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Historia

Sam 22 Avr 2017, 21:51
         

Historia




Je sentis contre moi la chaleur de draps chauds et humides de sueur. Je me relevai en sursaut, dans un lieu inconnu, tremblant de froid malgré ma peau brûlante. Je compris bien rapidement qu’il s’agissait d’un cauchemar que je venais d’oublier. Mes parents étaient autour de moi. Je me perdis un court instant dans ma confusion, sans savoir où ni quand ni pourquoi j’étais là. Les souvenirs me revinrent rapidement, pourtant il manquait quelque chose. Je me souvenais avoir marché dans les crevasses avec Ysaline, Ilhem, Irina et mes parents, puis nous nous étions quittés… Enfin nous étions arrivés à l’arbre, le village du clan, puis plus rien. Pourtant il s’était forcément passé des choses entre temps. Mon regard paniqué traduisait mon manque de repères. Ma mère posa sa main sur mon front et une douce vibration vint calmer ma fièvre. Je m’apaisai immédiatement.

« Vous pouvez me dire ce qu’il s’est passé ?
— Plus ou moins.
— Tu as été intégré au clan Engelwald. »

Vraiment ? Je n’en avais pourtant aucun souvenir… Je pensais que ce genre de cérémonie, probablement longue, ne pouvait s’oublier facilement. Pourtant j’étais là, dans la maison originelle de mon père, allongé dans un lit, intégré au clan, sans n’en avoir aucun souvenir… Quelqu’un frappa à la porte et entra aussitôt. Une jeune femme, ou une fille, très calme. Son visage était caché par une grande capuche et elle avait un hibou posé sur chaque épaule.

Plume:

« Oh, Plume, c’est rare de vous voir sortir en plein jour.
— En effet. »

Sa voix était douce, calme et plate. Froide, également. On ne voyait absolument rien de son visage. Elle s’approcha de moi pour examiner mon état. J’avais tenté, par curiosité, d’observer sa tête, pourtant même à quelques centimètres, on ne percevait que le reflet de ses yeux dans le noir de sa capuche. Ses hiboux me scrutaient avec attention.

« Tu as probablement des questions.
— O-Oui, beaucoup…
— Tout d’abord, appelle-moi Plume. Ce n’est pas mon nom, c’est un grade.
— Personne ne connaît son vrai nom, murmura ma mère.
— Exactement, pas même moi. J’ai juré de servir, de ma vie tout entière, l’Ancien. Cela vient expliquer ta deuxième question. Tu ne te souviens plus de la cérémonie car j’ai effacé tes souvenirs, ainsi que tous ceux qui étaient présents. Un pouvoir confié par l’Ancien.
— Quel intérêt de faire une cérémonie pour l’oublier après ?
— Avant tout chose, sache que tout t’a été expliqué et que tu as consenti à cela, sans quoi la cérémonie n’aurait jamais eu lieu. Tu nous as révélé chacun de tes secrets, tu nous as conté toute ta vie, d’aussi loin que ta mémoire ait pu te porter. »

Je pensai immédiatement à Aeternitas et au Crysokrone. Il ne me fallait de toute évidence ne pas en parler… Si j’avais accompli cette introduction, j’avais forcément abordé ces points là… Pourtant Sirius ne m’avait pas désintégré sur place.

« Seul l’Ancien doit se souvenir. Tous les autres ne se rappellent rien, comme toi. Ta mémoire a été difficile à altérer, j’ai donc dû y aller un peu par la force, d’où ton état fragile, mais il n’y a rien de grave. Au cours de tes révélations, le conseil Engelwald a pris une décision, celle de te garder ou non dans le clan. Quelle que fût la décision, personne n’aurait eu le moindre fragment de ce discours en tête. Mis à part l’Ancien.
— Qui est l’Ancien ?
— Plume, que pensez-vous ?
— Etant donné les deux livres que tu as trouvés, nous allons te le présenter. C’est rare, si tôt après une intégration, considère-toi comme privilégié. Tout privilège se mérite, et tu mérites celui-ci. »


Un privilège ? Je n’avais pas l’impression de mériter quoi que ce soit… Mais j’allais pouvoir rencontrer cet Ancien et lui poser la question qui me brûlait les lèvres : qu’étaient ces livres ? Plume s’en alla, disparut dans l’encadrement de la porte. Ma mère me « rassura » en disant de ne pas trop prendre la grosse tête car tout le monde finissait par rencontrer l’Ancien, que j’étais juste « en avance dans le programme de l’embrouille. » La voir égale à elle-même me rassura réellement. Si elle s’était montrée plus attentionnée qu’à l’habitude, j’aurais été inquiété… Pourtant, je sentais en moi une étrange sensation que je n’arrivais pas à décrire, elle m’échappait totalement. Je ne savais pas si c’était l’amour, la peur, la confiance ou le doute, pourtant c’était là, trop fort pour être ignoré. Mon père avait quitté la pièce, pour discuter avec Plume. Qui était-elle ? Comment pouvait-on prêter allégeance à quelqu’un au point d’en effacer les souvenirs de sa propre vie ? Le temps de cligner des yeux, j’engageai une conversation avec Sirius à propos de ce qu’il s’était passé.

