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[Entraînement 9] Abyssus Abyssum Invocat

Jeu 12 Jan 2017, 19:52
         

Entraînement 9



Abyssus Abyssum Invocat (Partie 1)
Spoiler:
Mission "Pas de quartiers" comprise dans le RP.


L’ambiance et le décor de la mine d’électrolithe n’allaient pas tarder à ne plus avoir un seul secret pour moi. En effet, durant les cinq jours qui avaient suivi ma première visite de ce lieu avec Hendrik et un certain invité un peu particulier – les aléas du direct, comme on dit –, j’étais revenue plusieurs fois, quotidiennement, grâce à Sirius. J’avais d’ailleurs eu la chance de ne plus avoir affaire à Zélos qui avait pourtant manifesté son désir de vengeance envers cet endroit. Mon mentor, Hendrik, avait décidé de mettre en place deux sessions d’entraînement par jour, matin et après-midi, et cela chaque jour. Car oui, il était bien beau de constater que j’étais parvenue à produire de l’électricité. Encore fallait-il apprendre à m’en servir. Ainsi, à raison de six heures quotidiennes, ma progression s’était faite rapidement. De plus… Hendrik n’étant pas un professeur bête et facile, il savait diriger ma fierté vers ma réussite. Comme il m’avait titillée au premier jour et que cela avait fonctionné, il s’était dit que recommencer serait une bonne idée… Mais à force de frôler la crise de nerfs lors des premières sessions, je m’étais accoutumée à ce nouveau professeur très particulier.

Je n’avais plus de nausées, pas même légères, au sein de l’intense champ électromagnétique de la mine. Mes éclairs n’étaient plus produits par inadvertance et colère, enfin parvenais-je même à leur donner forme. Au terme des trois derniers entraînements, j’avais même développé ma première véritable technique. Je la nommais Akvarel. C’était un nom purement fondé sur l’esthétique du tout, une fois la capacité entièrement réalisée, rappelant grandement des tâches d’aquarelle à mes yeux.

« Il est bientôt dix-neuf heures, Nina. Fais-moi une dernière aquarelle et allons-nous-en, j’ai faim.
— Mais quel appétit d’ogre ! Tu as déjà englouti l’intégralité des gâteaux que j’avais apportés pour le tea time, et Dieu sait à quel point les scones peuvent être dégoulinants de gras quand on les tartine autant que toi !
— Mon corps n’a été nourri que d’aethernanos pendant cent ans. Laisse-moi profiter. Et je réfléchis beaucoup, j’ai donc besoin d’élever mes réserves de sucre, ne t’en déplaise.
— La seule chose que tu vas réussir à élever, c’est ton cholestérol. J’espère que les semi-Démons y sont immunisés. » soupirai-je en haussant les épaules.

Nous nous querellions comme cela plutôt régulièrement. Mais en s’habituant au tempérament de chacun, nous pouvions conserver une bonne entente malgré chaque petite bévue relationnelle. Pour ne pas mentir, je devais même avouer que je l’appréciais bien, ce demi-diable. Sévère mais juste et, parfois, ses blagues de mauvais goût étaient drôles après tout ! Enfin, pas trop non plus. Tout de même.

J’exécutai alors son dernier ordre de la journée car il se faisait tard, en effet. Je me reconcentrai un peu et écartai les mains, légèrement concaves, paumes face à face, jusqu’à ce que la distance les séparant soit approximativement égale à un mètre. Au creux de chacune naquit une boule d’électricité de la taille de mon propre crâne, crépitant doucement et laissant émaner une lumière bleutée. Contrairement à celle d’Hendrik, qui brillait d’une aura aussi mauve que son apparence, la mienne était intensément céruléenne. Lorsque les électrons se déchargent de la quantité d’énergie exacte accumulée par leur excitation, ils émettent un photon. Cette disparité chromatique entre nous deux était due à deux choses. Premièrement, lorsque nous excitions les électrons en utilisant l’électromagnétisme, nous le faisions différemment. Les photons émis par les électrons d’Hendrik étaient chargés d’un peu plus d’énergie que les miens, ce qui signifiait qu’il leur en apportait plus en manipulant ses particules. Deuxièmement, même si je le voulais, je ne pourrais pas modifier la couleur émise par ma magie : les aethernanos modifiaient ce principe fondamental en "mémorisant" les caractéristiques du premier photon émis pour éviter les fluctuations inutiles. En somme, littéralement, la magie dénature.

Poursuivant mon sort, lentement, en guise de démonstration du niveau de maîtrise que j’avais atteint, je liai les deux boules par une multitude d’intenses petits éclairs qui zébraient l’espace en continu. Chaque sphère déployait un champ électromagnétique plutôt puissant et la première fois que j’avais utilisé cette technique, j’avais attiré à moi une multitude de petites pierres minières ! Hendrik m’avait appris ce sort car, selon lui, il s’agissait de la base du combat avec cette magie. Je pouvais créer et lier jusqu’à dix boules afin de les employer comme armes ou boucliers, les manipulant à ma guise. D’ailleurs, je m’employai à le faire pour répondre à une énième taquinerie de mon mentor. Cette fois, je m’étonnai de n’entendre aucune réflexion sur l’intensité du lien électrique – "moins de deux ampères, tu ne peux rien faire" – ou sur la géométrie des sphères – "une boule distordue, et tu es perdue". Tout était de lui, je n’inventais rien. Il me désespérait.

« Quoique, Nina, attends un peu ! J’ai une dernière chose à t’apprendre aujourd’hui, ce ne sera pas long. »

Il avait dit cela sur un air non pas grave mais sérieux. Face à moi, il me regarda sous toutes les coutures, son menton entre deux doigts.

« As-tu lu le passage sur l’effet Ivankov-Karkarov dans ton livre ?
— Je connais ce nom mais je n’ai rien lu à ce sujet… Es-tu sûr que cela ne prendra pas longtemps ? Moi aussi je commence à avoir faim, finalement… »

Il acquiesça et me demanda de me concentrer. D’après ses consignes, je devais faire passer les électrons en moi de manière à ce qu’ils me traversent. Par une légère manipulation, il me fallait également forcer de la lumière à me traverser malgré mon opacité. Cette dernière consigne était plutôt compliquée à réaliser… Je dus m’y reprendre à plusieurs fois avant de réussir mais ce fut finalement le cas et… je ne fus pas… déçue… du résultat…


« Oh mon Dieu Hendrik qu’est-ce que c’est que ça ?!
— Mouahahaha !!! C’est juste fabuleux, oh Nina je crois que je t’aime ! KEHEHEHE !! »

Je brillais, j’étais toute bleue ! J’étincelais d’une lumière semblable à celle qui émanait des roches de la mine. Je comprenais mieux pourquoi et comment, maintenant ! Cet idiot s’était encore joué de moi… J’aurais dû y penser, il avait été trop sérieux et je ne m’étais doutée de rien. Et après cela, on voulait que je fasse confiance aux gens ? Peuh ! Le problème, outre le fait que j’étais parfaitement ridicule, était maintenant que je ne pouvais pas m’éteindre. Je me mis à briller en violet et alors je compris.

« Hendrik, arrête ça tout de suite ! m’époumonai-je, prise de panique.
— Ooh, un petit lampyre ! Tu as faim, tu dis ? Tu veux quelques limaces ? Des escargots peut-UARGH ! »

J’avais éjecté de ma dimension de stockage une boule de fer. Elle avait fini dans son estomac.

