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[Entraînement 13] Svöl

Sam 15 Juil 2017, 14:49
         

Entraînement 13 ♦ Svöl
  Jamais deux sans trois.


Le Docteur Yalow n’autorisa pas les visites avant la fin du premier jour de convalescence. Personne n’osa déroger à cette règle et Nina trouva sa solitude fort appréciable, si bien qu’elle passa son temps à ne pas le passer, se rendormant sitôt qu’elle se réveillait.

Heureusement, à sa première visite, Zélos l’avait rassurée. Dix jours de plus n’étaient pas si importants pour le Hvergelmir, lui qui était millénaire.

« Tu n’as pas peur que quelqu’un le trouve avant toi ?
— Je doute même qu’il y ait quelqu’un d’autre à sa recherche. Vu la difficulté pour trouver ne serait-ce que les documents attestant de son existence...
— C’est bien vrai, confirma Sirius, surprenant les deux comparses. (Sa voix se fit plus suspicieuse.) D’ailleurs, je me demande bien comment tu as pu pénétrer dans la bibliothèque des ruines de Minstrel où sont entreposés ces fameux documents... Bien que l’on ne parle pas ici de ruines aussi bien gardées que celles contenant les magies anciennes, il me semble qu’une bonne floppée de gardes s’y trouve. Corrige-moi si je me trompe, ironisa-t-il.
— C’est une manie qu’il a de braver l’intimité des gens, ton copain ?
— Oh, ça... S’il avait vraiment lu dans l’intégralité de ton passé, il n’aurait même pas posé la question. Mais, et je parle par expérience personnelle, releva-t-elle bien fort, lorsque cela arrive, j’admets, c’est déroutant.
— En tout cas, pour lui répondre, disons que j’ai... des origines favorables. »

À bien y réfléchir, il sembla à Nina que jamais Zélos et elle-même n’avaient évoqué leur passé. Elle se demandait si c’était bien nécessaire... Après tout, il ne lui avait posé aucune question après les événements de Shiero, pourtant l’un des mieux placés pour se le permettre. Peut-être se fichait-il complètement de son histoire ? Étrangement, elle se surprit à ressentir une émotion particulière à cette pensée, comme une forme de déception, comme si elle avait envie de lui en parler.

Nina avala lourdement sa salive et retint de se gifler mentalement tant elle se trouvait ridicule, en l’instant. Entreprendre des efforts pour devenir plus ouverte et sociable était une chose ; raconter sa vie à n’importe qui en était une autre.

Murée dans sa réflexion, la convalescente ne vit pas tout de suite le regard, à la fois doux et insistant, que lui portait Zélos. Elle y remarqua bien vite, néanmoins, une lourde mesure de tristesse.

« Tu es encore en train de te dire que c’est ta faute.
— H-Hein ? sursauta Zélos, pris au dépourvu. À quel moment es-tu devenu quelqu’un d’empathique, Nina ? plaisanta-t-il en souriant à pleines dents.
— J’ai toujours réussi à sentir l’aura des gens. La tienne est particulièrement lisible, désolée de te l’apprendre. »

Il se contenta de faire tomber bruyamment un torrent de larmes de crocodile pour mimer le désespoir, avant de les sécher sous le regard noir de Nina. Il se résigna, d’abord sèchement.

« Bien sûr que je me dis que c’est de ma faute. À ton avis. Tu es toujours à temps de me dire que tu ne veux plus voyager avec moi, je le comprendrai, et finalement ça serait peut-être mieux. » proposa-t-il sur un ton finalement détaché.

Vexée. Pourquoi, d’ailleurs ? En tout cas elle l’était, et le tiroir le plus proche s’ouvrit violemment, mais elle le ferma d’un coup sec, ébranlant son contenu, et pris une longue inspiration. Avant que sa main ne fuse vers le visage de Zélos pour se saisir de sa joue droite et... la pincer très fort. Elle plongea l’autre dans son décolleté et en tira quelque chose vigoureusement, s’efforçant de garder son calme, ne pas céder à son émotion.

« Tu vois ce collier ? Sans moi, ta quête ne sert à rien car, je te rappelle, tu ne l’auras jamais.
— Tu... as raison, mais... Tu tiens tant que ça à rester avec moi ? (Il reprit son air idiot, tout particulièrement aux yeux de Nina ; celui qui rendait sa voix nasale et son cou particulièrement attrayant pour les doigts en étau de la jeune femme.) Si tu es tombée amoureuse de moi, il fallait me le di-... »

Bong.

C’était maintenant la chaise qui était assise sur Zélos.

« Je te conseille vivement de ne pas te faire de films, Zélos Wilder. »

* * *

Au cinquième jour, Nina put effectivement quitter son lit. Le Docteur avait constaté un rétablissement plutôt rapide, au moins au niveau de sa force physique comme magique. Néanmoins persistait cette sensibilité accrue aux émotions de la jeune femme qui avait causé, disons-le, quelques torts aux jardins de la guilde sitôt qu’elle côtoyait son semi-Démon de compagnie ! Chaque fois qu’ils se croisaient durant sa période de convalescence, une dispute éclatait.

« Comment oses-tu prétendre que je t’appartiens ?! s’indigna Nina alors que des couteaux fusaient de partout à l’orée du bois Est.
— Bah, c’est un peu le cas, quand même ! Je suis ton maître. Et on couche ensemble. Et c’est grâce à mon influence que tu m’as libéré.
— Déjà, tu es mon mentor. Ensuite, nous ne sommes pas en couple. Retourne à tes recherches, elles, elles t’appartiennent. Et ce n’est plus la peine de venir frapper à la porte de ma chambre les nuits de manque parce que ni elle, ni mes jambes, et surtout pas ces dernières, ne s’ouvriront pour toi ! »

Heureusement que la cabane d’Hendrik était un tant soit peu solide. Sinon, elle aurait cédé sous la force de l’homme tant le coup de porte avait fait vibrer les murs.

Igni, qui avait assisté à la scène, tapi derrière une souche, semblait avoir choisi son camp. Lorsque Nina partit, la tête haute et le pas fulminant, sous les jubilations extatiques de Sirius, il la suivit en sautillant, piaillant pour qu’elle ralentisse, sans succès.

Il recrachait de la vapeur au rythme de petits cris lorsque Nina arrêta finalement sa marche. Les dangers encourus par les aléas émotionnels de la magicienne n’avaient pas été fabulés par le Docteur, ainsi qu’elle avait pu le remarquer déjà plusieurs fois. Et, ne pouvant pas satisfaire ses pulsions émotionnelles – alors qu’elle avait l’habitude de le faire intérieurement, même cela lui était interdit ces temps-ci –, elle était victime enfin, rendait ses relations victimes de son irritabilité permanente. Même Mugetsu en avait subi les frais lorsqu’il avait ri, au détour d’un couloir et en tout bons sentiments, de la moue d’une Nina retenant sa colère face aux taquineries de Sirius, la titillant à dessein. Néanmoins peu désireux de laisser en liberté dans la guilde deux femmes aux humeurs saccadées, il prit le Docteur à part et lui intima de vérifier l’état de la jeune femme avant la date initialement prévue.