« Qu’est-ce que tu en penses ? J’ai probablement dérogé à la règle. J’imagine que tu as observé avec attention.
— Oui. Mugetsu a été hésitant sur le sujet, honnêtement. Mais j’ai bien surveillé et Plume avait bien précisé que la mémoire de tout le monde était effacée par la suite. Et si elle avait essayé de garder ces souvenirs pour elle, au mieux, elle n’aurait pas réussi, au pire, elle n’aurait pas pu t’adresser la parole à nouveau. Je t’avais donné mon feu vert.
— Je me doute bien… Du coup ?
— Il se passe qu’il y a une énergie magique très étrange, non loin d’ici. Ce qu’il y a de plus étrange encore, c’est énergie ressemble à celle qu’utilise Nina pour ses runes Asgardiennes. Je l’avais déjà remarqué quand tu te servais des livres.
— Vraiment ?
— Oui, en faisant fouillant un peu plus, j’ai compris de quoi il s’agissait, et tout est absolument fabuleux.
— Quand as-tu trouvé tout ça ?
— Oh, il y a un bon moment déjà. »

Voilà probablement la raison pour laquelle j’avais été accepté à Aeternitas, les mêmes qui m’avaient appelé ici. Je sentais que je m’approchais de la vérité, je devais en savoir plus. Asgard… Ce mot sonnait comme un nom que je connaissais, loin dans mes souvenirs. En en faisant l’inventaire, je réalisai que non et abandonnai l’idée. Je me levai de mon lit encore mouillé par la sueur de ce cauchemar, me changeai, puis sortis avec ma mère. Le village Engelwald était minuscule, il ne comptait que quelques maisons, à moitié sur des branches, à moitié dans celles-ci. Elles étaient reliées par des petits ponts de bois gelé et il suffisait de regarder en l’air pour observer des dizaines de hiboux perchés en hauteur. Le village ne comptait aucun magasin, bien que les Engelwald semblassent assez généreux pour offrir leur hospitalité malgré leurs secrets. Secrets que j’allais percer à jour très vite.

Je me rendis à l’entrée du village, dont je n’avais visiblement pas oublié la position, et y rejoignis mes parents ainsi que Plume. Nous descendîmes les étranges marches de cristal, et arrivâmes au pied de l’arbre qui était beaucoup plus gros que ce qu’il semblait être. Plume nous guida ensuite à l’arrière, vers un étrange tunnel. En avançant, on remarquait rapidement des étranges silhouettes d’animaux forestiers, comme des cerfs ou des élans, gambader sur les rochers ou près des arbres. Certains s’arrêtaient pour nous regarder et on voyait alors clairement que leur silhouette était floue, imprécise, ondulait avec les mirages de magie que l’on discernait dans l’air. Ils me rappelaient beaucoup les animaux que créait mon père avec ses illusions : ils avaient l’air réel, mais si on les fixait avec attention, on voyait leur contour vibrer dans une lueur rose.


« Par-delà la forêt des Anges
Vit la mémoire du Monde.
Traversez le labyrinthe de l’Histoire
Et renaissez témoin des Hommes.
»


À chaque pas, une sensation de plus en forte me prenait, comme si j’étais sur le point de découvrir quelque chose de fabuleux. Ça n’avait pas de sens, pourtant je sentais très bien que j’approchais de la vérité, que j’allais tout savoir. J’étais irrésistiblement attiré par cette chose, elle m’appelait. Mes bras tremblaient et des frissons me parcouraient sans cesse. Je tentai d’abord d’ignorer ces impressions, me disant que ce n’était que l’excitation de découvrir mes racines et la présence de magie de l’air, pourtant plus la forêt devenait sombre et les illusions réelles, plus il devenait difficile de passer outre. J’accélérai le pas, rattrapant celle qui nous guidait, jusqu’à ce que les battements de mon cœur deviennent si forts. Je ne pouvais rester à attendre !

La forêt des anges:


Je courus, aussi vite que possible, vers cette force qui m’attirait comme le plus puissant des aimants, je voulais savoir, je voulais voir. Cette chose m’appelait si fort, criait mon nom dans mes veines. Cette forêt était un labyrinthe, mais cette vibration me guidait à mesure que j’avançais. Mes parents criaient mon nom, mais j’ignorai cet appel. Je réalisai soudainement que j’avais pénétré dans une aura noire et étoilée, amicale, douce, et, essoufflé, j’ouvris les yeux et vis un arbre gigantesque se dresser face à moi. Je m’arrêtai, les pieds dans la petite couche d’eau qui ondulait autour de moi et autour de l’arbre. Ces vagues se confondaient et dansaient ensemble, tout comme le souffle de ma respiration et celui qui faisait bouger les feuilles célestes de cet arbre.

« Voici l’Ancien. Nous l’appelons ainsi, mais son véritable nom est…
— Yggdrasil. »

Yggdrasil:

Je ne pouvais décrocher mon regard de cette beauté. Avec chaque lumière qui s’allumait autour de lui, des souvenirs revenaient, des moments que jamais je n’avais eu conscience de vivre. Le rêve que j’avais fait, où Yggdrasil m’avait parlé, je m’en souvenais. Je me souvenais de sa présence dans mes rêves d’enfant, que j’avais oubliés. Je me souvenais de sa voix, de ses couleurs, de sa magie. C’était comme si je retrouvais une part gigantesque de mon âme, dont je n’avais jamais eu conscience de manquer. Je me tenais totalement immobile face à l’arbre, tombai à genoux, fixant son écorce en pleurant. Plume m’expliqua ce que j’ignorais, j’écoutai avec une attention absolue, sans jamais lâcher l’arbre du regard, qui me toisait tout autant.

