RSS
RSS




[Entraînement 7 – Fin] Fissure

Ven 18 Nov 2016, 21:23
         

Entraînement 7



Fissure (PARTIE 3)

Une alarme assourdissante m’extirpa violemment de mon sommeil, sonnant comme les pleurs d’un violon mal accordé. Mais celle-ci m’épargna tout de même une phase de réveil au profit d’une forme plutôt considérable de panique. Plaquant mes mains contre le hublot, mon visage tordu d’incompréhension, je pus observer ce qui se passait tout autour. L’aube semblait se lever à peine, pour autant elle était presque invisible. Impossible de la contempler car une tempête se déchaînait sans ménagement pour le moindre mètre carré d’océan. Un cyclone était même visible si je tordais mon cou pour avoir le bon angle de vue. Non sans efforts, car les mouvements brutaux du ferry ne permettaient pas un bon équilibre.

Il penchait, même. De plus en plus, ça se ressentait. Dans un éclair de lucidité, je me hâtai de me défaire de mon pyjama au profit de la première tenue tirée de ma dimension de stockage. En me précipitant dans le couloir, où l’alarme rugissait de plus belle, je me cognai à beaucoup de passagers paniqués qui couraient çà et là sans trop savoir où aller. La voix du capitaine, qui se présenta très brièvement au micro, couvrit l’alarme l’espace d’une déclaration. Il nous implorait de nous rendre sur le pont tribord, où se trouveraient des canots de sauvetage magiques, sous forme de grandes capsules navales, insubmersibles. Je ne pus m’empêcher, en courant hasardeusement à la suite d’une cinquantaine d’autres personnes, de songer à Joker et au reste de la troupe. S’étaient-ils déjà enfuis ? Avaient-ils déjà rejoint les canots ? Mon retard, lui, était certain. Lorsque le groupe que je suivais arriva sur le pont, je remarquai que le cyclone s’était rapproché. Relativement fin, mais puissant, il déchaînait les eaux encore plus que la pluie qui l’accompagnait. Comment un tel phénomène avait-il pu échapper à la vigilance des capteurs météorologiques magiques ?!

En l’instant, aucun canot n’avait émergé. Alors que les enfants présents pleuraient, que les quelques mages faisaient leur possible pour aider les passagers les plus nécessiteux, je m’interrogeai sur la nature de cet ouragan. Était-il dû à la fragilité de l’anticyclone dans cette zone frontalière à deux climats différents ? Ou plutôt, s’agissait-il d’une provocation magique ? Je ne ressentais aucune vague d’aethernanos émanant de la tempête… Seulement, le cyclone se rapprochait dangereusement du bateau et les quelques canots de sauvetage magiques pour le moment apparus ne pouvaient contenir plus de vingt personnes. Je me mis à courir sur le pont bancal à la recherche d’un point d’observation. Trempée, glacée, mes mouvements se faisaient difficiles… Alors j’invoquai Úr. La marque sur mon front apparut comme convenu, seule source de chaleur pour le moment. Il me fut beaucoup plus aisé de me déplacer. Les matelots avaient du mal à hisser les canots plafonnés et le danger s’approchait toujours.

Tentant le tout pour le tout, j’employai ma magie à les aider. Autant que je le pouvais, je soulevais les lourdes embarcations métalliques. La rune n’amplifiait pas mes capacités magiques, alors je ne pouvais compter que sur ma foi en elles. Mais je n’avais jamais rien soulevé d’aussi conséquent… Je me surpris quand même à y parvenir – l’adrénaline sûrement. Trois canots plus tard, il ne restait qu’une soixantaine de passagers à vue de nez, moins même. J’aperçus Joker, plus loin, qui aidait les ultimes familles avec enfants à embarquer dans le dernier bateau que j’avais fait jaillir de la coque. Nos regards se croisèrent et, plutôt que les détourner, nous hochâmes la tête de manière entendue. Il ne fallait plus que trois capsules pour faire fuir tout le monde et l’ouragan réduisait encore sa distance avec le ferry.

