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[Entraînement 9 – Fin] Abyssus Abyssus Invocat

Jeu 12 Jan 2017, 20:12
         

Entraînement 9



Abyssus Abyssum Invocat (Partie 2)

Il ne fallait pas beaucoup de neurones à une personne extérieure à la situation, en l’occurrence moi, pour comprendre que sa ville natale à Bosco était attaquée. Mais c’était insensé… Bosco était victime de la guerre entre Fiore et Stella, ce pays n’était pas censé y participer ! Paniqué, même après avoir raccroché, Liam m’expliqua que son village se trouvait à proximité de la frontière avec la tyrannie. Sa ville, parmi les premières zones à subir des attaques de ce côté-là, était très concentrée militairement et tenait tête à Stella au point de représenter un obstacle. Cette petite cité du nom de Trevvi avait contourné les effluves de sang des années durant. Visiblement, la patience de Stella venait d’atteindre ses limites…

Le mal engendrait le mal et jamais il n’en serait autrement. Cependant, à défaut de pouvoir annuler ce cycle sans fin, il fallait agir en fonction. Liam semblait dévasté, persuadé qu’il ne serait jamais chez lui à temps. J’eus alors une idée, évidente pour moi mais pas pour quiconque n’étant pas proche d’Aeternitas. Toutefois, Liam faisait partie du Chrysokrone… Je ne savais pas si je pouvais lui révéler quoi que ce soit, ainsi préférai-je passer outre les détails et me contenter de l’aider.

« Je peux t’emmener à Trevvi, Liam… Sur-le-champ, je veux dire.
— Pardon ? Que veux-tu dire par là ? Tu n’es pas dotée d’une magie dimensionnelle, comment pourrais-tu…
— Oh, moi non. Mais si tu acceptes de me faire, hum… confiance, je te promets que tu ne seras pas déçu. Il faut juste que je prenne quelques précautions avec toi, décrétai-je. S’il-te-plaît, ferme les yeux et n’amplifie aucun de tes sens. Et prends ma main. C’est tout. »

Légèrement circonspect, le mercenaire se laissa néanmoins faire. Ma main gauche tenait fort sa main droite, et ma main droite effleura mon tatouage de guilde. Sirius ne renâcla pas et lorsque nos quatre iris furent de nouveau aptes à voir, je découvris un paysage baigné à la fois d’une lumière nacrée et d’une obscurité orageuse.

Trevvi


Des nuages gris libéraient une bruine fraîche, contrastant de toutes parts avec la fumée noirâtre enrobant des maisons un peu trop espacées pour que cela semble naturel. Pour autant, aucune bataille ne semblait faire rage pour le moment. Liam passa très vite outre son incompréhension, poussé par une priorité bien plus importante. Il n’avait pas besoin de savoir pourquoi il était ici tant que c’était le cas, certainement. Je me contentai de suivre sa course sans un mot, avec un plus grand mal ceci dit, passant avec lui sous le portail d’une muraille de pierre blanche. Les quelques habitations qui s’étaient trouvées au-dehors n’avaient malheureusement pas eu la chance de résister aux assauts…

Plus généralement, il n’y avait presque plus de civils ni dans les rues, ni dans les maisons. L’évacuation venait de commencer si l'on en croyait la présence résiduelle de quelques enfants sur les lieux. Je n’eus pas la force nécessaire pour soutenir le regard que me lançait une petite fille aux yeux ruisselants. Notre course, à Liam et à moi, s’acheva face à un groupe de soldats en train de nettoyer leurs blessures. Un seul mort semblait à déplorer pour le moment, même en si peu de temps. À en croire les propos recueillis par Liam, dont le prompt retour de Fiore parut surprendre plus d’un, quoiqu’agréablement, c’était la sentinelle postée à l’entrée de la ville, la seconde, de l’autre côté. Les stellans s’étaient retirés après avoir détruit un bon quart de la bourgade. La présence d’un homme avait apparemment réussi à leur faire rebrousser chemin relativement rapidement… Mais un nouvel assaut était prévu. D’autres sentinelles, mages cette fois-ci, avaient été envoyées en éclaireur de chaque côté de la ville. L’une d’entre elles avait trouvé un camp provisoire dont les occupants semblaient dotés de pouvoirs, eux aussi. Au moins en partie.

Il fallut un certain temps aux soldats pour remarquer que Liam n’était pas seul. Je me présentai à eux et ils parurent soulagés d’avoir un mage supplémentaire dans leurs rangs. Quelques secondes après, un grand homme aux longs cheveux noirs, coiffés en arrière, doté d’une armure et d’un cache œil, sortit de la tente derrière nous et s’adressa à moi.

« Je ne sais pas comment vous avez procédé, mademoiselle Andersen, mais je vous remercie d’avoir ramené mon neveu. Je suis le Colonel Von Isbary, enchanté. »

Colonel Von Isbary

Il ne détacha pas son œil des miens, pas plus qu’il ne perdit son air strict bien que sa voix témoignât d’une certaine bénignité à mon égard. Il me gratifia d’une poignée de main ferme et rapporta les dernières informations qu’il avait obtenues de la part des sentinelles, autrement inquiétantes que les observations précédemment obtenues. Les troupes s’étaient remises en marche. Trois mages avaient été identifiés comme coriaces du fait de leur rang a minima Expérimenté. Toutefois, rien n’indiquait pour le moment qu’il n’y en avait pas d’autres, plus loin.

Le Colonel était à la tête d’un bataillon magique de l’armée de Bosco dont plus des deux tiers se trouvaient actuellement à Trevvi avec lui, la moitié d'entre eux depuis plus d’une semaine. Sans réellement être une coïncidence, leur présence sur les lieux était une aubaine pour une ville déjà dans le collimateur d’une armée entière… Stella n’étant pas connu pour se passer de magie lors des batailles. Pour preuve, se doter de mages soldats avait été judicieux : la ville pourrait faire face à l’assaut avec plus de… d’aise, dirons-nous.