« Le maître d’Asgard l’a construit ici, il y a des siècles et des siècles. Ce demi-ange lui a offert un droit. Le droit de voir l’Histoire. Yggdrasil reste immuable, à observer le monde évoluer et grandir, depuis le berceau de l’Humanité. Au fil des âges, l’arbre finit par comprendre, imiter l’Homme. Les ravages furent terribles. Alors le maître d’Asgard et ses onze filles ont scellé l’arbre, ensemble, pour disperser sa conscience en neuf fragments dispersés à travers le monde. Il lui a aussitôt offert un devoir, le devoir le plus important : ne jamais intervenir dans le destin du monde. L’arbre est enchaîné, il a l’interdiction d’agir.
— C’est pour ça que nous oublions tous la cérémonie, poursuivit mon père, car cela reviendrait à le faire agir. Ce n’est pas notre rôle, nous n’offrons pas notre mémoire au clan, c’est Yggdrasil qui garde tout, comme la Bibliothèque de Monde. »

C’était logique à présent. J’étais « élu » par le simple fait qu’Yggdrasil avait choisi de me regarder, de concentrer son regard omniscient sur moi. Je baissai la tête, quittant sa vue pour observer son reflet dans l’eau, un reflet doublé du mien, qui ondulaient ensemble. Pourquoi moi ? Pourquoi me choisir moi ? Quelle était ma mission ? Est-ce que ça avait un rapport avec Aeternitas, le combat du Chrysokrone, avec la condition divine de Mugetsu ? Etait-ce pour cela que l’Arbre posait son regard sur moi ? L’espace nébuleux s’articula en fils dorés et tourna avec douceur autour de nous. L’écho d’une mélodie parfaite vibra à travers ces cordes, et une voix se glissait entre celles-ci, une voix que seul moi percevais.

Je peux répondre à tes questions, Liesel Engelwald. Je vois le monde depuis des temps que ton esprit ne pourrais ne serait-ce que concevoir. Je vois les Hommes depuis toujours et pour toujours. Mais tu es spécial.


Qu’avais-je de si spécial ? Qu’est-ce qui, en moi, méritait l’attention d’une créature divine comme celle-ci ?

Je vais prendre le temps de t’expliquer. Avec le temps, j’ai acquis le pouvoir de comprendre l’Humain et prédire ses actes futurs. Une quantité infinie de chiasmes et de choix, des ramures éternelles, si variées que même moi je ne peux les voir toutes. Ces branches s’enroulent, se touchent, s’entremêlent, parfois convergent et divergent, tourbillonnent, restent droites. Chaque ramure forme le fil d’une toison infinie que vous nommez parfois Destin. J’observe, à travers ces branches, le tissu du destin se créer, où les choix de chacun dansent avec ceux des autres et créent l’Histoire. Voici mon pouvoir. Tu n’es pas le premier, dans l’univers, que j’observe avec attention, mais tu es celui que j’ai jusqu’alors observé avec le plus d’attention. Le clan Engelwald est depuis toujours un groupe d’humains qui ne vit que pour moi. La Plume est celle qui écrit mon histoire, l’histoire de l’Histoire. Contrairement à la volonté de mon créateur, j’agis par leur biais et depuis des décennies, ils tentent de retrouver les neuf livres qui composent mon pouvoir.


Ces mêmes livres que j’avais trouvés. Tout était clair, à présent… Tout faisait sens. Je comprenais mieux pourquoi mon père avait eu cette réaction, pourquoi ces livres émettaient une telle énergie à laquelle j’étais si réceptif, pourquoi toute ma vie j’avais été guidé sans jamais qu’il ne m’arrive le moindre malheur. Il me fallait retrouver ces livres, pour rendre à Yggdrasil son vrai pouvoir.

Je veux t’offrir une infime partie de ma magie, car d’entre tous, tu es l’être le plus proche d’Yggdrasil, tu es celui qui réuniras les neuf livres. Une partie si infime qu’elle n’impactera en rien le cours du destin. Mais le monde est menacé depuis toujours, aujourd’hui plus encore. Le Chrysokrone agit pour le bien, car c’est l’œuvre d’une force sacrée. Aie foi.


Mais pour cela, je devais faire renaître l’Arbre, en retrouvant les neuf fragments.

Asgard, l’Espoir, porteur de l’énergie magique de la vie.
Helheim, le Doute, porteur de l’énergie magique de la mort.
Muspelheim, la Bravoure, porteur de l’énergie magique du feu.
Nifelheim, la Peur, porteur de l’énergie magique de la glace.
Alfheim, le Rêve, porteur de l’énergie magique de l’air.
Vanaheim, la Paix, porteur de l’énergie magique de la terre.
Jotunheim, la Confiance, porteur de l’énergie magique de la nature.
Svarthalfheim, la Force, porteur de l’énergie magique de la culture.
Enfin, Midgard, la Vie, le catalyseur de ces fragments.

Trouve-les. Maintenant va, acquitte-toi de cette tâche et reviens victorieux. Seulement alors tu entendras la voix d’Yggdrasil.


Je fermai les yeux et la lumière dorée disparut aussitôt. Je laissai mon corps tomber dans la fine couche d’eau, provoquant de nouvelles ondes dans le reflet des branches d’Yggdrasil. Je tombai dans un profond sommeil, tout en ayant conscience. Comme prisonnier de mon propre corps, je vis mes parents s’inquiéter et me ramasser, Plume qui affirmait d’un ton plat que j’étais bel et bien choisi pour réunir les livres. Ils m’avaient portés jusqu’à un lit. La population du village m’avait fixé avec peur et admiration. Malgré mes paupières fermées, je voyais tout autour de moi, une vision parfaite…


Je finis par ouvrir les yeux, dans un lieu que je ne connaissais pas. En y repensant immédiatement, je ne savais pas si ce que j’avais vu pendant mon sommeil étaient des souvenirs inventés, réécrits, ou si pendant un instant, j’avais quitté mon corps pour tout observer. Je vis Plume, dans la même pièce que moi, debout, face à son miroir. Elle avait retiré sa capuche étrange et aucun hibou ne se tenait autour d’elle. Je l’avais d’abord prise pour Ysaline : ses cheveux étaient courts, d’un roux presque brûlant. Ils étaient légèrement plus longs que ceux d’Ysaline, et plus vifs aussi, cependant. En me relevant du petit matelas sur lequel on m’avait posé, une question me traversa l’esprit et avant que je ne m’en rende compte, je l’avais posée à haute voix.

