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Ragnarök

Jeu 08 Juin 2017, 20:57
         

Ragnarök

Partie I – Des alliés



 Ambiance sombre et mystérieuse ouuuh


L’aubergiste ne répondit à aucune de mes questions.

« S’il vous plaît, j’ai réellement besoin de l’aide des Nibelungen… Si le clan Leoni récupère son héritière, avec les événements actuels, ils risquent de raser votre village… si ce n’est tout Iceberg.
— Ne sois pas stupide, ils n’ont pas le pouvoir de raser tout un pays, la Citadelle de Sovej les écraserait. »

Je me retournai vers la voix qui provenait du fond de l’auberge et m’avançai vers le vieil homme. Je me baissai pour ne pas me cogner à la tête de vouivre empaillée, trophée du bâtiment.

« Vous connaissez le clan Leoni ?
— En effet, petit. »

Le vieillard avait des cheveux aussi blancs que les miens ainsi qu’une barbe salie par les verres de bière qu’il semblait enchaîner. Ses cernes noirs dégradaient la couleur de ses iris, d’un bleu presque gris. Le tout était entrecoupé d’une petite cicatrice qui séparait un œil du reste du visage et marquait profondément les rides entre ses sourcils.

« Vous… allez m’aider ?
— Tss, ne sois pas stupide. Assieds-toi donc un peu avec un vieil homme un instant. »

Perplexe quant aux informations qu’il allait peut-être me fournir, je m’assis tout de même, à la table de l’auberge du village de la tribu des Nibelungen. Cela faisait un bon moment que l’aubergiste ignorait chacune de mes interrogations, qu’il coupait parfois pour m’inciter à consommer ou bien sortir. Plume m’avait dit qu’ici, je pourrais trouver l’aide nécessaire au nouveau conflit qui allait éclater entre Leoni, Nibelung et Engelwald, cependant je n’avais pu obtenir que des regards méfiants.

Le village de la tribu des Nibelungen:

« Déjà, d’où tu viens et comment tu t’appelles ? commença le vieil homme.
— Liesel Engelwald, de la tribu du même nom.
— Tes yeux me disent que tu as vu bien plus que les terres gelées d’Iceberg, pourtant tu ne mens pas. J’m’appelle Abelin. Heureux de savoir que les Engelwald sont encore debout.
— Vous connaissez aussi ma tribu ?
— Un peu mon n’veu ! »

Il se prit d’un fou rire inexpliqué, altéré par le son des glaires au fond de sa gorge qui vibraient avec sa voix grave et rugueuse. Il but une nouvelle gorgée d’une bière dont l’odeur seule suffit à me répugner puis se moucha bruyamment. Sur quel genre d’homme étais-je tombé ?

« Il y avait une histoire que me comptait mon grand-père quand j’étais tout gamin. Ça parlait de trois clans. Ils n’étaient pas nommés, mais on devine facilement : les crocs du lion, le peuple des neiges, et les arbres des anges. Hahaha, je paye pas de mine, mais dans ma jeunesse, j’étais un intellectuel. Je suis sûrement le seul à connaître l’existence de cette guerre entre nos clans, il y a des siècles. Tout ça pour le Niflheim. J’ignore ce dont il s’agit, je sais simplement que le rôle des Nibelungen était de le protéger et que c’était une décision des Engelwald. Pourtant Leoni a fini par le récupérer, il a très longtemps. J’en ai jamais su plus. »

Niflheim, fragment d’âme de la Peur renfermant l’énergie magique de la glace. Tels étaient les mots d’Yggdrasil. L’implication de mes ancêtres ainsi que l’évocation de ce nom par l’Ancien ajoutait une lourdeur supplémentaire à la conquête de ce clan.

« Si je vous dis que… que je sais ce qu’est le N-…
— Liesel ! me coupa Sirius mentalement d’un ton désapprobateur. Tu es sûr que c’est une bonne idée de lui révéler ?
— Je ne sais pas, j’ai simplement besoin de son aide.
— Regarde le, un pied dans la tombe, les cinq autres sous terre, tu crois vraiment qu’il va t’aider à combattre ?
— Qui sait, Mivard non plus ne paye pas de mine, pourtant il se défend bien.
— Fais comme tu veux, mais ne divulgue pas toutes tes informations. »

Mon ami immatériel avec raison, je ne devais pas tout dire, pourtant il fallait une raison pour que cet homme m’aide, il ne le ferait certainement pas pour un jeune gamin perdu. J’hésitais à employer ce type de chantage, mais dans l’instant, c’était la seule chose que j’avais et je devais sauver ma mère, qu’importait le prix. Apparemment, depuis le début, les Leoni cherchaient à s’emparer d’Yggdrasil et il ne fallait pas les laisser trouver tous les livres.

« Ça m’étonnerait qu’il m’aide au nom de la mémoire de ses ancêtres ou par bonté de cœur. Il a besoin d’un appât, affirmai-je à Sirius.
— Je n’aime pas cette idée. »

Je repris ma phrase à voix haute alors qu’elle avait été coupée à peine moins d’une seconde avant.

« Si je vous dis que je sais ce qu’est le Niflheim, m’aideriez-vous ?
— Ohoh, tout dépend. Je suis attaché à ma patrie, si notre rôle et de le protéger, je suis prêt à le faire.
— C’est… comment dire… un outil. Né au-delà du domaine des hommes. À vrai dire, il en existe d’autres et je sais de quoi sont capables les humains pour les obtenir. Certains s’étaient réunis pour anéantir la magie sur Humanitas et vivre en paix, d’autres n’ont pas hésité à tenter de tuer un vieillard pour l’obtenir. Cet outil peut servir d’arme. »

J’espérais que le mot « vieillard » lui ferait comprendre les risques de ce que je lui demandais.

« Je peux t’aider, dans ce cas.
— Vraiment ? » m’étonnai-je alors qu’il se perdit dans une toux violente et glaireuse.

Je pensais chaque seconde un peu plus à ma mère. Si j’arrivais à obtenir l’aide des Nibelungen, que je demandais à Irina, Ilhem et Ysaline, alors avec Oswald, Plume et mon père, nous pouvions sauver ma mère et mettre un terme à cet enlèvement. Je me devais de protéger Yggdrasil. Un doute subsistait à son sujet, pourtant un sentiment d’aise et de confiance naissait en moi quand je pensais à lui. Cette relation très émotionnelle me gênait, d’une certaine manière.

« Si nos ancêtres ont lancé cette guerre, c’était probablement pour une bonne raison, je pensais à l’époque. Aujourd’hui, j’ai cette raison, ils défendaient leur artéfact. C’est à notre tour. Cependant… reviens demain. Je veux m’assurer que tu as les tripes pour ce genre de combat. J’aurais une épreuve à te faire passer. »

Il finit son verre, le claqua contre la table, posa sa bourse en guise de paiement, puis s’en alla en chantonnant. Allait-il réellement nous aider ? De toute manière, ces chasseurs ne seraient certainement pas de trop. Je devais informer ma famille de ces nouveaux camarades dès que mon père arriverait chez Oswald. Son épreuve ne me faisait pas peur, ce serait un parfait échauffement. Je devais cependant faire attention à ne pas me blesser et à rester en forme. En attendant, je pouvais rentrer à la guilde, le froid de cet endroit m’avait dévoré les pieds, les mains, le corps et je fantasmais sur la simple idée de me tremper dans l’eau chaude.

Aussitôt dans les thermes de la zone est d’Ouroboros, je pus satisfaire cette envie incroyable de plonger mon corps frêle et froid dans un jacuzzi. J’avais bien évidemment veillé à éviter l’hydrocution et je savais que même les petits chocs thermiques n’étaient pas bons pour le corps, mais je n’en avais que faire. J’étais mage après tout, ce n’étaient pas quelques petits degrés de différence qui allaient me tuer.

Le menton posé sur la surface de l’eau, à moitié allongé dans le petit bassin, je sentais mon esprit vide de tout désagrément, libéré des pensées hostiles dont j’avais du mal à me défaire depuis quelques jours.

Je ne restai pas plus d’une heure dans ce jacuzzi – c’était amplement suffisant – avant de regagner ma chambre où attendait Alkael. Je me souvins alors d’une idée que j’avais eue : la prendre avec moi lors des missions. Bien entendu, c’était assez risqué, mais j’avais pu constater lors de nos entraînements coopératifs qu’elle était très douée. Dans le pire des cas, nous avions même le pendentif de Baasje que m’avait donné mon oncle. Il m’avait en effet dit que, si le lien était assez fort, on pouvait partager nos blessures…


 Calm and carefree…


« Ça te dirait de combattre les mages noirs avec moi ?
— Wah !
— Haha oui hein, c’est ma petite Alkael…
— Liesel, soupira Sirius, j’ai beau te répéter qu’elle ne te comprend pas, pourtant tu t’obstines. Le pire dans cette affaire, je crois, c’est qu’elle te répond.
— Bien sûr qu’elle me répond ! lançai-je avec complicité.
— Cette jeunesse… »

Assez bavardé avec mon chien, je devais contacter Ysaline et le reste du groupe. Depuis la dernière fois que l’on s’était quittés, ils devaient probablement se trouver à Pergrande. Avec Sirius et la lacryma de communication, il fut facile de les retrouver. Ysaline m’avait dit qu’elle en avait acheté une nouvelle.

Je plaçai la mienne devant moi sur le lit et l’activai. Quelques secondes après, le visage bombé de Yolagaar occupait tout l’espace de la sphère. J’échappai un léger rire en voyant ce zoom sur les narines du rapace. De son côté, il poussa un petit cri mignon, m’ayant reconnu. Alkael s’était alors précipitée sur le lit pour observer qui était cet animal et s’excita en constatant qu’il s’agissait de son camarade ailé.


« Coucou Yolagaar, commençai-je, méfiant quant aux remarques de Sirius, tu peux aller chercher Ysa s’il te plaît ? »

Il s’écarta doucement de la petite boule et je vis alors Irina et Ysaline, dos à moi, dans une petite maisonnette aux murs de bois. Elles ne semblaient pas m’avoir remarqué et discutaient.

« Dans cet état tu pourras plus trop me protéger, hein ? lança Irina en rigolant.
— Arrête, ça me rend malade, poursuivit Ilhem que je compris allongé devant elles.
— Notre preux chevalier nous lâche, comment allons-nous faire ? désespéra faussement Ysaline.
— Je suis blessé ! Blessé ! Pas infirme ni sur le point de mourir ! Dès que je suis remis sur pieds on continue ! »

Ilhem s’était donc blessé ? J’espérais que ce n’était pas grave. De toute façon, Irina était là pour le soigner. Cependant, si Ilhem était blessé, il ne pourrait pas venir m’aider, ni Irina qui voudrait très probablement rester près de lui. Ysaline serait la seule à pouvoir venir. Peut-être.

« Plus sérieusement. Irina, tu ne peux pas le soigner ? fit Ysa.
— J’ai déjà essayé, évidemment… Mes pouvoirs n’y font rien, c’est d’origine magique.
— Inquiétant, c’est la première fois ?
— Oui. Je pense qu’en attendant quelques jours ça devrait aller. Il faut surtout éviter l’infection.
— T’inquiète, je peux toujours stériliser ! »

Ysaline embrasa vivement sa main, qu’elle approcha dangereusement du visage d’Ilhem, qui poussait des cris de stupeurs, sous le regard amusé de sa compagne. Je ris devant cette scène, avec le léger regret de ne pas y assister en chair et en os. En m’entendant rire, les filles se retournèrent et constatèrent mon visage dans le petit orbe bleu qui était posé sur la table.

« Lies’ !
— Oh, Liesel, comment vas-tu ?
— À vrai dire… enfin, parlons-en après. Comment va Ilhem ?
— Il n’y a rien de grave, ne t’inquiète pas. »

Je ne me faisais toujours pas à la prise de confiance d’Irina, qui venait de répondre avant Ysaline. Elle ne se tenait plus inutilement à l’arrière comme elle le faisait avant, j’étais heureux. Elle me rappelait mon enfance, en quelque sorte. J’étais incapable de sortir le moindre mot et l’école avait été remplie de rebondissements… auxquels je n’avais jamais osé participer directement.

Je leur expliquai l’origine de mes problèmes. Comme elles avaient assisté à l’attaque des Leoni à bord de la montgolfière, ils savaient quels étaient les risques. Ils avaient tous les trois semblé inquiets pour moi, pourtant mes prévisions s’étaient avérées justes : Irina voulait rester près d’Ilhem dans le cas où la blessure empirerait. Le fait que la magie d’Irina soit inefficace était en effet inquiétant. Ysaline cependant acceptait volontiers de m’aider. Elle était d’ailleurs confiante concernant sa magie, puisque le clan maîtrisait probablement la glace ou des dérivés qu’Ysaline n’aurait aucun mal à affronter.


« Je veux bien t’aider, mais je ne peux pas traverser tout Iceberg comme ça…
— Peut-être que… Sirius, repris-je en silence, tu pourrais la téléporter ?
— On devrait me payer pour ça. Par contre dépêche-toi parce que dans trois secondes elle sera paumée au milieu d’Iceberg.
— Quoi !?
— Et pouf ! »

Je vis le visage d’Ysaline disparaître et Irina sursauter. Il venait réellement de la téléporter en plein milieu d’Iceberg sans la prévenir !?

« E-Elle est où !? Réponds ! Tu ne peux pas la larguer au milieu des terres gelées comme ça, sans préparation et sans Yolagaar !
— Ah oui y’a le piaf aussi. Où elle est ? Heu… Maintenant que tu me demandes, je suis plus trop sûr de moi, hésita-t-il en téléportant Yolagaar.
— Ne me dis pas que tu l’as perdue…
— Non mais je vais chercher hein, trouver un peu de rouge au milieu d’Iceberg ne sera pas difficile. Mmh… Ah bah elle est avec deux hommes, un mec qui parle aux chiens – ooooh, comme toi – et l’autre qui lit des histoires.
— Oui donc elle est chez Oswald… et mon père est arrivé…
— Bah oui. Pour qui tu me prends ? se vanta l’immatériel avec un soupir de fierté.
— Pourquoi tu t’amuses à m’embêter comme ça ?
— Je m’ennuie. Et naïveté plus taquinerie égalent distraction amusante. »

Pauvre fille, transportée d’un coup au milieu des neiges sans explications. J’espérais au moins que mon père saurait l’accueillir correctement. J’expliquai rapidement la situation à Irina et Ilhem, pour qu’ils ne s’inquiètent pas, avant de couper la connexion. Je regardais Alkael avec dépit, comme lorsque l’on plaint les parents d’un enfant turbulent.