* * *

« Oh Dirk, mais qu’ai-je donc fait au Ciel pour mériter un tel fléau… ? couinai-je, ma tête dans une main, une chope de bière dans l’autre.
— Il te taquine, tu sais… Et puis ce n’est pas si grave, tu as juste lui en bleu, qu’est-ce qu’il y a de si déshonorant ?
— Mais j’ai mes limites ! Simplement, je ne peux pas le radier. Il m’est trop utile et si je laissais un demi-Démon aux desseins inconnus en liberté, le Maître me tuerait après lui… Je suis épuisée… IL m’épuise…
— Alors mets les points sur les i avec lui, ma fille. Tu as une fierté de Nain, et les Nains, quand elle est bafouée, ils la défendent. Je serai ton bras armé, si tu veux. »

En disant cela, il avait porté auprès de son visage un court mais énorme marteau en or massif dont il venait de terminer l’ouvrage. Son œil étincelait de la même manière mais la lueur, mortifère, était tout à fait différente. Certainement sous l’effet de l’alcool, je ne pus m’empêcher de rire et de serrer mon père dans mes bras après avoir déposé la grande chope vide, encore maculée de mousse, comme la première que j’avais terminée un peu plus tôt. Dirk avait raison. J’allais faire comprendre à ce diable de pacotille qui était le membre d’Aeternitas, ici.


Il se trouvait dans sa chambre, où Mugetsu l’avait congédié pour que je n’aie pas à passer mes nuits en sa compagnie, et lisait une encyclopédie scientifique avec attention. Néanmoins, il portait une attention suffisante sur le monde extérieur pour se rendre compte de ma présence. Il n’était pas du genre à frapper aux portes, alors je m’étais épargné cette peine, pour une fois. D’un pas hasardeux, je m’avançai jusqu’à un fauteuil jumeau au sien quoique dans un état encore moins enviable et m’y installai, jambes croisées, posture droite, sourcils froncés. Il me dévisagea quelques secondes, le livre toujours ouvert sous son nez et alors qu’il en tenait encore une page afin de la tourner. Soudainement, il se mit à rire doucement, lentement.

« Tu as bu.
— T’occupe. »

Je me décidai donc à lui expliquer la raison de ma visite tardive.

« J’aimerais que tu limites tes taquineries envers moi, car elles peuvent être très désagréables. Tu sais très bien que j’ai notamment en tête celle d’hier.
— Les humains sont vraiment bien ennuyeux… Pas plus que les emplumés, mais on n’est pas loin, soupira-t-il.
— Je ne suis pas ennuyeuse ! Je veux que l'on reparte sur des bases solides pour notre collaboration, Hendrik. J’ai eu une idée en venant, tu sais. On va partir en mission, toi et moi. Regarde, bafouillai-je en lui tendant un ordre écrit.
— En mission ?  (Il lut la page en diagonale) Une mission de niveau Confirmé ? Tu te fiches de moi. Tu sais quel est mon rang ? Et ce n’est pas la peine de me regarder avec un regard prétendument effrayant : avec tes joues cramoisies et ta moue douceâtre, soûle comme tu es, ça t’ôte toute crédibilité.
— C’est la première qui me soit passée sous la main. Et je ne suis pas soûle ! » criai-je en me levant promptement.

Il me rattrapa alors que je manquai de trébucher sur la carpette, par pure inadvertance. Dans un soupir, il m’intima qu’il allait m’aider à retourner à ma chambre. Après avoir déchiré l’ordre de mission pour accepter la quête, il se couvrit d’un manteau, prit ma main dans la sienne et me tira vers l’extérieur. Alors que nous marchions, je ne pouvais m’empêcher de lui faire savoir que je comptais bien être plus forte que lui un jour, pour lui faire payer ses sévices. Il acquiesçait sans grande conviction et me traînait d’autant plus vite à chaque fois.

« Hendrik, j’ai froid à l’autre main. »

Dans un grognement, il passa à ma gauche et m’empoigna de nouveau. J’entendis soudain Sirius ricaner ouvertement, mais je n’étais pas sûre de l’authenticité de cette manifestation… Nous marchâmes encore un peu pour arriver aux dortoirs. Il prit lui-même les clés de ma chambre dans la poche de mon gilet et ouvrit la porte avec hâte. D’un seul coup, il me souleva du sol et me porta jusqu’à mon lit, au milieu duquel il me laissa tomber avant de me souhaiter une bonne nuit. Toutefois, dans un élan infantile, je rattrapai sa manche et tirai sur son poignet jusqu’à ce que son visage soit en face du mien. Je voulais qu’il reste dormir avec moi. Pour me servir le petit déjeuner, au matin. Je le vis fermer les yeux et soupirer – très – profondément, avant de jeter sa veste et sa ceinture sur un fauteuil adjacent et s’allonger à côté de moi, rabattant sur lui sa part de couette avec fermeté. Mais j’avais encore froid…

« Ah parce qu’en plus je dois servir de bouillotte à Madame ? » bougonna-t-il quand je m’accrochai à son dos pour lui voler sa chaleur.

Et comme il était plus confortable qu’il ne le laissait présager, je m’endormis aussi vite que si j’y avais été poussée par la consommation d’une substance particulièrement efficace.


Le lendemain matin fut marqué par un réveil particulièrement brusque. Je n’avais pas compris pourquoi je m’étais réveillée dans les bras d’Hendrik et je l’avais brutalement poussé hors du lit, provoquant un cri à la suite d’un bruit sourd. Quand Sirius m’eut avoué à contrecœur que c’était moi qui lui avais imposé de rester, je me remémorai les derniers événements de la veille et, pour la première fois depuis longtemps, présentai des excuses pour mon comportement, penaude et honteuse. Je lui faisais des reproches mais je compris que je n’en étais pas exempte pour autant… et que j’avais été dure avec lui. Je regrettais aussi mon état de griserie : je ne buvais jamais d’alcool alors quand c’était le cas, je n’en avais pas besoin de beaucoup pour perdre les pédales. Lui s’était contenté de sourire en coin pour signifier qu’il acceptait mes excuses.

Après notre toilette, nous allâmes prendre notre petit déjeuner lors d’une inattendue discussion avec Shirona, l’épouse du Maître. Cela faisait un petit moment que nous n’avions pas parlé, elle et moi. J’avais un peu de mal à la cerner et, comme c’était une femme que j’appréciais, ne voulais pas risquer de la froisser ou de l’ennuyer – pour maintenir de bonnes relations premièrement avec elle mais aussi avec le Maître.

« Nina, accepterais-tu de me rendre un petit service lors de ta mission ? » demanda-t-elle, parant son visage d’un petit sourire malicieux.

J’acquiesçai, curieuse. Elle me confia quelques secondes plus tard un minuscule flacon en verre très épais. L’intérieur était rempli d’une substance parfaitement transparente que l'on pouvait aisément assimiler à de l’eau. Je me demandais de quoi il pouvait s’agir… En tout cas, une explication énigmatique me donna une piste.

« Si tu pouvais t’en servir et me détailler ses effets, cela m’éviterait de descendre à la recherche d’un scélérat pour me servir de cobaye… Tu serais un amour.
— Si ce n’est que ça, je ne devrais pas rencontrer trop de difficultés, rougis-je. Comment dois-je l’utiliser ?
— Néglige-donc ce détail. » murmura-t-elle d’une voix enjouée et teintée de mystère.

… Soit. Ainsi, après quelques digressions sans autre intérêt que celui de refaire le monde, Hendrik et moi quittâmes les lieux pour nous rendre à la salle des dimensions. Je lui demandai en chemin pourquoi il ne disait jamais rien en face de Shirona. Apparemment, il ne l’aimait pas plus que son mari. Je me contentai de hausser les épaules et indiquer Clover, notre destination, à mon ami désincarné.