« Ça ne vous frustre pas… d’avoir oublié qui vous êtes ? »

Elle ferma les yeux, son visage expressif redevint le visage plat et officiel qu’elle avait, alors qu’elle se détournait du miroir. Elle verrouilla ses iris d’un bleu cristal dans le rouge des miens. Elle répondit avec une indifférence que je crus fausse.

« Parfois. Comment te sens-tu ?
— Bien… Extrêmement fatigué… Mais bien.
— Parfait. N’oublie jamais : entre ces murs, tu es peut-être unique, mais à l’extérieur tu n’es qu’un individu dans la foule. L’Ancien a beau veiller sur toi, cela ne fait que t’incomber d’une responsabilité extrêmement lourde et jamais tu n’auras le droit d’échouer. »

Venais-je de toucher un point extrêmement sensible ? Elle avait trahi son ton froid en fronçant légèrement un sourcil, sa voix s’était un peu emportée, comme si elle avait voulu m’écraser sous le poids de la responsabilité pour se venger de ma question… C’était compréhensible. De plus, elle avait totalement raison. Être observé de cette manière n’allait rien m’offrir. Certes, ces livres étaient une source intéressante de pouvoirs, mais j’allais devoir les rendre un jour ou l’autre. De plus… Je n’allais pas croiser tous ces livres par hasard sur mon chemin.

Le visage de Plume:

Plume m’invita à m’asseoir sur le coussin en face du thé qu’elle avait disposé autour de la table. Elle me servit une petite tasse, toute décorée de couleurs et de sculptures. Autour de nous, il y avait des dizaines de statues de hiboux, j’étais de toute évidence chez elle. Une autre question passa mes lèvres d’elle-même.


« Pourquoi des hiboux ? »

Elle soupira en souriant, comme si elle se résignait à montrer son visage professionnel. Elle posa sa tasse de thé et me fixa. Ses yeux étaient déconcertants et magnifiques à la fois. En lui rendant son regard qui avait l’air de sonder l’âme, je vis au creux de ses pupilles comme le reflet des vagues de la mer, une mer claire et cristalline. Qui était-elle ?

« Je n’ai pas l’habitude des questions. Les gens du village savent que je suis incapable d’y répondre.
— L’Ancien a pris tous vos souvenirs ?
— Non, je lui ai offert. Mon pouvoir ne marche qu’avec le consentement de la personne sur qui il agit.
— Pourquoi ? Vous n’aviez pas à le faire…
— Je suppose que j’avais mes raisons. »

Elle avait baissé les yeux, avec une tristesse immense qu’elle-même ne comprenait pas. Peut-être devais-je arrêter là ? Sans pour autant réellement comprendre l’état dans lequel j’étais, je parlai à nouveau, choisissant mes mots avec attention. En réalité, malgré toute l’admiration que j’avais ressentie devant cet arbre sublime, quelque chose ne tournait pas rond, des détails m’échappaient. En y repensant, j’avais un léger doute.

« Vous avez l’air triste… Vous n’avez aucun souvenir et pourtant on lit sur votre visage un deuil dont vous ne vous rappelez pas… C’est pour cela, n’est-ce pas ? La capuche… Vous ne voulez pas voir ce visage que vous ne comprenez pas.
— Je n’ai aucun souvenir de mon passé. Quelles que furent les raisons, j’ai pris cette décision et je ne veux pas revenir en arrière.
— L’Ancien est-il vraiment digne de confiance ? »

Elle releva la tête avec une froideur implacable, la même froideur derrière laquelle elle cachait sa frustration et ses questions.

« En observant l’histoire des Hommes, il a fini par créer sa propre conscience et apprendre à imaginer le futur. Son créateur l’a brisé pour cette raison, car lorsqu’il avait compris les hommes, il voulut agir comme eux. Les hommes sont mauvais, tristes et affreux. »

Je n’aurais probablement jamais tenu un tel discours quelques mois auparavant. Pourtant mes combats avec Adam me l’avaient appris. Je l’avais vu face à Lingarth, dans ces illusions, j’avais tué mes camarades. Le père d’Irina n’était pas motivé par un mauvais dessin. Et moi non plus, je voulais faire le bien, pourtant je tuais. Il fallait accepter le fait que faire le bien était impossible.

« Et si, en voyant les hommes s’entretuer au fil des siècles, Yggdrasil était devenu le coffre d’une conscience manipulatrice et omnipotente, dont l’unique devoir, celui de ne jamais agir, était contourné par une poignée d’êtres choisis et isolés ? Comment puis-je lui faire confiance en prenant la chose sous cet angle ?
— Ce que tu dis, je l’ai pensé également, longtemps. Yggdrasil ne peut voir ce qui se trouve en notre esprit, il voit les faits. La cérémonie d’introduction lui permet de voir dans nos esprits, par la façon dont nous l’exposons.
— Comment pouvons-nous savoir qu’il n’est pas devenu un être maléfique ?
— J’ai fini par lui faire confiance.
— Quand ? Pourquoi ?
— Je... »

Elle fixa le contenu de sa tasse presque pleine, plongée dans ses pensées. Un long moment passa, puis elle se leva et se figea devant son miroir. Elle caressa la glace de ses petites mains, et à travers elle, un visage qu’elle ne connaissait pas. Venais-je, par mes mots, de la détruire ? Elle sembla comme réaliser qu’elle n’était, depuis le début, qu’une marionnette.