Le reste de la journée se déroula sans grandes aventures : j’avais préparé des affaires de combat, j’entendais par-là dissimuler des petits carnets dans la doublure de ma veste, pour être au chaud et armé. J’avais également inséré les deux grimoires. J’étais bien heureux de pouvoir modifier leurs dimensions sans difficulté, cela me permettait de les emporter partout. Je pris enfin ma combinaison thermique que mon oncle m’avait offerte pour mes quinze ans. J’étais étonné d’y rentrer encore, bien qu’un petit « crac » eût retenti lorsque j’avais tenté de la fermer. Le lendemain, j’avais cette épreuve à passer et si je gagnais la confiance des habitants, nous pourrions attaquer.


 De retour au village !


De retour au village de la tribu des Nibelungen, j’étais prêt à prouver ma valeur aux villageois. Il m’avait suffi d’un peu d’observation pour deviner ce qu’on me demanderait de faire. Les vouivres qui trainaient et la coutume habituelle des tribus d’Iceberg me disaient que j’allais devoir en abattre une. Ce fut en effet ce que me demanda le vieillard, Abelin.

« Au nord-est, il y a une petite grotte faite entièrement de glace. C’est le nid d’une vouivre bien particulière. On la reconnaît grâce à sa cicatrice sur l’aile droite. Il se trouve que cet animal tente d’attaquer notre village depuis quelques années. Oh, nous avons tenté de la chasser, mais elle finit toujours pas s’enfuir et les gens sont trop effrayés pour aller dans son nid. Voilà ton épreuve.
— Une cicatrice ? Ce sont les chasseurs du village qui lui ont faite ?
— C’est moi. »

Son visage délabré vira au sadisme lorsqu’il m’annonça qu’il était le responsable. La vue était suffisamment effrayante pour me pousser à chasser cette vouivre sans discuter. Alkael était avec moi, il était temps de tester notre synchronisation. Grâce à ce pendentif, je pouvais envoyer des ordres simples par la pensée, ce serait facile.

Enfin « facile », tout était relatif. Il s’agissait d’une vouivre et à en juger par les décorations de l’auberge, le village avait l’habitude d’en chasser. Pourquoi donc avaient-ils peur de celle-ci ? J’allais bientôt le découvrir.

Devant cette grotte, j’avançais à pas décidés. L’intérieur était recouvert de cristaux à travers lesquels ondulait la lumière du soleil. Bien que je fusse dans un lieu clos, les rayons semblaient se transmettre de cristal en cristal, illuminant ainsi mon passage d’une faible lueur qui me permettait d’y voir assez clair. Alkael partait devant, confiante, car je l’étais aussi. Néanmoins nous restions prudents et silencieux afin de ne pas éveiller la bête et de la prendre par surprise.

Après quelques mètres, nous arrivâmes dans une salle gigantesque, dans laquels se tenaient des piliers de glaces vers un plafond parfaitement lisse. S’il y avait des stalagmites lumineuses au sol, où étaient les stalactites qui devaient venir avec ? Malgré l’impression étrange de solitude que procurait cette salle, où chacun des sons résonnaient et s’amplifiaient jusqu’à m’assourdir, je gardais ma confiance. La vouivre ne pouvait tenir dans un tel endroit sans détruire les piliers, elle était donc plus loin et devait profiter d’une ouverture dans le plafond pour s’envoler.

Le passage se resserra à nouveau et je vis à mes pieds un crâne dont la chair était rongée jusqu’à l’os. L’œuvre de cet animal. Une telle vue ne me rassura clairement pas, si bien que je ralentisse mon allure et Alkael fit de même, sentant ma pression.

D’étranges sons parvinrent jusqu’à moi, un léger grognement. Je devinai que la bête dormait et ronflait, une aubaine. J’allais pouvoir en finir avec elle rapidement, il me suffisait de trouver son point faible et d’envoyer une foreuse de papier. Il n’était pas assez coupant pour trancher les écailles, mais forer pénètrerait probablement la chair ventrale.

Arrivé devant l’animal couché, je vis la cicatrice sur l’aile droite, elle datait, car elle était difficile à repérer. Je sortis plusieurs feuilles qui tournèrent autour de moi avant de se disperser au-dessus du sol, en cercle, tout autour de la créature. Je ne pouvais la frapper sur le dos, mais j’avais eu le temps de réfléchir à une stratégie pour combattre l’animal.

Une vouivre d’Iceberg:

 Combattons la vouivre !


En entendant le crépitement des feuilles, l’animal ouvrit un œil et me vit debout face à lui. Elle déploya aussitôt ses ailes avec énergie, me propulsant contre une paroi. Moi qui avais prévu de me tenir droit dans une pose imposante, c’était raté… Alkael vint près de moi.

Quand l’animal montra enfin tout son corps, je compris pourquoi les habitants avaient peur d’elle. Je ne pouvais compter combien de mètres elle occupait, mais il était clair que le nombre passait la dizaine et c’était pour le moins imposant. Cela n’allait pas me décourager. Ici, elle était clouée au sol. Malgré l’auréole de lumière qui lui offrait une sortie par où tombait la neige, elle ne pouvait pas profiter de son agilité dans un lieu restreint.


« GRAAAAH ! GRAAAAH ! »

Mon expérience la plus traumatisante ? L’haleine de cette bestiole. Il fallait mettre un terme à une telle odeur irrespirable et ça allait se faire vite.

Elle avança sa tête rapidement pour tenter de me croquer, mais j’esquivai en arrière en sautant sur une feuille. Je devais éviter de glisser sur la glace, c’était ce qui avait dû tuer les autres chasseurs. Les crocs refermés face à moi, la vouivre sentit tout à coup une grande lance perforer son œil droit.


« Et d’un ! »

J’envoyai un signal à Alkael tout en esquivant une nouvelle attaque. Ma camarade s’en alla derrière l’animal et aboya vivement pour attirer son attention. La créature rugit de colère.

« Alkael ! Spring ! »

La chienne esquiva le coup de queue du dragon et continuait d’aboyer de manière hostile. Quant à moi, je grimpai sur le dos de l’animal. Ses écailles glissantes de reptile gênaient mon escalade, mais les petites excroissances m’aidaient à m’approcher de sa tête. Emporter Alkael avait été une bonne idée, car j’aurais rapidement été dépassé entre les attaques et les esquives, autrement.

Arrivé au niveau sa tête, je levai ma dague pour la planter dans son autre œil, pourtant mon adversaire remuait beaucoup trop. Je ratai mon attaque et plantai ma dague dans son crâne qu’il secoua violemment sous la douleur. Accroché à ma dague, je tentai de rester en place. Déstabilisé, je me sentis un instant voler contre une paroi de cette grotte.

J’ouvris les yeux, totalement inerte et vis face à moi Alkael. Elle grognait et se montrait plus hostile que je ne l’avais jamais vue, face à cette vouivre dont nous étions la cible. J’avais perdu connaissance ? Je me remis difficilement sur pieds alors que notre cible leva sa patte. Ses griffes filèrent à toute vitesse et tranchèrent l’air vers mon animal.


« Alkael, n- AH ! »

D’un saut, je m’étais positionné devant elle et avais dressé un mur de papier pour nous protéger, mais elle l’avait tranché comme s’il n’avait été qu’un vulgaire rideau, me laissant avec une imposante griffure sur le bras gauche. Mes cordes vocales cédèrent à la douleur.

« Gnh… Je devais éviter de me blesser… »

J’enroulai mon bras ensanglanté d’une épaisse attelle qui allait cicatriser ma plaie, à défaut de la guérir. Je me relevai, je ne devais pas perdre ma concentration. J’étais devenu manchot, presque, car mon bras gauche replié contre mon torse me serait désormais inutile.

J’observai autour de moi et une seconde tactique vint à moi. Chacune d’elle nécessitait que le deuxième œil de la créature soit crevé. Je formai autour de moi deux lances de papier, rétractables, comme des rouleaux de papier cadeau. Je sautai en arrière pour éviter un second coup de griffe qui serait terrible et lançai mes deux armes vers l’œil. La créature attrapa la première avec sa gueule, esquivant l’autre par la même occasion.

J’ouvris la main et la lance qu’elle tenait entre ses dents partit en miettes, qui s’enroulèrent autour de la gueule du monstre, l’empêchant de bouger pour, j’espérais, quelques secondes.

Ce fut suffisant pour que le deuxième œil soit crevé à son tour. Je pouvais passer à la seconde partie du plan. Alkael se tenait bien derrière moi et grognait toujours à notre adversaire. Le dragon se leva et poussa un rugissement féroce qui résonna dans toute la pièce, rebondissant sur les parois et devenant de plus en en plus fort. Je sentis dans mon dos les vibrations qui émanaient du couloir et compris que mon plan échouerait. Je comptais emmener la créature dans la salle où les colonnes de glace pourraient la blesser, mais elle venait de s’écrouler sous les vibrations du cri.

En concentrant mon énergie, je formai au dessus d’elle une petite vouivre qui vint l’attaquer sur la carapace, uniquement dans le but de l’attirer dans les airs.

Alors que, la gueule ouverte, le monstre prenait son envol dans le petit espace, il ne vit pas les papiers que j’avais disposés au sol se réunir et former tout à coup une forte excroissance dans la glace, créant ainsi une stalagmite géante qui pénétra le ventre de la bête.

La vouivre glissa lentement, dans un cri de douleur qui me fit peine au cœur. Voir les dépouilles décharnées des chasseurs ayant tenté de tuer cette créature me rassura cependant quant à la dangerosité de ce montre. Le papier de Jotunheim, que j’avais disséminé dans cette pique géante, activa son pouvoir et se para d’échardes géantes qui broyèrent les boyaux de la bête, alors même que ce cône tournait sur lui-même. Dans un dernier râle, la vouivre s’éteignit.


 Victoire.


Je retournai au village, le bras endolori par le papier du grimoire Asgard qui faisait son travail. Abelin me vit revenir et n’en crut pas ses yeux. C’était presque étrange qu’il soit SI étonné de me voir en vie. J’avais tué cette vouivre et pour preuve, j’avais arraché l’une de ses écailles en guise de récompense. J’avais eu de la chance de pouvoir la combattre en intérieur, si le combat avait été aérien, ma dépouille aurait rejoint celle des autres chasseurs.

« Ça alors ! Tu es revenu en un seul morceau !
— Oui, au prix d’un de mes bras…
— Tu viens de sauver notre village, c’est un noble sacrifice.
— Oui enfin c’est pas non plus… Argh ! Tss…
— J’ai réussi à convaincre seulement deux chasseurs, nous serons donc trois à t’aider. Tu pourras te battre dans cet état ?
— Mais oui. Jeune mais solide. »

Si Oswald n’avait pas oublié les quelques rudiments de magie de neige que lui avait appris ma mère, il pourrait refroidir la plaie et stopper le saignement. Je pouvais tout aussi bien la tremper dans la neige, mais je préférais éviter l’infection. J’indiquai aux hommes l’emplacement de la maison de mon oncle puis m’y rendis par Sirius.

Alkael sembla reconnaître les lieux ainsi que l’aura d’Oswald qui avait un effet particulier sur les animaux, ils étaient tous dociles et amicaux. Nous montâmes les marches et je revis ce décor dont l’architecture exotique. Sur le toit de la maison étaient posés plusieurs hiboux. Les trois chasseurs ne tarderaient pas à venir nous rejoindre, le village n’était pas très loin.

En m’avançant, je vis Ysaline débouler de la maison, frigorifiée, se précipiter vers moi.


« Comment tu as fait ?
— Pour ?
— Ne sois pas stupide. Hier, je suis miraculeusement apparue au milieu d’un tas de neige, j’ai failli faire une hypothermie ! Heureusement que ton père m’a trouvée…
— Je… Ne peux pas trop t’expliquer… Tu as été téléportée.
— J’avais cru comprendre. Tu t’es blessé ? Entre ! Ton oncle nous a préparé du thé, on va s’occuper de toi. »

Hostile mais pas vexée, elle regagna la maison. Je fis de même. À l’intérieur, je ne fus pas surpris de voir le visage de Plume, dont les cheveux étaient effectivement bien plus vifs que ceux d’Ysaline. Elle montra un sourire plat en me voyant. Mon père quant à lui, faisait déjà la liste de tous les risques qu’engendrait cette blessure qui ne durerait pas bien longtemps. Mon oncle me fixait avec un regard presque sombre, que je traduisis par de l’inquiétude.

« Liesel. Tu es sûr de vouloir te battre avec nous ?
— J’ai ramené Ysaline, ainsi que trois chasseurs Nibelungen qui devraient bientôt arriver. Je suis mage, tonton, presque aussi fort que papa, il n’y a pas de raison pour que je reste ici à m’inquiéter pour vous.
— Un livre est en jeu, précisa Plume, il doit participer.
— J’ai peur qu’il t’arrive quelque chose, s’inquiéta mon père.
— Papa, ma tête est probablement mise à prix à Bellum pour les avoir privé d’un avantage militaire considérable. J’ai anéanti toute une guilde noire avec Ysaline et mes amis que tu as rencontrés. J’ai escorté un bateau pendant une semaine. Et je viens de tuer une vouivre, affirmai-je avec autorité en montrant ma blessure. Oui, je veux me battre avec vous. »

La question ne fut plus posée dès lors que j’eus précisé certains détails. Je n’étais pas le meilleur des combattants, mais j’avais de l’énergie à revendre, c’était certain.

Nous passâmes la nuit avec Ysaline, là où nous avions pu : sur le canapé-lit. Elle m’avoua être légèrement inquiète au sujet de ma mère, mais je tentai de la rassurer, par des mots que je ne pensais pas mais tentais d’intégrer aussi. À aucun moment elle ne s’inquiéta des risques qu’elle prenait.


 Le thème d’Ysaline, remember it !