« Ouais, ouais, bougonna-t-il. Amusez-vous bien.
— Quelque chose ne va pas, Sirius ? Tu es de mauvaise humeur aujourd’hui ?
— Tout va très bien. »

Sans rien ajouter, il nous téléporta dans une ruelle de Clover et ne répondit même pas à mon remerciement. Fronçant les sourcils, je soupirai en ne cherchant pas plus à comprendre. Il lui arrivait d’avoir ce genre de sautes d’humeur, même si elles étaient plus régulières ces temps-ci. Je songeai à lui proposer de m’en parler, aussitôt que je serais rentrée à la guilde. Gardant cette idée dans un coin de la tête, je commençai à arpenter les rues au côté d’Hendrik à la recherche d’indices sur les mages noirs que nous devions appréhender. Dix violeurs assassins, donc autant dire qu’ils me dégoûtaient déjà au plus haut point, et des lâches qui plus est. Mais ce n’étaient que des Novices. Ils seraient faciles à éliminer, mais d’abord, il fallait les retrouver, d’autant qu’ils n’étaient très certainement pas tous agglutinés ensemble à toute heure de la journée ! Clover n’était pas une ville particulièrement grande, mais nous avions le désavantage de ne pas pouvoir interroger les victimes en personne. Cependant, l’ordre indiquait que les gardes connaissaient leur apparence… Nous savions donc quelle serait notre première destination.

La base des gardes se trouvait complètement à l’opposé de notre point d’arrivée, mais nous n’eûmes pas besoin de marcher très longtemps pour l’atteindre. C’était un petit bâtiment cylindrique au toit bleu et tout en pierre, orné de drapeaux, se dégageant de l’architecture classique et plutôt moderne du reste de la ville. Deux sentinelles étaient postées à l’entrée et discutaient joyeusement, cigare à la main. En nous voyant arriver, l’un d’eux nous regarda, Hendrik et moi, d’un mauvais œil et se braqua contre nous… avant de se radoucir face à nos visages circonspects.

Il s’excusa de nous avoir surpris. D’après les dires de son collègue, une affaire récente impliquait la présence d’un mage de haut niveau aux alentours de la ville. Pas un mage noir, un criminel recherché néanmoins. Après ce petit imprévu, ils nous autorisèrent à entrer lorsque nous nous présentâmes comme des mages en mission. À l’intérieur, il n’y avait presque personne. Les seuls soldats en présence étaient ceux qui n’effectuaient ni surveillance, ni tour de garde. La réserve nous accueillit plutôt chaleureusement, préservant malgré tout une forme de sérieux militaire, et nous proposa un café autour de leur grande table de réunion. Hendrik, contrairement à moi, le refusa, et la discussion put commencer après l’expression de notre motif de visite. Il préférait voguer autour de la table et regarder les affiches collées un peu partout sur les murs.

« Nous n’avons pas retrouvé la trace des mages noirs depuis l’incident… Nous avons les portraits-robots de quelques-uns d’entre les dix, mais il vaudrait mieux que vous attendiez mes deux collègues qui les ont poursuivis et, de ce fait, vus. Actuellement, ils sont en patrouille dans le quartier Sud.
— C’est-à-dire que nous sommes un peu pressés… Pourrions-nous plutôt aller à leur rencontre ? Je comprends qu’ils puissent être occupés, mais l’affaire remonte déjà à plusieurs jours et les malfrats n’attendront pas que nous frappions à leur porte.
— Oh mais vous avez raison ma p’tite dame, reconnut le garde sur le ton de l’évidence. Je ne comptais pas vous en empêcher. Si vous croisez un grand blond en uniforme, dans le genre baraqué, abordez-le. On en a pas deux, des comme lui. Il s’appelle Umberto. »

Je profitai de notre départ pour demander au garde de nous confier les portraits-robots afin de faciliter nos recherches. Il y en avait trois sur dix, ce qui semblait suffisant. En appréhender un et le reste tomberait… Sirius savait bien extraire les informations du cerveau des gens. D’autant qu’ici, les dégâts engendrés ne seraient que profitables.
Il nous fallut encore marcher jusqu’au quartier Sud. C’était tout de même fabuleux : était-il si difficile d’appréhender une poignée de Novices, de nos jours ? Cependant, je devais bien avouer que le garde de la réserve n’avait pas menti… Des individus comme cet Umberto ne couraient pas les rues ! Un grand dadais aux cheveux jaune poussin et recouvert de piercings ne passait pas inaperçu, pour sûr. Lorsque nous le vîmes, il semblait en plein accrochage avec un homme grassouillet et vêtu d’une salopette. Il dégageait une forte présence aethernanique et Umberto tremblait comme une feuille devant lui. J’intimai à Hendrik de réguler son propre dégagement et je fis de même, nous faisant passer pour des mages Confirmés, tout au plus. Fronçant les sourcils, je décidai de m’approcher et attirer leur attention. Je me fichais éperdument de leurs petites histoires louches, mais si elles impliquaient un mage noir, il était pour moi.

« Bonjour messieurs. Excusez-moi de vous déranger, j’imagine que vous êtes cet Umberto dont m’ont parlé vos collègues à la réserve de la garde ? »

Il se figea et, soudain, son interlocuteur masqua toute sa puissance magique. C’était de plus en plus louche, effectivement.

Umberto acquiesça, s’efforçant, je l’entendais, de rendre sa voix claire. Je lui exposai les portraits-robots après nous avoir présentés, mon équipier et moi, sous de fausses identités. Le petit homme s’éclipsa, prétendant avoir de toute manière terminé sa petite entrevue avec le garde, et trottina vers la rue perpendiculaire, un peu plus loin. Je préservai une posture et un regard neutres pour parler avec Umberto. C’était un genre de comportement habituel chez moi, de ce fait être naturelle ne me posait pas de problème… Pendant qu’il regardait les portraits pour se remémorer ce qu’il avait vu le jour de leur crime, Hendrik était parti à la suite du rondouillard. En un regard, il me fit comprendre qu’il se lançait à sa poursuite.

« Oui, je me souviens bien de ces gens. J’étais le principal chargé d’enquête car c’est moi qui les ai pris en flagrant délit, cette nuit-là. Mais je n’ai rien trouvé de spectaculaire, soupira-t-il. Je suis nouveau à la caserne, je n’ai pas encore beaucoup d’expérience…
— Mais je suis sûre que vos recherches ont mené à une piste, Umberto. Tout ce que vous savez pourra nous être utile, à mon ami et à moi, alors je vous en prie. » souris-je doucement.

Je déviai sur une attitude empathique. Il était nouveau et semblait vouloir le meilleur de lui-même. Cependant, il n’y arrivait visiblement pas comme il le voudrait, ce qui lui valait une petite perte de confiance en lui. D’autant qu’il ne semblait pas à l’aise, avec sa main droite cachée dans son dos de manière un peu artificielle. Je devais jouer de cette défaillance à mon avantage et le caresser dans le sens du poil.