Et, effectivement, elle put sortir de sa convalescence un jour plus tôt, au neuvième. Son aigreur n’avait pas vraiment été atténuée par le temps, aussi ressemblait-elle plus à la femme renfermée qu’elle était deux ans plus tôt qu’à la magicienne ambitieuse du mois passé... Mais peu importait. Elle pouvait maintenant quitter Ouroboros. Aussi ne s’en fit-elle pas prier, prenant Zélos par le bras et Igni par le pot jusqu’au salon tranquille.

« Nous avons quitté Gunther sans qu’il ait pu nous donner la prochaine destination. Ton flair d’initié te permettrait-il de dégotter un indice ou bien devons-nous chercher des mois durant ? Le cas échéant, autant s’y prendre au plus tôt.
— Eh bien, en fait... se risqua le jeune homme en échangeant un regard complice avec Igni – lequel ne passa pas inaperçu. En fait, Igni le sait. Comme il est venu avec nous, il n’était pas nécessaire à Gunther de nous livrer l’information. Je craignais un préjudice, car peu sont capables de comprendre clairement les mots d’Igni, mais Hendrik me les a transmis, en vérité. La destination la plus proche et la plus sûre pour le moment serait Seven. Et le donjon de la terre.
— Mais pourquoi ne l’as-tu pas dit plus tôt ? grommela Nina. Et depuis quand es-tu aussi proche d’Igni ? Et de l’autre tocard ? Oh, il est peut-être venu se perdre dans tes jupons après que...
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Rien, rien, oublie. »

Zélos fit la moue. Il était inutile d’insister, il le voyait bien. Il prit la décision de quitter la guilde au plus vite. Comme cela, Nina, Igni et lui trouveraient le prochain donjon du Hvergelmir plus tôt, donc la jeune femme pourrait se défouler plus tôt sur quelques monstres. Et se calmer. Mais il préférait s’assurer d’une chose.

« Tu es certaine que tu pourras te battre à ton plein potentiel ? Je n’aimerais pas que le scénario du Mont Majoris se répète, bien que... Bien que je me sois également entraîné durant ta convalescence, pour être mieux capable de te protéger. (Il détourna le regard et murmura.) Enfin, normalement...
— Eh bien, affronter le représentant de la terre ne sera pas de tout repos avec ma magie électrique. Selon la nature et la composition des roches utilisées, je pourrai plus ou moins l’utiliser. Alors oui, tu as intérêt à bien me protéger, cette fois...
— J’ai peur que tu ne m’en demandes trop...
— Idiot, je plaisante ! »

Alors là, c’était bien la dernière chose que le mage s’attendait à entendre !

« Je ne serai pas un fardeau pour toi. Tu n’as pas à t’en vouloir pour la dernière fois : mon échec était dû à ma propre faiblesse. J’en ai toujours, mais je ferai de mon mieux pour les contourner et je me battrai contre l’Élivágar comme n’importe quel autre ennemi. Il ne manquerait plus que tu portes ma vie sur tes épaules, freluquet.
— Je suis plus âgé que toi, je te rappelle ! bouda Zélos.
— Mais dans l’enceinte de ces lieux, de nous deux, c’est moi qui commande. Alors tu m’obéiras lorsque je te donnerai cet ordre : décharge-toi de ce poids, car trop porter ton attention sur moi ne pourra être une bonne chose. »

Elle parlait du combat, bien sûr. Mais peut-être pas seulement.

* * *

  Un vent de liberté retrouvée.


Comme ils survolaient actuellement Bosco et que la zone décrite par Igni se trouvait au bord de la frontière Sevenoise – en vérité, entre elle et les premiers massifs –, Zélos proposa de faire le chemin en train, par pure lubie à première vue.

Pour être tout à fait honnête, il connaissait un peu la ville dans laquelle ils posèrent les pieds de l’autre côté du portail. Au moins savait-il que Stella en savait au moins autant que lui. Une idée comme une autre que celle de chercher un peu d’action... et permettre à Nina de passer ses nerfs sur quelqu’un avant de reprendre une aventure aussi dangereuse.

Dans une auberge comme l’on en voit partout, quelques soldats nu-tête se soûlaient joyeusement. Plus gaie encore était Nina car ils étaient faibles, sans magie ni arme lourde. Et elle se faisait déjà un plaisir d’arracher l’astre représentatif de leur patrie, brodé sur leurs uniformes, et leurs vies. Par la même occasion.

Personne ne comprit jamais que la jeune femme qui sirotait un thé sur une banquette, discutant banalement avec un jeune homme enthousiaste sans même regarder son entourage, était à l’origine de la mort de quatre hommes, tous en même temps. Les médecins légistes trouvèrent bien vite quelque limaille tranchante dans leurs estomacs perforés de part en part, et même un peu ailleurs, aux poumons par exemple, ou ce qu’il en restait. Mais nullement la trace de celle qui en avait glissé dans leurs bières.

Un sourire frais aux lèvres, Nina menait la marche vers la gare tandis que Zélos et Igni, qui pouvaient arrêter de jouer la comédie, s’échangeaient des regards effrayés, plusieurs pas en arrière.

« On est d’accord qu’elle les a tués de sang-froid alors qu’ils ne lui avaient personnellement rien fait ?
— Puii, puii... répondit Igni en tapotant de son corps la joue de Zélos depuis son épaule.
— Je sais que c’était mon idée mais... Je m’attendais à quelque chose de plus... hum... manichéen ? J’imagine. J’espère que le tenancier n’aura pas de problèmes...
— Bon, les traînards, on a un train à prendre. Tout à fait littéralement. Si vous voulez bien cesser de lambiner.
— Oui maîtresse !
— P-Puii ! »

* * *

Dans cette gare aux fragrances charbonnées, seuls de classiques trains circulaient, les plus polluants et moins évolués. Somme toute, les lignes en partance ne desservaient que quelques destinations voisines. À vrai dire, grand nombre d’entre elles avaient dû fermer, faute de voyageurs, faute de sentiment de sécurité les temps derniers dans cette région. Si tout le monde savait que la reine les protégeait de sa vie en toutes circonstances, la population n’était pas dupe. Rien n’était miraculeux et certainement pas la guerre. Bien que le pays n’y officie pas, la guerre officiait au cœur du pays. Et l’économie payait les frais de la destruction. C’était aussi pour cette raison que les clients les plus gais dans une taverne étaient ceux qui souffraient le moins de ce carnage gratuit et immérité. Et les jeunes. Ceux qui menaient déjà les révoltes dans certaines rues ; les idéalistes, déterminés à protéger de bonne humeur au moins, d’actes au plus, un futur que beaucoup voyaient comme une fatalité.

La misère de ce pays à la reine morte en sursis, nouveau thème du roman d’un auteur. L’homme se leva de son siège après avoir décroisé les jambes et rangé son carnet, brouillon de lettres. Il se pressa pour ne pas perdre de vue ces mèches de cheveux.

Depuis qu’il les avait vus, à la taverne de cette auberge, il n’avait cessé de les chercher. Ses informations avaient été précieuses, autant que rares et chères, mais il en avait les moyens. Quand bien même il ne les aurait pas eus, il se les serait donnés. Après tout, la vie de la reine était en jeu, n’est-ce pas ?

« Zélos, Nina, comme nous nous retrouvons ! »

Les pas cessèrent et l’exclamation provoqua le sursaut des deux intéressés. Qui, ici, pouvait bien connaître leurs noms ?