Quant à moi, je m’étais défendue des suppositions d’un petit nombre de soldats un peu trop certains de leurs idées arriérées : non, je n’étais pas là en tant qu’infirmière ; oui, je serais sur le champ de bataille. D’ailleurs… Quand l’alerte fut donnée par une sentinelle, vociférant entre autres choses que leurs troupes possédaient plus de mages que prévu – mais que certains étaient faibles –, je compris que j’allais entrer sur scène plus vite que prévu… Les portes que Liam et moi avions passées en entrant étaient tombées et les ennemis pénétraient en ville pour la deuxième fois. Quand ils arrivèrent à notre niveau, nous vîmes que leur unique cheval, brun, affublé d’œillères, tenait et trainait entre ses dents le bras d’un corps sans vie. Lorsqu’ils s’arrêtèrent, l’animal en première ligne, celui-ci lâcha le cadavre d’une des sentinelles envoyées en reconnaissance. Mais je manquai réellement de vomir quand sa mâchoire se referma de nouveau sur l’homme avant d’en arracher la chair, la dévorer toute crue. Et je n’avais jamais entendu parler de l’existence d’un cheval carnivore… Je devais nous en débarrasser avant tout, car lui ne se défendrait pas… enfin, je l’espérais.

Lorsque la bête fut à ma portée, avant même que la bataille ne soit déclarée, une dague jaillit de nulle part – aux yeux de tous – pour venir trancher avec force le cou du cheval monstrueux. Cela me faisait plus de peine de le tuer lui que n’importe quel autre soldat stellan, mais nous ne pouvions pas prendre le risque de sous-estimer une telle créature. Le Colonel Von Isbary me regarda, comprenant aussitôt que j’étais la seule à avoir pu lancer un tel sort, au vu de l’air dont il parait son visage. Il devait bien connaître les pouvoirs de ses soldats…

Mort, le cheval tomba sur le coup. La dague, disparue aussitôt après, ne fut pas retrouvée par les Stellans qui cherchaient pourtant l’arme un peu partout. Cette bête ne devait avoir vocation qu’à faire pression sur la troupe adverse. Celui qui semblait être leur chef profita simplement de la situation pour lancer l’attaque. Alors que je pensais avoir fait une erreur, Liam posa sa main sur mon épaule tout en jetant un œil ardent aux soudards à abattre.

« On reste ensemble, Nina ? Maximisons nos chances. »


Je lui souris en retour, acceptant tacitement son offre. Nous partîmes d’un commun accord vers l’intérieur de la pauvre ville alors prise d’assaut afin de ne pas se faire happer par le flot de mages ennemis. Il nous fallait trier nos adversaires en fonction de leurs pouvoirs, les risques se prendraient une fois que les sous-fifres à notre portée seraient assurément morts. Plantés dans une rue déserte, dos à dos pour nous parler sans risquer d’être surpris, les seuls bruits que j’entendais à proximité de notre position étaient les battements de nos coeurs et nos respirations respectives. Tout cela était arrivé si vite que nous n’avions pas eu le temps de nous préparer, mais… ce genre de choses était inévitable. Une guerre n’était jamais douce et ne se préoccupait pas des préférences de chaque parti. Et chaque parti ne se tracassait surtout pas des arrangements de l’autre.

Pour preuve concrète, une balle frôla ma joue, y peignant une traînée rougeâtre. Il y en aurait très certainement une seconde qui ne me manquerait pas, cette fois-ci ; je déployai alors un puissant champ magnétique autour de Liam et moi pendant que nous tournions lentement sur nous-mêmes, toujours dos à dos. Même s’il s’agissait de balles en plomb, une telle intensité devait être capable d’au moins les freiner en exacerbant leurs propriétés diamagnétiques. Suffisamment en tout cas pour minimiser les dégâts éventuels. Je devais le maintenir jusqu’à ce que l’ennemi se montre mais son efficacité était coûteuse. J’espérais que l’individu ne mettrait pas trop longtemps…

« Je te vois, déclama Liam d’une voix grave. Pour preuve, tu as de très jolies plumes sur ton chapeau. Dommage qu’il s’agisse plus d’un attribut aviaire que végétal…
— Bonne vue, soupira une femme en sautant d’un arbre éloigné et marchant lentement jusqu’à nous.
— Je dirais plutôt que ta discrétion laisse à désirer. (Il se mit en position de combat) Tu n’as pas bougé après avoir tiré et touché la joue de ma partenaire. Autant indiquer clairement ta position, la prochaine fois.
— Tais-toi et bats-toi. » murmura-t-elle comme si parler lui écorchait la bouche.

Pistolera

Liam était austère, droit. Même lorsque nous combattions contre la guilde Apothéose, il n’y avait jamais eu de telle lueur dans ses yeux, de pareille étincelle d’antipathie, de désir de vaincre. Je devais être à la hauteur également ! Une nuée de couteaux s’empressa de sourdre tout autour d’elle pour fondre en continu dans l’espoir ferme de la toucher. Elle s’en sortit, mais pas indemne, par une roulade qui la mena à l’angle d’une maison. Cachée derrière, elle entreprit de nous tirer dessus à l’aveugle. Certaines de ses balles transpercèrent mon champ magnétique comme s’il s'était agi de beurre…

Comprenant qu’il ne servait à rien d’autre que m’épuiser inutilement, je le désactivai et incantai Úr afin de me concentrer sur l’esquive. Son long fusil blanc ne serait d’aucune utilité si je la prenais au corps-à-corps… Cependant, ce n’était pas ma spécialité. Je murmurai une tentative de stratégie à Liam une fois cachés à notre tour derrière un muret. Je devais attirer l’attention de la mage, la monopoliser, pour permettre à mon allié de jaillir derrière elle.