« Peut-être, après tout… Je sais que celui aux cheveux rouges, commença-t–il en montrant le portrait-robot approprié, s’appelle Dinn Clifford. C’est un de mes collègues, euh… Henry, je crois, qui me l’a fait connaître. Il a déjà eu affaire à lui à la capitale, lorsqu’il était en mission, une fois. Apparemment.
— Et avez-vous trouvé quelque chose le concernant ?
— Justement… Rien du tout. Il vient de Crocus et il a déjà commis des crimes là-bas, c’est tout ce que je sais pour le moment. Je ne peux pas vous être plus utile. (Il soupira de nouveau) D’ailleurs, j’ai une patrouille à terminer… Je ne peux pas me permettre d’échouer cette mission aussi. J’espère que vous trouverez, mademoiselle Hud…
— Hudson. Mais dites-moi, c’est étonnant que vous discutiez alors que vous semblez si assidu au travail ! Cet homme à qui vous parliez fait-il partie de la garde, également ? Peut-être pourrais-je lui poser des questions. »

J’arrachai victorieusement une crispation à l’homme en face de moi. Il nia mon hypothèse et jeta des regards un peu partout autour de nous. Puis il sembla se reprendre en main, comme s’il venait de se rendre compte qu’il risquait de se trahir. De mon côté, je restai intriguée, en apparence du moins, pour ne pas lui montrer que sa réaction était recherchée. Cet homme rondouillard semblait intimider Umberto qui s’empressa de me fausser compagnie. Je pensai qu’il était temps de remplir une mission subsidiaire…

Je partis en suivant les traces d’Hendrik et sa cible, qui était maintenant la nôtre. En chemin, j’interpelai Sirius pour mettre à plat mes informations et découvrir la vérité avec son aide. Il semblait de meilleure humeur que tout à l’heure, ce qui le rendait beaucoup plus agréable. Dinn Clifford était bien un habitant de Crocus. Il avait été de nombreuses fois arrêté par la garde locale pour vols et violences aggravées, mais en plusieurs semaines rien ne s’était produit en son nom. En tout cas, pas officiellement. Ma langue claqua contre mon palais dans une expression de frustration, mais en même temps, cela accéléra mon pas.

Sirius reprit la parole quelques mètres plus loin pour m’annoncer, tout en me guidant vers Hendrik, que ce dernier avait intercepté l’homme à la salopette. Ils n’étaient pas très loin de ma position actuelle. Selon mon ami qui tenait ces informations du principal intéressé, Hendrik avait reconnu le visage de cet individu, l’ayant aperçu sur les murs du poste de garde, incapable cependant de se rappeler pourquoi. Finalement, il ne semblait pas seulement douteux, il l’était réellement !


Une centaine de mètres plus loin, dans une rue vide à l’abri des regards, se tenait Hendrik face à l’homme bedonnant. Ce dernier ne prenait plus la peine de masquer son dégagement aethernanique qui devait être celui d’un mage Aguerri. Comme quoi, il ne fallait pas toujours se fier aux apparences… En tout cas, Hendrik ne semblait pas enclin à le laisser filer. Sirius nous communiquait les informations qu’il avait récoltées sur cet homme. C’était un proxénète et les trois jeunes femmes qui avaient été violées puis abattues par les mages noirs que nous recherchions faisaient partie d’une maison close lui appartenant. Elles n’étaient pas sur leur lieu de… travail lors de leur agression pour autant. Je jugeai bon de ne pas intervenir mais demandai quand même à Sirius de transmettre à Hendrik une directive : ne pas tuer.

« Je peux m’avérer relativement patient, il est vrai, cependant, quand j’atteins mes limites, je peux devenir très persuasif, croyez-moi. Dites-moi tout, mon bon monsieur, et je ne vous ferai aucun mal. Vous ne voudriez pas froisser un Démon plus puissant que vous… ? Surtout un Démon qui dispose de moyens d’infiltrer votre esprit si profondément qu’il brûlerait votre cerveau.
— Un Dé… (L’homme sembla reconsidérer sa situation) Écoutez… Ce jeune homme, je le tiens dans ma poche. Il a participé au meurtre de trois de mes employées et son poste de garde me permet, à moi, d'éviter des problèmes. Sans mon silence, il perd tout, tandis que je peux me passer de lui s’il le faut. Ce blondinet et ces petits camarades de la capitale m’ont causé du tort, c’est normal qu’au moins un d’entre eux en paie le prix ! Maintenant, allez-vous-en et laissez-moi en paix, Diable ! »

Ainsi donc, Umberto était un mage noir. Il était bien plus affilié à ma mission que je le pensais. Mais alors pourquoi avait-il dénoncé un de ses collègues ? À moins que les portraits-robots ne fussent faux, dans l’optique de les protéger… C’était la solution qui me paraissait la plus logique. Je demandai à Hendrik, par l’intermédiaire de Sirius, d’assommer le proxénète sans le tuer et le ramener au poste de garde. Ce n’était pas un mage noir, mais je refusais de le laisser impuni. De mon côté, j’allais m’occuper de notre cher coupable.


Il n’était pas allé bien loin et je ne mettrais pas bien longtemps. J’arrivai derrière lui, tranquillement, et une fois arrivée à sa hauteur je me mis à la recherche de quelque chose de fictif. Je m’étonnai de le croiser de nouveau et lorsqu’il me demanda ce que je fabriquais, je lui avouai que j’étais à la recherche de mon comparse… Il semblait s’être détendu et ne plus penser qu’à son travail. Quel dommage que cet emploi ne fût qu’une couverture…

« Pourquoi n’avez-vous qu’un gantelet, Umberto ? »

Sa marche s’arrêta net et il me regarda, gêné de nouveau.

« Je l’ai perdu tout à l’heure… Vous avez un sacré sens de l’observation !
— Je me défends bien. D’ailleurs, je peux même vous aider à le retrouver : il dépasse de votre poche arrière droite. »

Il prit un air ébahi et rit jaune, se trouvant lamentable d’avoir négligé une telle chose. Cependant, il préféra le laisser à sa place sans même vérifier que je ne mentais pas. Et je doutai que son fessier soit suffisamment sensible pour repérer un objet au travers d’un si épais pantalon en cuir.

« Vous ne le remettez pas ? m’étonnai-je.
— Ah, si, bien sûr… »

Lorsqu’il alla attraper son gantelet pour l’enfiler de nouveau, je pus apercevoir sa main. Un nombre à première vue incalculable de vaisseaux sanguins y étaient gonflés et palpitaient. Umberto tenta de vite remettre son accessoire mais son geste fut maladroit et le gantelet frappa le sol. J’en profitai pour adopter une mine abasourdie. Avec dégoût, je pris sa main droite dans les miennes et laissai échapper de fausses inquiétudes la concernant. Je saisis alors l’opportunité d’observer sa paume. Il avait toujours cherché à cacher cette main. Elle-même devait dissimuler quelque chose… Son tatouage de guilde, peut-être ?

Bingo.

Il retira farouchement sa main de mon emprise et fronça les sourcils, arguant qu’il allait bien.

« C’est une blessure magique… Non, vous n’allez pas bien, enfin ! Regardez dans quel état… Tenez, j’ai quelque chose pour vous. Buvez ça : c’est un remède magique de ma confection ! »

Hâtivement, je sortis de la poche de mon veston la petite fiole que m’avait donnée Shirona avant de partir. Je l’ouvris tout aussi rapidement et lui tendis. Je faisais tout pour rendre mon regard bienveillant, mais il ne semblait pas tout à fait convaincu. Alors je déployai un doux sourire d’une niaiserie répugnante.

« C’est pour vous remercier pour vos informations, Umberto. Je vous en prie… »

Et il but.

Ce ne fut qu’une question de secondes. Je pus très vite remarquer qu’il ne se sentait pas bien du tout. Il rougissait, haletait et commença même à s’étrangler. Je reculai lentement sans le perdre du regard une fois qu’une mousse ignoble commença à s’exfiltrer du coin de ses lèvres. Visiblement pris d’une bouffée de chaleur et d’un fort étouffement, comme s’il respirait à plein poumons dans un hammam, il commença à arracher son armure et ses vêtements, se retrouvant à moitié nu au beau milieu d’une rue bien heureusement vide – pour moi, car je me fichais complètement de sa dignité. Dans l’impossibilité malsaine de détourner les yeux du spectacle qui se déroulait devant moi, je ne pus que contempler sa peau rougissante de laquelle suintait une écume semblable à celle qu’il bavait. Il semblait être en train de cuire de l’intérieur…  

Au bout d’une minute, ou peut-être deux, il tomba, inerte et mort. Alors je me mis à marcher dans les rues, aussi naturellement que possible, jusqu’à retrouver Hendrik qui avait rempli sa propre tâche. Mais la mission n’était pas finie pour autant… Nous avions encore au moins neuf mages noirs à intercepter. Et pour cela, direction Crocus.


