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Le Soleil le plus Ardent (II)

Mar 05 Déc 2017, 21:51
         

Le Soleil le plus Ardent

Partie II



Rappel:
Ce texte fait suite à la réception organisée par Mivard et la cuite du groupe de mages, pour vous situer, il commence à peu près en même temps que le Cœur Éphémère III de Nina.

 On se réveille…


Dans une petite auberge de Neferet, deux cadavres. L’un étalé sur l’autre, ils restaient insensibles à la lumière qui venait les agresser par les petits carreaux de la fenêtre. Passifs et inertes, ni Liesel ni Ysaline n’eurent la force de lever une paupière ; pourtant il fallut lorsque déboula en trombe le vieux Mivard, armé de sa figure réprobatrice.

« On se lève. » gronda sa voix. Celle-ci resta pourtant ignorée des deux adolescents, en tout cas jusqu’à ce qu’une marionnette de papier les tire de force de leur lit. « J’ai dit debout ! »

Suspendus par les pieds, le duo ne répondit rien dans un premier temps. L’albinos retint un haut de cœur tandis que sa camarade commençait à se débattre.

« Lâchez-nous ! Ça va pas de réveiller les gens comme ça ?! Et puis pourquoi vous entrez par effraction ?! Vieux pervers !
— Je suis un homme en colère et vous savez très bien pourquoi.
— Posez-nous où je fais cramer votre marionnette ! Et vous avec ! »

C’est en imitant un visage dédaigneux que le jouet de Mivard les lâcha contre le sol, brisant la nuque des deux garnements. Ysaline pourtant se releva d’un bond, les cheveux en serpillère.

« Alors, qu’est-ce qu’on a fait qui mérite un tel traitement ?
— Vous n’avez aucun souvenir de la soirée d’hier ? Vous avez réussi à gâcher la réception. »

Elle se souvint et vira au rouge. Ils avaient bel et bien fichu la pagaille là-bas.

« Il est déjà midi passé, ajouta le vieillard, je vous attendrai à la bibliothèque. Quelqu’un cherche à te rencontrer, Ysaline.
— Quelqu’un ?
— Et j’ai bien voulu garder vos animaux pour la soirée, maintenant vous vous débrouillez avec ! »

Sans ajouter de détails, il sortit en claquant la porte. Le grincement de celle-ci se superposa au gémissement de Liesel, toujours étalé par terre. Le bruit s’amplifia soudain quand Alkael bondit sur le garçon. Le cri de surprise devint alors la source d’une bête dispute entre les deux mages, tous deux particulièrement irritables après ce réveil difficile.

« … bref, arrête juste de crier et lève-toi. Tu as entendu ce qu’a dit ton vieux fou, on nous attend à la bibliothèque.
— Il a dit que quelqu’un t’attendait toi.
— Bah je vais pas y aller toute seule alors que t-…
— Vas-y avec Amadeus, alors, soupira Liesel, toujours jaloux visiblement.
— Non mais je rêve. »

Une nouvelle dispute éclata, durant laquelle Liesel ne décrocha pas un mot. En fait, Ysaline se contenta de se chamailler toute seule face au miroir de la salle de bain voisine. Ajustant sa coiffure et débarbouillant son visage, elle se faisait une joie de rappeler qu’elle avait le droit de séduire qui bon lui semblait, sans énoncer tout haut qu’Amadeus avait été le premier être vivant à s’y montrer réceptif, néanmoins.

Finalement, le quatuor de mages et d’animaux s’était dirigé vers le point de rendez-vous. C’était à contrecœur que Liesel s’était habillé et lavé ; il ne comprenait pas pourquoi Mivard avait été si brusque car il n’avait lui-même aucun souvenir de la veille.


« Tu connais des gens par ici ? demanda le garçon tout en s’éventant avec un cahier sous la chaleur du soleil.
— Pas vraiment, mais il se peut que des gens me connaissent. Mon père organisait parfois des échanges avec Desierto, je vois que ça, mais ça m’étonnerait que le nom Todella soit connu par ici, encore moins mon visage.
— Et si c’était tes parents, justement ? Si on a vraiment fait du grabuge hier, ils ont peut-être eu vent de ta présence ici et… enfin, ce n’est qu’une supposition.
— Je ne rentrerai que lorsque j’aurais trouvé la source du feu. »

Cette réponse catégorique le retint de renchérir sur le sujet. Il meubla simplement en râlant à propos de la température, qu’il n’arrivait toujours pas à supporter, même en intérieur. Il faisait pourtant plus frais entre les épais murs de livres qui décoraient le grand hall où attendait Mivard… ainsi qu’un individu connu des deux adolescents.