Je bondis alors hors du muret quand Liam me garantit la voie libre. Grimpant aux fenêtres, je pus commencer à sauter de toit en toit, avec la hâte que la temporalité de ma rune obligeait. Je demandai à Sirius de m’indiquer sa position : Liam ne devait pas me la crier. Gauche. Quitter ma position me permit d’éviter une balle enflammée qui explosa à l’endroit même où je me tenais une seconde auparavant… Il était relativement compliqué de se déplacer sur des toits à versants mais la vue et la liberté de mouvement offertes étaient meilleures que sur un sol parsemé d’arbres. Droite. Je retombai agilement d’un toit, posant le pied dans un jardinet mal entretenu. L’ennemie n’était cependant plus là où je l’avais aperçue mais derrière-moi, braquant un canon sur mon crâne, quasiment à bout touchant. Mes cheveux chatouillaient ma nuque à l’endroit qu’elle visait. Je fis en sorte qu’elle-même sente les pointes de dagues acérées contre la sienne.

Si Liam n’en avait pas profité pour surgir de nulle part et planter le bout de son épée dans la base de l’épaule de la femme, j’aurais eu une chance sur deux d’y passer. Úr se désactiva aussitôt après. J’avais perdu de l’énergie pour presque rien : Liam se battait difficilement contre la tireuse qui ne cessait de s’éloigner de lui, tentant de nous abattre chacun notre tour. Elle tenait son fusil blanc dans une main – je connaissais quelqu’un qui n’aurait pas aimé y voir gravée cette aile d’Ange –, son révolver compact dans l’autre. Cachée à la dernière minute derrière une paroi, je pus prendre une seconde pour l’observer tandis que Liam, armé de son acuité visuelle, faisait de son mieux pour la frapper de sa lame. Une rapière se trouvait attachée à sa ceinture…

Enfin, "s’était" trouvée. J’en avais fait mon arme et, sans lui laisser le temps de mettre un terme à la rafale qu’elle tirait sur Liam, je l’emplis d’électricité. Liée à ma main où se trouvait une boule électrique, une lame conduisant un courant de trois ampères se figea dans son abdomen. C’était trop peu pour la tuer, mais une fois paralysée, Liam, lui, put s’en charger. Tranchée de l’épaule au bassin, elle tomba sur le côté, à jamais incapable de se relever. Enfin…

C’était ce que nous pensions, mon allié et moi, avant que je ne sente une balle se loger sous mon rein gauche. En me retournant sous le coup d’une colère féroce, j’invoquai une de mes dagues qui lui trancha brutalement la gorge. Aussitôt après, mon cerveau sembla s’arrêter, juste une seconde, pour me permettre de me calmer. Je pus respirer, quoique haletante. Je posai la main à l’endroit de l’impact. La balle n’avait pas entièrement transpercé ma chair et dépassait d’un demi-centimètre environ. Le moindre contact avec me procurait une certaine douleur mais je dus me résoudre à la supporter pour l’enlever. Cependant… en forçant pour retirer la balle, le mal s’amplifiait, devenait perforant, déchirant… La balle commença à remuer d’elle-même ! La douleur s’étendit sur une zone plus large alors que sous mes doigts, elle s’enfonçait dans ma chair, seule. Paniquée, je ne trouvai qu’une chose à faire et ce fut d’extraire subitement la balle à l’aide d’un champ magnétique. Par chance, ce n'était pas du plomb. Elle déchira ma peau et la chair sur son chemin, me faisant saigner abondamment.

Liam ramassa la munition et la présenta à notre regard. Elle était hérissée de minuscules crochets semblables à de petites pattes d’insectes qui continuaient à avancer toutes seules. Cette balle aurait dû grignoter mon corps beaucoup plus encore si je ne l’avais pas enlevée à temps… Je sortis un mouchoir de ma poche pour essuyer les larmes qui avaient quitté mes yeux. Il me fallait me reprendre, je ne pouvais pas laisser mon cœur se paralyser pour si peu… Je sortis de ma dimension de stockage ma boîte à pharmacie et déchirai le tissu de ma robe à l’emplacement du trou, créant une ouverture assez large pour ordonner à Liam de désinfecter ma plaie avant de mettre une compresse à l'intérieur, recouverte par un pansement.

Nous étions au beau milieu d’une bataille militaire et pourtant plantés là où plus personne ne se battait. Nous n’en avions pas fini avec les Stellans et rester ici à se lamenter ne ferait pas avancer les choses ; mieux valait se réjouir que la balle n’ait touché aucun point vital et continuer. Je commençai à courir et tant pis pour les larmes qui m’échappaient malgré mes efforts pour oublier le tiraillement de mon dos.

Un peu plus loin, la bataille faisait rage. Beaucoup de soldats étaient tombés, les sorts fusaient dans tous les sens et la ville ne ressemblait plus à grand-chose dans la zone alentour. L’autre flanc du tertre qui supportait la bourgade était presque intact, au point qu’il semblât être un tout autre endroit. Liam fut appelé par le Colonel qui se battait plus loin, seul contre deux mages à peine moins puissants. Ses deux bras avaient l’apparence de pattes géantes et dotées de longues griffes acérées. En y regardant de plus près, des poils sombres recouvraient son visage et de son seul iris émanait une lueur mordorée. C’était une magie de Take Over… Sûrement lycanthrope. Mais je n’eus plus de temps à gaspiller en observations : un pied paré de semelles d’une solidité affreuse frappa mon bras droit, m’envoyant dans les décombres d’une bâtisse effondrée !


Je me relevai difficilement, m’étant mordue la lèvre qui elle aussi saignait dorénavant. Mais à peine en équilibre sur mes deux jambes, la silhouette encapuchonnée qui m’avait assaillie revint à la charge, se planta devant moi avant de se mettre à tourner, deux chakrams tranchants dans les mains. J’esquivai en me laissant tomber et roulai sur le côté, dévalant l’éboulement au prix d’une couche de douleur supplémentaire. Au moins étais-je en vie.