Sirius nous avait téléportés à la capitale, exactement là où je voulais atterrir. Avant toute chose, je détaillai à Hendrik l’information que j’avais recueillie auprès d’Umberto, en l’occurrence son tatouage de guilde. Une sorte de mille-pattes entortillé sur lui-même, particulièrement répugnant. Je connaissais quelqu’un qui pourrait très certainement m’aider à identifier ce symbole une fois que je lui aurais présenté… Et cette personne devait se trouver exactement à l’endroit où nous étions, Hendrik et moi : le "Gaillard Triomphant".

Je poussai la porte du pub qui s’ouvrit sur le bruit d’un carillon. Le tavernier sembla me reconnaître, malgré le temps et la très probable multiplicité des clients, car il m’accueillit avec un grand sourire.

« Si ce n’est pas la petite battante de l’autre fois, tiens !
— Je suis surprise que vous vous rappeliez de moi… Nous ne connaissons même pas nos noms respectifs.
— Oh si, moi je connais le tien ! Nina que tu t’appelles. Billy a suffisamment vanté tes mérites la dernière fois que tu es venue ici pour que je m’en souvienne. D’ailleurs, je suis sûre que tu le cherches et qu’il adorerait te saluer. (Il tonna) Pas vrai Billy ?! »

Je soupirai, légèrement amusée, quand cette armoire à glace de Billy porta ses grands pieds jusqu’au bar. Il parut content de me revoir au point de presque me briser les épaules en les serrant dans ses mains. Il gratifia ensuite Hendrik, circonspect, d’un broyage de main enfin, une poignée qui s’y apparentait fortement au vu de la crispation du visage de mon mentor. Billy nous invita à sa table, grande et ronde. es camarades de beuverie – Ed et Carl, me rappelai-je lorsqu’ils se présentèrent à Hendrik – s’y trouvaient déjà et me reconnurent également très vite. J’expliquai à Hendrik que Billy était un informateur que j’avais rencontré lors d’une mission à Crocus, quelques temps plus tôt. J’espérais en apprendre plus sur la guilde noire, ses membres et son emplacement.

Et j’avais eu une bonne intuition ! La guilde s’appelait Symphilus, rapport avec le myriapode de leur emblème. Je n’aimais pas leur nom. Raison de plus pour les anéantir. Selon mon informateur, c’était une grande guilde noire en termes purement quantitatifs. Rien de grandiose au niveau de leur puissance : elle était apparemment très récente mais bien que peu puissant, leur maître serait un très bon orateur. Un homme, quelques jours plus tôt, d’ailleurs, était arrivé à la taverne, brandissant fièrement l’insigne tatoué de ce qu’il louait comme la future guilde majeure de la région – qu’il était beau de rêver ! Mais il était encore plus beau de briser les rêves des mages noirs.

Après que Billy nous eut offert une boisson pour "célébrer notre nouvelle rencontre" – joli prétexte pour boire un peu plus ; je m’étais néanmoins contentée d’un cappuccino –, Hendrik et moi partîmes, plan en tête. Grâce aux informations récoltées, nous connaissions approximativement l’emplacement du bâtiment de guilde. Nous savions également grâce à la bavardise du fier mage noir que des réunions étaient organisées tous les soirs pour faire le point sur les accomplissements de la journée, dont je ne doutais pas qu’ils étaient resplendissants. Tous les membres étaient conviés. Restait à savoir à quelle heure cette entrevue avait lieu…

Il devait être environ treize heures et nous n’avions pas mangé. Nous pûmes facilement dénicher un bon restaurant au sein duquel nous passâmes plus d’une heure – la durée d’un repas normal plus un temps additionnel pour le deuxième dessert d’Hendrik –, à la suite de quoi nous nous promenâmes dans la ville, marchant à un rythme relatif vers la zone où devait se trouver notre cible immobile. Aux alentours de seize heures, la banlieue ne nous entourait alors plus mais les montagnes nous ouvraient grand les bras. Sirius nous indiqua un point où les émanations magiques étaient concentrées, à l’Est de notre position, à l’origine d’un pic rocheux.

En réalité, c’était même une guilde troglodyte qui nous attendait. Remarque, ce n’était pas bête : de cette façon, il n’y avait qu’une seule entrée et donc qu’un seul endroit où appréhender les intrus… La plupart, tout du moins. Ainsi, Hendrik se posta aux alentours de l’entrée de l’entrée et moi plus loin, cachée sur un des chemins principaux, perchée dans un arbre. Mon dégagement aethernanique était tellement médiocre – même si je devais un peu forcer pour le maintenir à ce niveau – qu’il m’étonnerait que je me fasse surprendre. Le cas échéant, Sirius me préviendrait si je ne m’avérais pas capable de m’en rendre compte moi-même. En tout cas, chacun à notre poste, nous devions nous débarrasser d’autant de mages noirs que possible. Ce manège se déroulerait jusqu’à ce que la réunion ait lieu. À ce moment-là, Hendrik serait chargé de réduire à néant le bâtiment… et ses occupants.

Il nous fallut attendre deux heures environ. De mon côté, j’avais abattu une dizaine de mages d’importance inexprimable par des nombres positifs. Hendrik, environ une trentaine, avec la facilité d’une partie d’échecs contre un nouveau-né. Selon lui, les plus puissants étaient à l’intérieur mais nul ne dépassait le niveau Aguerri.


D’un coup, au-dessous de l’arbre qui me servait de cachette se rua un groupement de cinq mages noirs. Plus faibles que moi, je me dis qu’ils devaient être en retard car le signal venait d’être donné par mon partenaire… Úr orna alors mon front pour me permettre d’atterrir agilement derrière le tronc épais. Je me lançai donc dans la création de dix boules d’électricité, sur le point de les lier pour prendre au piège les pauvres petites souris avant qu’elles n’aient le temps de comprendre ce qui leur arrivait mais… je ne pus rien faire. Ou plutôt, je n’eus l’occasion de rien faire !

Une épée frappa le sol au milieu de tout ce beau monde mais ne toucha qu’un ennemi. Tous les autres s’éparpillèrent en une esquive et l’un d’entre eux se retrouva juste à côté de moi. Découverte, je dus me résoudre à abandonner mon sort et m’emparer d’une dague pour le pourfendre la première. Malheureusement, cela ne suffit pas à le tuer : je manquai sa carotide de peu et mon erreur alerta un de ses comparses qui s’approcha de ma position pour m’attaquer. Ses poings ne me touchèrent pas. Toujours dotée d’Úr, je pus facilement éviter leurs assauts à mon tour. M’éloignant des arbres pour me battre à ciel ouvert, j’appliquai à la lettre les consignes de mes premiers entraînements avec Hendrik. Ainsi, je ne me limitai pas à un lancer de couteaux renforcé par un champ magnétique…

Recycler ses vieux paramètres d’attaque avait du bon, parfois. Kantet Assault avait été modifié et transposé dans son mode bombe. Je voulais en finir vite, alors j’invoquai dans le ciel une longue cravache de petits couteaux de lancer. J’abattis celle-ci face à moi, comme un mur, pour parer les assauts de mes adversaires et au moment de toucher le sol, les armes préalablement chargées d’électricité provoquèrent chacune une explosion électromagnétique. Les ennemis étaient sonnés. Je fondis sur le premier et effectuai un pied de pivot. Je l’immobilisai en frappant une sphère d’électricité contre sa nuque. Ma dague en profita pour se nicher dans sa glotte. Plus qu’un.