Je me sentais fatiguée. Ma rune s’était désactivée d’elle-même mais sa demande en énergie magique était toujours considérable et un manque se ressentait. La rapidité avec laquelle je devais enchaîner les remontées navales, couplée à ma magie qui s’épuisait à une vitesse folle, firent que je peinai à mener au pont les deux derniers canots. Il ne restait que les six membres de Kabaret, moi-même, une poignée de civils et une femme que je voyais courir en travers du pont depuis quelques temps. L’équipage se massa dans le dernier bateau tandis que le groupe entrait hâtivement dans l’autre. Haletante, j’attrapai sans grâce l’épaule de la femme une fois mon travail terminé.

« Que… Que cherchez-vous ? Montez dans l’embarcation, ne voyez-vous… pas que le cyclone est sur le point d’engloutir le ferry ?!
— Mais j’ai perdu mon fils ! Je ne sais pas où il est ! sanglota-t-elle. Je s-suis sortie de notre cabine avec lui, mais en retard, je croyais p-pourtant l’avoir avec moi ! Je dois r-retourner à l’inté-…
— Laissez, madame. Montez dans l’embarcation, je me charge de trouver votre enfant. J’irai plus vite que vous. »

Joker était apparu, le visage ferme, décidé. Il se mit à courir sur le pont instable et parvint à retourner dans le ferry. D’un geste, je poussai la femme à l’intérieur du canot et me lançai à la poursuite de Joker. J’entendis vaguement Queen crier quelque chose qui ressemblait à « mais où allez-vous ?! », mais les bruits de la pluie, de la tornade et des quelques cris vaguement audibles des passagers lambda m’empêchaient d’en être sûre. Ma course était hasardeuse, tant j’étais vidée de mon énergie. Je fus rejointe, dans les couloirs, par Spade, à ma grande surprise. Il m’avertit rapidement qu’il se chargeait de Joker et que je devais retourner sur le pont pour préparer les canots à la descente. J’hésitai une seconde puis obéis à son injonction. Je ne devais pas laisser les civils.

De retour sous la tempête, je mobilisai mes dernières réserves d’aethernanos. J’avais pu constater avec dégoût que l’embarcation de l’équipage du ferry était déjà partie, au détriment de celle des civils et de Kabaret. Joker surgit depuis mon dos, m’arrachant un hoquet de surprise. Il avait l’enfant, qui pleurait toutes les larmes de son corps, fondues dans la pluie qui battait son visage encore poupin pour un être de son âge. Il le remit à sa mère dans l’embarcation. Quand Queen lui fit comprendre que Spade n’était toujours pas revenu, encore à sa recherche, il fronça les sourcils et m’ordonna d’embarquer à mon tour. Je refusai. Je ne pouvais pas partir alors que d’autres personnes n’étaient pas sauves ! Voyant ma résistance, Joker se mordit la lèvre et souleva son cache-œil. Comprenant, je détournai aussitôt le regard et à ce moment-là, le bateau tangua violemment, faisant perdre l’équilibre à la capsule magique qui plongea à la mer. Je vis Queen refermer l’entrée juste avant qu’elle ne frôle la surface de l’eau. L’embarcation fuyait.

Joker, qui avait remis son cache-œil, pinça de nouveau sa lèvre inférieure et repartit à la recherche de Spade. Ce que je fis également. Le ferry trembla, se pencha encore plus et je constatai que le cyclone venait de le frôler. La première chose qui me vint à l’esprit fut de rejoindre Spade et Joker à l’intérieur, dans l’espoir de trouver quelque chose à laquelle s’agripper. Le naufrage était inévitable.

Mais il arriva plus tôt que prévu. Je passais tout juste la porte menant au premier couloir et me tenais à son cadre lorsque je tombai sur les deux hommes qui, eux, voulaient sortir. Ce fut là que le cyclone engloutit le bateau. Et à partir de là même, je ne sus plus ce qu’il était advenu de moi ou de n’importe lequel des deux mages. Je ne sentis que l’eau se refermer sur moi, fréquemment, tandis que je m’efforçais de tenir accrochée à un sommier de bois sorti de nulle part. Je ne pus garder les yeux ouverts bien longtemps.

* * *


Une légère douleur parcourait mon épaule gauche. C’était elle qui m’avait réveillée, à n’en point douter. Mais je ne voulais pas me réveiller… Une phase de demi-conscience comme celle-là… Je ne voulais pas la quitter. Je me sentais trop lourde pour en être capable, de toute façon.