La jeune fille, vêtue en abondance de noir et de bleu, dotée d’une capuche à oreilles de… renard ? se remit en place et fondit de nouveau sur moi. Plutôt que l’esquive, je me protégeai d’une barrière magnétique pour ne pas la laisser m’approcher. Ses armes et ses semelles, notamment, étaient en acier. Cela me laissa le temps de respirer un peu.

« Sors de là, lâche, rugit-elle alors que ses yeux semblaient regarder partout à la fois, dans un mouvement erratique. Cette barrière ne tiendra pas longtemps, Aki la brisera et Aki te tranchera la gorge.
— Haha… Bien sûr, je comptais justement me laisser faire, ironisai-je. Je me disais justement que j’en avais assez de cette guerre…
— Un problème, Aki ? Jason à ton service, ma belle ! » entonna une voix masculine dont je ne voyais pas l’origine.

Aki

D’un seul coup, j’eus le sentiment que le temps s’arrêtait. Je me sentis écrasée, lourde comme le plus dense des rochers ! Je ne pouvais plus me relever… et ma barrière magnétique ne tarda pas à disparaître. Cette fille qui s’appelait Aki profita de cette faiblesse pour tenter de m’asséner un nouveau coup direct avec les griffes bleues également fixées à sa capuche. Dans un immense effort de concentration magique, je trouvai la force de faire glisser ma tête sur le côté, laissant les pointes s’enfoncer dans le sol. Une dague dans chaque main, j’assénai à mon tour deux estocades sur les flancs de mon adversaire. Son short noir fut tranché en deux endroits, apportant une touche carmine à cette tenue trichromatique.

« Aki déteste le rouge… »

Elle revint à la charge juste après que je me fus redressée. Mon champ magnétique de nouveau déployé, j’en profitai pour incanter la rune que je n’avais encore jamais utilisée : Ēoh.

« ᛇ Ēoh byþ utan unsmeþe treow,
heard hrusan fæst, hyrde fyres,
wyrtrumun underwreþyd, wyn on eþle. »

Elle diffusa sa douce chaleur sur mon front, apposée au même endroit qu’Úr. Ma défense renforcée, je me sentis apte à passer à l’offensive… Elle ne semblait déstabilisée par rien au monde, pas même les cris de ses camarades se faisant tuer ne la faisaient ciller. Maintenant quelques ultimes secondes mon bouclier magnétique, je formai entre mes mains deux boules d’électricité que je liai ensemble. Autour de moi, j’en créai cinq, de plus petite taille et unies entre elles. Les premières seraient mes armes, les secondes mes armures.

Bouclier brisé. J’esquivai l’attaque d’Aki et me faufilai dans son dos. Elle se retourna comme si elle avait anticipé un tel geste. Je parvins néanmoins à apposer mes mains électriques sur son bras et elle se raidit instantanément, m’offrant l’opportunité de laisser tomber une dizaine de couteaux explosifs autour d’elle après m’être reculée hâtivement. Elle tomba au sol mais ne laissait transparaître aucune sensation de douleur… Elle se leva juste, malgré son sang lui échappant, malgré des lames demeurant figées dans son dos et ses jambes, ne songeant même pas à les retirer. Des larmes traînaient sur ses joues mais elle ne les essuyait pas, se contentant de m’attaquer avec ses chakrams. On aurait dit que rien ne pouvait la déconcentrer…

Nous échangeâmes coups et esquives, parades et contre-attaques plusieurs longues secondes encore. Tantôt brûlai-je sa peau en la touchant de mes mains, tantôt parvenait-elle à m’atteindre avec ses armes pour me trancher la chair. Toutefois, je commençais à apercevoir des signes de fatigue chez elle… Même si son regard restait neutre et gelé, son corps ne mentait pas sur les souffrances qu’il ressentait. Pas plus que le mien ceci dit, même si Ēoh me protégeait en diminuant l'impact des coups.

Cependant, ma rune n’était pas éternelle. Au bout de deux minutes, elle avait disparu, et l’usage répété de cette magie à côté de mes autres sorts m’avait épuisée. L’homme à la gravité n’était plus revenu depuis pour aider son alliée, mais c’était de bonne guerre : nul n’était venu à mes côtés non plus. Ce combat serait jusqu’à la fin entre elle et moi. Je devais en finir, et vite. Sinon, elle m’aurait à l’usure… car j’avais si sommeil…

Je me reculai d’un bond en arrière, propulsée par quelques aethernanos. Je ne devais tout de même pas les gaspiller, car il ne m’en restait plus beaucoup… Alors je tentai le tout pour le tout. J’ouvris ma dimension de stockage sur toute la longueur du terrain, à tel point que la faille s’apercevait dans le ciel, sombre et embrumé de fumée noire et de pluie glacée. Aki ne semblant pas encline à cesser son assaut, je me murai derrière une barrière similaire à la précédente à environ deux mètres de moi. Pour ne pas perdre plus de temps, je libérai le contenu de ma dimension sur le terrain. Toutes mes armes en jaillirent, chargées d’électricité tirée de ma magie et de l’éclair venu s’abattre au beau milieu. Et tout tomba. Aki n’y réchappa pas, ne pouvant éviter le déluge qui la prenait pour cible. À côté de cela, j’avais pu évincer un petit groupe d’ennemis plus éloignés qui chargeaient l’armée de Bosco. Satisfaite, je titubai jusqu’à une maison à mi-détruite, ne soupçonnant personne de m’avoir vue. Alors que je voulais simplement me reposer un peu, recharger mes batteries et surtout ma magie car je ne tenais plus que grâce au minimum vital, je ne me doutais pas que je m’étais trompée.

« Bonne nuit, valeureuse guerrière… Dommage que nous ne soyons pas dans le même camp. »

Jason

Je vis un jeune homme aux cheveux blancs me transpercer d’une lame de lance. Cette voix… était-ce donc lui, le Jason de tout à l’heure ? Son image résiduelle tapissais mes paupières closes tandis que je m’abandonnais aux bons soins du sol rocailleux…

Mais je ne compris pas tout de suite pourquoi je n’étais pas morte.