Quelle ne fut pas leur surprise de croiser Theserin Mérédir, l’écrivain favori de Nina ! Le cœur de la jeune femme manqua un battement, si bien que le choc fit tomber un lampadaire non loin à quelques pieds d’une vieille femme en déambulateur. Puis les pulsations reprirent.

« M-Monsieur Mérédir !
— Vous pouvez m’appeler Theserin, très chère ! corrigea l’homme chenu avec un clin d’œil. Que faites-vous ici ?
— Nous allions prendre le train, à vrai dire, sourit Zélos. Par contre... (Il observa l’homme en costume agiter ses mains en ouvrant la voie vers le quai en question.) Il s’apprête à partir. C’est étonnant de vous voir ici ! Vous êtes Boscan ?
— Quel dommage ! J’aurais aimé discuter un peu plus avec vous. Mais soit, vous avez à faire et le train ne vous attendra pas. Je viens effectivement de ce beau pays, ainsi savez-vous où me chercher si vous voulez me trouver ! J’espère que nous nous reverrons ; cette entrevue fut aussi agréable que courte.
— Je l’espère au-...
— M-Moi de même, monsieur Mérédir ! »

Nina en oublia même qu’elle avait perdu son autographe en même temps que l’ancien contenu de sa dimension de stockage... Si le train n’avait pas été sur le point de partir sans eux, elle aurait peut-être eu le temps de s’en souvenir.

* * *

Ce ne fut pas de ces trajets longs et pénibles que l’on fait par dépit, bien au contraire. Le confort du train était tout à fait appréciable, avec ses cabines plus ou moins grandes selon si les passagers se sentaient d’une humeur sociable ou non. Bizarrement, cette fois-ci, Nina s’y accorda et désigna une cabine grande pour six personnes ! Plus les choses allaient, plus Zélos était effrayé. C’était donc ce à quoi ressemblaient les gens qui changeaient... Comme c’était déroutant.

Deux personnes grand maximum les avaient rejoints dans la cabine au fil du temps sans que la jeune femme ne leur en tienne rigueur. À vrai dire, elle se forçait un peu. Sa tête avait manqué exploser face à tant de contraintes émotionnelles, alors elle avait jugé bon de se débrider un peu. Le problème résidait dans son absence de faculté à le faire correctement de manière joviale. Malgré tout, comme Zélos et Igni voyaient qu’elle faisait des efforts, ils se regardèrent d’un œil complice et rirent doucement devant une Nina dubitative.

Le train s’arrêta à son terminus, une gare en banlieue de village. La plupart des passagers étaient descendus ici mais le groupe de mages se dirigea à l’opposé des masses, vers l’Est, droit vers les champs les plus fertiles de tout Seven. Igni sentait la faille à des kilomètres et pouvait ainsi guider leurs pas au travers des chemins et des bois. Peu d’habitations sur les routes au profit de champs, de cultures arboricoles et autres fermes d’élevage. Le plus incommodant était sûrement la chaleur d’un ciel sans nuages.

Plus loin se tenaient les clochers d’un village isolé où le groupe s’arrêta pour se réhydrater. Beaucoup de vieillards traînaient bruyamment dans les tavernes après leurs séances de semis et la serveuse était complètement débordée !

* * *

  Paupières closes.


En fin d’après-midi, alors que le Soleil n’était pas près de fatiguer, Igni voletait avec gaieté au-dessus des plaines et des coreopsis, prenant garde à ne pas les brûler. Pour la première fois qu’il voyait tant de fleurs, il était hors de question de les réduire en cendres. Après les pétales se dressèrent des maisons aux toits crantés du village nommé Lucine, sur des falaises miniatures donnant sur une pelouse parfaite. Plus loin, là où la roche dominait le terrain, une sorte de menhir taillé en pointe se tenait érigé, telle une stèle ou un autel.

Et le silence du vent.

Malgré la dizaine de petites maisons, aucun son. Ni les cris d’enfants, ni l’ombre d’un travailleur au-dehors. Nina songea que le Hvergelmir pût ne pas se trouver ici, mais Igni continuait de piailler, tout excité, ne laissant place à aucun doute. Le donjon était dans les environs... Ne restait qu’à le trouver.

Lucine

Les mages s’avancèrent vers une première maison et frappèrent à la porte. Aucune réponse. Pas même le craquement du plancher. L’homme aux cheveux rougeoyants se risqua à l’indiscrétion de regarder par la fenêtre d’un salon potentiel. Sitôt sa main s’agita, signifiant qu’un détail était digne de l’attention de sa camarade.

« Nina ? Il y a quelqu’un... Non, deux personnes, endormies dans des positions très improbables sur leur table, littéralement au milieu de leur repas. »

Sans plus de cérémonies, Nina enfonça la porte d’acier forgé et se précipita à l’intérieur, suivie de près. Là, effectivement, le corps d’un homme et celui d’une femme dans la fleur de l’âge semblaient sans vie. En réalité, ils dormaient, pris d’un profond sommeil, si bien que la nourriture avait déjà séché depuis longtemps.

Au moyen de quelques sorts d’extraction de Zélos et quelques claques de Nina, la femme se réveilla la première, lentement, les yeux mi-clos. Incapable de prononcer un mot tant sa bouche était sèche, elle se vit donner un grand verre d’eau trouvé au bord de l’évier et rincé de ses tâches. Elle était blonde, petite et trapue à première vue. Mais une fois ses esprits retrouvés, et qu’elle se redressa, la panique l’entoura et elle se dévoila musclée, voire baraquée ! Sa voix tonna en tressaillant.

« Qui êtes-vous ?! (Elle se tourna vers celui qui devait être son époux et la chaise vide, tirée en arrière, juste à gauche.) Où est ma fille ?!
— Calmez-vous, madame ! gronda Nina en essayant de garder sa contenance. Nous venons d’arriver au village, mes compagnons et moi. Le silence nous inquiétait alors nous...
— Où avez-vous emmené ma fille ?! »

Lorsqu’une minute plus tard la femme fut enfermée dans une camisole de force, improvisée par Nina à l’aide d’un coffre à jouets trouvé au coin de la pièce, elle daigna se taire. Du moins, elle sut mieux choisir son ton et ses mots face aux mages. Même, lorsqu’elle finit par comprendre que leurs intentions n’étaient pas mauvaises, elle se calma pour de bon et se mit plutôt à pleurer lorsqu’un tour du village dévoila la disparition de tous les enfants.

Un homme âgé, réveillé en même temps que les autres habitants, prit la parole. C’était le chef du village.

« Nos enfants sont partis. Tous ont disparu. Et nous avons été endormis. L’heure n’est pas aux lamentations mais aux recherches. Quant à vous deux, mademoiselle, monsieur et... vous, petit être, je suis soulagé que vous ne soyez pas à l’origine de nos malheurs.
— Mais comment en être certains ?! s’indigna une femme dans la petite foule.
— Car ils nous le maintiennent et que nous n’avons pas de temps ou d’énergie à perdre avec des discordes et des interrogatoires, Foussard ! N’oublions pas que l’Esprit de la fontaine nous protège. »

Intriguée par cette fontaine, Nina décida d’y commencer ses recherches. Igni continuait de sauter partout. Il sentait le Hvergelmir. Il le sentait même très clairement.