 Le retour



« Mademoiselle Todella, c’est un plaisir de vous revoir.
— Oh, Amadeus, je suis ravie.
— Teh le revoilà, lui, ne put s’empêcher de lâcher Liesel.
— Monsieur Loren m’a demandé de vous trouver. Il a une requête à vous soumettre, si j’ai bien tout compris.
— Pas exactement, disons plutôt… une proposition. »

Amadeus Loren:

Ils sortirent du hall pour se retrouver dans l’une des nombreuses petites pièces de travail du bâtiment. Amadeus épousseta les bouts de gommes éparpillés sur la table d’un geste suffisant ; cela énerva Liesel.

« La source du feu. »

Par ces quatre mots, il venait de gagner l’attention la plus totale de son interlocutrice. Celle-ci s’étonna même qu’il la connût.

« Déjà entendu parler ?
— Je suis à sa recherche.
— Oh ! Voilà qui facilitera la tâche ! J’ai senti quelque chose en vous, une sorte d’aura qui m’a rappelé ce que décrivent les livres qui parlent de cette source. Au début, je n’ai pas su ce dont il s’agissait, mais j’ai trouvé : lui. »

Son regard se verrouilla sur l’oiseau de feu. Yolagaar, posé sur l’épaule de la jeune mage, poussa un petit cri aigu, comme pour questionner l’homme.

« Je suis persuadé qu’il a un rôle à jouer. C’est peut-être une clé, un gardien, un messager, je n’en sais rien pour être honnête.
— Pourquoi nous donner toutes ces informations alors que vous ne savez pas si nous allons accepter ?
— Parce que vous allez accepter : je sais où elle se trouve. »

Il avait dit ça avec un léger rire de fierté, visiblement, il n’avait pas fini d’essayer de la séduire. Ysaline cependant essaya de rester de marbre et rétorqua que rien ne lui prouvait qu’il ne mentait pas. Elle ajouta également qu’il était hors de question qu’elle lui cède Yolagaar. En guise de réponse, l’homme sortit une carte de Desierto de sa poche et l’étala sur la table, après avoir à nouveau épousseté les bouts de gomme restants. Liesel s’impatientait.

« Elle est là. Dans le massif montagneux entre Bellum et Desierto se dresse un volcan, c’est là qu’elle se trouve.
— Arrêtez un peu de jouer et soyez clair, qu’est-ce que vous voulez ?! lança Liesel se levant.
— Attends, ça m’intéresse... »

Il y eut un débat : devaient-ils lui faire confiance ? Amadeus ne tarda pas à les interrompre avec politesse pour enfin leur indiquer sa proposition.

« Je souhaite que nous y allions ensemble. Ysaline Todella et Amadeus Loren. Ce pourrait être l’occasion pour nos deux familles de former une… alliance ?
— C’est donc ça la drague chez les nobles, s’exclama Liesel dans son coin, ayant tout à fait compris pourquoi il avait insisté sur le dernier mot.
— À l’évidence vous en savez plus que nous. J’accepte votre offre, mais permettez-moi de poser mes conditions. Premièrement, Liesel et Alkael viennent. Ensuite, je veux que vous nous fassiez part de vos intentions réelles : que comptez-vous faire avec la source ?
— Je ne me sens pas à-même de révéler mes objectifs pour le moment. Ne vous en faîtes pas, cela viendra. Quant à la présence de ce roturier et de son chien…
— PARDON !? hurla Liesel en se jetant sur la table pour agripper l’homme par le col.
— Allons, je plaisante, haha. Cela ne me pose pas de problème de voyager avec le bas peuple.
— Si je t’ai pas tué avant » grinça le garçon.

Le groupe régla ensuite quelques détails, notamment le trajet ainsi que l’heure de départ : ils auraient deux jours pour tout préparer.

 Bouder


De retour à l’auberge, Liesel ne cessait de soupirer. Son amie ne put s’empêcher de crier au bout du treizième râle en moins d’un quart d’heure.

« Mais tu vas vraiment lui faire confiance !?
— Mais non évidemment ! Mais il a des infos et s’il peut nous aider pour les dangers à venir, on ne peut pas cracher dessus !
— Tu vas lui confier ta vie !?
— Mais ne sois pas stupide ! Et puis je suis parfaitement autonome, je n’ai besoin ni de prince, ni de chevalier, juste d’un peu d’aide, c’est totalement différent.
— Et je suis là moi, sinon.
— Raah… Liesel… Je sais que tu es là, soupira-t-elle calmement, je sais que je peux compter sur toi. »

Il grommela en faisant mine de lire son livre, mimant l’inattention. En réalité, il était touché. Il continua pourtant de soupirer, faisant rugir sa camarade qui s’enferma dans la salle de bain aussitôt pour s’empêcher de l’étrangler.