« Oh, salut ! C’est toi qui a tué un bon quart de mes amis à toi tout seul ? Comme tu as progressé, sifflota l’ennemi.
— Tu es bien la dernière personne dont je veux entendre les compliments. Tu n’es qu’un traître, Jason. (Le bruit de lames qui s’entrechoquent résonna) Si ma sœur était encore là, je me demande à quel point tu la ferais souffrir… Sale ordure.
— Hahaha, mais qu’est-ce que j’en avais à faire, de Minth ? Tu sais que je suis un loup solitaire, je… (Malgré un ton jovial, sa voix exprima un rengorgement de douleur) n’ai que faire des liens… (Il cracha, du sang peut-être ?) qui ne me procurent plus aucune émotion.
— Et c’est pourquoi tu te bats pour Stella. Bien sûr, comment ai-je pu ne pas y penser ?! »

Je me sentais bien trop fusionnelle avec ce sol inconfortable pour esquisser le moindre geste. Je crus même à un instant me sentir… tomber… dormir…

* * *


Quand je pus enfin soulever mes paupières, j’étais sur le dos, ma tête reposant sur quelque chose de relativement souple et je n’avais pas froid. Ma vue fut trouble quelques instants, mais une fois accoutumée, elle s’arrêta sur Liam, tout près de moi. Adossé à un mur brisé, son bras droit reposait sur sa jambe et sa tête sur son bras droit. Il pleurait. J’entendais toujours des cris au loin. Je n’avais pas sombré longtemps… Pourtant, il avait eu le temps de me couvrir et, je finis par constater, nettoyer mes blessures. Alors pourquoi ?

« Si tu es vivant, c’est que tu as vaincu ton ennemi… Pourquoi pleures-tu, Liam ? »

Il sursauta avant de me regarder. Paniqué, il essuya ses larmes en vitesse et me répondis d’une voix dont il ne parvenait à masquer les trémolos.

« Tu es réveillée, Nina ? Tu as fait vite, sourit-il doucement. Je t’attendais pour repartir. Si tu sens que tu ne peux plus combattre, tu peux rester ici…
— Je peux encore me battre, je me sens un petit peu mieux. (Je me levai, repliai sa cape et époussetai sa veste qui me servait d’oreiller) Je ne te forcerai pas à me parler de ce qui te tracasse à ce point, et surtout pas dans le contexte actuel. Je ne pense d’ailleurs pas être la bonne personne. Mais si tu le désires, je consentirai à t’écouter. Néanmoins, fais-toi à l’idée que je ne compte pas rester en retrait ! J’ai une humiliation de plus à laver… »

Je tendis ma main pour l’aider à se lever. Il hésita mais finit par l’accepter, redevenant plus grand que moi. Nous partîmes donc de notre cachette d’infortune car le quart d’heure que j’avais passé endormie avait pu décider de l’issue de la bataille.

Et je n’aurais jamais cru si bien dire. De chaque côté, les soldats étaient tombés. Il ne restait presque plus personne, ni à Stella, ni à Bosco. Et les quelques survivants ne faisaient rien sinon survivre. D’autres que je ne voyais pas étaient peut-être en soins au bâtiment infirmier… Si ce n’était pas celui-ci qui dégageait la fumée noirâtre émanant de la zone où il se trouvait. À peine étions-nous arrivés sur le champ de bataille que la bataille n’était plus. Un immense loup bipède, qui devait être le Colonel Von Isbary, venait de fracasser un nouveau mur. Une fois le nuage de fumée dissipé, il avait pour moitié repris forme humaine. Et l’homme qui lui faisait face, une vingtaine de mètres plus loin, était grand, âgé, classieux, aux cheveux longs, blancs. Bien habillé, pas du tout comme s’il était en guerre. Long manteau, écharpe rouge, lunettes rectangulaires, cigarette aux lèvres, il fumait dans le plus grand des clames et redressait sa monture de temps à autres. Entre le Colonel et lui, une créature étrange, légèrement difforme mais ressemblant abstraitement à un poulain enflammé…

« De nouveaux agneaux dont l’égarement aura causé la survie… Enchanté. Je suis Lord Gustav Valdemar, maître de Glenmasan, guilde que vous venez présentement de décimer. (Il fuma quelques longues secondes) Pour vous asservir.
— C’est une guilde noire de Bosco… J’en avais entendu parler… » maugréa Liam à mon attention.

Lord Gustav Valdemar

L’armée de Stella commençait à engager des mages noirs aux côtés des leurs ? Fabuleux… Ceci dit, cela me donnait une raison de plus pour vaincre les prochains. Le "lord" droit devant nous semblait néanmoins représenter un danger plus important que les sous-fifres que nous avions combattus… Le Colonel gisait à-demi conscient et sa transformation prenait fin petit à petit. Pourtant, c’était un mage plutôt puissant… Mais son adversaire dégageait une force digne d’un mage de rang S. Personne ici n’avait ce niveau et les renforts, qui n’étaient pas encore là, ne pouvaient pas arriver avant que cet homme ait décidé de nous tuer tous.

Il était impossible pour moi, dans mon état actuel, d’imaginer pouvoir l’attaquer. Ce serait du suicide et je me demandais combien de membres il m’aurait brisés avant que Sirius ne me ramène à la guilde… Visiblement, il ne se battait pas lui-même et reléguait cette besogne à une créature invoquée, en l’occurrence ce poulain enflammé et difforme. Mais sûrement n’était-ce pas la seule créature qu’il pouvait manipuler.