Du côté des villageois, les réactions étaient très différentes. Quand certains cédaient à la panique, d’autres grommelaient dans leur coin, déplorant le laxisme du chef. Autant dire qu’il ne régnait point de confiance à l’égard de Nina et ses comparses. Sans que cela ne déstabilise l’un ou l’autre, quelques murmures entendus par-ci, par-là laissaient à penser que le vieil homme n’en bénéficiait pas plus. Un homme çà pour dire qu’il devenait sénile, une femme là pour témoigner de son changement d’attitude depuis quelques temps.

Nina savait que Seven fonctionnait par méritocratie. Vraisemblablement, le vieil homme avait sa place en jeu.
Mais ce qui l’irritait le plus était d’être considérée comme beaucoup d’habitants par une mage noire ou pis, une Stellane. Alors qu’elle entendit le murmure de trop, Zélos posa sa main sur son épaule pour l’empêcher de voir rouge... Sinon, ce ne serait pas juste métaphorique.

Le trio avança aux abords du village, à l’orée du bois de pins où personne d’autre n’était encore.

« Tu crois que c’est l’œuvre de véritables mages noirs ?
— C’est possible. Mais en ce cas, il est à craindre que les enfants ne soient déjà loin... pesta Nina. Pourtant, ce serait naïf de penser qu’il puisse s’agir d’une fuite planifiée. Sirius, sais-tu si ce village a des problèmes avec les environs ?
— Pas aux dernières nouvelles, je dirais plutôt qu’il est du genre à couper toute relation avec son voisinage. Néanmoins, je te conseille d’examiner la fontaine en premier lieu. Elle est un peu plus au Nord, empreinte de magie.
— Alors peut-être que le vieux ne mentait pas lorsqu’il parlait de l’Esprit de la fontaine... pensa Zélos.
— Je n’y crois pas trop. La dernière fois que j’ai eu affaire à l’esprit tutélaire d’un village, enfin, son dieu en l’occurrence, je me suis retrouvée avec un semi-Démon sur les bras. Sacré dieu, ricana la magicienne en haussant les épaules. »

Igni mena la marche jusqu’à la fontaine, bien que l’on ne pût vraiment dire qu’il marchât ! Elle se dévoila blanche, terriblement classique, pas même en marbre. Du lichen la rongeait et des traces de pas la longeaient. Le plus étonnant, évidemment, ne fut pas les traces de pas de vagues pèlerins venus du village à quelques centaines de mètres ; plutôt l’aura dégagée par l’édifice.

Nina s’en approcha, l’observa, mais fit le geste de trop lorsqu’elle la toucha. Soudain, elle ressentit une onde se propager en elle. Il lui était impossible de cligner des yeux, de regarder ailleurs que l’eau frémissante. Zélos sembla le remarquer puisqu’il l’appela, sans succès.

Le cœur de la jeune femme battait lourdement dans sa poitrine. Chaque bond, d’une extrême lenteur, résonnait dans ses oreilles. Chaque bond lui offrait une image. Elle se vit, elle, droite, quoique non, ce n’était pas elle, quelque chose n’allait pas. La ressemblance était frappante mais ce n’était pas elle, c’était sa mère. Puis sa mère, encore, autrement.

« Nina ? Tu m’entends ? »

Le manoir, à Shiero, et une petite fille, marchant dans ses couloirs, lentement ; ça, c’était elle. Après quoi elle ne se vit qu’elle, petite, enfant, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle ne vît que du blanc, sa tête surchauffant et sifflant.
Elle revint à elle entre les bras tendus de Zélos, qui avait les mains serrées avec puissance contre ses épaules.

« Tu me fais mal. »

L’homme la lâcha brusquement.

« Bon sang, qu’est-ce qui t’est arrivé ?
— Je n’en sais rien ! Je ne sais pas, j’ai juste vu... des choses, ma mère, moi, enfin... Le problème vient de cette fontaine, c’est évident. Igni ! Ne t’en approche pas. »

Le petit être cessa aussitôt de gambader alors qu’il se tenait sur le bord de sa jarre, laquelle glissa, lui avec, dans un piaillement suraigu alors qu’il s’étalait sur le sol comme de la gelée. Il releva son visage et s’ébroua tandis que Nina s’accroupissait à son côté pour l’épousseter, la matière le composant étant bizarrement aussi sèche que gluante.

« La première hypothèse qui me vient, intervint Zélos qui commençait à se sentir inutile, est la suivante. Les enfants ont été attirés par la fontaine pour une raison x ou y. Figés, quelqu’un ou plusieurs personnes les ont enlevés.
— Ou peut-être est-ce la fontaine elle-même qui... Igni, je t’ai dit de... !
— Puii, puiiii !!
— Qu’est-ce qui te prend ? Je ne comprends pas ce que tu veux me dire, exprime-toi plus calmement... demanda la jeune femme sur un ton se voulant doux mais dégageant tout de même une pointe d’impatience.
— Pui. »

Il sautilla de plus belle autour de la fontaine.

« Et si cette fontaine était l’entrée du Hvergelmir ? proposa Zélos en examinant, sans le toucher, l’édifice albâtre.
— C’est probable... Et cela expliquerait son engouement. Mais pourquoi tous ces enfants seraient entrés dans le Hvergelmir ? Et pourquoi, alors, tout le monde se serait endormi, ne se rendant compte de rien ? Quelque chose cloche. C’est d’autant plus étrange que... Tiens, regarde, vois-tu ? La fontaine ne semble pas disposer de trou pour réceptionner l’eau et la réutiliser. Il n’y a que cette grille, autour du piédestal et, au-dessous, la terre. L’eau semble si pure qu’on la croirait tout droit sortie des nappes phréatiques, de la source-même.
— Tu lis peut-être trop de romans, aussi.
— Toi qui as vécu tant d’aventures, Wilder. Ton expérience a-t-elle autre chose à proposer pour comprendre ? »

C’est alors qu’il se garda de répondre et fit la moue. Chaque fois, Nina enrageait intérieurement, détestant qu’il ne réagisse pas. Jamais. "Ouvre-la, bon sang !" se répétait-elle. Ce qu’elle détestait le plus chez cet homme était peut-être sa joie de vivre, comme celle qui venait de repeindre son visage alors qu’il jouait avec Igni, accroupi dans l’herbe. Peut-être à cause de cet horrible arrière-goût fallacieux.

Sans rien dire, Nina s’approcha de nouveau de la fontaine, se disant que sa conscience avertie serait gage de précaution. Après une longue hésitation, à peser le pour et le contre, les dangers potentiels, se rappelant qu’elle avait déjà été en convalescence trop souvent ces temps-ci, elle finit par plonger sa main dans l’eau, sans autre détour. D’un réflexe idiot, purement stupide, elle en puisa, en but, et alors tout changea, tout ne fut plus que blanc.

« Nina !! »

  Trois pommes.


Zélos, qui allait se précipiter sur la jeune femme pour l’empêcher de faire une bêtise, stoppa son élan abruptement. Il s’était mis sur pause l’espace d’une seconde, le temps de se rendre bien compte de ce qui venait de se produire.
Devant lui, une fille. Non, pas la jeune femme qu’était Nina, mais une fillette, sept ou huit ans peut-être ?