Celui-ci avait cependant disparu. Je restai aux aguets… Quand une main agrippa fermement ma cheville ! Je me retournai pour en voir l’origine : le mage noir sortait de ma propre ombre pour m’attaquer. Sans sourciller, je profitai de la première seconde durant laquelle sa tête entière dépassait du phénomène obscur pour l’écraser de mon pied libre. Je me servis des dernières secondes d’équilibre que m’offrait Úr pour le frapper d’une décharge électrique de trois ampères. Sa main s’ouvrit en se contractant. Ce n’était pas assez pour tuer un mage Confirmé, mais j’attrapai ses cheveux, relevai sa tête et tranchai sa gorge. Amplement suffisant. Úr s’éteignit.

Le combat n’avait duré que quelques minutes mais un coup d’œil rapide aux alentours me permit de constater que l’autre individu avait également mis un terme au sien. Dans le feu de l’action, je n’avais pas pu prendre le temps de saisir son identité.

« Attends… Nina ? »

La voix avait jailli de mon dos, m’arrachant un léger sursaut.


« Liam ?
— Oui, c’est bien toi ! (Il rengaina son épée dans un long fourreau en tissu) Que fais-tu ici, Nina ?
— Je suis en mission. Je devais tuer des mages noirs, mais en apprenant qu’ils faisaient partie d’une guilde, mon partenaire et moi avons décidé de la détruire. (Une énorme détonation retentit depuis la montagne où la guilde était creusée, nous faisant scruter l’écran de fumée électrique qui s’en dégageait) D’ailleurs, je crois qu’il a terminé… » souris-je en soupirant.

Hendrik apparut juste à côté de nous, surprenant Liam qui n’était pas au courant de l’existence de Sirius. Il était couvert de sang mais heureux comme un prince… L’épéiste se figea en voyant cette allure et Hendrik en profita pour me faire remarquer que j’avais un peu de sang au niveau des mains. Ce devait être celui de ma deuxième victime…

Liam s’était considérablement écarté de mon mentor pour se placer derrière moi. Il fallait dire que ce dernier n’avait même pas pris la peine d’atténuer son dégagement aethernanique : il avait l’allure magique du mage de rang SS qu’il était. Le brun relança la discussion que nous avions entamée avant l’arrivée d’Hendrik alors que nous ramenions nos pas sur la route de la capitale. Selon ses dires, il se trouvait également sur place pour une mission qui lui avait été confiée et dont l’objectif était la destruction de la guilde Symphilius. Il était vrai qu’initialement, je n’avais qu’à me débarrasser des dix mages noirs coupables de viol. Au final, nous l’avions empêché de mener à bien sa quête…

« Je suis navrée pour cela. Je sais ce que nous allons faire : Hendrik et moi allons te donner notre récompense. Je ne souffre d’aucun problème d’argent, ne fais donc pas cette tête-là ! »

Il accepta mon dédommagement malgré une certaine gêne manifeste. Mais il finit par en sourire, arguant que le tiers ferait le bonheur d’un orphelinat de Crocus pour lequel il avait travaillé quelques temps.

« Je ne conserve jamais l’intégralité de mes récompenses de missions. Ce qui me permet de vivre décemment me suffit mais en ce moment, je suis un peu sur la paille, je l’avoue. C’est pourquoi j’ai accepté cette mission de niveau supérieur au mien. Finalement, c’est peut-être mieux que vous vous en soyez chargés : j’aurais pu échouer et mourir là-bas. Merci. »

Il m’avait souri, son regard planté dans le mien alors que nous marchions. Je parvins à lire la reconnaissance dans ses yeux… et ne pus empêcher mes joues de se teinter de rose. Je détournai le regard, mal à l’aise, mais ne regrettant pas la tournure qu’avaient pris les événements. Cet argent serait bien plus utile à Liam et à l’orphelinat qu’il avait évoqué plutôt qu’à Hendrik et moi. C’était un garçon généreux et, en fin de compte, il me faisait même penser que j’étais plutôt contente de l’avoir rencontré.

Enfin, j’aurais aussi pu m’en passer, évidemment…

Toujours était-il que nos pieds foulaient de nouveau les pavés de la capitale. Entre-temps, plus précisément avant de retrouver ne serait-ce que la banlieue, Hendrik avait quitté notre petit groupe et rejoint la guilde. Tout semi-Démon qu’il fût, s’il était capable de remplacer ses vêtements, il n’en demeurait pas moins inapte à se débarrasser de lui-même du sang sur son visage et ses cheveux. D’autant qu’il désirait se replonger un peu dans ses recherches scientifiques car selon lui, le massacre de la guilde l’avait dérouillé et il se sentait prêt à déplacer des montagnes… Bah.

Cette rencontre avec Liam allait dans mon sens. Je lui avais dit que je voulais le revoir, après la mission que nous avions effectuée ensemble, mais mon emploi du temps, pétri de mes entraînements quotidiens, ne m’avait pas permis de retourner vers lui. Mais lui non plus n’avait pas oublié que nous devions nous rencontrer de nouveau. Il avait même l’air plutôt content de m’emmener dans un salon de thé moderne près de chez lui. Il habitait une petite chambre de bonne non loin de la muraille du palais Mercurius et ce depuis trois ans, autrement dit depuis qu’il se trouvait en Fiore, même si en tant que mercenaire il n’avait pas l’occasion d’y rester très longtemps.

« J’ai toujours beaucoup aimé ce pays tout comme, relativement jeune, j’ai désiré me battre à ses côtés pour sauver le mien. Chez moi, Fiore n’est pas forcément plus aimé que Stella car pour faire la guerre, il faut être deux. Au moins, en tout cas… Bref, il est néanmoins certain qu’entre les deux, c’est Stella qui s’attire le plus les foudres. Après tout, c’est leur roi qui en est à l’origine ! »

Tout en parlant, il remuait vigoureusement sa petite cuillère, à tel point que l’écho de ses rencontres avec la porcelaine de sa tasse gênait un vieux couple juste à côté.

« Mais venons-en plutôt à toi… Pourquoi cherches-tu à savoir ce que tu m’as demandé sur Shiero, exactement ? Si ce n’est pas trop indiscret, bien entendu ! paniqua-t-il après coup.
— C’est ma ville natale. Je suis la fille… Enfin, feu ma mère en était la Vicomtesse. J’ai subi, plus ou moins localement dirons-nous, l’assaut des Stellans sur mon manoir et ma ville il y a cinq ans de cela. »

Je me demandais si je devais ajouter des détails ou si Liam en possédait déjà suffisamment. Pourquoi les mots de Joker, ceux d’un long moment auparavant, ressurgirent dans mon esprit à cet instant ? "Si je te trahis, tu n’auras qu’à devenir plus forte pour me tuer". Liam avait-il déjà une telle importance à mes yeux pour que je ressente le besoin de le punir ainsi d’une éventuelle trahison ? Et après tout… Pourquoi devrais-je redouter la trahison de quelqu’un qui n’était même pas mon ami… ?