Alors que je réfléchissais à toute vitesse à une stratégie de diversion réalisable qui permettrait à mes alliés de fuir, considérant comme un problème majeur la potentielle invocation de plusieurs créatures à la fois, Liam dégaina son épée encore maculée de sang et la pointa vers Lord Valdemar. Il déployait une grande quantité d’aethernanos et avançait lentement vers notre ennemi. C’était de la folie ! Mais à peine eus-je le temps d’ouvrir la bouche pour lui ordonner de revenir qu’il coupa mon élan de parole avant même qu’il puisse commencer.

« J’ai utilisé un sort qui augmente mon intuition. Je ne peux pas l’utiliser plus de trois minutes et même toi, Nina, tu ne m’empêcheras pas de me battre contre lui. Récupère mon oncle et le reste des soldats et téléporte-les en lieu sûr comme tu l’as fait avec moi. Je t’en prie.
— Mais enfin Liam je ne peux pas ! protestai-je. Je ne compte pas mourir ici mais tu n’y laisseras pas non plus ta peau. Nous ne pouvons pas le battre, sois réaliste ! Trouvons un plan et fuyons tou-… »


Un sourire dément déforma les traits de Lord Valdemar tandis que deux créatures, qui n’étaient pas là juste avant, massacraient les quelques soldats alliés qui survivaient encore dans la zone de la bataille… et même au-delà. Il épargna, par bonté pour un homme qui lui avait tenu tête malgré ses moindres chances selon lui, le Colonel Von Isbary qui ne le prenait sensiblement pas comme une faveur. De temps en temps, il essayait de se relever. Sans succès.

De son côté, Liam arrachait chaque emprise que je prenais sur lui avec une violente douceur, expliquant qu’il ne lui restait plus beaucoup de temps pour maintenir son septième sens. Il fusa sur Lord Valdemar qui se protégea derrière le poulain de feu. Liam passa au-dessus en un bond et lui asséna un coup rapide comme je ne l’avais encore jamais vu chez lui. De bas en haut, les deux morceaux du monstre s’envolèrent puis se décomposèrent en particules noires semblables à de minces volutes éthérées. Les deux autres bêtes qu’il avait invoquées se ruèrent sur mon camarade mais il les trancha à leur tour dans une rage invisible. Lord Valdemar se trouvait juste à côté mais n’esquissait pas d’autre geste qu’amener sa cigarette à sa bouche et l’en retirer. Liam se battait contre chacune des créatures que le mage noir envoyait sur lui avec flegme, comme s’il regardait un enfant jouer.

Le Colonel Von Isbary venait de se redresser, crachant qu’il ne pouvait pas laisser son neveu se faire massacrer. Il semblait impossible d’achever une transformation complète en loup-garou, mais ses pattes avant et arrière avaient déjà muté. Il se lança lui aussi dans la bataille mais ne visait pas les monstres. Il ne se préoccupait que de Lord Valdemar, ses yeux dorés brillant si fort qu’ils laissaient une trainée lumineuse derrière eux.

Et il y avait moi, restée plantée au loin, immobile, ne faisant que contempler. Attendais-je patiemment que malheur survienne avant de me battre également ? Je pouvais bien parler. Si je n’agissais pas maintenant, à quoi bon ! J’avais accumulé assez de magie pour invoquer le pouvoir d’une rune. Je ne pourrais pas attaquer très longtemps, mais à trois, nous avions une chance contre lui si nous parvenions à nous coordonner.

Alors, lorsqu’Ēoh marqua mon front, je déployai dix sphères d’Akvarel autour de moi et les liai toutes pour m’offrir une protection supplémentaire. N’ayant pas le pouvoir suffisant pour lui asséner mes plus puissants coups, je devais également me contenter d’utiliser des sorts à moyenne portée pour ne pas blesser mes alliés. Je courus vers Lord Valdemar, slalomant comme je le pouvais entre les créatures qu’il avait décidé d’extraire du sol sur mon passage. Il était capable d’invoquer beaucoup de monstres à la fois… Arrivée à une poignée de mètres de lui, je formai une sphère d’électricité aussi intense que possible, or cinq ampères étaient le maximum que je pouvais donner à mon niveau. Si je le touchais, ce serait suffisant pour le paralyser quelques secondes.

Tout autour de lui s’était formé un véritable brouillard amalgamant humains et monstres. Une mêlée générale entre deux équipes disproportionnées. Une chose était sûre, il refusait de se laisser toucher : il devait être faible physiquement. Un monstre totalement abstrait vint s’écraser sur moi mais grâce à mes défenses, je fus simplement propulsée au sol, un peu plus loin, sans grave blessure à déplorer – si ce n’était la douleur de ma plaie sous le rein gauche qui se manifestait de nouveau. Toutefois… je pus profiter de cet écartement pour recharger ma sphère qui avait perdu beaucoup d’énergie face aux monstres. Lord Valdemar manifestait une ouverture !

Je tirai. Et le touchai, peut-être par miracle. Il se crispa et laissa échapper un bref râle de douleur. Ses monstres se paralysaient avec lui ! Le couple de secondes de répit que j’offris à mes alliés permit à Liam, peut-être dans les derniers instants de son sort d’intuition, de faire glisser son épée, vibrer l’air, et asséner à Lord Valdemar nombre de coups brefs mais vifs. Le Colonel attendit la fin de l’assaut pour parer sa patte droite d’une aura mordorée et frapper de toute sa puissance le flanc déchiré du mage noir. Dans une explosion, il fut soufflé au loin pour s’écraser sur le sol. La puissance du coup et l’intensité de sa protection magique étaient toutes deux telles sur l’instant qu’il souleva la terre de son corps, blessé et gisant au fond du cratère qu’il avait creusé. Les créatures disparurent en volutes de fumée noire.


Épuisé, le Colonel tomba à genoux à son tour. Liam, appuyé sur son épée, reprenait difficilement son souffle, tremblant de tout son long. Quant à moi, je peinai à me relever. Je préférai abandonner mes efforts une fois adossée contre un débris de mur qui avait volé depuis une maison adjacente et me laisser respirer.