« Ni... Naha... Hahaha !! »

Ninahaha

La gamine regardait ses mains, hébétée. Elle ne comprit pas sur-le-champ pourquoi Zélos riait et Igni piaillait gaiement, puis un déclic eut lieu dans son cerveau. Son corps avait rétréci ! Non seulement rétréci, mais rajeuni ! Un regard alentours indiqua que seuls ses cheveux n’avaient pas perdu de leur longueur. En revanche, ses vêtements, qui faisaient toujours la taille d’une femme adulte, lui tombaient sur les épaules et recouvraient ses jambes. Son soutien-gorge ne soutenait plus rien, son collier ne touchait plus que son sternum.

L’information fit son chemin jusqu’à provoquer une réaction émotionnelle et... la foudre tomba à une cinquantaine de mètres, carbonisant l’arbre sur lequel elle s’abattit.

« BORD-... SKRUFF ! jura-t-Nina en langage nain. Qu’est-ce que c’est que ça ?!
— Tu as rajeuni... répondit Zélos en essuyant son hilarité, un immense sourire aux lèvres.
— Ah, c’est vrai, ça, tiens... Je n’avais pas remarqué... (Un autre éclair tomba.) SANS BLAGUE, WILDER ! Sirius, dis-moi ce que je viens de boire !
— Trop mignonne, en apparence... » murmura l’homme à Igni qui acquiesça avec le même visage benêt.

Aucune réponse.

La panique céda sa place à l’interrogation, elle-même à la crainte. Igni essaya de dire quelque chose par quelques sauts et couinements, mais les deux mages semblaient avoir déjà compris.

Nina ajusta chacun de ses vêtements pour qu’ils ne tombent ou ne rampent pas, à l’aide de nœuds ou de son ruban comme ceinture. Elle expédia son soutien-gorge, ses collants et ses chaussures, importables, dans sa dimension de stockage et échangea un regard sérieux au mage du qi.

« Je pense que tu retrouveras ton apparence normale lorsque nous en aurons fini avec cet endroit, Nina. »

  Lierre.


L’intéressée tempéra ses propos. Ils avaient pénétré dans le Hvergelmir sans même s’en rendre compte. Les pouvoirs de l’Élivágar devaient être redoutables...

A priori, la petite taille de Nina n’avait pas impacté ses pouvoirs. Néanmoins, il valait mieux rester prudent et ne pas se séparer, cette fois-ci, s’intimèrent les trois camarades.

Mais à peine eurent-ils avancé d’un pas que le décor autour d’eux changea. Une grotte immense les entoura, ornée de tant de stalagmites et stalactites que seule une zone de quelques mètres de rayon permettait de se déplacer. Ils n’eurent pas besoin de cela, néanmoins, puisqu’une voix retentit et frappa les parois, invoquant de l’écho. Le son semblait ainsi provenir de nulle part et partout à la fois.

« Bienvenue, annonça une voix grave – ou caverneuse comme terme idéal. Ma petite mise en scène d’accueil vous a-t-elle plu ? Ne prenez pas la peine de répondre, je vous vois très bien, hébétés. Permettez. Habituellement, j’aime à ne pas sortir des sentiers battus, reprendre l’épreuve que je soumets aux visiteurs depuis si longtemps, encore et encore. Mais jamais je n’en avais eu deux, encore moins avais-je reçu une invitée de marque ! Imaginez mon engouement ; je me dois de vous accueillir convenablement, ainsi ai-je tout préparé pour vous seoir personnellement. Je ne veux pas vous épuiser de trop avant notre rencontre... Ainsi, le décor ne changera que deux fois avant que vous n’arriviez à moi !
» Ah ! reprit-il quelques secondes après, toujours aussi calmement. Que je suis sot, j’ai manqué d’oublier. Mademoiselle, votre apparence est mon œuvre. Votre ami a raison : vous retrouverez vos années à l’issue de notre rencontre, n’ayez pas peur. Je vous souhaite tout de même un très bon courage ! »

Sans rien trouver à répondre, de toute façon c’eût été inutile, les mages reprirent leur sérieux pour affronter le premier décor, appréhendant la suite des événements. Il aurait fallu être bien fat pour imaginer que l’Élivágar ne leur réservait que quelques explorations enfantines, comme celles, imaginaires, des cours de récré, ou les chasses au trésor dans le jardin de grand-mère.

À propos de jardin, quelques fleurs pointèrent le bout de leurs nez peu après que l’Élivágar eût cessé de parler. De l’herbe, également, terriblement verte, parfaitement entretenue. Puis se développa leur odeur, le mélange de leurs fragrances, quelque chose que Nina reconnût. Le sable rouge se forma sous ses pieds nus, elle en sentit les grains chatouiller sa voûte plantaire, et son cœur cessa de battre quand le paysage s’acheva.

Cette maison, comment aurait-elle pu l’oublier ? La jeune femme au corps de fillette tenta de courir sur le chemin arrondi mais, la faute à une taille et un poids qu’elle avait perdu l’habitude de contrôler, elle tomba, sa robe blanche trop ample empêchant ses genoux de se mettre à saigner, mais ses cheveux trop longs s’encombrant de poussière. Rien qui l’empêchât de rester fixée sur la bâtisse qui, contrairement à ses souvenirs, n’avait pas les vitres encombrées, n’était pas autant envahie par le lierre et surtout... hébergeait la vie.

La maison

« Nina, tu connais cet endroit ? » s’étonna Zélos en l’aidant à se relever.

La fille hésita à lui répondre. Elle avait les yeux rivés sur la femme aux cheveux auburn qui lisait sur un transat ainsi que sur l’homme, aux cheveux de neige et vêtu de mauve, qui lui emmenait de la limonade. Ils souriaient tous les deux, seuls occupants, ou alors il y en avait d’autres totalement invisibles.

« Maman... Emyr... »

Zélos releva les yeux, éberlué. Il se demandait comment l’Élivágar pouvait avoir lu dans le passé de Nina...

« Que dirais-tu, Nina Adrielle Andersen, d’aller rendre visite à ta mère ? Mélinoée t’attend...
— Comment ? murmura-t-elle ; bien qu’elle tentât de parler d’une voix grave et sèche, cela échoua.
— Tu es une enfant de cette Terre. Et la Terre est une excellente amie à moi. De plus... »

L’on sentait le sourire sur ses lèvres à la simple écoute des mots qui s’en échappaient. Il était calme. Serein. Sadique, un peu ? Il n’ajouta rien.

« Tiens, Nina, mon enfant, te voilà ! Tu as emmené un ami ? Approche donc, Emyr a fait de la limonade ! » s’enchanta Mélinoée.

L’intéressée se figea, comme s’il était possible de ne plus savoir à ce point quand, avec qui et où l’on était. Les odeurs, les bruits des insectes, les couleurs, les fleurs, aussi diversifiées puissent-elles être, ne lui étaient pas inconnus. Mais la voix de sa mère... Fut-elle seulement vraie ?

La magicienne n’écouta pas Zélos qui lui rappelait que tout n’était qu’illusion et se précipita vers sa mère, les yeux en larmes, se jeta sur elle à même le transat et l’enlaça fort. Si fort qu’une illusion aurait cédé, non ?