« Maman, maman, la dame elle bouge pas, tu crois qu’elle est morte ? cria une petite voix, légèrement étranglée.
— Betty, combien de fois t’ai-je dit de ne pas quitter la maison avant la fin du petit-déjeu-… »

Une voix féminine plus adulte que la première fondit d’un ton de réprimande vers quelque chose de plus paniqué. Légèrement.

« Par Zentopia, qu’est-ce donc que ça ?! Vite Betty, va chercher papa pour qu’il m’aide à transporter cette jeune fille ! »

Me transporter ? Où ?

Je n’ouvris même pas les yeux lorsque, un temps inconnu après, une voix d’homme s’ajouta au lot et de gros bras me hissèrent. Au terme d’un court voyage parsemé un instant d’un brouhaha bourdonnant particulièrement désagréable, je crus reconnaître la douceur d’un coussin sous mes cuisses, ainsi que les bras d’un grand fauteuil. Je sentis qu’on faisait quelque chose avec mes vêtements, après quoi je me trouvai beaucoup plus légère, mais tout aussi ensommeillée. La voix de l’homme, qui avait disparu, revint et les mêmes bras robustes que tout à l’heure, à mon avis, me portèrent au moelleux d’un matelas. S’ensuivit la chaleur d’un drap, du moins c’était ce que je ressentais. Une fois que plus une voix ne fit vibrer mon tympan, je m’endormis de nouveau, sans mal.

Mon réveil fut de nouveau provoqué, mais cette fois par une douce odeur de soupe de légumes et de pain grillé à côté de moi. Pour la première fois depuis ce qui me parut une éternité, j’ouvris mes paupières, qui pendant quelques secondes me semblèrent lourdes et ramollies. Une femme se tenait là, à mes côtés. D’âge moyen, les cheveux d’un noir ébène attachés en queue de cheval particulièrement haute, elle était vêtue simplement mais portait aussi un tablier presque blanc. Quand elle eut l’air d’avoir remarqué ma conscience, elle laissa son visage exprimer son soulagement et sourit largement.

« Zentopia soit loué, tu es réveillée ! Je me demandais combien de temps tu allais mettre pour émerger ! Tu dors depuis hier matin tu sais ? »

Elle marqua une pause, souriant toujours, le temps que je trouve la force de me redresser contre l’épais coussin qui soutenait le haut de mon corps.

« Prends ton temps pour revenir à toi, ne te sens pas pressée. Je vais te laisser seule pour cela, sauf si tu tiens à ce que je reste. Je t’ai laissé un bol de soupe de légumes avec un peu de pain à tremper si tu le désires, ainsi que de l’eau. Je remonterai dans trente minutes pour voir si tu as besoin de quoi que ce soit. »

Ne trouvant rien d’autre à faire que hocher légèrement la tête de haut en bas, je l’observai silencieusement quitter la pièce. Une chambre plutôt spacieuse, au moins comme la mienne à la guilde. Des meubles en bois foncé la parsemaient, quant à moi j’étais assise sur un lit deux places particulièrement douillet, dans des vêtements qui n’étaient pas les miens. Après avoir frotté mes paupières et retrouvé un semblant d’énergie, j’orientai mon regard vers la fenêtre à ma droite. Le temps était radieux. Pas comme cette tempête en mer… La tempête ! Je me souvins tout à coup de tout. Le ferry, l’ouragan… Joker… Joker et Spade qui avaient été éjectés en mer par le cyclone ! Je me demandais où ils pouvaient bien être, ce qu’il était advenu d’eux… S’ils étaient vivants ?

Un gargouillis sonore et disgracieux jaillit de mon ventre, me coupant dans ma réflexion. Je regardai d’un œil avide le plateau posé sur la table de chevet, à droite également. Le bol de porcelaine contenait un potage vert foncé et particulièrement bien-odorant. Le pain grillé à côté, trois petites tranches, était doré et il en émanait un parfum tout aussi agréable. Délicatement, je me redressai encore pour me tenir droite et posai sur mes genoux le plateau repas, prenant garde à ne rien renverser. Sans me poser de question paranoïaque, je me saisis de la cuillère à soupe et entamai mon repas avec plaisir, après avoir bu la moitié de mon verre d’eau pour réveiller ma langue pâteuse. Je me rendis compte que j’avais été plutôt rapide quand la femme aux cheveux noirs réapparut dans la chambre. J’étais dans un état d’esprit suffisant pour lui poser des questions sur le contexte, encore flou malgré mes souvenirs… Questions auxquelles elle répondit consciencieusement.