Nous ne l’avions pas tué. J’espérais simplement qu’il s’était évanoui… Je n’avais pas la force nécessaire pour abattre mollement sur lui toutes mes lames, malheureusement. Il se contenta d’une dizaine de petits couteaux, après quoi mon bras levé retrouva le sol avec brutalité. J’étais vide.

Vide. Et mes alliés au comble du désespoir. De la vapeur émanait du petit cratère. Les aethernanos se concentraient dans le corps de Lord Valdemar. Il était encore conscient et se redressa même, les vêtements lacérés, ensanglantés, mais béat. Son sourire dément réapparut sur ses lèvres alors qu’il commençait à réciter, face à nos corps impossibles, une sorte d’incantation dans une langue obscure. Son corps commença à changer, sa peau rougit. Dans de multiples craquements d’os, il se distordait, gonflait, s’allongeait. Il se transformait en créature. Cette langue… Fut-ce la langue des Démons ? Je ne pus soutenir une mutation pareille, elle me donnait envie de vomir. J’étais simplement dépitée… Il allait tous nous tuer. Non, il allait tuer Liam et le Colonel. Sirus me ramènerait à la guilde, seule, juste avant mon trépas, abandonnant mes alliés à leur sort. Non ?

Valdemar

Face à nous retentit une voix caverneuse. Quand j’ouvris les yeux de nouveau, Lord Valdemar était devenu un monstre. Son corps était dépourvu de jambes. On aurait plutôt dit une queue de serpent écailleuse et énorme. Le haut de son corps était si musclé que c’en était inhumain. À la fin de ses longs bras aux poignets parés de gantelets en cristal bleu, trois doigts seulement. Et une toute petite tête pourvue de cornes. Y était liée une membrane longue et déchirée. Mais la chose la plus malsaine était peut-être les yeux de flammes et de métal qui recouvraient chacun de ses pectoraux.

Sans crier gare, il lança sur le Colonel et Liam une gerbe de flammes. Je ne pus même pas crier, contrairement à eux. Quand le feu fut éteint, les deux vivaient encore. Leur état avait juste empiré. Sûrement ne survivraient-ils pas à une autre attaque… Je voulais faire quelque chose, tenter quelque chose, mais quoi ? Cet homme n’était plus un Lord : il avait pactisé avec un Démon. Il n’était plus humain. Il était devenu un Démon. Un Démon…

« Sirius… Entends-moi je t’en supplie, murmurai-je, dénuée d’énergie. Appelle-le, explique-lui, fais-le venir ici… »

Je sus qu’il m’avait entendue. Il m’entendait toujours.

Alors que le Démon concentrait ses flammes pour mieux les jeter, une explosion d’énergie rompit la terre, détruisant tout sur son chemin.


Je vis autour de mes alliés moi se former un prisme. Solide, il semblait faire office de protection. La poussière retomba. Il était là, debout, toisant le monstre igné.

« Kehehe… Merci d’avoir pensé à moi, Nina. Contemple ; je sens que… JE VAIS BIEN M’AMUSER ! » hurla-t-il, au comble du bonheur.

À la suite de son cri de guerre, il se para d’une aura blanche et fondit sur Valdemar, circonspect. Une intense explosion dévora tout en son sein. Le souffle rompit les arbres encore debout. Sans même en ressentir les effets, protégée par le prisme, je pouvais effectivement contempler toute la puissance d’Hendrik. Des éclairs fusaient dans tous les sens, fouettaient les flammes qui paraissaient inoffensives. Valdemar se jeta sur son adversaire pour le transpercer de ses doigts. Mais il n’y avait plus personne.

Hendrik réapparut dans le dos du Démon. La seconde suivante, un énorme rayon plasmique le projeta cent mètres plus loin, ne lui laissant comme seuls freins que les bâtiments qu’il traversait les uns après les autres. Un tourbillon ardent souffla les débris sur mon maître. Mais il n’était plus là quand le monstre voulut l’écraser de ses deux poings. Non, il se trouvait maintenant à côté de moi. J’étais aux premières loges pour le voir réitérer son immense rayon de plasma.

Tout était détruit. La ville qui tenait encore debout se faisait raser un peu plus à chaque seconde par un torrent de flammes ou un déferlement électromagnétique. Ce n’était pas du tout comme son combat contre le Maître. Hendrik était complètement déchaîné.

Il venait de déployer douze échardes, comme cette fois-là, en Minstrel. Six, presque plates, formèrent un rond et un cercle magique au sein de celui-ci, brillant à la manière d'une toile d’éclairs violacés. Leurs homologues formaient un arc autour de lui, comme mes couteaux avec moi. Hendrik sauta sur la plateforme et glissa dans les airs retrouver Valdemar qui s’était envolé. Le Démon lui asséna un coup de queue. Mais je la vis tomber, soulevant la poussière en même temps qu’un bruit sourd. Et Valdemar hurla de douleur. Les échardes les plus plates étaient en fait des lames acérées et un coup de pied d’Hendrik avait suffi à trancher le corps du Démon. Mais mon maître ne s’arrêta pas en si bon chemin…

Dans le ciel, une énorme boule d’électricité se forma. La pluie de fragments provenant de cette boule empêcha Valdemar de déchaîner sa mer de flammes jusqu’à nous. Il semblait impuissant. Tous ses efforts vains. Hendrik riait, comme en extase. Son œil rose et la marque qui zébrait sa joue s’illuminaient, comme emplis de pouvoir. Il frappait. Feintait. Jamais il n’avait été blessé. Il était déchaîné. Valdemar était brisé, saignait, hurlait de haine. Ce combat était à mes yeux dignes des plus grands, et pourtant… Peut-être n’était-ce que mon exaltation qui prenait le dessus, enjolivant la réalité. Je n’imaginais pas qu’Hendrik puisse perdre un jour. J’étais fascinée. Impossible de le quitter des yeux. Je voulais le voir anéantir Valdemar encore et encore. Je ne voyais plus le rouge du champ de bataille, juste le mauve de son pouvoir, me disant qu’un jour, je posséderais le même.