« Pourquoi avoir fait appel à moi ? demanda-t-elle en chuchotant.
— Eh bien… il y a en partie l’aspect stratégique, le feu contre la glace, expliquai-je tout aussi bas. Mais il y a aussi le fait que tu es quelqu’un en qui j’ai confiance, assez confiance pour demander une telle aide, en tout cas.
— Je vois. Je m’amuse énormément avec Irina et Ilhem, mais parfois, ils sont ensemble et je me sens seule. C’est normal, ils ont besoin d’être en amoureux, je comprends totalement. Mais… Quand tu es là, c’est toujours plus amusant. C’est aussi pour ça que j’ai accepté de t’aider.
— Vraiment ? M-Merci…
— Tu es tellement mystérieux à mes yeux…
— Pardon !? m’exclamai-je à voix haute en riant, très surpris.
— C’est vrai, poursuivit-elle à voix haute également, amusée, tu combats des guildes noires, tu as des pouvoirs dont tu ne m’as jamais parlé, tu apparais toujours sur notre route et c’est même grâce à toi que j’ai rencontré Ilhem et Irina, puisque vous aviez fait cette mission ensemble.
— Oui enfin les guildes noires, à la base c’est ce que je devrais faire, mais ça arrive pas tellement, et les pouvoirs sont pas tellement à moi, c’est plus le maître qui partage.
— Comment tu expliques que nous soyons si liés, dans ce cas ? Même quand on ne cherche pas à se voir, on tombe l’un sur l’autre…
— Je ne sais pas… le destin, peut-être ?
— Qui sait… »

Je repensai au pouvoir d’Yggdrasil. Peut-être avait-il tout orchestré et qu’Ysaline était l’une des clés, comme l’avait été Irina. Je soupirai et m’assis contre le dossier du canapé. J’observais les silhouettes des meubles en essayant d’en deviner les contours avec précision.

« Je me fais beaucoup de soucis… La blessure d’Ilhem qu’Irina ne peut pas soigner, ta mère qui a été enlevée, toi, qui es aussi blessé et pas qu’un peu.
— Oh, ça c’est pas grand-chose tu sais, juste un coup de griffe. Ça passera, souris-je. Quant à Ilhem… il est costaud.
— J’ai toujours été seule, avant de vous rencontrer. Maintenant il ne passe pas une journée ennuyeuse parce que je voyage avec le petit couple. Mais quand ils me laissent de côté, et je ne leur en veux pas hein, j’ai l’impression d’être à nouveau seule avec Yolagaar… et c’est un sentiment terrible. Celui d’être mise de côté par les gens qu’on aime…
— Oui… J’imagine…
— Et… toi aussi… ne le prends pas mal ! elle insista en souriant tristement. Quand on passe du temps ensemble et que tu rentres pour ton travail, ça me rend triste.
— Ysaline… que s’est-il passé avant que tu t’enfuies de chez toi ? »

Elle fixait Yolagaar sans le lâcher du regard. Le petit oiseau respirait doucement, en émettant parfois un très faible sifflement. Son plumage était noir comme un charbon, et à chaque inspiration, des petits frissons rougeâtres traversaient ses plumes, comme une braise sur laquelle on souffle avec délicatesse. Ysaline se mit à rire et je sentis qu’elle n’allait pas répondre à ma question.

« Je lisais beaucoup. Jusqu’à tomber sur une légende : la source du feu. Je suis partie avec Yolagaar dans le but de la trouver. Enfin, on peut dire que je fais ça pour lui, mais ça m’intéresse aussi beaucoup. Si je parviens à l’atteindre, peut-être que mon père daignera enfin… tourner les yeux vers moi… et être fier de sa fille… C’est bête, n’est-ce pas ..? Enfin ! reprit-elle avec engouement, c’est pour ça qu’on va à Pergrande, il y a beaucoup d’universités et de bibliothèques, j’espère trouver des choses intéressantes ! »

C’était donc cela, l’objectif qu’elle avait préféré taire à tous. Elle devait trouver ça stupide ou enfantin, mais ce ne l’était pas, à mon sens. Ma mère et mon père avaient toujours veillé sur moi, malgré le côté beaucoup trop laxiste de ma mère, c’était sa manière d’être et de me pousser à donner le meilleur de moi-même. Quant à mon père… bon, il se faisait parfois un peu trop de soucis.

J’imaginais ses parents absents. Si elle s’était bel et bien enfuie, ils n’avaient pas dû chercher à la retrouver, ni même s’inquiéter, car jamais je n’avais vu d’avis de recherche ou de missions.


« Enfin, je t’embête avec mes histoires, pas vrai ?
— N-Non ! Pas du tout !
— Alors à ton tour de me raconter quelque chose sur toi. Pas d’aussi important, hein, changeons de sujet.
— Mmh… Je t’ai déjà raconté ma phobie des loups, quand j’étais petit ?
— Des loups !?
— Oui ! Bon, plus aujourd’hui, tonton Oswlad m’a aidé à la surmonter, mais je vais te raconter… »

Ainsi elle connut toute l’histoire autour de cette phobie et me raconta à son tour pourquoi elle avait tant le vertige. C’était dû au fait qu’un jour, lors d’une promenade en montagne avec sa famille et des hommes importants, elle faillit tomber d’un précipice. Trop occupés à discuter avec ces commerçants, les géniteurs l’avaient laissée, pendue à une branche, avant de la remarquer quelques minutes plus tard. C’était son frère, qui l’avait sauvée, apparemment.

 Un peu de sérieux maintenant.


Le lendemain, tout le monde était déjà debout lorsque nous nous levâmes. Les chasseurs étaient arrivés et je faillis ne pas reconnaître Abelin tant il avait changé. Sa barbe jaunie était devenue blanche à nouveau, ses cernes avaient presque disparu et son air d’ivrogne s’était dissipé.

Abelin:

Nous nous assîmes autour de la table, écrasé par la tension qui occupait la pièce et ses dix occupants : mon père, mon oncle, Ysaline, Plume, Abelin et les deux autres chasseurs, Mark et Rudolf ; sans oublier Alkael et Yolagaar. Mon oncle, en bout de table, imposa une voix lourde.

« Bien, nous allons mettre au point une stratégie. Dès qu’Eyrick est arrivé ici, j’ai envoyé des espions au repère du clan.
— Des espions ?
— Des loups. Il y a plusieurs choses à savoir : premièrement, j’ai intercepté une conversation intéressante. Un couvre-feu. Les gens sont isolés toute la journée car le clan va mettre en place une barrière protectrice autour de la montagne.
— Quel genre de barrière ? s’intrigua mon père.
— Très probablement un blizzard. Ils ne peuvent pas faire grand-chose d’autre. Mais un tel blizzard ruinerait nos chances de gagner si l’on attaque de front. De toute manière, ce n’est pas ce que nous allons faire. Nous allons nous introduire dans leur bâtiment.
— S’ils s’attendent à des représailles, les lieux seront gardés, suggéra Ysaline.
— En effet. De nombreux patrouilleurs sont en place tout autour des lieux, j’ai réussi à noter leur emplacement sur une carte. Nous devrons les éliminer. Ce qui nous fait trois équipes : la première devra désactiver la barrière, pendant qu’une autre s’infiltre au plus près du château, où se trouve probablement Cläre. La troisième devra éliminer les patrouilleurs avant la désactivation de la barrière. Dès lors que le blizzard sera dissipé, l’équipe d’infiltration devra profiter de la diversion des deux autres pour secourir Cläre.
— Voilà une opération prometteuse, sourit Abelin avec sa voix rugueuse.
— Il ne reste qu’à composer les équipes, poursuivit Plume. S’il vous plaît décrivez toutes vos capacités, avec vos propres mots, nous essayerons de former des équipes équilibrées pour chaque tâche. »

Nous fîmes alors chacun des petites présentations détaillées de nos capacités de combat, devant les autres. Suite à cela, Plume et Oswald s’étaient réunis. Ils avaient l’air de bien s’entendre, pourtant Oswald ne portait pas le nom d’Engelwald. En observant mon oncle, je m’aperçus qu’il partageait avec elle ce côté formel et attaché à certaines règles, un côté qu’enfant, je n’avais pas su déceler derrière la fibre familiale.

Les deux commandants mirent un long moment à décider des équipes et de laquelle serait la plus à même d’accomplir telle ou telle tâche. Ce fut après une heure de réunion que les groupes furent faits. Plume les annonça, un hibou sur l’épaule qui lisait la feuille avec elle.


« Eyrick, Rudolf, moi. Nous formerons le groupe Histoire. Notre mission sera de détruire le bouclier. »

La brute sortit son épée en guise d’acquiescement, mon père se contenta d’hocher la tête. Il était évident que cette équipe pourrait aisément se jouer d’illusions et manipuler les souvenirs pour soutenir l’indiscrétion de l’armoire qu’était Rudolf. De plus, détruire le bouclier attirerait l’attention, il leur fallait disparaître pour éviter une embuscade et frapper à revers pour créer une nouvelle surprise.

« Oswald, Liesel et Alkael. Vous vous occuperez de l’infiltration pour secourir Cläre. Vous serez l’équipe Meute. »

C’était une bonne idée. Très bonne idée même. Oswald pouvait presque parler aux chians, et mon pendentif me permettait de faire de même. Grâce à Alkael, nous étions télépathes. De plus, mon travail sur le papier mâché allait enfin pouvoir porter ses fruits afin de créer des leurres. Quant à Oswald, en tant qu’archer, il pouvait éliminer les adversaires à distance.

« Ysaline ainsi que son animal, Mark et Abelin, vous vous occuperez d’éliminer les patrouilleurs et les miradors. »

De ce qu’avait expliqué Abelin, il se battait exclusivement avec des lances de glace qu’il créait lui-même. C’était une bonne idée : Mark était archer tandis qu’Ysaline pouvait se servir de Yolagaar en reconnaissance.

« Votre nom sera Brasier.
— Ma-Madame, hésita le chasseur Mark, pourquoi nous donner des noms de groupe ?
— J’allais y venir. »

Elle ouvrit ses mains et montrait huit pendentifs, représentant chacun une tête de hibou. Nous dûmes tous nous équiper d’un exemplaire, elle expliqua alors le fonctionnement.

« C’est un alternateur de mémoire. Comme son nom l’indique, il modifiera votre mémoire. Cependant, cela ne fonctionne que si vous êtes pleinement consentant. Aucun souvenir ne sera lu, supprimé ou modifié. Néanmoins, vous pourrez ajouter des images dans les mémoires de chacun d’entre vous. C’est un mode de communication complexe qui nécessite un peu d’entraînement. Si un souvenir vous revient sans raison et que l’image est précise, détaillée, pourtant vous n’êtes pas sûr d’avoir vécu cette scène, alors c’est un message de l’un d’entre nous. À vous de bien visualiser le souvenir que vous voulez transmettre, afin d’être le plus clair possible. »

La forme en hibou des amulettes laissait penser qu’elle les avait créées elle-même. Les pouvoirs de cette fille étaient fascinants, à la seule condition que la cible soit consentante.

Nous passâmes un petit moment à essayer de communiquer par le biais de ce dispositif. C’était très étrange, pourtant efficace. À tout instant, on ressentait comme une impression de déjà-vu d’une autre scène. Notre cerveau nous faisait sentir comme si étions en train d’imaginer nous-même les images, alors que l’amulette les décrivait directement dans notre esprit.

Ysaline avait rapidement compris le fonctionnement, de même pour Eyrick et Abelin. Rudolf et moi avions été un peu plus lents à comprendre comment envoyer nos messages. Au final, nous pouvions tous communiquer directement dans nos mémoires. Aucune interception possible. S’il y avait bien une chose que j’aimais découvrir, c’était les pouvoirs de chacun et leur façon unique de les utiliser.

Nous partîmes sans plus attendre vers le sanctuaire des Leoni.



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Liesel Engelwald
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Jeu 08 Juin 2017, 20:59
         

Ragnarök

Partie II – Plan d’attaque



Spoiler:
Cette partie adopte différents points de vue, en fonction de chacune des équipes. Les changements sont indiqués par des images absolument sublimes, vous comprendrez très bien.

 Sauvetage


Les énormes loups que nous montions filaient à toute vitesse dans la neige. Cette véritable meute se déplaçait tel un groupe de grizzlis affamés, pourchassant une proie sans aucune intention de la laisser en vie. D’après les estimations de mon oncle, il ne faudrait pas moins d’une heure pour atteindre le clan à cette allure. Dès lors, nous nous séparerions en trois groupes, comme convenu. Le risque primaire était l’entrée du sanctuaire des Leoni, car il n’y avait qu’un seul accès possible à moins d’escalader les montagnes, ce qui n’était pas envisageable.

« Liesel ! On dirait que tu as bien fait d’agir avant mon signal, la cérémonie du pardon est avancée à ce soir ! m’informa Sirius, légèrement paniqué.
— Nous aurons largement le temps de mettre un terme à cet enlèvement.
— Ma proposition de contacter le Chrysokrone tient toujours.
— Non. Je veux qu’ils paient. Tous. De ma main. »

Je tapai mes pieds contre les flancs de l’animal qui s’avança vers l’avant du petit peloton. Alkael restait derrière, avec Ysaline, suivant Yolagaar qui volait parfois bas, parfois haut. Malgré le vent qui nous assourdissait, je m’approchai de mon oncle qui menait le groupe.

« Oswald ! La cérémonie est avancée à ce soir !
— Comment le sais-tu ?
— Source sûre.
— Je m’en doutais, mes loups ne sont pas passés inaperçus… Ah, qu’elle soit maudite… »

Il n’avait pas l’air de parler de ma mère, pourtant je sentis qu’il fit référence à quelqu’un d’important pour lui.

Cela faisait un bon moment que nous galopions à dos de loups des neiges, bien plus robustes et imposants que certains canidés de bas étage. Oswald en profita pour donner les instructions au groupe, tel un chef de guerre.


« Tout le monde ! Nous allons arriver devant le premier poste de gardes ! Nous devons les éliminer le plus vite possible avant qu’ils alertent le reste ! Brasier, c’est à vous !
— Je vais les prendre à revers ! Yolagaar ! »



L’oiseau de feu s’envola haut dans le brouillard qui recouvrait le petit groupe. Il finit d’ailleurs par rapidement perdre de vue l’allié ailé qui s’était enfoncé dans cette pluie de boules de coton. Il dissipa les nuages avec son plumage qui brillait plus fort au contact du froid. Le petit oiseau finit bien rapidement par voir au loin le poste de garde. Un petit mirador était entouré d’une aura qui ondulait, probablement pour voir au travers de cette brume puisque les hommes s’étaient mutuellement alertés pour contrer l’attaque de Yolagaar. Pour l’instant, ils n’avaient vu que lui.

Le rapace tourna sur lui-même et concentra sa vision sur l’homme le mieux équipé. Dans un trait de lumière qui scinda le brouillard, il fondit dans la poitrine de cet homme et ressortit par le dos. Le garde s’écroula, un trou béant dans le torse. L’ailé fit un tour sur lui-même avant de cracher un souffle brûlant qui anéantit la volée de neige qu’un autre garde lançait vers lui, brûlant au passage deux d’entre eux.

Il n’avait pas tellement l’habitude d’agir seul, alors il se posa sur un rocher humide pour pousser de ses pleins poumons un rugissement qu’Ysaline pouvait distinguer de tous les autres.