« Il faut lui faire confiance. Je sais qui je suis… Je sais qui je suis ! Jamais je n’aurais accepté une telle folie de la part de n’importe qui. »

Qui essayait-elle de convaincre ? Enfin, elle avait peut-être raison, et puis réunir ces livres me donnait de nouveaux pouvoirs, je pouvais bien essayer, ça ne m’engageait à rien, au final. Je m’excusai pour ces questions gênantes et sortis, me sentant un peu coupable d’avoir semé le doute dans son esprit… Mais mes arguments se tenaient, j’en étais sûr…


J’entrai pour la première fois dans l’auberge du village, une petite bâtisse à moitié sculptée à l’intérieur de l’arbre, dont les chambres se trouvaient dans toute la longueur de cette branche épaisse. J’espérai y trouver ma mère. J’avais visé dans le mile, puisqu’elle était assise au bar, à raconter aux hommes de la tribu ses exploits de chasseuses. Quels exploits ? Ca faisait des années qu’elle ne faisait que tuer des loups autour de la maison, et depuis la barrière de Mugetsu, elle ne le faisait plus qu’autour de la ville. Pourtant, à en juger par le nombre de bouteilles vides près d’elle, elle avait des choses à raconter. Je l’avais déjà remarqué, pendant notre vol en ballon, qu’elle parlait beaucoup et qu’elle aimait partager. Elle ne me parlait pas autant, quand j’étais enfant, pourtant… L’école devait prendre tellement de temps.

Je m’approchai d’elle doucement, comme pour éviter de me faire remarquer et garder une occasion de m’enfuir si elle était soûle. Ce n’était pas le cas, elle était parfaitement sobre, un regard clair et aguerri, devant des hommes pour la moitié endormis, pour l’autre à moitié dans les vapes. Elle dégagea avec violence l’un d’eux et m’invita à prendre un verre, sous prétexte que j’étais « un homme maintenant, un vrai. » Ah vraiment ..?


« Parlons un peu d’autre chose, je t’avoue que ces affaires commencent à me gonfler un peu… Tu sais, je suis intégrée, mais j’ai jamais vraiment été particulièrement attachée à cet endroit. Je ne m’y sens pas mal, mais plus vite nos rentrerons, mieux ce sera.
— Tu dis ça pour Leoni ?
— Ah ! Cette co… -hic- sale coprolithe de Némée VI peut bien aller se faire cuire tous les œufs qu’elle veut, me fiche de son trône ridicule. Et puis c’est quoi comme nom « Némée VI », je serai quoi ? « Némée VII » ? T’imagines un peu ? « Hé ! Némée VII ! Mets tes chaussettes ! » Non non c’est ridicule. »

Rectification : elle était soûle. Contrairement à son habitude, elle était parfaitement calme dans sa façon de parler. Cependant, j’avais conscience que ce recul qu’elle prenait, c’était parce qu’elle avait conscience de la gravité du problème et qu’elle s’en protégeait. Elle avait pourtant une voix parfaitement claire et un discours plus ou moins cohérent. En fait, j’en savais rien, si elle était soûle ou non.

« J’te l’dis à toi Liesel, parce que ton père pèterait une crise s’il l’entendait donc lui redis pas, mais s’il venait à m’arriver quelque chose à cause de ce maudit clan, je ne veux pas que vous vous inquiétez. Je me suis préparée à cette éventualité. S’ils arrivent à mettre la main sur moi, rentrez à Bosco et oubliez-moi.
— C’est noté, répondis-je avec sarcasme. On te laissera crever sans bouger le petit doigt parce qu’après tout, c’est pas nos affaires.
— Exactement !

Elle le murmura avec certitude, comme si elle n’avait pas compris mon sarcasme flagrant. Je n’étais visiblement pas doué pour cela… Je portai la tasse de liqueur à mes lèvres qui, à son contact, semblèrent s’ôter de toute peau. J’avalai le liquide avec courage et réalisai tout à coup la javellisation soudaine de mon œsophage et de mon palais, qui avaient totalement disparus dans la procédure, et ce pour les siècles à venir, à n’en point douter. Je posai la boisson avec fracas sur la table, toussant, écœuré, devant le rire de ma mère qui me tapotait sur le dos pour empirer les choses.

« Allez bois, mon fils. »

———


Dans le village, on devait probablement entendre mes rires et mes cris, mais qu’importait. C’était la cinquième fois que je tentais de grimper à cette petite branche pour rejoindre le hibou qui y était perché. Je l’avais vu tourner la tête à cent-quatre-vingts degrés ! C’était trop bien ! Je voulais qu’il m’apprenne… Mais les quelques verres que j’avais endurés avaient visiblement altéré ma maîtrise de la magie, puisque lorsque j’avais tenté de faire des petites marches dans les airs, elles s’étaient avérées totalement molles. Non, ce n’était pas l’alcool, probablement Yggdrasil qui modifiait mon pouvoir, ou quelque chose comme ça, c’était certain.

« Ah ! Liesel, tu es l-… Mais qu’est-ce que tu fais perché sur cette branche !? »

Mon père arriva au moment où je réussis enfin à grimper sur cette maudite branche. Les arbres étaient vivants, c’était bien, mais je leur demandais juste d’arrêter de bouger pour que je puisse monter dessus…

« Ne me dis pas que… »

Je m’approchai du hibou en glissant vers lui. Je formai avec quelques feuilles un origami en forme de hibou en taille réelle.

« Dis-moi, tu peux me montrer comment tu fais ? S’iiiiil te plaîîîît ? »

Le hibou tourna la tête, se déplaça vers l’avant, ou l’arrière, enfin il s’éloigna de moi, puis le reste de son corps pivota également, sans que la tête ne fasse le moindre mouvement. Je tentai d’effectuer le même mouvement avec ma poupée de papier, mais celle-ci se déchira aussitôt, laissant tomber la tête, froissée, par terre.