Un nouveau cratère déforma la roche à la chute du monstre qu’était devenu le lord. Hendrik apparut non loin de moi de nouveau, entre mon cristal et ceux de mes alliés béats. Je ne savais pas pourquoi j’étais si fière de les voir le regarder avec admiration.

Il s’envola à plusieurs mètres du sol et chargea son pouvoir dans sa main. De l’électricité la para, crépitante, libérant de fins éclairs tout autour. Plusieurs cercles électriques, concentriques, entourèrent cette main dans laquelle apparut une lance, comme une longue et fine aiguille. Quand je compris qu’elle était prête… Hendrik l’avait déjà lancée de toutes ses forces sur le corps de Valdemar. Elle le transperça en plein crâne et une fumée noire recouvrit le Démon. Lorsque son apparence monstrueuse fut entièrement consumée, il ne resta plus que le corps sans vie d’un vieil homme aux yeux révulsés.

Les épaules d’Hendrik s’affaissèrent, une fois au sol, sous le poids de l’aise. Il haletait, les yeux fermés, le visage levé vers le ciel, cet immense sourire toujours plaqué sur son visage. Les prismes se brisèrent en mille éclats qui disparurent dans l’air. La bruine reprit son cours, comme si elle avait attendu que le brasier s’éteigne pour rafraîchir la ville en ruines.

* * *


Il s’était écoulé deux heures. Hendrik était retourné à la guilde, ne voulant pas subir une quelconque séance d’interrogations de la part de l’armée. Avec Liam, nous nous étions éloignés du reste du bataillon venu prêter main forte à leur Colonel, rapidement remis sur pieds. Je lui avais tout de même présenté mes condoléances pour les soldats de son bataillon partis durant cette bataille. Après avoir été soignés et couverts de pansements, nous avions décidé de passer outre les directives de l’infirmière et d’aller prendre l’air, encore plus loin de la caravane qui nous accueillait et se trouvait déjà à cinq cents mètres des restes de Trevvi. Je me disais que, peut-être, je pouvais abandonner toute prise de tête et m’abandonner à l’amitié. J’esquissai un sourire que Liam ne pouvait pas comprendre ; Sirius allait peut-être être jaloux…

Les nuages d’orage n’étaient toujours pas partis, à tel point que le zénith ne se laissait pas entrevoir. Il aurait pu être dix-sept heures comme six heures du matin. Il pleuvait encore un peu, mais peu nous importait. Je pensais que Liam aurait été bien plus triste de la destruction de sa ville natale. Oh, il l’était. Mais il considérait que la vie de sa famille et de ses amis était bien plus importante. Ils avaient tous été évacués à temps vers la ville voisine, ainsi avait-il l’intention de se rendre là-bas à pied.

« Alors c’est ici que nous nous séparons, Nina.
— Tu es sûr que tu ne veux pas que… je t’y téléporte ? proposai-je, avec une intonation plus hésitante sur le "je".
— Oui, ne t’en fais pas. J’ai envie de prendre mon temps et réfléchir un peu. Je serai à Navona avant la nuit, de toute manière. » sourit-il.

C’était son choix. En tout cas, il était impossible pour moi de me rendre à la guilde autrement ! Liam commença à partir après que je l’eus salué.

« Tu ne nous imposes pas de nous revoir, cette fois ? plaisanta-t-il.
— Si tu en as envie, tu peux toujours me contacter par lettre. Mon nom suffit pour qu’elle arrive à destination une fois postée. »

Un vide silencieux prit place entre nous, un peu gênant, je devais avouer. Liam s’avança doucement vers moi au bout de quelques secondes. Je ne comprenais pas pourquoi il se penchait vers moi, sa main sur mon épaule, mais la réponse arriva bien vite lors d’une étreinte.

« B-Bien sûr que j’en ai envie, tu es mon amie, Nina !
— Ah, euh, o-oui, oui, bien sûr… » bredouillai-je, prise de court.

Son embrassade devint rigide. Il devait être encore plus gêné que moi, on aurait dit qu’il était pétrifié ! Il devait penser que j’étais en colère… Alors pour lui signifier qu’il se trompait, je passai mes bras autour de son dos. Une fois de temps en temps ne pouvait pas me faire de mal… Son corps se détendit aussitôt et il choisit de prolonger l’étreinte quelques secondes encore. Il me demanda de faire une mission avec lui un jour prochain. De continuer à me battre à ses côtés pour anéantir cette satanée guerre. Je ne pouvais qu’accepter, bien entendu.

De retour à la guilde, je saluai Sirius et le remerciai dans le même temps pour l’aide qu’il nous avait apportée un peu plus tôt, à Trevvi. Aussitôt que j’aurais retrouvé Hendrik, je devrais en faire de même car il avait été merveilleux. Même s’il avait participé activement à la destruction des seules maisons de la ville qui auraient pu être réutilisées le temps de la reconstruction… !

« Je l’ai fait pour toi, hein. Je l’aime pas, ton… ami. Là.
— Sirius, mon bon Sirius, soupirai-je coincée entre exaspération et amusement. C’est touchant. Cependant, te souviens-tu de cette blague que tu m’as faite il y a peu ? Quand tu m’as demandé de te serrer dans mes bras.
— Mouais.
— Eh bien si un jour il se je me trouve apte à te punir physiquement pour cette taquinerie, tu n’auras plus à être jaloux ! pouffai-je. Maintenant, si tu me le permets, je dois aller voir Shirona pour témoigner des effets de son poison… pour le moins radical. »

Ainsi m’exécutai-je, portant mes pas à la serre où elle se trouvait actuellement. Je ne pus que constater, en me remémorant les images de la mort du mage noir qui avait subi les fruits de son travail, à quel point le petit rire doux qu’elle entonna après mon rapport était malsain.

... Un bon bain s'il vous plaît...

by Nina




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Nina Andersen
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