« Ce cri ! Il en a éliminé trois, il en reste trois autres !
— Vous pouvez-vous comprendre !? s’étonna Abelin.
— C’est codé.
— En revanche, j’ai quelques bases avec les rapaces ! se vanta le commandant. Mark ! »

Oswald siffla un son empreint de magie qui donna à l’animal une consigne qu’il comprit tout à fait. Si cet homme avait un don pour les loups, il avait déjà essayé de dompter les rapaces. Yolagaar brilla soudainement à travers la neige, indiquant la cible à abattre. C’était à l’archer Mark de viser cette lumière avec précision.

« Je vais essayer de faire de mon mieux, je... ne vous garantis rien… »

En mouvement sur le loup, il décocha une flèche qui perfora l’épais nuage. Par ses yeux acérés, l’embrasé vit la flèche arriver, et bougea tout en esquivant le coup d’épée d’un des gardes. La flèche toucha l’estomac de l’homme, Mark pouvait être fier de ce tir. Oswald décrocha une nouvelle consigne.

« Souvenez-vous, quand la barrière est anéantie, Brasier et Histoire doivent faire diversion ! »



Plume et Eyrick échangèrent un regard complice et se comprirent par la seule image que la jeune fille transmit. L’homme déploya un cercle magique et une horde d’animaux apparut autour du groupe. Une nouvelle meute de loups translucides, des fantômes nés des contes oubliés. Toute cette faune se précipita et élimina les deux derniers hommes alors que le groupe pénétra dans le couloir serré du sanctuaire. Tout le monde descendit de leur monture et chacun se divisa conformément aux plans d’Oswald.

Le sanctuaire des Leoni

« Eyrick, Rudolf, à gauche ! »

Ils observèrent le bâtiment duquel émanait la plus vive énergie magique. Malgré les colonnes de lumière qui s’évadaient de certains toits en hauteur, c’était la petite maisonnette la plus éloignée qui consistait la source de la barrière. Le trio s’avança doucement, à pas lents, sûr de lui, alors que les autres s’occupaient de leur propre tâche. Un épais blizzard vint les entourer avec hostilité, les menaçant de mort s’ils ne se dépêchaient pas de renter à l’abri du vent.

« Vous là ! s’exclama un homme musclé armé d’une hache.
— Je m’en occupe, fit la plus jeune.
— Vous êtes sûre ?
— Je suis la Plume, Eyrick. »

Elle s’avança doucement vers l’homme qui faisait tourner son arme tel un primate armé d’un bout de bois. Elle sauta sur le côté pour esquiver l’attaque ascendante et posa délicatement trois doigts sur le front du gorille humain. Des volutes de lumière dorée vinrent danser autour de sa main. Elle ferma les yeux et l’homme fit de même.

« Accepte de voir ce que le destin te réserve et consens. »

Dans cet instant intime, l’homme lâcha son arme, alors que Plume revenait vers ses deux camarades. Il regarda les trois individus s’en aller doucement, sans réagir.

« Qu’avez-vous fait ?
— Il ne se souvient même plus de ce qu’il faisait ici.
— Il a vraiment consenti à se faire effacer la mémoire ?
— Bien sûr, affirma-t-elle platement, le souvenir du carnage qui a eu lieu à l’entrée a suffi pour lui faire préférer l’oubli à la mort. Quel imbécile.
— Pourquoi ne pas faire ça sur tout le monde, tenta la brute, Rudolf.
— Hélas, celui-ci n’a pas été courageux car il était seul. Autrement, nous ne ferions que galvaniser les troupes. »

Le petit groupe s’approcha de la maison. Une douce mélodie de violon émanait de cette cabane. Eyrick ouvrit le livre et celle-ci disparut aussitôt. Ils étaient désormais tous les trois dans une forêt, en pleine nuit, dans laquelle soufflait le blizzard de la barrière. Une illusion perfectible, puisque l’on pouvait voir les mirages qui se formaient autour des traits flous de chaque feuille. Cependant, elle permettait au duo Engelwald de se battre en terrain connu.

Le violoniste, imperturbable, continuait sa mélodie sans tenir compte du changement de décor. Il se tenait sur un lac gelé qui se mariait à merveille avec le décor nouveau. Des patins à glaces chaussés, il décrivait de petits cercles rythmés sans s’arrêter de jouer. Le musicien fut rapidement encerclé par une meute de loups et dans les arbres, de nombreux hiboux fixaient avec attention la scène qui se déroulait sous leurs yeux.


La magie d’Eyrick Engelwald – Le petit chaperon rouge revisité:

« Bienvenue à vous, chers invités. J’avais hâte de jouer mes mélodies à un tout nouveau public. »



 Infiltration


Mon oncle et moi avions pénétré l’intérieur du village. Se faufiler entre les nombreuses maisons n’était pas compliqué, car il connaissait les lieux par cœur, ayant grandi ici. C’était un atout : le blizzard de la barrière nous privait de toute visibilité supérieure à trois mètres. Je sentais le vent s’engouffrer dans mes vêtements, nous devions faire vite si nous ne voulions pas mourir de froid.

L’amulette de Plume émit une légère magie et un souvenir me revint. C’était l’image du violoniste qu’ils venaient de rencontrer. Ils allaient donc devoir combattre. Plume était-elle réellement capable de se battre ?


« Liesel ! »

J’entendis mon nom à travers le pendentif, comme si l’on venait de m’appeler pourtant il n’y avait eu aucun bruit. Je me précipitai près d’Oswald, qui observait les gardes sur la place. Légèrement anxieux, je posai ma main sur mon bras blessé, j’espérai que cela ne me gênerait pas.

« Il y en a trois. Prêt ? Alkael, aanval ! » murmura le commandant.

La chienne fila et mordit avec violence l’un des hommes. Une flèche tirée par Oswald tua net un deuxième. Alors que le troisième leva son épée vers mon animal, je filai, dague en main, parer l’impact et poignarder l’homme. Manier ma dague de la main droite, je n’avais pas l’habitude…

« On continue. »

Nous poursuivîmes au cœur du village qui était suspendu sur une petite arche de glace. L’architecture, pour peu que nous pussions la voir, ressemblait fortement à la petite maison d’Oswald. Il était évident qu’il s’était inspiré des maisons de sa terre natale pour construire la sienne. J’avais toujours aimé la décoration, mais savoir qu’elle appartenait à des barbares me donnait la nausée.

Mon oncle décocha une nouvelle flèche et Alkael traîna le corps à l’abri des regards. Mes jambes tout entières semblaient congelées, bouger était difficile. Mon parent suggéra de nous mettre à l’abri de cette tempête dans la petite grotte de l’autre côté de la rue. Il fut aisé d’y arriver, après avoir tué les deux qui montaient la garde.

Nous nous assîmes et il me prit contre lui pour me réchauffer. Si j’avais été enfant, j’aurais probablement apprécié ce geste, pourtant il émanait une émotion sombre.


« Tonton, quelque chose ne va pas ?
— Nous faisons ça pour ta mère… mais nous sommes en train de mettre à mort des gens que je connaissais… Hilda était à l’entrée. Quand j’étais enfant, elle donnait parfois des bonbons quand on la croisait, avec ta mère. Sven, qui montait la garde, était le garçon avec qui Cläre passait son temps à se battre. J’étais persuadé qu’ils finiraient ensemble… Mpf, il faut croire que non.
— Je n’avais… pas pensé à ça…
— J’ai fait mon choix. Celui de trahir le clan avec elle et de m’enfuir, pour la protéger. Enfin, c’était plus elle qui me protégeait. Elle a l’air de ne pas faire attention, mais elle se fait probablement plus de soucis qu’Eyrick.
— Oui… J’avais peur qu’elle tente de nous arrêter pour nous éviter un sort dramatique.
— Ah ça, elle en serait bien capable… Il faudra sûrement se battre contre elle. Enfin, Eyrick ou toi devraient réussir à lui faire changer d’avis.
— Pas toi ?
— Non… Les mots qu’elle dirait pour tenter de me convaincre, je me les répète depuis des années…
— Tu… regrettes ? D’avoir quitté le clan, je veux dire. »

Il prit une grande inspiration et s’éloigna de moi, laissant Alkael le soin de me réchauffer. Ses poils étaient froids, couverts de neige et de sang. Elle avait besoin d’un bon bain. Mon oncle ne répondit pas de suite, il réfléchissait à ce qu’il disait.

« Ecoute, Liesel… Je ne l’ai pas dit aux autres, encore moins à toi. Ce n’est pas mon cas, ni celui de ta mère, ce n’est même pas une généralité d’ailleurs, mais certains membres du clan Leoni sont… ils pratiquent certaines formes de magie noire et de nécromancie.
— Quoi !?
— Si nos dirigeantes portent le même nom depuis des années, c’est parce que la lignée perdure et que Némée première est encore en vie après plusieurs générations. C’est une liche. »

Des mages noirs ? Etonnamment, cette information ne me fit ni chaud ni froid. Seule l’envie de les exécuter un à un s’était amplifiée. Des mages noirs détenaient ma mère. Ils périraient, ce n’était pas un problème. Oswald regrettait peut-être sa vie d’avant, mais ma mission était claire, je devais secourir ma mère et mettre un terme à ces pratiques profanatrices.

« D’accord, répondis-je.
— Je m’attendais à une réaction plus vive.
— Ça ne change rien au fait qu’ils périront.
— Oui, je vois… Liesel, ne traînons pas ! »

Dès qu’il eût prononcé ces mots, un message de l’équipe Brasier arriva par l’amulette. Ils avaient éliminé tous les patrouilleurs, ne restaient que les gardes autour de château, le village était nettoyé. Ysaline avait fait du bon boulot…

Nous sortîmes avec précipitation et montâmes les escaliers pour arriver sur une petite place. Face à nous, il y avait un pont au bout duquel flottait une maison, dans les airs. Alkael aboya en voyant ce bâtiment léviter.


« Qu’est-ce qui ne va pas ma petite ? »

Elle aboyait, couinait, grognait, comme si elle ressentait un mal-être qu’elle ne savait exprimer par des signes qu’elle connaissait. Mon oncle commençait à gémir.

« Oh non… Pitié… Qu’elle soit maudite… Liesel ! Retire le pendentif que je t’ai offert ! »

 …


Alkael partit en courant vers la source de ce mal. Nous la suivîmes au pas de course. Quand nous entrâmes dans cette maison, le corps de ma chienne reposait sur le sol, inerte. Au centre de l’unique pièce, une femme dansait tout en chantonnant, entourée d’une fumée noire. Sa robe ne constituait clairement pas une tenue de combat. En observant plus précisément les volutes de fumée qui l’entouraient, je compris pourquoi mon cœur se serra tout à coup.

Cette même brume noire s’évada du corps de ma chienne, que je tentai de réanimer inutilement.


« Inutile de t’en faire pour Alkael, mon petit, elle est morte. J’étais étonnée de sentir mon pendentif jusqu’ici. Tu as donc fini par revenir, mon cher petit Oswald.
— Baasje ! »

Elle venait de tuer Alkael. Ma camarade, celle qui avait été près de moi pour surmonter mes périodes sombres. Elle m’avait aidé à combattre la vouivre, on s’entraînait ensemble. Et elle venait de la tuer, comme s’il ne s’agissait que d’un maigre insecte !? Je me fichais de ses pouvoirs, quels qu’ils fussent, elle allait subir le même sort.

« Ah, non, pas de deuil, elle n’est pas morte, corrigea-t-elle d’un ton maternel malsain. »

Les volutes de fumées s’unirent et Baasje commença à danser doucement, prenant la main, ou plutôt la patte, d’animaux brumeux qui flottaient autour d’elle.

Baasje Leoni:

Voilà donc ce à quoi Oswald faisait référence lorsqu’il parlait de magie noire. Elle allait utiliser l’âme d’Alkael contre moi. Je sentais pourtant toujours la présence d’Alkael à travers son pendentif. Nous étions toujours connectés.

« Oh je te demande pardon, Liesel, reprit-elle, je n’ai pas l’habitude d’expliquer mes pratiques.
— Je me fiche de vos méthodes, je vais vous faire payer ! »

Je sortis ma dague et m’élançai vers elle. Oswald tendit le bras et me retint malgré moi. Pourquoi !?

« Tu ne pourras pas la battre, c’est elle qui m’a appris tout ce que je sais sur le domptage des loups. Non seulement elle est trop forte pour toi, mais elle sait tout de moi, je ne peux la combattre.
— En effet. Je ne suis pas là pour vous arrêter, ce n’est pas mon rôle. Il a des gardes pour cela.
— Comment connaissez-vous mon nom ? Parlez !
— Liesel, tu es capable de mieux que ça. Tu as été plus intelligent face à la vouivre. »

Je fronçai les sourcils et compris aussitôt. Le pendentif qui portait son nom. Elle l’avait créé, par magie noire. En volant Alkael, elle avait volé notre lien que créait ce pendentif. Je devais le retirer !

Je saisis l’objet qui pendait à mon cou, quand une énergie sombre et menaçante parcourut ma main, une magie ténébreuse. J’avais été stupide : l’amulette était la seule chose qui me retenait encore à Alkael.


« Ah ah ah, un peu de calme. Je retiens ton amie en otage. Retire l’amulette, tu couperas le lien qu’il lui reste avec le monde des vivants. Asseyez-vous, je vais vous servir un thé. »

Que voulait-elle ? Nous devions négocier ? Nous pouvions tout aussi bien quitter la pièce pour retrouver ma mère, mais elle retenait en effet Alkael. J’envoyai un message par le biais de l’amulette de Plume pour informer le groupe de la situation. Mon père répondit : le souvenir brumeux d’un affrontement. Par chance, tout se passait pour le mieux du côté d’Ysaline.



« Bienvenue à vous, chers invités. J’avais hâte de jouer mes mélodies à un tout nouveau public. »

Lutz Leoni:

Plume était la plus intelligente et elle comprit que c’était la musique qui, à certaines fréquences, faisait vibrer les grands cristaux et produisait la barrière. Pourtant ces cristaux étaient invisibles sous l’illusion d’Eyrick. Elle connaissait ce terrain et s’y était déjà battue. C’était ensemble qu’ils s’étaient entraînés, lorsqu’elle était arrivée au village, les premiers jours. Elle n’en avait aucun souvenir, pourtant elle s’était habituée à cette étrange sensation de déjà-vu et savait que ce terrain illusoire serait un atout.

« Le tour que j’ai fait tout à l’heure ne fonctionnera pas, celui-là a une tâche bien précise.
— C’est à moi qu’il incombe en effet de maintenir la barrière. Cependant, il s’agit plus d’un plaisir que d’une mission purement professionnelle. »

Sur ses patins à glace, il continuait à tourner très lentement, sur le lac gelé qu’offrait la forêt d’Eyrick. Ses solos de violons étaient très plaisants à l’oreille des trois sauveteurs, pourtant il s’agissait de ce qu’ils devaient précisément interrompre. Le blondinet leva l’archet de son instrument et salua dignement son auditoire.