« Lies’, vibra doucement sa voix à travers la porte, tu sais… s’il y a bien quelqu’un à qui je pourrais confier ma vie, c’est toi… On a traversé beaucoup de choses, et on s’est beaucoup battus aux côtés d’Irina et Ilhem. La confiance en ses camarades, c’est primordial, mais je veux que tu saches que ce n’est pas parce qu’il nous accompagne que ma confiance en toi va baisser, parce que je… enfin… à toi je te fais confiance. »

La main posée sur sa poitrine, elle repensait à toutes les fois où le garçon avait été là pour elle et inversement. S’énervant contre elle-même de rougir pour si peu, elle se passa un coup d’eau sur le visage et ouvrit doucement la porte, dans l’attente d’une réaction de la part de l’albinos.

Elle se figea aussitôt.


« Je vais le tuer. »

Face au fauteuil vide et l’absence d’Alkael, elle comprit qu’il n’avait pas écouté un traitre mot de sa déclaration d’affection : il avait quitté la chambre.

Dans la ruelle voisine, l’intéressé parlait à sa chienne, pour répéter sans cesse les mêmes choses. « Il est louche ce type », « d’où il me prend de haut, ce snob », « je vais lui trancher la gorge ça va être vite réglé »… L’animal semblait tout à fait satisfait de ce dialogue, ne pouvant y déceler la flagrante jalousie de Liesel. Il s’arrêta même au milieu du souk pour lui crier « on ne peut pas faire confiance à ce type, ça sent le coup fourré ! ».


« J’approuve ! hurla Sirius en riant, faisait sursauter le mage.
— Alors si tu viens me faire des remarques sur le fait que je parle à mon chien, sache que je parle à qui je veux, d’abord, et que je n’ai certainement pas envie de te parler à toi ! »

Il y eu blanc, aussi bien dans l’esprit du jeune homme que dans la ruelle. Il venait d’y prononcer ces mots à voix haute, sans s’en rendre compte. Tout le monde le fixait avec peur et jugement, si bien qu’il sentit sa poitrine trembler.

« D-Désolé, Sirius…
— C’est bon, il a fini son caca nerveux, le petit jaloux ?
— J-Je ne..! Tu as raison. Je vais aller m’excuser. »

La tension régna pourtant durant les deux jours de préparation, malgré les excuses et les dialogues très personnels sur les ressentis de chacun. Ysaline avait raison sur un point : en tant que membre de guilde, il devait apprendre à côtoyer des gens qu’il n’aimait pas et leur faire un tantinet confiance sur certains points. Il s’agissait de le supporter le temps du voyage, pas de l’adopter à vie.

Ce que retint surtout le garçon, c’était qu’elle le défendait beaucoup trop à son goût.


 Désert


Tous deux parés au départ, ils se dirigèrent vers le point de rendez-vous, au nord de la ville. Même Alkael avait son petit sac sur le dos, contenant quelques feuilles ainsi que du matériel de premier secours. Yolagaar quant à lui transportait une simple potion miroir.

Amadeus les attendait, chaudement habillé malgré leur passage par le désert. Il ne semblait pas dérangé par la chaleur. Le groupe partit sans attendre, Amadeus commença rapidement les explications concernant le voyage.


« Nous allons traverser la Vallée des Arches, un désert clos très domestiqué par les autochtones. Il ne devrait pas y avoir de danger là-bas, mais une fois dans le tunnel de Taharqua, les choses se compliquent. De l’autre côté, il y a les Plateaux Décharnés et c’est ici que les risques sont les plus gros. Il y rôde de nombreuses créatures, j’espère que vous savez vous battre. Nous ferons le plein de fournitures de combat au camp des chasseurs, nous devrions en avoir pour à peine deux heures de trajet. »

Liesel devait l’admettre, il avait bien potassé le trajet, mais il n’aimait pas la posture de chef de groupe qu’il s’était approprié. Il portait une attention particulière à Alkael, couverte d’une épaisse fourrure. Le groupe venait tout juste de quitter la ville que l’albinos rêvait de la bouteille d’eau enfouie dans son sac. Devant, Ysaline et Amadeus discutaient, rigolaient, mais le garçon était bien trop occupé à se plaindre intérieurement pour y porter attention. Il se contentait de bêtement acquiescer lorsqu’il était sollicité.