« Mon hibouuuhouhou… »

Je m’allongeai sur la branche dans le désespoir d’avoir vu mon ami mourir décapité sous mes yeux, mouillant la neige déjà humide de larmes de deuil, je glissai et m’écrasai devant mon père, qui ne m’aida même pas à me relever. J’étais si triste, et il ne faisait rien pour moi…

« Liesel… saoul… Je… Je vais la tuer. »

Il se dirigea vers la taverne avec un visage sérieux. Je venais de perdre un ami, et il s’en allait… Ma mère sortit avec lui, et parlait doucement et calmement.

« … l’air curieux, alors je lui ai proposé de goûter, il a pas aimé, mais c’est tout, pourquoi veux-tu que je l’aie forcé à quoique ce soit ? Après tout, il est responsable de ses actes, il est grand et mage, il a plus besoin de sa petite maman chérie, j’ai simplement commandé un demi-litre de liqueur et il a tout bu cul-sec, moi j’y peux rien.
— UN DEMI-LITRE !? CUL-SEC !?
— J’ai proposé de payer pour qu’on partage, mais il a tout bu… »

Mon père vint secouer mon cadavre pour s’assurer que j’étais toujours en vie. Je ne voyais pas ce que j’avais fait de mal, j’avais perdu mon ami… Mon ami le hibou… Je voulais voir Plume, elle aussi elle avait des amis hiboux ! Je me levai, titubant, à cause de la neige, et me dirigeai vers la maison de Plume, qui se trouvait juste à côté. Mais aussitôt debout, l’arbre se mit à tourbillonner et danser, chorégraphie qui, avec la neige glissante, me fit m’écrouler au sol lamentablement.


Un mal de tête horrible vint me tirer de mon sommeil. La lumière qui se frayait un chemin à travers les branches de l’arbre me donnait mal aux yeux et une fatigue anormale coulait en moi. Malgré tout, je m’assis sur mon lit. Je m’imaginai le petit Liesel s’asseoir, les cheveux ébouriffés, le visage balafré par deux cernes noirs, et un regard dénué de vie. J’étais minable. Mon père était assis face à moi, sur un tabouret. Je constatai rapidement que je n’avais aucune idée de la façon dont j’avais gagné mon lit, la veille.

« On m’a encore effacé la mémoire, hier ?
— C’était avant-hier, insista-t-il, énervé. Pour ce qui est de la mémoire, demande à-…
— C’est pas moi !
— …ta mère. »

On m’expliqua que j’avais gobé un demi-litre de liqueur d’un coup, deux jours auparavant. On témoigna ensuite que j’avais grimpé un arbre pour parler à un hibou, sans comprendre pourquoi. Les souvenirs revenaient avec un mal de tête plus fort… Je voulais que le hibou m’apprenne à faire tourner la tête d’une créature de papier à cent-quatre-vingts degrés… Quel imbécile, il suffisait de désensibiliser la partie du cou en la rendant plus élastique… Je fis autour de ma tête un bandeau avec le livre d’Irina, Asgard, qui calma grandement la douleur sans pour autant l’ôter totalement. Je pus néanmoins me lever et en profiter pour me rafraîchir, car je ressentais une soif plus intense encore que lors de mon réveil d’entre les morts à Neferet. Seigneur Dieu, qu’avais-je fait… En buvant, je demandai un rapport de ce qu’il s’était passé pendant mon sommeil.

« Plume est passée hier, elle voulait te voir. Je ne l’avais jamais vu préoccupée comme ça. Elle a dit que ce n’était pas grave, mais ça m’a inquiété, tu devrais aller chez elle. Ah oui et le blizzard s’est levé.
— D’habitue on est à l’abri dans les gorges, mais quand le vent se lève, il fait pas semblant. Même moi je suis frigorifiée, alors t’as qu’à voir. »

Si ma mère, alias un yéti à la magie de la neige, avait froid, je ne donnais pas cher de ma peau qui avait perdu toute résistance au froid en trainant à Desierto ces derniers mois. Je sortis donc couvert et allai chez Plume le plus rapidement possible. Elle m’accueillit avec un sourire conventionnel, témoin d’une chaleur assez marquée chez un bloc de glace comme elle. Les hiboux étaient attroupés sur le lit, collés les uns aux autres, les plumes décorées d’extrémités blanches, témoins du froid qu’il faisait.

« Vous vouliez me voir ?
— En effet. Yggdrasil m’a parlée.
— Vraiment !?
— Enfin, pas directement. »

Elle s’assit à sa petite table et me servit un thé en m’invitant à m’asseoir. Je n’avais pas très soif après toute l’eau que je venais de boire, mais l’odeur m’attisa tout de même et je bus quelques gorgées modérées en écoutant ce qu’elle me racontait.

« J’ai fait un rêve. Dans ce rêve, j’étais petite fille. J’arrivais au village Engelwald et y trouvais Eryk, qui était encore jeune. Je n’en ai aucun souvenir, mais ton père me l’avait raconté. Apparemment c’est lui qui m’a recueillie. La scène était conforme, au détail près, à ce que j’avais imaginé, donc je ne pense pas qu’Yggdrasil m’ait rendu ce souvenir-là. Cependant… Il m’a montré une très violente altercation que j’avais eue avec une autre fille, qui n’est visiblement plus dans le village. J’étais encore enfant, mais les mots que je prononçais me choquent aujourd’hui.
— Quels étaient-ils ?
— Je ne me souviens plus en détail, mais je disais que la mémoire était inutile, et que je préférais encore n’avoir aucun souvenir de ce que j’avais vécu, que j’allais devenir la chef de ce village parce que je comprenais mieux que tout le monde à quel point la vie que l’on menait était futile, car rester dans le passé était inutile.
— Ca ne semble vraiment pas être votre pensée actuelle.
— Non. Je pense qu’Yggdrasil m’a punie, en m’offrant ce pouvoir d’oublier. Il a voulu m’apprendre l’importance de la mémoire en m’enlevant mes souvenirs. C’est ainsi que je suis devenue chef de ce clan, dont l’unique but est de protéger Yggdrasil, en comprenant mieux que tous l’importance de la mémoire.
— Je vois…
— C’était tout ce dont je voulais te parler. Je ne pense pas te convaincre des bonnes intentions de l’Ancien, mais j’ai foi.
— Je vais réfléchir à vos propos.
— Liesel, tutoies-moi. C’est grâce à toi si j’ai compris pourquoi je souffre tant depuis ces années et je sais qu’un jour, Yggdrasil me rendra ma mémoire. J’en suis certaine. Merci. »