Elle ne voulait pas écouter son esprit, sa mémoire, son savoir qui lui disaient en chœur qu’elle n’était pas censée être née. Qu’à ce moment où sa mère n’était pas au manoir de Shiero, pas même sa sœur n’avait vu le jour. Elle n’allait rien écouter puisqu’après tout, finalement, qu’en savait-elle ? Et qu’importait ? C’était sa mère, elle pouvait la toucher, pas comme une vulgaire chimère. La toucher, l’entendre, la sentir. Parfum d’agrumes. Nina chérissait les agrumes comme elle ne les avait jamais chéris.

Zélos, et Igni, se précipitèrent à sa suite, paniqués à l’idée que ce pût être une mauvaise idée, mais rien ne se produisit au contact de la mère et de la fille. Nina revoyait sa mère ? Celle dont elle avait hérité le collier ? L’on aurait dit son sosie, sa sœur jumelle, quoique plus âgée que la jeune femme qu’il côtoyait. Mais dont il ne connaissait rien, en réalité. Cette mère était-elle disparue ? Morte ? Comme la sienne ? En avait-elle conservé des souvenirs ?

  Memento Mori.


Le sourire radieux de Mélinoée et les caresses qu’elle procurait à sa fille offraient une scène attendrissante. La limonade et le petit biscuit qu’elle fit avaler à Nina offraient une cène évanescente.

« Tue-moi, ma chérie, sourit la femme.
— Par... Pardon ?
— Tue-moi. (L’emprise de ses doigts sur le corps de Nina s’accentua.) Tue-moi et tu pourras avancer. (Elle la pressait au point d’en trembler.) Tue-moi, Nina, allez ! Sors une arme, transperce mon cœur ! (Elle enfonçait ses ongles dans la chair de la fille.) Tue-moi ! (Son visage se tordait.) TUE-MOI ! »

Zélos attrapa le petit corps de Nina et l’arracha à sa mère. Elle tremblait, ne cherchait même pas à se dépêtrer.

« Nina, fais-le. Si elle nous attaque, nous ne pourrons pas combattre l’Élivágar en employant toutes nos capacités.
— Mais je...
— Si tu ne vaincs pas cette illusion, elle t’affaiblira ! Je refuse que l’issue du combat contre Gunther se reproduise... Si tu meurs, Nina, je...
— Tu me rejoindras ? C’est cela, que tu t’apprêtes à dire ? »

La fillette essuya ses larmes et tira ses cheveux en arrière, les noua entre eux, se dégagea des bras de Zélos et avança vers Mélinoée dont le visage était redevenu aussi doux qu’à la première seconde. Nina toisa sa mère, l’esprit embrumé, une dague à la main. Ce n’était pas sa véritable mère. C’était une œuvre de l’Élivágar. Sa mère n’était plus avec elle et rien ne pourrait la ramener. Car on ne ramène pas les morts à la vie.

Sombre, elle la tua.

Sa lame s’enfonça dans son cœur, au passage brisa un collier. Le même que Nina portait, d’ailleurs. Quoi de plus normal comme c’était, à l’origine, le sien ?

Et le décor s’effaça quand le couteau frappa le sol, offrant un sombre tunnel semblant adjacent à la grotte antérieure. Au loin, elle aperçut une lueur ambrée.

« Puiii ? »

Igni avait quitté son pot et glissé jusqu’au pied de Nina contre lequel il se lova, l’enveloppant d’une douce chaleur. Le reste d’une larme le frappa et roula sur son corps gélatineux avant que deux petites mains ne le ramassent pour l’enlacer. Nina lui offrit un remerciement pour son attention, l’embrassa au-dessus des yeux, provoquant une crachée de vapeur.

Losqu’elle se tourna vers Zélos, s’attendant à faire face à son torse à cause de sa taille, car elle n’osait pas le regarder droit dans les yeux, celui-ci n’était qu’à quelques centimètres d’elle. À son tour, il déposa sa main sur le crâne baissé de la petite Nina et le frotta gentiment.

Ce fut à son tour de rougir comme une pivoine ! Mais sa fierté reprit le dessus et elle bégaya d’une voix rogue.

« N-Ne va pas croire que ça me réconforte ou quoi, W-Wilder ! Je ne te laisse pas faire parce que j’aime bien cela ou qu-... Zélos ? »

  Larmes.


Le décor avait encore changé. L’obscurité n’avait pas frappé ses yeux bleus tout de suite, car elle l’avait assimilée, en regardant le sol sans y penser, à celle du tunnel... mais il n’en était rien.  C’était au contraire au cœur d’une ville qu’ils se trouvaient. Une cité haute, creusée dans la roche ou survolant les eaux sur pilotis. Toutes lampes allumées, ses lumières se reflétaient sur les ondulations calmes d’un fleuve, semblait-il, inconnu de Nina. Le ciel marbré indiquait l’heure tardive, comme le soleil trônant au centre du creux formé par la roche de la falaise, au loin.

Quelques filets de pêche étaient accrochés aux pontons, remplis de tout sauf de poissons. Quelques bateaux flottaient, aussi. Oh, de petites barques.

Zélos était blême. Nina croisa le regard d’Igni, tentant de lui faire comprendre ce qu’elle semblait assimiler. Elle avait eu son manège, il aurait été dommage que son comparse ne puisse pas en faire un tour... N’est-ce pas ?

« Où sommes-nous ?
— Hortensia. Au Sud-Est de Fiore.
— Et tu détestes cette ville ?
— Non. Mais je n’y ai plus ma place. »

Hortensia

Sa voix était rauque et le ton plat qu’il employait semblait le protéger d’une crise de spasmes psychologiques. Il serrait les poings si fort qu’il en saignait.

« Partons. Trouvons au plus vite ce qu’il nous faut faire pour partir d’ici. Je... »

Sauf qu’il s’était déjà tourné du bon côté, apparemment. Il se mit à ricaner à la vue du bâtiment auquel il faisait face, avec son toit d’ardoises aussi abrupt que tous les autres et sa construction très segmentée ; son bois en hauteur, ses pierres claires, décoratives, en contrebas. Mais il était grand, plus que nombre de maisons, même mitoyennes. C’était une guilde. "One Dragonfly".

Une fille se tenait devant, entourée d’animaux. Lapins, écureuils, oiseaux. Elle était habillée d’une longue jupe pistache, amplement brodée sur le bord, un chapeau similaire, orné de feuilles d’automne ; un haut jauni, une cape blanche. Volaient derrière elle de longs cheveux caramel. Elle semblait si bienveillante...

« Ema... »

Ema

La jeune femme se tourna vers lui, se surprit de le voir, mais pas autant qu’il était lui-même muet de la contempler. Amour d’antan, songea Nina ?

« Tu reviens enfin... soupira-t-elle.
— Non, je...
— Entre, qu’attends-tu ? Qui as-tu emmené, ta petite sœur ? Et ton animal de compagnie, je constate ! Qu’ils sont adorables ! (Elle se précipita vers Nina avec des étoiles plein les yeux, suivie de ses animaux.) Comment t’appelles-tu ? »

Lorsqu’elle frôla Zélos pour s’accroupir face à la fillette et son "animal", il ne se rendit pas compte tout de suite qu’une larme lui échappait.