Je considérai que je pouvais toujours tenter. Pour une fois, peut-être pouvais-je me permettre de digresser sur les principes que j’avais si longtemps appliqués et décharger mon cœur. Au moins un peu…

« Les mages noirs m’ont pris ma mère, les Stellans m’ont pris ma sœur, ce qui a emporté mon majordome auquel je tenais énormément. Je ne suis plus jamais retournée à Shiero depuis que je l'ai fuie pour échapper à l’armée, renonçant à ma noblesse pour vivre loin de ce carnage. Si je souhaite évincer les mages noirs, je ne souhaite pas la mort de Stella… J’ai eu suffisamment de temps pour réfléchir ; la plupart des partisans sont victimes du lavage de cerveau de leur gouvernement. Est-ce que cela excuse pour autant les criminels à mes yeux ? Non. Mais tant qu’ils ne s’opposent pas à moi, leur sort n’est pas entre mes mains. Je veux faire tomber Yakmund, à l’origine de tant de mal, tant à l’égard du pays qu’il se prétend apte à gouverner qu’à celui des victimes collatérales que son règne provoque. »

Me rendant compte que je m’écartais du sujet principal, j’esquivai les iris de Liam qui m’avaient fixée durant ma tirade en fermant les paupières.

« Pour mêler mon futur à mon passé, je souhaite revoir Shiero. Me rendre compte de la situation dans laquelle l’a plongée Stella.
— Oh… À ce sujet… Ce qu’il s’y passe ne te plaira pas, je suis sûr.
— Se trame-t-il quelque chose de grave ? bondis-je, à l’affût.
— Je te laisserai en juger par toi-même si tu me permets de t’y conduire. Une ligne de train magique relie depuis un ou deux ans Crocus à Shiero, nous y serons en moins de quatre heures. »

Alors malgré les complications dues au terrain, une gare avait été construite à Shiero ? Et ne parlons pas du budget que la ville n’avait jamais eu tant il y avait besoin de chantiers… Peut-être l’ennemi voulait-il étendre son influence plus facilement sur le reste du territoire… Je ne savais pas ce que faisait le roi de Fiore, mais pour accorder un tel laisser-faire à des Stellans, il devait être bien ramolli, ma parole !

Liam me conduit à la gare de Crocus, grande bâtisse au toit en verre, où les trains se succédaient dans un enchevêtrement de vapeur tantôt noire, tantôt blanche. Les cheminées libérant cette dernière provenaient de trains plus modernes ne fonctionnant pas au charbon mais à la magie. Ce fut un de ces derniers, très confortables de surcroît, que nous prîmes, moyennant une quantité de joyaux particulièrement épineuse. Toutefois, comme je n’allais pas laisser le bretteur cohabiter de nouveau avec la précarité, j’en réglai le prix moi-même. Quelques minutes après étions-nous partis vers Shiero… Mon cœur se contractait à cette pensée, commençant à se tâter de la manière dont il apprécierait l’air de la ville.  

* * *


J’avais fermé les yeux durant toute une demi-heure avant d’arriver à destination. Pour une obscure raison, je voulais porter sur Shiero un regard intramuros en premier lieu. Le genre de détail que l'on exécute sans trop savoir pourquoi, mais dont l’absence peut changer l’appréciation entière d’une chose. Ainsi, la gare eut le privilège d’être la première sur laquelle je posai mes yeux. Et je la jugeais, de fond en comble, cherchant le moindre défaut que je pourrais lui reprocher, la moindre qualité qui pourrait me la faire accepter. Liam me guida vers la sortie du bâtiment inconnu que je ne pus me résoudre à quitter des yeux. Je n’étais plus vraiment moi-même, n’arrêtais pas de me répéter que j’étais revenue à Shiero, caressant l’espoir vain que les événements n’eurent jamais été réels. Qu’en remontant au manoir, Marlène, Isabella, Alastor et les autres membres du personnel m’accueilleraient avec un grand sourire, heureux de me revoir après une longue disparition. Qu’Élia, échappée des soldats, glisserait sur la gouttière de sa chambre pour me rejoindre et se jetterait sur moi pour m’enlacer. Et que Dimitri, à la tête de la ville, auteur de son ouverture au monde grâce à cette gare, me verrait entrer par surprise dans son bureau suivie d’une troupe souriante.

Je sentis des doigts s’entrelacer avec les miens et mon corps entier slalomer malgré lui entre une foule d’individus plus ou moins pressés. Liam me tirait hors de la zone d’affluence que j’obstruais plus ou moins de mon gré. Quelques secondes plus tard, nous étions devant un ascenseur et je compris que nous faisions la queue pour l’emprunter. Liam m’emmenait à l’hôtel de la gare où il avait dormi lors de ses nuits passées ici. Mine de rien, il était déjà un peu plus de minuit.

Les chambres étaient abordables et respectaient un standing acceptable. L’hôtel nous avait cependant assignés à une chambre dont la fenêtre faisait face au paysage alentour… La gare se trouvant en périphérie d’une ville verticale, il n’y avait pas grand-chose à contempler, surtout la nuit. À part peut-être la forêt. En constatant que c’était le seul élément de paysage que je pouvais apercevoir de ma position, j’abandonnai et partis me coucher. Liam, qui lisait le journal, ne tarda pas à répéter mon action et, de toute façon, nous avions suffisamment parlé dans le train pour justifier un prompt silence. Je ne dormais pas quand il réapparut dans la chambre après avoir quitté la salle de bain. Mais mes yeux furent bien vite clos quand il passa devant moi sans se douter de rien…

… Il était quand même un plus musclé qu’il en avait l’air…

À presque sept heures, le lendemain, j’étais levée, lavée, habillée, prête à partir. Liam, vraisemblablement pas aussi matinal, était encore assoupi et je ne me gênai pas pour planter mon index dans sa joue. Après avoir esquissé quelques cercles bien sentis, il marmonna et ses traits se crispèrent, signe qu’il était enfin réveillé.

« Je voudrais sortir tôt, Liam. C’est le matin que la ville est la plus belle… »

Le ciel auroral rendait Shiero encore plus belle. Lorsque le mercenaire fut prêt, nous quittâmes l’hôtel. Au dernier étage de la tour de la gare, aire de détente supplantant les autres services, il était possible de sortir par le toit pour profiter de la vue depuis une saillie en escalier, bordée de feuillages et parsemée de lampadaires magiques encore allumés. Je m’y précipitai, dévalai les premiers escaliers en prenant garde à ne pas trébucher sur le sol pavé de rosée et m’accrochai à la balustrade pour contempler. Shiero était là, face à moi, comme je l’avais quittée. Quoique plus belle que le jour de mon départ, alors qu’elle était polluée par bien d’autres nuisibles que la fumée de ma maison. Ses façades pâles, jaunies par le temps ou la volonté des bâtisseurs, blanchies par les rénovations ou leur peinture magique, la hauteur vertigineuse qui nous séparait du plancher de la Terre ou la verdure qui dévorait certains bâtiments étaient toujours là, à d’autres endroits parfois. Je comptais de nouveaux ponts, quelques échafaudages çà et là et, au loin, une grande tour. Pile à l’emplacement de mon manoir dont il ne restait plus rien après l’incendie. Si tout n’avait pas brûlé… ç’avait été rasé pour construire ce bâtiment stellan, haut, fier et beaucoup trop blanc pour eux.

Shiero

La tour

Nous descendîmes ensemble après ma séance de contemplation. Je voulais me rendre au plus près de cette tour qui piétinait mes souvenirs d’enfance. Liam conserva tout du long son petit air désolé malgré mes tentatives pour le rassurer, lui faire comprendre que je ne ressassais pas cette tragédie à longueur de temps. Peu convaincu, il m’emmena tout de même d’un pas hâtif au pied de la tour stellane qui accueillait foule, au terme d’une découverte ou redécouverte des rues de ma ville. Selon le quartier que nous traversions, j’avais plus ou moins de repères. Je ne souhaitais pas entrer dans l’édifice dont je refusai de reconnaître la beauté relative. Je ne comprenais simplement pas pourquoi la population en attente devant la porte d’entrée ne paraissait pas énervée… au mieux était-elle frustrée, sinon calme. Voire même joviale dans le cas des nombreux enfants qui courraient autour d’une statue représentant une vue d’artiste d’aethernanos traversant une épée, dressée vers le ciel, pour la rendre plus puissante.