« Ma fille Betty t’a retrouvée, hier matin, étalée de tout ton long, à moitié sur une planche de bois, à moitié sur la petite plage qui longe notre maison. Nous sommes également une auberge, la plus grande de notre bourgade, Mushur. Je m’appelle Maïva et j’en suis la tenancière. C’est mon mari, Michaël, qui t’a portée jusqu’ici lorsque nous avons confirmé que tu étais encore vivante. »

De la douceur était palpable dans sa voix. Elle avait l’air d’une femme très à l’aise avec les autres et à même de s’occuper de leur bien-être, ce qui me mettait en confiance.

« Et… commençai-je, ma voix retrouvant progressivement de son cachet. Auriez-vous par hasard récupéré deux autres personnes avec moi ? Des hommes, un aux cheveux presque rouges et l’autre longs et blancs.
— Pas du tout, j’en suis navrée… Tu étais seule. Ce sont tes compagnons ? Tu es en voyage ?
— On peut considérer les choses ainsi…
— Je ne pense pas me tromper mais… vous voyagiez en mer lorsque la tempête a eu lieu, non ?
— Vous avez des informations sur cette tempête ?
— Suffisamment pour savoir qu’elle a été terrible. C’est un village pêcheur, ici. Tous les marins rentrés de l’océan l’autre nuit étaient en proie à la panique. Une des pires tempêtes qu’ils aient jamais vues, et pourtant ce sont souvent de vieux loups de mer. Ils ont eu grand' chance de s’en tirer, car elle s’est déclenchée plus ou moins par surprise… Enfin, si une telle catastrophe avait été prévue, nul ne se serait aventuré si loin ! »

Elle avait raison… Je n’avais décelé aucune trace de magie dans cet ouragan, mais peut-être n’avais-je pas cherché au bon endroit… Une piste traversa mon esprit, mais je la gardai de côté. Pour l’heure, il me fallait savoir un peu mieux où je me trouvais, où avait eu lieu le naufrage plus exactement et… partir à la recherche de Joker et Spade. Malgré ce que j’avais pu dire au premier, ce soir-là – je rougis rien qu’à l’évocation de ce souvenir –, je ne pouvais pas repartir en ne sachant pas s’ils étaient vivants. J’étais apparemment dans une auberge. Ce qui signifiait qu’il y avait une taverne, au moins un pub à l’intérieur. Et j’avais bien compris au fil de ma carrière de mage qu’il s’agissait bien souvent de mines de renseignements, des plus triviaux aux plus inattendus. Je remerciai alors Maïva pour son hospitalité, puis lui demandai si je pouvais importuner quelque peu sa clientèle.

Suite à une réponse chaleureusement positive – « Ils sont très gentils ! » –, un brouhaha déjà vaguement audible si l’on tendait l’oreille s’intensifia. Se laissaient entendre des rires, les clients semblaient parler plus fort tout d’un coup.

« SANTÉ ! résonna jusqu’à ma chambre.
— Tiens, il doit être revenu ! sourit Maïva.
— Qui donc ?
— Oh, un client qui n’est venu qu’une fois, il y a trois jours. Il était à la recherche d’informations sur une mine réputée comme légendaire dans la région. Beaucoup ont ri, bien sûr : l’histoire de la mine d’électrolithe est issue d’un conte pour enfants. Il me semble que quelqu’un en avait profité pour lui soumettre une requête et, visiblement, il est revenu avec de bonnes nouvelles… Tu veux descendre, Nina ? Ce sera l’occasion de parler avec les clients, s’ils sont de bonne humeur ! »

Et dans un énième sourire éclatant, la faisant paraître chaque fois plus jeune encore que la trentaine d’années qu’elle devait avoir, elle quitta la chambre, me laissant seule pour remettre mes vêtements, qui avaient été lavés, après avoir pris une douche dans la salle de bain adjacente. Quelques minutes plus tard, environ un quart d’heure car j’avais été rapide et que le sèche-cheveux magique faisait des miracles, je cherchai mon chemin dans le couloir, l’escalier descendant plus précisément. Je ne mis pas beaucoup de temps à le dénicher, mais mon état d’endormissement prolongé avait condamné mes jambes à un déséquilibre partiel. Qui partirait bien vite, à mon avis.