« Ainsi, ce sera un combat. J’espère que notre danse saura honorer les sonorités qui la porteront. Je m’appelle Lutz Leoni, c’est un honneur.
— Soyez prudents… dit Eyrick, inquiet pour sa protégée et la brute.
—Je vais me le faire. » grogna Rudolf.

Il leva son espadon de toutes ses forces et l’abattit avec fracas sur le sol gelé. À la place de la cible ne restait qu’une marque dans le sol, témoin de l’agilité du violoniste.

 Groupe Histoire contre Lutz !


Le groupe n’eut pas le temps de constater que le musicien avait disparu qu’une des lames sur laquelle il glissait venait de tailler à plusieurs reprises l’armure que le chasseur Nibelugen portait.

La brute tourna sur lui-même, son épée tendue en avant, mais il ne put constater ses bras sanglants que le patineur venait d’ouvrir.


« Une telle rapidité, c’est inhumain… »

La meute de loups fantômes qui menaçait Lutz s’attaqua soudainement à lui, pourtant sa danse était trop rapide pour que les canidés pussent espérer l’attaquer. La musique résonna dans la forêt comme si l’acoustique avait été parfaite pour ce combat. Un froid sanglant paralysa le père qui ne sentait désormais plus ses jambes ni ses mains.

Plume restait en arrière, alors que l’imposant chasseur tentait un nouvel assaut beaucoup trop lent. Il n’en ressortit encore qu’avec des blessures.

Lutz riait d’une telle situation, décrivant des cercles dans la glace, cette fois-ci beaucoup plus rapide. Quelques mots réussirent à s’échapper de la bouche gelée du père.


« Brüderchen… u-und Schwesterchen – Quelle : Der… mich t-t-… trinkt, wird e-ein… Tiger ! »

Une eau magique sortit du livre d’Eyrick et au contact de celle-ci, l’homme devint un tigre.

« Lutz Leoni, quel est ton point faible..? » s’énervait la fille à l’arrière.

Le tigre tentait de griffer l’homme qui filait comme le vent sur un iceberg. L’agilité de cet homme, décuplée par ses glissades, le rendait intouchable. Les hiboux perchés dans les arbres posaient tous leur regard accusateur sur cet adversaire.

« Un tigre, voilà un défi ! »

Le patineur contourna toute la zone de combat puis revint en son centre en un instant, avançant à reculons. Eyrick tenta de profiter de l’ouverture qu’il venait de voir, mais Lutz sauta et pivota, balafrant l’homme sur toute la diagonale du visage. Il atterrit avec douceur et continuait de tourner autour des trois combattants, dans l’autre sens.

« Eyrick ! »

Plume se précipita pour aider son camarade à se relever et pouvait constater l’ampleur des dégâts. Le blessé respirait difficilement et reprit son corps d’humain.

« Alors, tu as trouvé ? »

Plume se retourna et expliqua à haute voix les informations qu’elle avait observées à travers les yeux de ses animaux. Enfin, c’était le souvenir que le trio aurait de ces explications, transmises par le biais de l’amulette.

« On pourrait croire qu’il est agile, mais ce n’est pas le cas. La musique anime la glace. C’est un très bon patineur, je dois l’admettre, mais il ne doit pas toute sa réussite à ce talent. C’est pour cela qu’il joue en continu alors qu’il n’attaque que très peu. »

Une fausse note tout à fait volontaire dissona du reste de la mélodie dynamique et la forêt disparut aussitôt. Le quatuor était à nouveau dans le bâtiment qui recelait les cristaux de glace dont la barrière tirait son énergie.

« Il ne faut pas les détruire, nous ne savons pas où en sont les autres ! » rappela la chef d’opération.

Les trois camarades virent dans leur mémoire l’avancée de Liesel et d’Oswald, qui faisaient désormais face à Baasje. Plume fit donc un rapport de la situation de son côté.

Eyrick possédait peu d’attaques mais Rudolf tentait toujours en vain, sachant très bien qu’à ce rythme, il finirait par succomber à toutes ces blessures.


« J’ai exactement ce qu’il faut… Die Bienenkönigin – Ameise ! »

Eyrick arracha l’une des pages et la jeta au sol. Celle-ci devint noire et grouillante, si bien qu’elle se dispersa en millier de fourmis qui se déployèrent sur la glace.

« Pourquoi ce sort ? » demanda Rudolf qui était au bout de ses forces.

Les petites bêtes avaient toutes disparu sur la glace.

« Enfin mon cher, se vanta Lutz, elles creusent des galeries dans la glace pour la fragiliser. »

Le violoniste s’arrêta de glisser et son archet frotta les cordes à une vitesse de virtuose. Sa musique s’amplifia et le cristal chargé de magie réagit. La température du lieu chuta dangereusement, si bien que Rudolf était désormais inerte, le sang gelé et qu’Eyrick tenait à peine debout, les jambes atrophiées. Plume quant à elle, faisait son possible pour intégrer le souvenir d’un feu bien chaud, ce qui n’avait pas grand effet.

« Quel dommage que celles-ci ne travaillent pas pendant l’hiver. » s’amusa Lutz.

Une nouvelle note dissonante retentit et les galeries dans la glace se rebouchèrent toutes seules. Une fausse note réagissait et annulait donc les sorts. La jeune femme se releva avec difficulté et lança ses ordres à son équipe, par la télépathie de l’amulette.

« Relevez-vous ! Il se joue de nous ! Il ne réalise seulement pas qu’il dévoile ses cartes alors que je n’ai abattu aucune des miennes. Eyrick, la Plume te demande d’honorer tes serments et de sauver ton clan. Rudolf, il en va de même pour la tribu alliée que tu représentes. »

Ils ne comprirent pas cet élan d’autorité, pourtant l’image de Cläre se fit si forte dans l’esprit du mari que tous ceux qui portaient l’outil de communication purent la voir. Il ouvrit son livre et toutes les pages se détachèrent, tandis qu’Eyrick se lançait dans une psalmodie déclamée dans des dialectes nordiques.

« Rudolf, protège-le ! »

Le chasseur se releva et lança une nouvelle fois l’assaut avec son espadon. Il réussit à esquiver les lames, en retour. Il comprit que les attaques verticales étaient inutiles. Plus la zone qu’il couvrait était grande, moins Lutz pouvait riposter.

De nombreux sorts entouraient Eyrick, qui déclamait à haute voix chacun des contes qu’il connaissait et que le livre pouvait concrétiser : trois murs protecteurs l’entouraient, de même qu’une meute de loups. Des centaines de fourmis, d’abeilles, d’autres animaux plus incongrus les uns que les autres étaient dans cette forêt, réapparue. Chacun d’eux, translucide, scintillait d’une couleur rose et violette du plus bel effet.

Cependant Lutz n’était pas stupide, il changea rapidement de cible pour se diriger vers Eyrick. Voyant tous les sorts que son adversaire lançait, le violoniste dut se résoudre à jouer la cacophonie la plus totale afin de tous les dissiper. L’homme pleurait en écoutait les sons disharmonieux qu’il produisait.

« Pitoyable. Où est Cläre ? »

Plume s’avança vers lui en marchant, imposante, malgré son corps frêle, par le regard de jugement que ses yeux émettaient à travers la capuche qu’elle venait de remettre. L’ennemi fit mine de ne rien entendre, ne bougeait plus, continuant l’horrible requiem qu’il dédiait à Eyrick.


« Où est Cläre Engelwald !? »

Une corde du violon céda. Lutz ferma les yeux, immobile, faisant le deuil de son arme, outil et compagnon. Plume apposa sur le front de l’homme sa main avec douceur et sa voix tonna à travers la pièce plongée dans le silence total.

« OUVRE LES YEUX. »

La musique reprit à un volume assourdissant et émanait du contact des deux individus. Dans le cristal de glace, tous pouvaient voir des fragments de vie de Lutz que la Plume voyait. Entouré de hiboux, le duo communiait alors que Lutz voyait littéralement sa vie défiler devant ses yeux. Plume lui montra chacun de ses souvenirs, les bons comme les mauvais moments. Elle lui montra le sort qui l’attendait et qui avait été infligé aux autres. Elle lui montra ce qu’il se passerait après sa mort.

« Tu as vu. Accepte de nous aider et nous t’épargnerons.
— Tu as une magie fascinante, ma chère. J’ignore comment tu as pu voir ce que tu as pu voir, mais sache cela : le fragment d’homme qui reste de moi se battra pour honorer la mémoire de ce violon qui aura servi dans cette lutte pour le clan Leoni. »

L’un des patins s’éleva et pourfendit le corps de la jeune femme qui s’écroula. Lutz s’évada en tourbillonnant, dessinant dans la glace des cercles qui se faisaient de plus en plus petits. Eyrick comprit rapidement de ce dont il s’agissait, pourtant il ne pouvait laisser la jeune fille qu’il avait recueillie au centre de ce tourbillon gravé.

« Que Némée m’accorde son pardon ! » hurla l’homme en larmes.

Les figures dessinés s’illuminèrent avec le grand cristal et révélèrent un puissant cercle magique. Une déflagration fit trembler les montagnes et son écho résonna jusque dans les entrailles du château. Le calme revint, la barrière disparut.



 Élimination des patrouilleurs


L’équipe d’intervention venait tout juste de pénétrer dans le sanctuaire et s’était divisée en trois groupes, conformément au plan. Si l’équipe Meute devait s’infiltrer à travers le village et que le groupe Histoire devait abaisser la barrière qui menaçait les deux autres équipes, Brasier devait quant à lui éliminer au plus vite les patrouilleurs. Ils avaient pour cela mis au point une méthodologie simple mais efficace.

« Alors on procède comme… c-… c-… comme on a dit ? s’inquiéta l’archer qui bégayait.
— En effet. Yolagaar, tu y vas ! »

L’oiseau de feu volait au cœur du blizzard gelé dans lequel s’était plongés Liesel et Oswald. Ses plumes brillaient vivement, émanaient une chaleur qui lui permettait de rester en vie. Après quelques rondes, l’oiseau put redescendre faire son rapport.

Grâce à un enchaînement de petits cris, il put se faire comprendre d’Ysaline.


« Quatre miradors et six qui font des rondes. Je m’occupe des miradors, partez devant !
— Tu es sûre de toi ? demanda Abelin.
— Evidemment. »

Yolagaar fit le tour de sa maîtresse et plongea vers son poignet. Ce dernier s’entoura d’un énorme bracelet décoré d’un symbole de phénix. Grâce à cela, Yolagaar pouvait directement contrôler les oiseaux de feu qu’Ysaline créait et ainsi diriger ses attaques vers les miradors.

Cependant ce n’était pas l’objectif pour l’instant. Faire exploser chacune des tourelles attirerait l’attention et ce n’était pas ce qui était désiré pour le moment. Il fallait que la barrière soit abaissée.

Le groupe Histoire faisait actuellement face à Lutz, qu’ils venaient de rencontrer. Il fallait donc que l’équipe Brasier s’occupe des gardes sans trop attirer l’attention.

Ysaline invoqua plusieurs rapaces qui parcoururent les zones pour dénicher des éventuels embusqués et s’occuper d’eux. Le duo s’était avancé en surplomb du village et voyaient, de là où ils étaient, la progression de la Meute. La pyromancienne le rejoignit rapidement.


« Nous en avons eu trois, Meute a eu les trois autres. Il ne reste que les sentinelles.
— Vous êtes sûrs que nous sommes à l’abri des regards ici ?
— Yolagaar a dissimulé une de ses plumes au pied de chaque mirador. À mon signal, elles exploseront. Les Leoni ne verront rien venir. »

La jeune fille referma autour d’elle sa cape, pensant sa tâche terminée pour le moment et en informa le reste des combattants. Elle s’assit sur le sol, de même qu’Abelin, sur un rocher gelé. Mark quant à lui resta debout, les yeux grand ouverts.

« Mark !? »

Le jeune homme tenta de bégayer quelques mots, mais ses lèvres refusèrent de coopérer.

« Y-Y… Ys-… Ysal-…
— Trop tard ! » déclama une voix d’enfant derrière le chasseur.

La jeune fille se montra et une étoile de glace fit son apparition au cœur de Mark, broyant ses os et ses organes pour faire apparaître le bout de ses rayons hors de son corps. Le chasseur s’écroula, mort.

La pyromancienne retint une remontée face à une horreur pareille tandis qu’Abelin restait impassible devant l’acte que venait de commettre la petite fille.


« Je vous ai vu vous cacher, et attraper les autres ! Je peux jouer moi aussi !? Je vous ai trouvés ! »

Elle leva le bras et des flocons géants se mirent à tourner sur eux-mêmes pour se diriger vers Ysaline, encore sous le choc. Abelin tendit sa lance de glace et para ces derniers pour protéger sa camarade.

« Ma chère Ysaline, ce fut un plaisir de combattre avec un petit brin de femme comme vous. Mais le clan Leoni a des objectifs qui vous dépassent. »

Un couteau de glace pénétra la chair de la jeune femme, qui tomba à genoux devant l’homme qui venait de la trahir.

 Le traitre


« Pourquoi trahir… Lies-… el… ? réussit à demander la mourante.
— Le clan Leoni surveille Cläre depuis des années. Nous ne pouvions intervenir sur les territoires étrangers, mais à Iceberg, nous avons tous les droits, tant que cela reste dans le cadre des affrontements entre tribus. Leoni a envoyé des taupes, aussi bien chez les Nibelungen que les Engelwald. Je pensais que l’épreuve de la vouivre suffirait à calmer les ardeurs du petit, visiblement non. Ce pauvre Mark n’avait rien fait, dommage, il était doué. Tu avais beaucoup de talent toi aussi, mais tu vas bientôt mourir. »

Ysaline ferma les yeux mais l’homme arracha de son cou le talisman. Elle se retrouvait donc seule, face à deux mages, grièvement blessée. Elle savait que si elle faisait vite, la blessure ne serait pas mortelle et qu’elle pourrait survivre, pourtant ses forces la quittaient peu à peu.

« Une taupe chez les… Engelwald ? »

Elle se leva doucement devant le vieillard et la jeune fille. Si Liesel était en danger, elle devait le protéger. Il était le seul en qui elle avait eu jusqu’alors assez confiance pour révéler ses objectifs et si elle mourrait dans ce combat, elle savait qu’il prendrait la suite, pour Yolagaar et pour sa mémoire.