« En plus d’être la demeure du Vicomte, cette tour est en partie un bâtiment administratif accessible au peuple par le petit bâtiment de deux étages qui y est rattaché, comme tu le vois. Au sommet, il y a même un étage réservé aux radios municipales. Ces gens que tu vois là viennent pour régler leurs tâches administratives, travailler, ou encore rejoindre un jardin se trouvant derrière pour éventuellement y flâner. (Il parcourut les environs du regard) Ah, et visiblement, il y a une animation en ce moment… » bredouilla-t-il sur un ton plus bas, voyant mon regard atterré.

Je m’approchai d’une vieille dame qui gardait – certainement – ses petits-enfants et son petit chien grisâtre aux longs poils faciaux. D’une voix un peu rêche qui se voulait pourtant courtoise, je lui posai une question dont je ne voulais peut-être pas entendre la réponse. Mais je le devais.

« Pardonnez-moi, madame, je voudrais vous poser une question…
— Je vous en prie, ma petite, sourit-elle.
— La population de cette ville est-elle… heureuse de vivre pour Stella ? »

Un ange passa. Je commençais à retrouver espoir, me dire que les Shierois ne pouvaient pas cautionner un tel acte, aussi insidieux, une présence aussi néfaste ! Mais la vieille dame nous proposa de nous asseoir à côté d’elle, à moi mais aussi à Liam qu’elle avait pris pour mon petit ami – ce qui avait induit un moment de gêne très intense chez ce dernier, qui continuait de bafouiller des bribes de déni. Au cas où la vielle dame n’aurait pas compris. Je regardai mon camarade dans les yeux dans l’attente d’un accord tacite, puis nous prîmes places sur le banc heureusement assez large pour tout le monde. Son petit shih tzu bondit aussitôt contre mes tibias, et, attendrie par son petit air pathétique, je consentis à le laisser grimper sur mes genoux, voyant que la vieille dame ne rechignait pas. Cette dernière, justement, redressa ses lunettes. Lorsqu’elle parla de nouveau, le ton de sa voix s’était aggravé.

« Vous avez grandi, mademoiselle Andersen. »

Mon cœur s’arrêta. Quoi ? Comment pouvait-elle me connaître ? Qui était donc cette bonne femme ? Constatant qu’elle m’avait laissée complètement interdite, la dame n’attendit pas plus et reprit le cours de ses paroles.

« Je suis Hanna Hescar. Vous ne vous rappelez visiblement pas de moi, mais j’étais présente lors de l’invasion stellane, depuis deux semaines au poste d’agent d’entretien, expliqua-t-elle doucement. Mais mon grand âge n’a pas réussi à m’ôter toute ma mémoire qui a toujours fonctionné avec précision, voyez-vous. Votre visage, vos cheveux tressés et le son de votre voix ont trahi votre identité. Et j’espère bien être la seule à vous avoir reconnue…
— Je… Je vois… Je suis enchantée de vous savoir en vie, madame Hescar. Concernant ma question…
— Les gens sont heureux quand ils oublient qu’un Stellan est à notre tête, mademoiselle. La majorité de la population est satisfaite de la politique du Vicomte Barma. Il nous fait mieux vivre que votre père. Le chômage et la précarité ont diminué, la ville se modernise, s’étend et s’anime. Trop peu de gens à mon sens comprennent qu’il s’agit de la stratégie du tyran et une bonne partie d’entre eux la fuient car ils en ont les moyens. »

Je m’étais arrêtée de papouiller le petit chien. Celui-ci dodelinait de la tête pour attirer mon attention, mais celle-ci était braquée sur tout autre chose. Le vide que les paroles de madame Hescar avait créé en moi. Impossible. Impossible que la population cautionne le pouvoir d’un homme qui avait assiégé sa ville ! D’un homme à la solde d’un pays pareil ! D’un pays qui avait déclaré la guerre au leur !

Et pourtant. Le niveau de vie avait grimpé, le bonheur des habitants passait outre l’identité de leur dirigeant. Je ne pouvais pas en vouloir au peuple de Shiero… Mais je vouais alors une haine terrible à Stella. Et à l’homme qui avait précédé le Vicomte Barma et que cette bonne femme avait décidé d’appeler mon père. S’il n’avait pas été aussi misérable, calamiteux, dégradant pour la ville dans ses dernières années, la vie des habitants n’aurait pas connu d’amélioration telle qu’ils en seraient aveuglés au point d’accepter la direction du suppôt d’un tyran. J’étais réellement remontée, mais cette colère se nichait au plus profond de moi, trop intense pour être exprimée par mon corps et mon visage.

Liam sembla le comprendre car il remercia madame Hescar à ma place et me proposa de partir, d’aller boire quelque chose. Un sentiment étrange, finalement, me poussait à vouloir entrer dans la tour stellane, alors je rechignai quelque peu à le suivre mais finis par céder.

« Nina, somma-t-il en me prenant doucement par les épaules. Si une personne a pu te reconnaître ce sera peut-être bientôt le cas pour d’autres. S’il s’agit de Stellans, tu seras en danger, alors suis-moi s’il-te-plaît…
— Je te suis, Liam, mais sois sûr que je reviendrai ici autant de fois qu’il le faudra pour… pour…
— Rien, pour l’instant. Viens, rendons-nous à la gare, nous… Tiens, quelqu’un m’appelle… »

Effectivement, un petit son aigu sans être corrosif émana d’une des poches de la veste de Liam. Il en sortit une petite lacryma de communication, luisant selon un clignotement régulier. Il répondit à son interlocuteur devant moi après que nous nous fûmes éloignés dans un recoin ombragé. Aussitôt l’appel accepté, la voix rauque et sérieuse d’un homme essoufflé nous parvint. Liam se figea.


by Nina




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Nina Andersen
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Jeu 31 Aoû 2017, 23:13
         
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Base : 10 250 points (ah oui, tout de même…)

Perfection : non

Fautes : « Liam me conduit […] les trains se succédaient » => mon Dieu ce vilain présent que tu me fis ! Ce n’est pas dans tes habitudes de manquer une concordance des temps, méchante ! Tu me réciteras trois « Je vous salue Yuki » et deux « Notre Kajiura » en signe de pénitence.
« le plus grand des clames » => à moins que Lord Valdemar ne fût un fervent amateur de coquillages, je pense que c’est de calme qu’il a manqué.
« nos corps impossibles » => est-ce une licence poétique que je n’aurais point saisie ou voulais-tu simplement marquer « impassibles » ? À toi de me le dire, je ne le compte pas comme une faute.

Cohérence : toujours fort bien menée. 100 points.

Originalité : Aki et Isbary ont des magies peu vues sur ce forum. De même pour Valdemar. 50 points.

Histoire : j’ai « hadôré », 500 points.

Rendu : 100 points, logique.

Humour : hmm… il n’était pas si présent que ça… si l’on exclut l’hilarante scène du lampyre (H : gouzi- gouzi Nina ! / S : *fzzzt* / H : gouzi-gouzargh… / S : VICTOIRE !) pour laquelle, associée à l’humour disséminé ailleurs, je t’attribue 220 points.

Rédaction : disons 285 points pour les coquillettes sus-pointées.

TOTAL : 12 505 points

Bonus « Miss Ion en abyme » : 3 000 points et les joyaux de la mission (que tu as déjà ajouté après avoir effacé l’intitulé, donc je te fais confiance ^^)

TOTAL FINAL : 15 505 points, bravo !



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