La taverne était relativement grande et même bien éclairée. De nombreux individus étaient regroupés autour d’une même grande table où il semblait se passer quelque chose. Sûrement cette table accueillait-elle le fameux aventurier, à la recherche de lieux qui peut-être n’existaient pas. Cela n’était pas sans me rappeler ma quête des runes asgardiennes, dont beaucoup pensaient qu’il ne s’agissait que d’un mythe. De plus, comme la majorité de la clientèle était attroupée autour de lui, cela ne me laissait pas beaucoup de choix quant au point de départ de mes investigations. Alors je m’avançai, écartant quelques gaillards un peu trop imposants sur mon passage, pour arriver au cœur de la réunion de beuverie.

Quelle ne fut pas ma surprise d’y trouver un homme, semblant d’environ mon âge, aux longs, et quelque peu hirsutes, cheveux rouges, relevés d’un large bandeau blanc et… entouré de la quasi-intégralité de la population féminine de la taverne. Mon expression de curiosité laissa aussitôt place, à la vue de cet homme, plus d’une fille à chaque bras et une chope de bière à la main, à une grimace d’antipathie. Il en était presque arrivé, par sa seule attitude, à me faire oublier ce pourquoi je m’étais approchée de ce groupes d’ivrognes. Il ne sembla pas m’avoir aperçue, trop occupé à faire glousser les volailles à ses côtés, boire et rire de bon cœur à moitié ivre aux blagues de ses camarades de pintes. Déception.


« Hum hum… toussai-je, tentant d’aborder un hommes semblant des plus terre-à-terre.
— Oui ? Qu’y a-t-il mademoiselle ? Vous voulez d’la bière ? sourit-il gaiement.
— Plutôt pas. Je voudrais savoir si vous saviez quelque chose… (Je dus marquer une pause et hausser le volume à cause d’un élan de joie à côté) Si vous saviez quelque chose à propos du cyclone ayant eu lieu non loin, en fin de la nuit d’avant-hier à hier. Son emplacement précis, par exemple... »

La voix qui me répondit ne fut pas celle que l’homme avait précédemment employée pour me proposer à boire. Celle-ci était plutôt nasale, singulière et couvrait un panel de tons plutôt varié et expressif. Je me retournai pour découvrir qu’il s’agissait de l’homme à femmes aux cheveux rouges. Une fois de plus, mon intérêt se mua en désillusion, Mais je décidai de le laisser parler.

« J’y ai assisté, quand je revenais de la mine électrolithe, l’œil était à une certaine distance de la côte à environ une demi-journée de marche d’ici, vers le Sud. Je ne l’ai vu que de loin, mais c’était assez impressionnant ! Tu veux y aller, ma jolie ? »

Il ponctua sa phrase d’un clin d’œil à mon attention. Mes yeux à moi lui rendirent un regard noir. Il parut déstabilisé… Quelle confiance en lui. Félicitations. Je répondis en faisant fi des visages outrés de son cortège d’oies.

« Oui. Je suis naufragée d’un ferry qui s’est fait surprendre par cette tempête. Je cherche mes deux compagnons, desquels j’ai été séparée. Aucun d’entre vous n’aurait eu affaire à un homme aux cheveux rouges avec un cache-œil, ou un autre aux longs cheveux blancs et aux traits féminins ? »

Personne ne fut capable de me répondre positivement et un certain nombre de personnes commença à parler du fait divers. Joker et Spade avaient dû se retrouver ailleurs… En tout cas si le pire ne leur était pas arrivé. Comme personne ne put de me donner de plus amples informations, je répétai dans ma tête celles que j’avais obtenues et quittai l’auberge, une fois Maïva remerciée à nouveau.