« Ni... Nina.
— Et quel âge as-tu, Nina ?
— Sept ans, répondit-elle du tac au tac, en ne se doutant pas qu’elle n’avait on ne peut plus raison.
— Que tu es grande ! Tu accompagnes ton frère à son travail ? »

"Cesse de me questionner... Je ne suis pas une enfant !" pesta la fillette intérieurement. Mais elle s’efforça de jouer son rôle.

« O-Oui... balbutia la magicienne en agrippant le long haut sans manches de son "grand frère".
— Je suis la chef de la guilde, tu sais ! Je suis très forte ! se vanta Ema en faisant mine de montrer ses muscles. Et ton frère l’est aussi. »

Une deuxième lui échappa.

« Tu parles. Tu parles, Ema ! J’ai pas été foutu de... Je vous ai tués ! craqua Zélos. Et je ne suis même pas mort avec vous ! »

Nina leva de grands yeux vers lui. Le tri d’informations opéré par le cerveau était somme toute assez fantastique. Elle n’avait jamais vu Zélos comme un tueur alors qu’il lui aurait suffi de se poser la question pour se rendre compte de détail révélateurs. Ou peut-être n’était-ce qu’une impression, maintenant qu’elle en savait plus. Ou un mensonge ? Non, l’illusion avait été terriblement réaliste et crédible, pour elle, juste un peu plus tôt...

Ema se releva après avoir caressé la tête de Nina et Igni. Elle fixa Zélos intensément de ses yeux vert d’eau.

« Alors suis mois vers la taverne. Nous sommes tous à l’intérieur, Zélos, sourit-elle tendrement en prenant sa main. Abel, Maï, Sofi, Chin-Xi, Evan, Dalego... Brûle-donc la guilde et rejoins-nous-y.
— Zélos, je crains que brûler ce bâtiment soit le seul moyen de rompre l’illusion... »

Zélos, qui revoyait, contrairement à Nina, un passé qu’il connaissait, voyait toutes ses attaches distinctement autour de cette fille, de ce bâtiment, des noms évoqués. Ema l’embrassa sur la joue. Il se mit à trembler, Nina voyait qu’il se retenait de pleurer. Il vit, au-travers des fenêtres, nombre d’hommes et femmes, garçons et filles, le saluer joyeusement de la main, comme s’il était parti depuis longtemps pour enfin revenir parmi les siens. Et la fillette contemplait péniblement son visage, chaque fois plus déformé par la tristesse et la douleur. Il lui avait fallu ce temps pour apercevoir le véritable visage de Zélos, celui-ci, si souvent enfoui sous l’apparence d’un pitre...

Ema se pencha pour demander à Igni de s’allumer et de venir au creux de la main de Zélos. Il le fit sans regarder l’intéressé ou même Nina. Le Hvergelmir était son foyer, son origine, il était normal qu’il l’écoute.

« Zélos, envoie ce petit être brûler la guilde. (La voix d’Ema devint grave et ses doigts s’approchèrent du cou de Zélos, s’y enroulèrent, et commencèrent à le presser.) C’est un ordre de ton Maître.
— Zélos, vite ! C’est le seul moyen ! » s’exclama la fillette en tirant sur son vêtement pour attirer son attention, sans grand succès.

Il hoqueta. Sans bouger. Se laissant étrangler.

Soudain, Nina leva haut la main pour se saisir d’Igni et dans le même mouvement le lança sur le bâtiment. Dans un couinement, il tressaillit en vol mais une fois suffisamment près de la bâtisse en bois, il s’incendia, devint un geyser de flammes qui prirent instantanément. Quelques secondes suffirent au lieu de longues minutes pour que le bâtiment soit entièrement entouré de flammes le dévorant.

Ema s’y rendit, entraînant Zélos par la main qu’elle glissa de son cou à la sienne, un éternel sourire aux lèvres. L’homme la suivait. Sans rien dire. Mais la fillette se saisit de sa main libre et l’arrêta. Le coup d’œil, ferme, qu’elle lui lança lorsque, vide, il la regarda en retour, le fit lâcher prise. Ema continua sa route seule. Brûla avec le sourire, comme tous les autres hommes, femmes, garçons et filles aux fenêtres.

Et le décor s’effondra en chœur avec la libellule.

  Terre.


Les deux mages se trouvèrent sur un long pont au-dessus de ce qui semblait être le cœur du donjon. Le précipice s’engouffrait dans les profondeurs d’un sol brun et ambré, possiblement sans jamais s’arrêter car l’ombre d’un fond était indiscernable, pour peu qu’elle existât. Le chemin était noir d’ébène. Seule la lueur mordorée se reflétait sur ses bords tracés, d’ailleurs, en cercle à quelques pas. Il menait droit vers un œuf aux gravures incandescents, un art que Nina n’avait jamais vu outre le Hvergelmir. Une porte éblouissante était creusée au centre.

Svöl

Zélos, lui, regardait le pont d’ébène sans vraiment le voir. Igni était revenu vers eux sitôt sa mission exécutée et avait pu récupérer sa jarre. La fillette tenait toujours sa main et, d’ailleurs, elle la tira silencieusement pour le ramener à la réalité. Bien qu’elle imaginât aisément le mal qu’ait pu lui faire son passé parti en flammes. Oh, oui, elle l’imaginait très bien.

Mais trêve d’états d’âme pour le moment.

« Je ne veux pas t’interdire d’avoir mal, Zélos, mais j’aimerais sortir d’ici au plus vite, tenta la magicienne d’une voix aussi douce que possible. En sortant, si tu veux, nous irons dans un salon de thé !
— Oui. »

Ses lèvres retrouvèrent leur neutralité d’origine et elle soupira intérieurement. Mais elle garda sa main dans la sienne pour avancer sur le pont.

Lorsqu’ils posèrent le pied, ou le pot, dans le cercle, les trois compagnons, en un clignement d’yeux, se retrouvèrent face à un homme. Grand – très grand. De longs cheveux blonds et bouclés tombaient sur son dos recouvert d’une cape orange au bords déchirés, puis verte aux extrémités élimées décorées de fauve ; tandis qu’à ses poignets recouverts de noir brodé d’or tenaient des bracelets similaires, comme par magie vu leur largeur. Son visage vaguement angulaire exprimait une émotion à mi-chemin entre la bienveillance et la prestance d’un noble au meilleur de sa condition.

« Bienvenue, retentit la voix grave qui les avait déjà accompagnés. Je m’appelle Savel, Élivágar du Svöl, chers invités. »

Savel, du Svöl

Les mages s’avancèrent, Zélos ayant retrouvé une certaine forme de vigueur, comme en témoignait son air décidé à quitter le Hvergelmir avec le sceau.