Ysaline apposa sa main contre sa blessure et hurla de douleur alors qu’elle embrasait sa main pour cautériser la plaie qui saignait abondamment. La petite fille lança à nouveau des étoiles. Le bracelet de la pyromancienne se détacha et Yolagaar apparut un instant avant de devenir un grand bouclier qui prit les attaques à la place de sa maîtresse.


Yolagaar – Sceau du Protecteur:

« Argh… huh… gnnh… Ce que je ferais pas pour toi… Liesel… Merci, Yolagaar… »

Elle se releva, essoufflée et à bout de force, mais la lutte ne faisait que commencer. Elle prit le bouclier qui s’embrasa pour ne laisser qu’une fine lame effilée affixée de la même marque de phénix : le Sceau du Bretteur.

« Liselotte, prends exemple sur cette fille, si l’on venait à te faire du mal.
— Papi, je peux enfin te revoir !
— Ainsi tu t’appelles Liselotte, murmura Ysaline avec sarcasme, quelle ironie, n’est-ce pas… dit-elle en souriant.
— Je ne te laisserai pas toucher au moindre cheveu de ma petite fille ! »

Liselotte Leoni:

Le froid glacial de la barrière de blizzard n’atteignait désormais plus Ysaline, furieuse contre l’homme qui venait de la trahir.

« Petite fille ? Comment un traitre ose-t-il se prétendre digne de la moindre cause !?
— Les liens de parentés sont les plus difficiles à briser, ma chère, répondit le vieillard d’un ton hautain.
— Les liens de parent-… »

L’image de son père revint à Ysaline. Elle revit des fragments de son enfance isolée, passée avec Yolagaar. Le château dans lequel elle vivait, dont les murs dégageaient une fraîcheur qu’elle avait toujours détestée.

« Crève ! »

Elle tenta d’enfoncer sa lame dans le corps de l’homme, mais la jeune Liselotte envoya de nouvelles étoiles coupantes en direction de la femme. Elle divisa d’un trait toutes ces scies, d’une coupe horizontale portée avec son épée, et lança à nouveau une attaque.

Abelin para l’attaque ascendante avec une hallebarde de glace apparue dans ses mains. Plus musclé, il asséna un coup violent qu’Ysaline esquiva, répliquant avec plusieurs oiseaux de feu, à leur tour anéantis par des scies de glace.

L’homme s’avança en courant et tenta encore de planter dans la poitrine de la jeune fille la lance qu’il venait de fabriquer, mais l’épée dévia son arme qui s’enfonça dans le sol. Un nouvel oiseau de feu s’échappa de la main de la mage, mais son adversaire put parer à temps à l’aide d’un espadon qui disparut aussitôt.


« J’ai abandonné ma petite fille au profit de cette mission, car je voulais qu’elle vive un avenir meilleur !
— Tu n’es qu’un traître, tu ne mérites aucune famille !
— Chacun de mes actes était dans son intérêt à elle, pour son avenir radieux. »

La jeune femme commençait à se questionner. En avait-il été de même avec son propre père qui l’avait délaissée toute son enfance, trop occupé à commercer avec n’importe qui. L’avait-il mise de côté durant l’enfance pour qu’elle vive un avenir radieux, elle aussi ? Pourquoi ne lui avait-il rien dit dans ce cas ? Ce raisonnement n’avait aucun sens à ses yeux.

« Pourquoi ne pas être resté avec elle, pour profiter du moment présent ? hurla la jeune femme secouée.
— Un futur beau et prospère… N’est-ce pas là le vœu de n’importe quel père ?
— FERME-LA ! »

L’épée d’Ysaline trancha sans la moindre hésitation l’avant-bras du guerrier Leoni qui recula de quelques pas. Ces pas lui furent fatals, puisqu’une salve de rapaces poussèrent l’homme au bord de ce précipice.

« Papi, non ! »

La petite Liselotte se précipita pour tenter de sauver son grand-père, mais la seule chose qu’elle put faire fut d’assister à son dernier instant, lorsque son corps s’écrasât contre le sol.

Elle resta immobile mais rapidement, une chaleur ardente pénétra sa poitrine, une chaleur qui diffusa tout à coup un froid doux dans chacun des membres de la petite, qui s’écroula au fond de ce précipice lorsqu’Ysaline retira son épée.

Elle serra son poing et toutes les plumes autour des miradors explosèrent, alors même qu’une détonation provenait de la source de la barrière qui venait de disparaître.


 Regrets


La calme revint doucement autour d’Ysaline. L’épée reprit sa forme animale. Ysaline tomba à genoux et réalisa les actes qu’elle venait de commettre. Elle venait de tuer un homme et sa petite fille, de sang-froid. Elle regardait ses mains tâchées de sang, se disant qu’elle ne méritait plus aucune forme d’affection.

Son père avait souhaité un avenir radieux et il avait fait d’elle une criminelle. Pourquoi avait-elle dû agir de cette façon ? Un tel comportement était inhumain… Elle avait blâmé Liesel pour s’être défendu, mais elle venait de tuer deux êtres humains pour des raisons personnelles.

Elle s’allongea dans la neige, prises par les spasmes des pleurs qu’elle refusait d’extérioriser, de s’autoriser. Sa blessure faisait mal, brûlait et gelait, pourtant elle n’avait que faire de ce qu’elle pouvait devenir. Sa famille ne l’avait donc pas abandonnée, elle refusait de le voir, elle ne pouvait pas, autrement elle n’aurait jamais vu la vérité. Autrement, elle n’aurait été qu’une enfant capricieuse devenue criminelle par son égoïsme. Elle ne le pouvait.

Tout était la faute de son père, de sa mère, de son frère. Ils l’avaient abandonnée et jamais n’avaient tendu la main assez loin pour qu’elle la saisisse.




Dis-moi Oswald, qu’est-ce qui te pousse à revenir dans le sanctuaire, reprit Baasje après avoir servi nos tasses.
— Cläre.
— Je vois, vous avez toujours été proches tous les deux. Oh ! Mais alors Liesel doit être son fils, n’est-ce pas ? »

Elle m’adressa un sourire maternel, comme une maîtresse d’école à son élève.

« Arrêtez de jouer avec nous, dis-je.
— Jouer ? Non. Je suis simplement heureuse de constater que le clan s’agrandit un peu plus chaque jour. Je suis ravie que vous soyez revenue, cela signifie qu’Abelin va enfin pouvoir retrouver sa petite fille.
— Comment !? Abelin est un Leoni !? »

Je me levai avec précipitation, Ysaline était avec lui et je ne pouvais laisser cela se dérouler ainsi. Pourtant Baasje émit un soupir désapprobateur. Le collier que je portais vibra d’une énergie lourde qui me força à m’asseoir contre mon gré.

« Le chien est le meilleur ami de l’homme, très cher. Il ne faut pas abandonner Alkael.
— Vous l’avez tuée.
— Allons… j’ai simplement rallongé son espérance de vie de quelques siècles.
— Je tue les mages noirs.
— Nous tuons les traitres. Alors profitez de ce thé puisqu’il s’agit de votre dernier. Je ne vais pas me battre contre vous, ce n’est pas mon genre. J’attends simplement le bon moment pour vous laisser partir. Qu’importe. Mon cher Oswald, pourquoi es-tu ici ?
— Cläre. Je vous l’ai dit.
— Je te connais depuis que tu es enfant, tu devrais savoir que me mentir ne mène à rien. »

Oncle Oswald restait totalement silencieux. Est-ce que la raison de ce silence avait un rapport avec ce dont il m’avait fait part, plus tôt. Il regrettait sa vie d’avant… Il regrettait la vie auprès de mages noirs…

« La vie était simple, ici. Nous jouions dans le château avec Cläre… ma petite sœur. Je savais qu’elle finirait par devenir reine, car le clan ne choisit que des femmes. Mais tout était calme. Pourtant il a fallu qu’Eyrick débarque pour ce maudit livre…
— Tonton…
— S’il n’était jamais venu, nous aurions pu poursuivre notre vie tranquille ! Mais… Baasje, laissez-moi être parfaitement clair avec vous, je vous dois l’honnêteté pour tout ce que vous m’avez appris. Je viens pour sauver Cläre, car j’ai choisi de la protéger et de m’enfuir avec elle.
— Je vois, fit-elle tristement. Je comprends. Qui sait, j’aurais probablement fait de même si tu avais été en danger.
— Je ne suis pas lié par le sang.
— Certes, mais je pensais que te voir ici signifierait que nous pourrions continuer nos entrainements ensemble. Va, sauve ta sœur. Oh, et je vous rends Alkael. Je ne comptais pas lui faire de mal, je voulais simplement vous retenir quelques temps, désolée Liesel. Tu peux continuer à utiliser mon pendentif, ça me touche qu’il te l’ait légué. »

Les portes s’ouvrirent et le froid rentra dans la pièce, dissipant la fumée qui entourait cette femme. Alkael s’entoura d’un nuage noir, lorsqu’un petit couinement témoigna du fait qu’elle était en vie. Je me précipitai vers elle pour la prendre dans mes bras, alors qu’Oswald restait debout face à son mentor. À quoi jouait-elle, cette femme ? Pourquoi ne voulait-elle pas nous arrêter ?

« Adieu Oswald, au moins aurais-je pu te revoir une dernière fois. »


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Liesel Engelwald
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Jeu 08 Juin 2017, 21:02
         

Ragnarök

Partie III – Sauvetage



 It is time.


Nous sortîmes vers les escaliers qui menaient au château. Tout à coup, nous entendîmes aux quatre coins du sanctuaire des explosions, dont les échos se mêlaient. La plus bruyante d’entre elles provenait de là où se trouvait mon père. Celles-ci semblèrent tirer mon oncle de sa bulle et le faire réaliser ce pour quoi nous étions là.

« Oswald ! Cläre est censée être au château n’est-ce pas !?
— Oui… J’arrive, Cläre ! »

Nous grimpâmes les interminables marches en direction du château. Nous comptions sur la diversion des deux autres équipes, pourtant je m’inquiétais de n’avoir aucune nouvelle des autres. Nous devions pourtant faire vite !

Plusieurs gardes tentèrent de nous arrêter en chemin, mais ce fut inutile, car mon oncle s’était résolu à les exécuter pour sauver sa sœur.

Arrivés sur la place devant le château, je réalisai que cette tâche serait plus difficile que prévu. Un énorme lion blanc se tenait fièrement devant les portes.


La mascotte des Leoni:

« Ce lion…
— Tonton, sauve maman, je m’en occupe.
— Non, Liesel… Je ne veux pas te laisser affronter ça seul… Je ne veux pas affronter ce qu’il y a derrière ces portes seul non plus... »

Il porta à sa bouche ses mains et un sifflement strident retentit entre les murs du sanctuaire. Une meute de loups sauvages ne tarda pas à venir nous aider. Le lion dévora en une bouchée le premier, tandis que je lançai vers lui plusieurs lances de papier qui se plantèrent dans sa peau. Je compris qu’il n’en avait que faire quand il cracha un souffle glacé vers trois autres loups qui périrent de cette attaque.

Un lion de papier, aussi grand, se jeta sur notre adversaire qui eut tôt fait de le réduire en lambeaux. Un gâchis d’énergie magique. Mais mon oncle avait su tirer avantage de l’ouverture pour tirer une salve de flèches dans le dos de la bête, qui ignorait totalement les impacts qu’elle recevait.


« Liesel, c’est inutile, c’est une bête magique… Baasje a dû la renforcer…
— J’ai affronté pire ! »

Alkael se précipita sur la bête et lui mordit la queue. Provoquée, le lion tentait de mordre la chienne qui succomberait à coup sûr d’une telle attaque.

Je sortis ma dague et, comme pour la vouivre, je grimpai sur le dos du lion à l’aide de ma dague et de mon unique bras utilisable. Celui-ci tournait, mais en me sentant contre son dos, il se cabra. Rester accroché fut compliqué, pourtant Oswald put ainsi tirer plusieurs flèches dans le ventre de la bête, qui montrait des signes de fatigue à cause de ses blessures.

Le lion se débattit de plus belle et mon corps vola à quelques mètres, près du bord de la place qui signait ma chute dans le village. Par un miracle d’agilité qui m’étonna, je réussi à me réceptionner sur ma main et tomber sur le sol, sur les fesses, avec pour seule douleur un poignet bêtement tordu.

La bête était pourtant assez rapide pour profiter de mon immobilité et grimpa sur mon ventre, posant l’une de ses pattes sur ma blessure, l’autre sur mon autre bras. Trop lourd pour que mes pieds puissent me sortir de cette situation, le lion me menaçait en montrant ses crocs alors que la douleur qu’elle provoquait était horrible… J’avais beau appeler mon oncle, personne ne venait à moi, ni même Akael qui aboyait, impuissante.

J’entendis juste la voix de mon père qui cria mon nom alors qu’une nuée de hiboux entourait le lion, qui en avala plusieurs d’une traite, me laissant m’évader.


« Papa ! Plume !
— Où est ton oncle !?
— Il était là il y a quelques secondes, dis-je en constatant la porte du palais entre-ouverte.
— Eyrick, attention ! »

Je dressai un mur de papier pour protéger mon père, qui ne résisterait pas bien longtemps aux assauts répétés du monstre.



L’origine de cette explosion dont avaient profité Liesel et Oswald était, d’une part, les bombes posées par Ysaline et d’autre part, le cercle magique au cœur duquel s’étaient trouvés Eyrick et Plume. À l’épicentre, les dégâts qui leur avaient été infligés étaient importants.

« Plume, Plume, dites-moi que vous allez bien !
— Je… oui… »

La jeune femme était faible, pourtant ce fut Eyrick qui s’évanouit. Elle mit quelques secondes à retrouver ses esprits. Rudolf était bel et bien mort dans l’explosion glacée, car il n’avait pas été protégé par la triple barrière qu’Eyrick avait invoquée.

En réunissant ses dernières forces, la femme dispersa dans le sanctuaire plusieurs hiboux afin de connaître la situation de tout le monde. Elle sut alors qu’Ysaline était allongée, immobile sur le sol et que les garçons faisaient face à un lion imposant devant les portes du palais. Elle nota donc une erreur qui pourrait être fatale : personne ne faisait diversion et le duo était pleinement exposé.


« Eyrick ! Eyrick ! Eyrick Engelwald ! Ton fils est en danger !
— Je… ne…
— Si tu ne te lèves pas maintenant, tu faillis à ton serment de défendre l’honneur d’Yggdrasil, tu faillis à ton serment de protéger ton fils, tu faillis à ton serment de protéger ta femme. »

Il se leva, avec beaucoup de mal, mais il réussit à tenir sur ses deux pieds. L’énergie revenait tout doucement, mais le duo devait déjà faire route vers le château avant que le reste de l’équipe ne périsse. Ysaline était en vie, ce n’était donc pas la priorité.