Dehors, le soleil était toujours au rendez-vous et quittait juste son zénith. Le village, pas bien grand et concentré autour de l’auberge et quelques magasins, sentait le poisson comme s’il y en avait juste devant mon nez. Je pus constater que ce n’était pas qu’une impression en tournant le coin juste à côté, faisant face à un stand de poissonnerie. Lorsque je passai devant, une bonne femme aux cheveux blancs, courts et bouclés m’interpella, proposant que je goûte à quelques pièces d’un assortiment de poisson cru assaisonné. J’acceptai avec plaisir et mes papilles également, ravies par un met si simple et pourtant si bon ! Juste à côté, un homme replet qui semblait être son mari s’occupait d’un petit coin traiteur. Je décidai d’honorer le travail de ce vieux couple en achetant une grosse boîte de leurs boulettes de poulpe pour me remplir l’estomac avant de repartir en direction du Sud. Je ne remercierais jamais assez le Maître pour m’avoir permis d’obtenir ma dimension de stockage. Sans elle, j’aurais certainement tout perdu en mer, de mes armes, mes précieuses dagues, à mon argent de poche.

Alors que je venais de donner les pièces de monnaie à la bonne femme, une voix nasale et enjouée résonna à proximité de mon oreille gauche.

« Une boîte pour moi aussi s’il vous plaît, monsieur ! »

Par les bas résille du roi de Fiore, soit-il maudit ! Enivrée par les boulettes de poulpe, je ne l’avais pas entendu approcher ! Tournant ma tête d’un geste vif et instinctif vers l’origine du son, nos fronts se cognèrent et je me reculai, irritée.

« Mais que faites-vous là ?! grognai-je.
— Eh là, souris un peu, honey ! Je ne fais qu’acheter des boulettes de poulpe comme un honnête civil !
— Un honnête civil. C’étaient les termes que je cherchais. Pourquoi m’avez-vous suivie ? Si vous pensiez que me conter vos exploits dans une quelconque mine me collerait à vos bras comme une vulgaire moule à son rocher, permettez-moi de vous décevoir. »

Il éclata d’un rire franc, aussi nasal que pouvait l’être sa voix. Cela ne fit pas disparaître mon regard noir aux sourcils froncés, bien au contraire. J’avais le sentiment qu’il se fichait de moi. Alors je coupai court à cette rencontre et orientai mes pas vers le Sud, que je ne peinai pas à trouver pour des raisons évidentes. Mais j’eus beau enchaîner les pas, accélérer leur rythme, sa crinière vermeille restait perpétuellement dans mon champ de vision. Et c’était peut-être au moins aussi irritant que le spectacle de son poulailler. Au bout d’un moment passé à simplement l’ignorer, au fond de moi mes nerfs étaient à vif et je ne pus m’empêcher de lui faire comprendre en m’arrêtant brusquement. Et pas par la manière douce. Il s’en rendit bien vite compte lorsqu’il se retrouva avec une dague en or noir à moins de deux centimètres de sa glabelle.

« Vous allez immédiatement arrêter de me suivre ou je garantis que…
— H-Héhé… Je… J’admets que c’était un peu déplacé de ma part, alors que j’aurais pu être clair sur mes intentions. » rit-il, jaune bien sûr, en faisant tomber la boulette qu’il s’apprêtait à engloutir, la brochette avec.

Je soupirai jusqu’à surprendre l’index de sa main droite, dorénavant libre, fuser sur ma lame et la projeter au loin aussitôt après l’avoir effleurée. Dans un réflexe, je créai aussi vite que possible, au détriment de toute la puissance potentielle, un champ magnétique autour de lui et sans attendre, un second s’y précipita. Il fut surpris de se mettre à tourner rapidement dans tous les sens, les pieds au-dessus du sol. Quand je le fis aussitôt s’envoler à une vingtaine de mètres sous le coup de l’émotion, je me dis que j’y étais peut-être allée un peu fort. Puis après un soupir mon hésitation disparut et je me remis à marcher, triomphante, sous le doux son du « hyaaaaah ! » peu viril que ses cordes vocales produisaient en fond.