« Je n’ai pas l’intention de vous combattre. (Face aux visages circonspects des magiciens, Savel éclata d’un rire sincère.) Hahaha ! Je ne plaisante pas, je ne plaisante pas ! Permettez. Nina. (Voyant que l’intéressée sursauta à l’entente de son nom, il poursuivit.) Je suis ravie de te voir enfin, tu sais ?
— Comment me connaissez-vous, au juste ? Et, de fait, comment avez-vous pu lire en nous pour créer ces illusions ? demanda la brunette, méfiante.
— Je vous l’ai dit : la Terre est mon amie. Et elle sait énormément de choses sur ses habitants et enfants. Tu en es une, et ton ami Zélos aussi. Mais j’avoue qu’en ce qui te concerne... (Il s’approcha de Nina qui esquissa un mouvement de recul, mais s’accroupit, persista jusqu’à plonger doucement sa main dans son cou ; enserra le collier de ses doigts.) Ce collier est la clé vers le Cœur du Hvergelmir. Sans celui-ci, réunir les sceaux ne sert à rien. Oh, ne dis rien, tu le sais déjà, j’en suis conscient ! Ta mère l’avait aussi, Nina. Ta mère est venue ici ; oh, une grande femme – pas en taille, la génétique te l’a laisser constater. Tu lui ressembles comme deux gouttes d’eau. »

Frappée par la nouvelle concernant sa mère, Nina ne releva même pas la pique lancée sur sa taille. Pour prêter une oreille attentive à la suite.

« Elle m’a donné bien du fil à retordre ! Mais je l’ai emporté. Elle a estimé qu’elle n’était pas assez puissante pour le moment, puis est partie la tête haute, après m’avoir serré la main.
— Que faisait ma mère dans le Hvergelmir... ?
— Je ne sais pas ? Le vœu d’un aventurier est bien souvent secret, au même titre que la quête entreprise. Ta mère ne m’a rien révélé, mais si tu veux tout savoir, elle est venue à moi lorsque tu n’avais pas sept ans. J’ai vite compris, grâce à la Terre, pourquoi je ne l’ai jamais revue. Mais je ne prétends pas connaître les raisons de sa poursuite du Hvergelmir... Peut-être parviendras-tu à élaborer de meilleures hypothèses, Nina ? »

Savel enveloppa Nina dans ses bras, la tétanisant de surprise. Son étreinte était réconfortante, paternelle, comme si c’eût été sa propre fille ou bien sa propre sœur qu’il enlaçait ainsi.

« Ce n’est pas la peine, tenta la fillette, de faire montre de bienveillance après ce que vous nous avez fait subir dans vos illusions.
— Eh bien certes, je n’ai pas été très tendre avec vous, sourit-il en se relevant. Mais je l’ai fait pour votre bien, qu’importe ce que vous pourrez en penser. J’ai assez vécu pour savoir m’y prendre avec le cœur des gens. La Terre m’en apprend beaucoup sur eux. Et le Hvergelmir aussi.
— J’ai cru comprendre... maugréa Zélos qui n’avait rien dit jusqu’à lors.
— Vous tenez beaucoup au passé, vous deux. Mais les fossiles sont un fragment de mort, et ne sont pas faits pour revivre. Je m’adresse surtout à toi, Zélos. (Il lança un clin d’œil.) Essaye, en sortant d’ici, de te familiariser avec le message porté par les libellules ? »

Il l’enlaça aussi, mais cela ne sembla pas faire plaisir au magicien qui se braqua, gardant une certaine amertume envers les actes de Savel. Ce dernier hocha les épaules.

« Tenez. Voici le sceau de la Terre, Nina, Zélos. Il nous permettra de nous revoir lorsque vous aurez atteint le cœur du Hvergelmir. Mais pour cela, j’ai bien peur qu’il ne suffise pas de vous rendre dans chaque donjon ; même, vous n’y parviendrez pas. Le seul n’ayant pas été visité est celui de ma consœur du Vent.
— Attendez... Quelqu’un d’autre a donc réellement commencé à réunir les sceaux ?! sursauta Zélos.
— En effet, d’après les informations de la Lumière et des Ténèbres. Ce sont les sceaux qui ont été obtenus, mais pas par vous. Mais la Terre me dit que vous ne tarderez pas à croiser cette personne de nouveau...
— Comment ça ? Êtes-vous sûr ? » demanda vivement le magicien tandis que Nina attrapait le seau avec ses petites mains.

Savel se contenta d’opiner sans mot. Il demanda aux trois comparses de le suivre vers la porte, plusieurs mètres en avant. Il les y déposa et, tel l’hôte qu’il était, les invita à traverser la lumière pour retrouver leur dimension d’origine. Après quoi il les salua, déposant même un baiser sur le front de Nina qui rougit et se détourna.

« Ce fut un plaisir de te rencontrer, Nina. Oh, toi aussi, Zélos ! Quant à toi, Igni, je passerai le bonjour à Gunther de ta part, sourit Savel. Quoi qu’il en soit, j’espère que vous tirerez tout le bon qu’ont voulu vous apporter mes épreuves. Écoutez-vous et revoyons-nous lorsque vous aurez atteint le Cœur ! »

* * *

Lorsque Nina, Zélos et Igni, encore quelque peu déstabilisés par l’issue de cette rencontre, quoiqu’heureux d’en sortir sans une égratignure, reposèrent le pied dehors, la fontaine d’albâtre n’était plus là. En revanche, la magicienne fut de nouveau déstabilisée par son corps ! Elle avait grandi d’un coup, retrouvé avec joie son âge, sa taille, son poids, ses formes. Le ruban serré autour de sa taille fut rapidement serré tant il l’oppressait ! Elle remit timidement ses collants et son soutien-gorge derrière un arbre avant que le groupe ne rebrousse chemin.

Au village, lorsqu’ils y retournèrent, la vie menait son cours, enfants jouaient, adultes travaillaient ou papillonnaient. Ils comprirent que depuis le début, tout n’avait été que mascarade ; mais pas comment Savel avait pu influencer autant l’extérieur du Hvergelmir. Finalement, ils s’estimèrent heureux de ne pas avoir eu à le combattre.
Aucun mot n’avait été prononcé jusqu’à l’instant. Zélos ne semblait pas tout à fait remis, et Nina estimait qu’il valait mieux attendre un peu avant de lui parler.

Elle rangea le sceau de la Terre dans le sac du mage. Ce n’était plus le vulgaire sac de coton qu’il possédait au départ, mais une pochette de voyages aux propriétés de stockage équivalentes à celle d’un sac à dos d’écolier. Et, à l’intérieur de ce sac, le nouveau cristal vint côtoyer les sigils de l’Eau, de la Foudre, de la Glace et du Feu. Seuls trois manquaient désormais à l’appel... mais restait à mettre la main sur l’individu qui en possédait déjà deux d’entre eux. En espérant que ce ne soit pas lui, ou elle, qui les retrouve en premier.

« Mes amis, comme nous nous retrouvons ! »

La voix n’était pas inconnue. C’était un homme. Un homme, apparemment, aux cheveux blancs ébouriffés. Theserin Mérédir.

« M-Monsieur Mérédi-... s’esclaffa Nina avant d’être interrompue ; Theserin n’était pas seul. Que... Qu’est-ce que cela signifie, Monsieur Mérédir ? »

Avec lui, deux soldats en armure. Et tout à fait aptes à employer la magie. Tout comme l’auteur, qui les menait, droit, calme et posé, mais dont l’afflux æthernanique semblait déployé comme il ne l’avait jamais été face à Nina et Zélos.

« Je vais devoir vous demander de me suivre à Bosco, à la capitale, tous les deux. Bien sûr, vous ne pouvez pas refuser, ou cela s’apparenterait à de la lèse-majesté. »

by Nina




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