Elle m’adressa un sourire des plus sincères. J’étais heureux pour elle. Probablement qu’un jour elle retrouverait les souvenirs de son enfance. Je fixai les hiboux derrière elle, me demandant s’il y avait aussi des souvenirs que je n’avais pas conscience d’avoir oubliés. Cette idée me perturba un long moment… Je finis ma tasse de thé, uniquement par gourmandise, pour profiter de son goût léger de pain d’épice, puis me levai. Je n’allais probablement pas rester éternellement dans ce village. Il allait bien falloir que je rentre à la guilde. La dernière fois, j’y étais retourné en coup de vent pendant notre voyage pour consulter l’état de Nina… Sirius m’avait dit qu’elle avait été attaquée ou quelque chose dans le genre, mais j’avais été rassuré de voir qu’elle allait assez bien. Elle devait être remise, depuis.


Je sortis de la maison de Plume en la saluant, et sentis aussitôt une excitation magique dans l’air. Il fut aisé de comprendre qu’un combat se déroulait près d’ici et mon hypothèse se confirma en entendant des cris, en bas de l’arbre. Une cloche sonna en haut d’une branche, visiblement signe d’une alerte. Le vent qui soufflait si fort se révéla être œuvre d’une force magique. Ce n’était pas la première fois que nous étions attaqués par un tel blizzard. Le clan Leoni était venu jusqu’ici !

Plume me rejoignit sur le pas de la porte et nous partîmes ensemble dans le froid au pied de l’arbre qui supportait le village, pour aider ceux qui étaient attaqués. Des dizaines d’éclairs de lumière bleue filaient entre les opposants, des centaines de stalactites volaient dans tous les sens. Un tel vent m’empêchait d’utiliser la magie correctement, il en allait de même pour Plume, dont les armes étaient apparemment les hiboux. Je tentai de discerner, au-delà du brouillard épais qui entourait le champ de bataille, des têtes que je connaissais. Je vis mon père, accompagné par plusieurs loups fantômes qu’il avait invoqués. Le vent m’empêchait de me battre à distance, mais je pouvais toujours aider au corps à corps ! Je pris une feuille dans la main et allai vers la zone de combat. Plongé à mon tour dans ce brouillard, il était difficile de comprendre correctement ce qu’il se passait. Je vis bien rapidement une lame tenter de m’assassiner, que je pus esquiver à temps. Je répliquai en tranchant le nuage épais avec ma lame, mais l’opposant avait disparu. Mon père qui venait de me voir m’avertit d’un assaut derrière moi ; je pus ainsi esquiver celui-ci et trancher la gorge de l’adversaire, qui s’écroula au sol. Le brouillard se leva aussitôt, c’était visiblement ce mage qui le maintenait. Nous vîmes alors des dizaines de soldats, groupés, qui retenaient en otage ma mère.

« Liesel ! Eryk ! Ne vous impliquez pas ! Les affaires du Clan Leoni ne sont pas les vôtres ! »

Nous devions trouver celui qui créait un vent pareil ! Mon père et moi nous approchâmes, conscient du danger que représentait cette petite dizaine de mage d’un niveau moyen. Il fallait sauver ma mère. Quatre stalactites volèrent vers moi, tandis qu’un sol formé de stalagmites s’éleva sous mes pieds. Mes plateformes aériennes ne résistèrent au vent qu’un court instant, mais elles m’avaient permis de m’extirper de la situation.

« Brüderchen und Schwesterchen – Quelle : Der mich trinkt, wird ein Tiger ! »

Mon père récita la formule en ouvrant son livre Alfheim et de celui-ci s’échappa de l’eau qui émit une vive lumière en touchant le visage de mon père. L’instant qui suivit, je me battais aux côtés d’un tigre aux couleurs dorées et mauves, qu’était devenu mon père. Je ne connaissais pas ce sort, voilà donc quel était la puissance qu’il possédait… Nous nous ruâmes sur les opposants, qui lançaient à toute vitesse des jets de neige et des stalactites de glace. Je glissai sur la neige et me relevai face à l’un d’entre eux, à qui j’assénai, avec un gantelet de papier endurci, un violent coup de poing sous le menton. Ces gantelets de papier comblaient avec efficacité ma faiblesse physique… Cependant, je sentis un pied me frapper dans le dos. Expulsé au sol, je me retournai et vit un archer viser avec précision la forme qu’avait prise mon père. Je lançai immédiatement plusieurs feuilles tranchantes, mais elles furent aussitôt emportées par le vent. Comment un archer pouvait-il tirer dans un tel vent ? Soit c’était un expert, soit il était mage et le blizzard était de lui. Je me levai et fondis vers lui dans le but de le tuer, mais aussitôt, un jet de neige m’expulsa au sol à nouveau, dont l’origine n’était autre que ma mère. Une boule de neige s’écrasa aussitôt sur mon père, qui reprit forme humaine.


« Liesel, Eryk, s’il vous plaît. Ne vous interposez pas. Je ne veux pas qu’il vous arrive quoi que ce soit, dit-elle en pleurant. Je me rends, à la seule condition qu’ils ne soient pas blessés. C’est bien clair ? »

Une étrange femme âge arriva derrière elle et acquiesça en souriant, victorieuse.