Mais cette joie, cette délivrance, fut de courte durée. Un souffle plutôt puissant suivi d’un bruit sourd derrière moi me forcèrent à m’arrêter de nouveau et tourner la tête vers leur origine. L’élément perturbateur, les chaussures blanches adhérant bien au sol, était entouré d’un léger nuage de poussière qui s’estompait dans l’air. Il toussait abondamment et reprenait théâtralement de l’air régulièrement durant sa quinte. Des larmes perlant aux coins de ses yeux aussi bleus que les miens, une goutte de sueur glissant vaguement sur son front où son bandeau était tombé en biais, il me regarda, un rictus crispé aux lèvres.

« Je ne m’attendais pas vraiment à ça… J’ai baissé ma garde trop longtemps… Tu es plutôt du genre femme fatale, mais pas au sens figuré, tu sais… plaisanta-t-il.
— Lâchez-moi. Immédiatement.
— A-Attends ! Il se trouve que je retourne au Sud – c’est vrai, je t’assure ! –, je retourne à la mine en fait. Comme nous allons dans la même direction, je me suis dit que nous pourrions faire un bout de chemin ensemble !
— Alors que je ne connais même pas votre nom ? Alors que vous êtes une des personnes les plus louches qu’il m’ait été donné de rencontrer récemment ? Plutôt mourir.
— Je m’appelle Zélos… Zélos Wilder.
— Non. »

Je croisai les bras, sourcils froncés, pour lui faire comprendre que ma décision était prise. Il me gratifia d’une moue triste et, tout penaud, il soupira.

« Alors je continuerai mon aventure tout seul… »

Un frisson parcourut tout mon corps et fit vibrer quelque chose en moi, tandis qu’il triturait ses index en gonflant ses joues, jetant dans ma direction, de temps en temps, quelques regards humides et suppliants.




« Bon. D’accord. Mais juste pour le trajet que nous avons en commun, q-que ce soit bien clair. Et… Je suis Nina Andersen. » ajoutai-je à la hâte, plus bas.

Resplendissant de joie, il leva les bras au ciel et bondit dans mes bras.


« Merciii !
— PSHHHIIIIIIIT ! » sifflai-je, paniquée.

Eue comme une bleue.

* * *

by Nina




Fiche du mage
Guilde: Aeternitas
Rang: Expérimenté
Aeternanos: 166 725
avatar
Nina Andersen
Sorcier travailleur
Sexe (IRL) : Féminin
Messages : 331
Voir le profil de l'utilisateur
Lun 23 Oct 2017, 21:18
         
Fallait me le dire que j'étais attendu, c'était prêt depuis le 17 avril wesh. Me voilà.
Qui ? Quoi ? Liesel peut corriger ? Il a le droit ? Eh bah je me l’octroie.

C'est un entraînement, tu gagnes donc 500 points, mais surtout un entraînement S+, donc ça fait 500 points de plus.

J'ai compté 978 lignes, donc 9 780 points, et un par un, ça fait beaucoup de points.

Je suis absolument nul en tant que radar à fautes (mes textes en témoignent) mais repérer "l'aube semblait se levait" en début de partie 2 reste à ma portée, malheureusement pour toi...

Kabaret, on reprend les éléments déjà posés dans le contexte, c'est nickel, 100.

La scène avec Joker, et pour Queen, et le scénario et... j'ai pas à me justifier en fait. 50 points d'originalité.

L'histoire est assez nulle, donc on va mettre 4. Bon allez non, 45. Bon non allez, 450. Parce que c'est trobien mais que ça lance l'arc et que faut bien pouvoir faire mieux si on veut faire encore mieux.

Rendu toujours aussi laid. 100.

Hahaha... hahaha ! ... Hahaha ! Hahahahalors. Pour l'humour, entre Sirius, Queen et bien sûr l'incontournable Zélos, 200.

Rédaction - que je rends en retard, désolé madame, mais mon chien l'avait mangée - 300 au beurre (croissant, trois cents, vous comprenez ?).

Ce qui fait un total, si je sais compter, de 11 980 Aethernanos !



Fiche du mage
Guilde: Aeternitas
Rang: Expérimenté
Aeternanos: 131 096
avatar
Liesel Engelwald
Sorcier travailleur
Sexe (IRL) : Masculin
Messages : 263
Voir le profil de l'utilisateur