusieurs minutes.

« Elle était ce pour quoi je vivais. Je suis seul désormais, ma vie n’a plus le sens qu’elle avait. Autant mourir.
— Rejoins-nous. Ce sera difficile, mais tu ne seras plus seul, nous serons là. On ne la remplacera pas, rien ne la remplacera, mais ne reste pas seul. »

La tête toujours contre moi, il m’entoura de ses bras pendant encore de longues minutes, dans le silence le plus total. Je sentais contre moi sa respiration douce et la chaleur qu’il dégageait. Je pouvais sentir la tristesse qu’il ressentait, nous la partagions, pourtant elle pesait si lourd sur lui et rien de ce que je pouvais faire n’aiderait à l’alléger d’avantage.

« Merci beaucoup Liesel, et à vous tous… j’aimerais un moment seul, s’il te plaît. Je vous rejoins dehors. »

Il m’adressa un large sourire, qui me frappa par toute la douleur qu’il évoquait. Je sortis de la tente, impatient de le revoir. J’écoutais le bruit des oiseaux, qui apaisait la peine que j’avais fini par ressentir. Ysaline était redevenue calme, elle observait le ciel en silence, détendue, le visage rougi par les larmes qu’elle avait versées. Tout était calme et le monde continuait d’avancer. Le soleil brillait sur nos visages et nous rassurait par la chaleur qu’il émettait. Une certaine sérénité finit par s’installer en chacun de nous, une sérénité qui durant un long moment en attendant notre camarade…

Quand l’écho d’un dernier carreau d’arbalète éclata depuis l’intérieur de la tente.



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Liesel Engelwald
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Jeu 08 Juin 2017, 00:10
         
Tu la fermes et tu bouffes autant de S+ qu’il en faudra pour que tu deviennes incapable de manger autre chose de ta vie. 500 points.

964 lignes font un total de 9640 points de base, couplés aux 500 supplémentaires pour la formule Entraînement (12€ le midi).

J’aimerais déverser ma jalousie sur toi et te priver de bonis… mais non :

♦ Pas de perfection, malheureusement.

Récapitulatif des fautes pour les réclamations:
« lui en avais dit Sirius »
« en tant sorts »
« ne savions »
« vingtaine d’année »
« qu’elle ne pusse »
« de me relevai »
« aucune d’elles n’avaient »
« puis disparurent »
« nous la suivirent »
« je me demande »
« qu’Adam abordait »
« en tout genre »
« je ne serai pas »
« ce n’était qu’après »
« que nous décidions »
« qu’Adam m’avait fait part »
–> Quatre colonnes mais « une » de feu et « une » de papier
« nous lancèrent »
« formaient un cercle »
« reflex »
« agit »
« elles furent si forte »
« à maintenant »
« désigné qu’à elle »
« bien plus faible »
« d’affrontement »
« la dernier »
« retenir éloigner »
« ses mots investis »
« je suis désolé »
« tu m’auras apporté »

♦ Malgré cela, on a une cohérence aux petits oignons qui mérite amplement un score maximal ! 100 points.

♦ L’originalité est de mise, par ailleurs : 50.

♦ Je ne me prononce pas. 100 points d’histoire.

… Je déconne mon gars, 500 direct, faut pas déconner. Mention spéciale, à mon sens, pour la troisième partie qui blblblbl blblbl (ils sont beaux mes arguments) !

♦ En termes de rendu, je ne vais pas épiloguer, 100 points.

♦ Humour ? Bon bah il ne faut tout de même pas oublier les cocasses événements de la partie 1 ! Et puis, si on peut considérer Ybin lui-même comme un élément d’humour… D’humour noir… et sale… ? 100 points en tout cas.

♦ Rédaction globalement de qualité, une fois de plus, mais encore trop de tournures sibyllines pour mériter un maximum de points… 270 néanmoins, parce que t’es pas une quiche.

CE QUI NOUS FAIT un total de 11 760 aethernanos en théorie. Mais comme tu utilises ta fiole de sang, ce montant gagne un tiers de sa valeur : 15 641 aethernanos !



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Nina Andersen
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