En arrivant sur les lieux, ils purent voir Liesel, seul, sous les menaces d’un lion géant dont la gueule crachait des nuages de froid. Eyrick était vidé de toute énergie et la seule chose que Plume put faire pour sauver l’un des siens fut de sacrifier plusieurs hiboux au nom d’un Engelwald et de l’élu par l’Ancien.


« Papa ! Plume !
— Où est ton oncle !?
— Il était là il y a quelques secondes, répondit l’albinos, confus.
— Eyrick, attention ! »

Un mur de papier entoura le trio ainsi que le chien pour les protéger des attaques de la bête qui voulait leur peau. Cependant Liesel s’échappa par ce même mur qui le laissa passer.



Ayant pris de l’élan, je glissai sous le ventre du lion avec agilité. Ma dague dans la bouche, la pierre de Tesla dans la main, un éclair rose sonna le monstre qui perdit ses esprits un instant suffisant pour que je saisisse à nouveau ma dague et ouvre la panse de la créature, qui s’écroula de justesse sur moi.

Le mur de papier disparut et révéla Plume et Eyrick les mains levées, entourés de chasseurs qui les menaçaient avec divers armes. Je voulus m’avancer, mais au premier pas que je fis, la voix d’un des soldats m’imposa de rester immobile.


 Prisonniers


On nous amena dans les murs du château. Ysaline arriva elle aussi, escortée par des soldats. Son visage semblait vide, elle regardait le sol, abrutie et ne souciait pas de voir qu’elle n’était pas la seule. Elle était toute tâchée de sang… Où étaient Abelin et Mark ?

Le couloir sombre que nous traversions donna sur un nouveau couloir, encore plus lugubre. Je distinguai des barreaux de fer qui témoignaient d’une prison. Nous passâmes plusieurs cellules jusqu’à ce que nous fussions jetés dans l’une d’entre elles.

La porte se referma derrière nous quatre, Oswald était toujours disparu et je n’avais aucune nouvelle des chasseurs Nibelungen, d’Alkael ou encore de Yolagaar.

Pendant que Plume nous racontait ce qu’il s’était passé de leur côté, j’entourai les blessures de mon père de bandages magiques qui cicatriseraient les plaies en un rien de temps. Ysaline quant à elle restait parfaitement silencieuse, toujours avec ce regard vide. Il était facile de comprendre qu’elle avait vécu quelque chose de terrible.

Je m’approchai d’elle et m’assis. Je ne savais pas par où commencer pour qu’elle en parle, mais j’avais le sentiment qu’elle devait en parler, surtout alors qu’elle était prisonnière au beau milieu d’Iceberg, sans aucun repère.


« Ysa… »

Elle rapprocha ses genoux, enfonça sa tête dans ses bras et se recroquevilla sur elle-même.

« Ysaline, ça va aller… Tu n’es plus seule, tu es avec moi… »

Je l’entendis sangloter silencieusement. Je regardais nos deux alliés : Plume restait immobile, debout, à regarder les barreaux, son visage perdu dans des réflexions longues et dignes d’une dirigeante. Son habit était déchiré au niveau du ventre et la plaie continuait de saigner malgré mes bandages.

Je posai ma main sur l’épaule de ma partenaire, qui se laissa glisser contre moi et pleura de plus belle, comme une enfant qui en avait trop vu, qui voulait rentrer.


« Li-… Lies-… -el… »

Elle était prise de spasmes que j’essayais de calmer en caressant sa tête. Qu’avait-elle vu pour être dans un tel état ? J’étais inquiet… j’espérais qu’elle ne serait pas traumatisée définitivement pas les événements qui s’étaient déroulés. Si seulement j’avais pu en savoir plus.

Elle passa un long moment contre moi et s’était petit à petit apaisée, les yeux rougis par les larmes qui avaient coulé avec abondance. Elle finit par réussir à bégayer quelques mots pour nous expliquer ce qu’il s’était passé.


« Nous chassions les p-patrouilleurs, comme convenu… mais… Une petite fille est arrivée et a t-… tué Mark… Abelin s’est… retourné contre moi… C’était son grand père… Et je les ai… je les ai… je les ai tués. Leoni avait des taupes… dans les deux camps…
— Dans les deux camps ? s’inquiéta Eyrick.
— Qui peut bien nous trahir chez les Engelwald ?
— Il suffit de voir qui n’est pas en cage avec nous en ce moment même, suggéra Plume de son ton froid de chef de clan.
— Tu ne crois quand même pas qu’Oswald aurait pu..? Enfin c’est insensé…
— Il est celui qui nous a donné toutes les informations que nous avons. Et c’est le seul qui a réussi à s’en sortir pour l’instant.
— A-Attendez ! Ce n’est pas possible… Il a dit à Baasje qu’il était revenu pour maman… Vous croyez vraiment qu’il aurait pu…
— Yolagaar et Alkael sont avec lui, dit Ysaline malgré la fatigue qu’avaient creusé ses pleurs.
— S’il a pu forcer Alkael par la magie, Yolagaar l’a suivi de son plein gré.
— Il est très intelligent, il sait pourquoi nous sommes là et il ne m’a jamais montré tout ce dont il était réellement capable… Je me demande ce que veut faire ton oncle, Liesel. »

Oswald pouvait-il réellement nous trahir ? Si tel était le cas, je devais l’admettre, même à contre-cœur, ce ne serait pas étonnant. Il l’avait dit à Baasje, il regrettait sa vie simple d’autrefois… Pourtant il nous avait dit qu’il ne fallait surtout pas accomplir la Cérémonie du Pardon.

Etaient-ce réellement leur désir à tous les deux ? Retrouver leur vie auprès des Leoni ? Parmi des mages noirs ? Si tel était le cas, pourrais-je accepter de savoir ma mère au milieu de déchets ?

 Cérémonie du Pardon


Des bruits de pas approchaient, je devinai trois personnes, peut-être deux. Je vis passer devant la grille une chevelure blanche, appartenant à une femme qui n’était autre que ma mère. Elle se tourna vers nous et ouvrit les yeux en grand. Les mains liées, elle restait pétrifiée.


« Vous… n’auriez jamais dû venir à mon secours…
— Ne sois pas stupide, Cläre ! rétorqua Eyrick en se levant difficilement.
— Je suis tellement… tellement désolée… La cérémonie va commencer. Une fois qu’elle sera accomplie, partez. Par n’importe quel moyen, mais je refuse de laisser Némée vous faire du mal. »

Les gardes qui l’escortaient la forcèrent à avancer et quatre autres vinrent nous ouvrir la porte de la cage pour que nous assistions à cette cérémonie. Pourquoi nous infliger ce sadisme ? Etait-ce une volonté de Némée ?

Nous entrâmes dans la salle du trône. Une pièce imposante aux murs sombres. Le type d’architecture était la même que celle des maisons du village, principalement composée de bois rouge. Mon oncle se tenait devant nous, pour nous empêcher d’intervenir. À côté du trône où se tenait une silhouette couverte de vêtements noirs, je pus voir, debout et droite, Baasje.


La salle du trône des Leoni:

C’était donc vrai, Oswald nous avait trahis. Alkael et Yolagaar vinrent vers nous et je compris qu’elle était la taupe chez les Engelwald, observée par Baasje à notre insu. Je ne pouvais considérer les actes de mon oncle comme prémédités…

Ma mère s’avança au centre du hall et la voix fantomatique de la silhouette sombre résonna dans toute la pièce.


« Cläre Leoni, assumes-tu tes actes de trahison envers ton peuple, ton clan et ta lignée ? »

Elle se tourna un instant vers mon père, puis vers moi. Elle afficha un dernier sourire sincère. Je refusais d’accepter ! Je n’allais pas la regarder se sacrifier sans rien faire ! Je voulus sortir ma dague, mais Oswald posa sa main sur mon épaule d’un air menaçant.

« J’assume mes actes et accepte de recevoir la punition qui est la mienne ! »

Elle se mit à genoux et baissa la tête face à sa reine.

« Cläre Leoni, la reine Némée Première accepte de t’octroyer le pardon.
— Merci, mes reines. Je suis prête à prendre la suite, si vous m’en jugez suffisamment digne malgré mes péchés. »

Il y eut un grand silence. L’envie d’exécuter cette manipulatrice de Baasje et ce traite d’oncle montait un peu plus en moi chaque seconde, mais la menace des deux était suffisante pour m’éviter de bouger. Mon père cependant avança d’un pas, lentement, ne montrant aucune hostilité.

« Cläre. Reconsidère cela une dernière fois, je t’en supplie.
— Mon mari… Mon fils… Et toi aussi, Plume, guide de ma famille d’accueil, les Engelwald. Je vous remercie tellement pour ce que vous avez fait pour moi. Ysaline aussi, ajouta-t-elle en souriant alors que ses yeux pleuraient, merci.
— Il n’est pas trop tard… Nous pouvons encore les vaincre et vivre à nouveau comme avant... Je t’aime Cläre…
— Comme avant comment, Eyrick !? Sais-tu ce que j’ai ressenti, toutes ces années ? Je suis partie en trahissant mon peuple, ma patrie, ma famille, là où j’ai grandi. Que veut dire « comme avant » pour toi ? Les temps où nous vivions à Bosco ? Je ne vivais pas, je fuyais, car j’avais peur. J’ai fait d’autres serments. Et j’ai respecté chacun d’entre eux. Seulement je ne peux pas me laisser impunie pour avoir trahis les miens.
— Cläre, pitié…
— Ne rends pas ça encore plus difficile, je t’en supplie ! S’il vous plaît… Oswald… pardonnez-le… il a toujours voulu retourner ici… seulement il voulait me protéger… Adieu, Liesel, Eyrick. Quand cette cérémonie sera terminée, il se peut que… vous ne me reconnaissiez pas… »

Que comptaient-ils lui faire !? Je ne pouvais pas les laisser…

Baasje apporta le livre dont je reconnus la couverture : Niflheim.


« Cläre Leoni, comme tu le sais, une fois l’esprit de notre chère reine transfusé, ce sera à elle de décider de l’épreuve.
— J’en suis consciente. »

Quel était le bon moment pour agir ? Le moindre mouvement pouvait m’être fatal…

 La naissance de Némée VII


Le livre s’ouvrit et un froid glacial enroba la pièce. Je sentis tout autour de nous une aura sombre et mauvaise se densifier. Etrangement, ma haine s’effaça et fut remplacée par un affreux effroi qui me cloua sur place. Toute ma volonté de protéger ma mère disparut et fut remplacée par la terreur de la perdre. Je me rappelais des mots de l’Ancien, Niflheim était le fragment d’âme de la peur.

« NIFLHEIM, NÉMÉE PREMIÈRE, PÉNETRE LE CORPS DE TA DESCENDANTE ! »

Le froid se fit de plus en plus fort, mais j’étais toujours incapable de bouger, paralysée par l’inquiétude. Je ne voulais pas la perdre… Je n’étais pas prêt… Pourquoi elle ne se débattait pas !? Avait-elle peur, elle aussi ? Il fallait que quelqu’un fasse quelque chose…

Des volutes d’énergie noire volèrent autour du corps de ma mère et se rapprochaient dangereusement jusqu’à, lentement entrer par chacun des pores de sa peau. Un cri de douleur lui échappa. Il fallait que quelqu’un agisse !

La lumière ambiante faiblissait petit à petit, et rapidement, la tension dans ce hall devint écrasante. Mon père ne bougeait pas. Il laissait sa femme subir ce rituel sans la protéger… Il était terrifié, lui aussi… Je ne pouvais pas, je ne voulais pas mourir, je ne voulais pas qu’elle meure...

Des chuchotements de femme dansaient autour des nuages noirs qu’absorbait le corps de maman. Je sortis ma dague, je devais vaincre cette peur. Mon oncle leva le bras et une meute de loups sauvages apparut autour de moi. Je me revis enfant, perdu dans la forêt, entouré de loups, seul… Je voulais ma maman, j’avais besoin d’elle… Je tombai sur le sol et reculai lentement, en pleurs devant ce spectacle qu’il me semblait être le seul à voir.

Les os de ma mère s’échappèrent et une bulle noire se forma autour de son corps alors que les Æthernanos grandissaient autour d’elle. Elle était investie de l’esprit de Némée…

Toute la tension disparut et face à moi se révéla une créature horrible dont le cœur était ma mère.


Némée VII:

La voix de dynastie se réveilla et vibra à l’unisson.

« Ton épreuve, héritière : rachète toi en tuant ceux pour qui tu as trahi ! »

Le monstre leva le bras et une volée de neige brûlante nous balaya à l’autre bout de la salle. Il était trop tard désormais… Ma mère était partie, son corps n’était qu’un vaisseau pour l’esprit de la première reine…

« Eyrick ! Formation de combat ! ordonna Plume qui arborait son visage de dirigeante.
— Comment voulez-vous que… j’affronte Cläre…
— Je suis désolé Eyrick, lança Oswald, selon les règles, l’héritière a le droit de choisir deux aides pour accomplir l’épreuve. »

Une volée de flèches fut tirée vers mon père, que je parai avec un mur de papier. Les loups qui nous menaçaient s’attaquèrent à nous, contrôlés par Baasje et chargés de magie noire. Alkael fut blessée, mais réussit à se défendre contre eux. Je m’étais occupé des autres et Ysaline s’était décidée, en voyant ce qu’était devenue ma mère, à nous aider malgré ce qu’il s’était passé.

Némée poussa un rugissement et une boule de neige géante tenta de nous écraser.


« EYRICK ! Lève-toi et défends ton clan ! »

Plume se précipita devant lui et un hibou géant, fait de bois, prit l’attaque à la place du père. Quand allait-il enfin se lever et combattre à nos côtés ?

Je lança plusieurs petits papiers vers mon oncle, sans retenue face à la traîtrise qu’il nous avait infligée, et l’un d’entre eux coupa la corde de son arc. Je m’approchai et, pris au dépourvu, il ne put bloquer le coup que je venais de porter à sa gorge avec le pommeau de ma dague.

Baasje envoya plusieurs loups fantômes contre nous, qui brûlèrent quand les oiseaux d’Ysaline les rencontrèrent.


« Maman ! »

Elle rétorqua par une gifle si puissante que j’en volai contre l’un des piliers de la salle. Je voyais Plume qui tentait encore de convaincre mon père qui restait immobile. Ysaline quant à elle combattait du mieux qu’elle pouvait, je remarquai seulement alors la blessure brûlée qu’elle avait sur le flanc…

« Papa ! Ce n’est pas en ne faisait rien que tu vas la sauver !
— Bon sang, Eyrick ! »

Plume se tint droite et sa main vola contre la joue de mon père, qui se releva immédiatement.