« Adieu Liesel, adieu Eryk. Je vous aime… De tout mon cœur. »

Je me levai pour poursuivre le combat, mais mon père m’arrêta en criant mon nom. Je me figeai sur place… Que devais-je faire ? Nous les regardâmes l’enlever, sans rien dire ni faire… J’espérai que mon père avait un plan. Je l’écouterais. Et si ce dernier ne me plaisait pas, j’irais moi-même mettre à feu et à sang le clan Leoni pour la sauver. Il s’approcha, époussetant la neige qu’il avait sur les épaules.

« Il leur faudra plusieurs jours pour préparer la cérémonie, et elle nécessite un régime particulier pendant quelques jours de plus. Nous avons le temps de mettre au point un plan. Mais pour ça, j’ai besoin d’Oswald.
— Que dois-je faire ?
— Je veux que tu restes en sécurité à Aeternitas.
— Quoi !? Mais je veux aider !
— C’est trop dangereux !
— Je me suis immiscé dans le conflit géopolitique entre Bellum et Desierto. Je n’ai pas peur d’un clan d’Iceberg.
— Mmh… D’accord. Mais je veux que tu restes en sécurité à Aeternitas en attendant que ton oncle et moi mettions au point un plan d’attaque. Il connaît le clan, il saura nous aider.
— Quand vous aurez besoin de moi, utilise la bague que t’a donnée Mugetsu. »

Il s’en alla à toute vitesse vers les plaines, transformé en chevreuil par un autre sortilège, pour aller plus vite. Je retournai auprès de Plume, inquiète, lui expliquant la situation. Elle m’annonça alors un détail qui allait donner à cette histoire une tournure bien plus grave.


« Ces deux clans s’opposent depuis des années… car le clan Leoni possède un des neufs livres d’Yggdrasil.
— Quoi !?
— Il y a eu des assauts, des attaques… Un troisième clan y était mêlé, la toute petite tribu des Nibelungen. C’est l’un des rares villages à parfois être desservis par les chemins de fer. Ils ne se souviennent probablement plus de leur bataille contre les Leoni, mais tu devrais pouvoir y trouver de l’aide. »

Voilà que j’étais à nouveau lancé dans la guerre… sauf que cette fois-ci, c’était ma mère et un des neuf livres qui étaient en jeu. Je rentrai rapidement à la guilde. Malgré ma puissante volonté de rester seul dans ma chambre, je décidai de rester dans le salon. Un certain instinct me disait de ne pas me replier sur moi-même le temps d’avoir un plan. Ce n’était pas si terrible, tentai-je de me rassurer, puisque nous étions nombreux. Il ne me restait qu’à convaincre les Nibelungen de m’aider. Blotti contre moi-même devant un chocolat chaud que m’avait servi Irma, je caressai Alkael qui dormait la tête sur mes genoux. Je regardais fixement la vapeur s’échapper de ma boisson encore chaude, sans la boire, jonglant entre un état d’inquiétude et de positivisme. Je n’avais qu’à attendre que mon père revienne avec un plan. De toutes manières, le bataillon Leoni mettrait du temps à rentrer à leur repère, et là-bas, il leur faudrait du temps… Je n’avais pas à céder à la panique.

« Liesel, tu me fais peur, ça fait huit minutes que tu n’as pas cligné des yeux !
— Ah ! »

Je réalisai soudainement la douleur dans mes yeux, que j’hydratai en clignant à répétition. Je souris à Sirius, je devais parler, pour ne plus y penser le temps que mon père revienne.

« Tu sais ce dont tu as besoin ? De voir du monde et une petite mission, histoire de penser à autre chose en attendant.
— Tu penses ?
— Oui, je garde un œil sur ta mère. S’il s’avère que les choses tournent mal, je peux tout à fait envoyer une mission urgente pour le Chrysokrone… »

Il l’avait dit sur le ton de la plaisanterie sadique, mais j’y décelai une certaine sincérité visant à me rassurer. Il avait raison, je devais me changer les idées, pour le moment.


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Jeu 08 Juin 2017, 00:18
         
Je... S+.

... 500 plus 500 pour l’entraînement. Je boude.

Je boude mais je ne peux nier que tu as écrit 390 lignes, te rapportant 3900 points de base. Humpf.

Les bonis. Pfff.

♦ Hum, donc, les fautes, hin hin !

Récapitulatif des fautes pour les réclamations:
« les mêmes qui »
« de magie de l’air »
« deviennent si forts »
« ne pourrais »
« dans le mile »
« que vous vous inquiétez »
« jamais vu »
« m’a parlée »
« tutoies-moi »
« conscient du danger »
« dizaine de mage »
« femme âge »
« que t’a donnée »
« c’était ma mère et »

♦ Niveau cohérence je vais pas rappeler mon ami Jean-Louis, tapons direct dans les 100 !

♦ Originalité... 30. Oui. Le clan Engelwald est cool mon gars, même si les guerres de clans c’est pas super original mon gars.

♦ L’histoire est cool. Non mais, genre, franchement. La mysticité du début atténuée par le comic relief totalement ivre de Liesel et sa mère, suivi de sérieux de nouveau, en approfondissant le personnage de Plume dans la foulée, le tout teinté d’une réflexion philosophique par ce biais... 500 points !

♦ Rendu, 100, bonjour, au-revoir, la routine, tu connais les bails.

♦ Humour... 150. L’intégralité s’apparente au comic relief qui est tout simplement PLIANT. COMME LE HIBOU. AH NON, LUI IL EST MORT. HAHA.
Cläre je t’aime, hilarante comme toujours !

♦ Pour terminer, 290 points de rédaction de nouveau ! Ca s’améliore toujours ~

Tes 6070 points, tu les prendras avec un nuage de lait ?



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Nina Andersen
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