La salle se transforma alors en une guerre de loups : ceux de Baasje contre ceux de mon père. Plume restait en arrière, savait-elle au moins se battre ?

Ysaline fit exploser un rapace contre Baasje, ce qui attira mon attention. Némée profita de cet instant pour lancer vers moi plusieurs pics de glace. Celles-ci transpercèrent les hiboux que Plume avait déployés pour me sauver.

Je tournai la tête pour la remercier et vis Ysaline plaquée par un des loups noirs. Je lançai plusieurs lames de papier pour le faire reculer et me précipitai vers Baasje. Mage noire, menteuse, manipulatrice, traîtresse, j’allais lui faire goûter ma lame ! Lorsqu’elle me vit, elle tendit la main et une fumée noire s’échappa de mon pendentif. Qu’importait, il était de mon devoir de purifier le monde des mages noirs !

Je plantai ma dague dans sa poitrine mais fus tout à coup mordu de tous côtés par un nuage canidé. J’enfonçai un peu plus mon arme dans le corps de cette ordure. Lorsque je la retirai, les attaques avaient cessé, mais ma mère était toujours au centre de la pièce, enfin, ce qui restait de ma mère. Il était évident que Némée contrôlait ses moindres faits et gestes.


« Ordure… Tu n’es que putréfaction… Némée… Tu vas me rendre ma mère ! »

Je fondis vers la créature en formant puis lançant des petites épées de papier plié. À l’instant où son poing frappa le sol dans une explosion de neige, je reculai tout en attaquant avec des scies. Mes attaques n’avaient aucun effet…

« Liesel ! Récupère Niflheim ! » me lança Plume.

Combattre le feu par le feu… Mais je ne pouvais pas utiliser une magie noire, je ne pouvais le faire alors que j’étais venu ici pour détruire ceux qui l’utilisaient. Pourtant je devais sauver ma mère… Qu’importait, Némée méritait bien plus que la mort.

Le livre vint à moi de lui-même car je lui ordonnai. Il s’ouvrit et ses pages m’entourèrent puis se réunirent à nouveau sous la forme d’un flocon. Le papier se gela petit à petit pour former une étoile aussi effilée qu’une lame de rasoir. J’envoyai celle-ci déchiqueter les deux membres de Némée.

Une fumée noire se forma autour du corps qui tombait au sol et peu de temps après, nous vîmes le corps de ma mère, qui pleurait, étalé sur le sol.


 Doux souvenir


« Cläre ! Attends-moi !
— T’as qu’à te dépêcher, toi aussi !
— Tu ne vas quand même pas chasser des vouivres toute seule !?
— Bah tiens ! Ne me dis pas que t’as peur, hein ?
— N-Non ! C’est même pas vrai !
— Si ! Hahah ! Oswald le froussard !
— Arrête, si Baasje nous entend elle va te punir de vouloir partir seule !
— Je ne suis pas seule… T’es là pour me protéger, grand frère !
—Si tu le dis… Hé ! Attends-moi ! »

« Huh… Huh… Huh… J’y crois pas… On est morts… On est vivants mais on est morts…
— Mpf ! Je t’avais dit qu’à nous deux on pouvait tout faire !
— Sans ma métamorphose en loup, t’aurais rien pu faire…
— Puah ! Arrête de faire le malin tu sais même pas te servir d’une épée !
— Euh… S-Si ! D’abord ! Et tu sais pas tirer à l’arc ! Ah !
— Beeeeeh siiiii ! … Oh ? T’es qui toi ? C’est notre vouivre, c’est nous qu’on l’a tuée !
— Je… Euh… Leoni ?
— C’est notre nom, oui… Tu cherches quelqu’un ?
— Mmh… Eh bien, je cherche le Niflheim…
— C’est nous qu’on l’a, et tu l’auras p-…
— Cläre ! C’était censé être un secret !
— Bah, ça risque rien… Oswald ! Derrière toi ! Je crois qu’on a terrassé le petit mais que la maman arrive à la charge ! »

« Vous vous battez bien… Je suis é… épuis… épuisé…
— Il s’est endormi… petite sœur, on fait quoi ?
— Mmh… Il s’est bien battu ! On le ramène au château ! »

 Victoire


« Je voulais juste… rattraper mes erreurs… »

Nous nous approchâmes de ma mère qui restait allongée sur le ventre. Oswald se releva, son regard transmettait une expression de déception. Il avait l’air déçu de lui-même, déçu de ce qu’il avait fait et de ce qu’il n’avait pas réussir à faire.

« Maman…
— Pourquoi m’avez-vous empêchée de réparer mes erreurs… je… je voulais juste… me libérer de cette culpabilité…
— Cläre, ma chérie, il n’y a plus rien qui puisse te faire culpabiliser maintenant…
—Je me sens tellement coupable et égoïste… »

Elle se jeta dans nos bras, pleurant à flot. Tout était fini maintenant, elle pouvait enfin tourner la page… Mon oncle accourut en voyant l’état dans lequel était Baasje, l’état qu’elle méritait.

« Je suis désolé, Baasje… Je n’ai pas pu vous sauver…
— Mon petit Oswald… Tu as l’air si heureux quand tu es avec ta sœur… Ne te sépare plus jamais d’elle…
— Je ne veux pas vous perdre, vous nous avez élevés, je ne peux pas…
— Haha… Tout ce que je t’ai appris…
— Je suis aussi revenu pour vous, Baasje !
— Je ne veux que ton bonheur, Oswald… Si tu dois… argh… détruire cet endroit pour que tu sois heureux… n’hésite… surtout pas…
— Je ne peux pas…
— Prends cette pierre… Elle recèle l’âme de votre petite Alkael… Je n’ai pas pu me résoudre à l’éliminer… Et tu n’es pas au bout de tes surprises… je suis… mage noire… après tout.
— Baasje… Non… »

Nous les avions sauvés… La pièce sembla étonnamment vide et grande, parfaitement silencieuse, sinon occupée par des sanglots. Plume qui restait immobile s’avança près du livre et le prit.

« J’ai été mise à la tête du clan Engelwald pour veiller à ce que les neuf livres soient retrouvés. Mais ce n’est pas ma seule mission. Je pensais comprendre toute l’importance de la mémoire alors même que j’en étais privée. Je comprends maintenant à quel point le passé peut être une chaîne… Cläre, tu n’as nul besoin d’être pardonnée pour tes péchés. Il est inutile de souffrir. Regarde vers l’avenir et, si tu l’accepte, fais en sorte qu’il se déroule à nos côtés, aux côtés de ton mari et de ton fils.
— Je… l’accepte…
— Quant à toi, Oswald… il en va de même.
— J’ai besoin de temps… »

Tous se levèrent. Je regardai Ysaline, qui était perdue dans ses pensées. Je pouvais lire sur son visage qu’elle voulait rentrer, mais qu’elle n’avait nulle part où aller… Je m’approchai d’elle et posai ma main sur son épaule, elle me sourit tristement. Nous pouvions enfin tous rentrer chez nous…

« Attendez… Je ressens quelque chose… »

Dès que mon père eut émis la remarque, le livre commença à trembler dans les mains de Plume, qui le lâcha sous l’effet de la peur. La même impression de terreur forcée régna dans la pièce et nous comprîmes, en voyant la brume noire se former dans l’air, que tout n’était pas terminé.

« Trahie par ma propre lignée, par mon sang et ma chair… Cläre Leoni, je te condamne au châtiment de mort ! »

Les pages du livre s’ouvrirent à nouveau et entre elles glissèrent une aura noire qui prit petit à petit forme. Dans un éclair noir, Némée apparut, la première reine de cette dynastie.

Némée Première:

« Je commence à ne plus pouvoir la voir, cette Némée… »

 La musique est calibrée, ne partez pas !


Ma mère s’avança et dégaina son épée. À sa posture, à la neige qui flottait autour de nous, à ses cheveux qui volaient… je sus que Cläre Engelwald était de retour.

« Néméea culpa, ma reine, mais j’ai définitivement changé de camp. »

Oui, elle était de retour parmi nous.

« Eyrick, Plume ! Oswald, bouge ton c-…
— Culte de Némée, ta lignée s’arrête ici ! corrigea Plume.
— Enfin ma petite tornade est de retour…
— Tornade ? Ha ! Petit joueur…
— Il est trop tard… j’imagine… je veux être heureux… avec toi, Cläre…
— Si vous permettez que je vous aide, ajouta Ysaline dont le moral s’était amélioré avec l’euphorie générale.
— On a toujours de la place pour une belle fille !
— Maman ! Ce n’est pas… Attention ! »

Un souffle glacé craché par la reine déchue nous enroba mais Cläre le dissipa en brandissant son épée.

Mon père vint près de mon oncle et un regard suffit à Oswald pour comprendre qu’il n’était plus seul et qu’Engelwald serait sa nouvelle famille. Les deux hommes se mirent côte à côte, face à l’ennemie et concentraient leur magie ensemble.


« Ça faisait longtemps qu’on avait pas fait ça, sourit Eyrick.
— J’avais tout oublié… »

Le livre s’ouvrit, l’arc se tendit ; une lumière bleue et violette frappa nos rétines. Au cœur de celle-ci je vis ma mère, droite et fière, accompagner les deux hommes dans leur attaque combinée. Atour de Plume se dressa un grand cercle magique, elle révélait enfin la puissance qu’elle cachait.

« Souvenez-vous des légendes perdues ! »

Leurs voix vibrèrent à l’unisson et imposèrent leur volonté pour invoquer le grand lupus des anciens mythes : Fenrir.

« Némée, ton règne s’achève ici ! »

Les crocs de l’histoire se refermèrent sur celle qui avait tenté de lui subsister. La liche périt et avec elle, le clan Leoni perdit sa force. Nous étions victorieux.

 Relief…


Les volutes d’énergie qui disparaissaient imposèrent le plus grand silence dans la salle du trône désormais vide. Ma mère s’écroula en poussant un énorme rugissement des plus gracieux.

« AAAAAARGH, C’EST ENFIN FINI ! J’en peux plus moi hein, on va faire une sieste et on rentrera après… »

Ce fut à cet instant que je compris que mes théories sur sa débilité étaient on ne pouvait plus crédibles. Elle venait de mettre fin à sa lignée et la seule chose qu’elle voulait… une sieste… Je me tournai vers mon père pour voir sa réaction, dans le seul but de confirmer que je n’étais pas le seul sain d’esprit ici mais… IL DORMAIT.

« J’en ai marre…
— C’est vrai qu’une bonne nuit de sommeil… commenta Ysaline.
— Oui mais pas ici ! Tonton, dis quelque chose… »
— Tu connais ta mère… »

Sirius rechigna à nous téléporter, en particulier Cläre, disant que transporter des sacs de patates n’était pas dans son contrat. Nous arrivâmes au village Engelwald en un rien de temps, ma famille sauvée, le livre en main. Tout était bien qui finissait bien…

« Liesel, je dois te parler de quelque chose… »

Ysaline montra un visage aux traits durcis. Je remarquai seulement alors la saleté que nous avions tous sur nous après ces combats.

Je la guidai dans un endroit calme, au pied de l’arbre du village, contre un rocher dont je balayai la neige.


 Ysaline


« J’ai besoin de parler à quelqu’un de ce qu’il s’est passé avec Abelin et Mark.
— Ce n’est jamais facile… Mais tu as fait ce que tu as pu, ils nous ont trahi, tu t’es défendue.
— Il n’y a pas que ça, je veux dire… Dis-moi. Suis-je quelqu’un d’égoïste ?
— Hein ? Non, enfin, je ne trouve pas particulièrement. C’est normal de vouloir penser à soi, surtout après de tels événements…
— Vraiment ? Tu es sincère ?
— Bah oui, j’ai aucune raison de te mentir.
— Je vois… Merci, c’était ce que j’avais besoin d’entendre. »

Elle ferma les yeux et laissa le vent froid glisser sur son visage. Yolagaar était au creux de ses mains, dormant tout en faisant de petits bruits mignons comme il avait l’habitude de le faire.

Oswald m’appela du haut de l’arbre. Je remontai avec Ysaline qui avait l’air légèrement plus à l’aise. En arrivant je vis Alkael sur ses quatre pattes, qui se jeta sur mon bras blessé, sans faire attention.


« Aïe ! Non, fais attention ma chérie, chut… Je suis là, tout est fini Alkael.
— Baasje t’as fait un cadeau. Je ne savais même pas que c’était possible mais…
— Oui ?
— Je sais que tu chasses les mages noirs, mais cela peut être un atout considérable. Alkael peut désormais utiliser la magie.
— Quoi !? Comment ça ?
— Je ne sais pas comment ça fonctionne… Aussi, tu n’auras plus besoin de ce collier désormais. Baasje est une mage formidable, elle connait toutes les magies qui se rapportent aux chiens et à leur relation avec les hommes. Elle vous a liés, tous les deux. »

Je retirai mon pendentif et lui tendis. C’était à lui qu’elle l’avait donné, c’était à lui de le conserver. Elle avait beau être une mage noire, il tenait à elle, il avait le droit de conserver un souvenir.

« Bon… Maman a raison, je veux juste dormir… Je vais rentrer à la guilde avec Alkael, je repasserai demain.
— On s’occupera d’Ysaline, ne t’inquiète pas. Ah et, Liesel… Je suis désolé…
— Certaines décisions ne sont pas faciles à prendre, et certaines nous font nous remettre en question… On devient contradictoire… Ne t’inquiète pas. Ce qui compte, c’est qu’au final, tu aies sauvé ma mère.
— Merci… Allez, file avant que ta mère se réveille, ça risque d’être un désastre.
— Ça tu l’as dit, elle n’a pas encore eu faim, dans cette affaire.
— Tu mets une vouivre à côté, c’est elle qui se fait dévorer… »

Je rentrai ainsi à la guilde et m’endormis immédiatement, contre Alkael. Elle pouvait réellement utiliser la magie désormais ? Avais-je simplement le droit de cautionner une magie pareille ? Il était clair que j’allais devoir m’occuper de tout cela, de même pour l’ébène immortelle que nous avions gagnée avec Nina. J’avais encore du pain sur la planche, pourtant je continuais à ne rien faire de mes journées…

En m’allongeant, je remarquai que ma blessure au bras s’était grandement améliorée, alors qu’Alkael boitait. Je compris alors que ce que l’on disait sur ce pendentif était vrai : nous pouvions diviser nos blessures.



Fiche de RP (c) Miss Yellow



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Liesel Engelwald
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