Soudain, il s’exclama qu’un ennemi approchait, en dégainant une feuille. Un énorme lézard les suivait de près et ne ferait qu’une bouchée d’eux s’ils ne se défendaient pas. En position de combat, Liesel détendit ses muscles en voyant ses deux camarades rire.


« Haha, qu’il est distrayant. Tu n’as donc rien écouté ? Ce sont des sahaguins des sables, ils sont inoffensifs – quand ils ne protègent pas leurs œufs. Celui-ci est perdu, nous n’avons qu’à l’emprunter pour nous rendre au campement.
— Liesel, Liesel… »

L’albinos resta un instant sur place, abruti. Il venait de se tourner en ridicule et la réaction du noble l’avait fortement agacé. Les trois mages montèrent donc sur le dos du gros lézard, ainsi qu’Alkael, allongée, essoufflée par la température.

Pour la première fois depuis le début du voyage, Ysaline adressa la parole à Liesel pour autre chose que les histoires qu’elle racontait.


« Pas trop chaud ?
— À ton avis ? répondit-il sèchement.
— Je me doutais… Nous autres mages de feu n’avons pas à craindre la chaleur, en général. D’ailleurs, tu as entendu quand monsieur Loren parlait de sa magie ? Le feu ! Avec ça, tu risques d’avoir du mal à utiliser le papier…
— Donc je sers officiellement à rien, haha, rit-il avec une légère amertume.
— Il se peut que nous ayons besoin d’un appât. » plaisanta le noble.

Cela n’amusa pas Liesel.

Il ne fit que regarder les grands arceaux rocheux qui se dessinaient sur l’horizon depuis la ceinture de pierre qui enclavait cette plaine en forme de « huit » géant.


♦️
 La Vallée des Arches


En moins de quelques minutes, ils étaient arrivés près du campement des chasseurs, qui s’étaient réjouis de revoir Marglah, le sahaguin femelle qu’ils avaient perdu. Les deux nobles entamèrent alors des négociations afin d’obtenir un léger dédommagement. Ils se virent ainsi accorder une belle place à l’ombre ainsi que des boissons gratuites. Liesel resta en retrait, le livre écrit par Mivard dans les mains, lisant en boucle le même passage au sujet du papier quadridimensionnel. Il n’y comprenait rien, et visiblement son mentor non plus.

« Sirius, parle-moi un peu de cet endroit… ça me changera un peu.
— Comme tu voudras. La Vallée des Arches, une belle région qui s’étend au nord de Neferet. Des chasseurs, des proies faciles et… du sable. Beaucoup pensent qu’il s’agissait d’un lac, il y a fort longtemps, désormais asséché. Les Plateaux Décharnés seraient d’ailleurs une ancienne mer, d’après certains.
— Il nous faudra combien de temps pour la traverser, tu penses ?
— En quelques heures c’est plié, mais dis-moi… Je suis étonné que tu ne m’aies pas demandé de vous téléporter au plus près de la source.
— J’ai pensé que ce serait mieux de profiter du voyage pour se renforcer, au cas où la source et Muspelheim soient protégés.
— Bonne idée. Et puis ce type est louche…
— Par pitié dis-moi que c’est un criminel !
— N-Non, mais si tu continues à songer à le tuer, tu risques d’en devenir un sans même t’en rendre compte…
— Mais je disais pas ça pour ça, je disais ça pour… être sûr qu’il était digne de confiance. »

Une petite part de raison se manifesta enfin dans l’esprit de Liesel suite aux mots de Sirius. Il allait en effet trop loin dans sa jalousie, il se devait de le reconnaître. Il se décida à enfin rendre les échanges plus cordiaux. Il se lança même immédiatement dans la discussion.

« Dîtes… Vous venez d’où ?
— Mmh ? D’une ville près de la mer, au sud. Un bijou, cette cité… Mais je passe la plupart de mon temps à Neferet depuis que Bellum n’est plus secrètement au pouvoir. On reconnaît bien là Mivard Drosin, sous ses airs hagards, c’est un révolutionnaire dans l’âme.
— Vous savez, à propos de cet épisode, j’ai moi-même joué un r-…
— Oh mon Dieu ! Appelez les chasseurs, vite !

 Drame


Le trio se rua vers le groupe qui entourait un homme blessé. Allongé sur un brancard, il fut transporté avant que les voyageurs pussent comprendre quoi que ce fût.

« Si tôt dans l’année ? Mais il est censé apparaître le mois prochain !
— Il apparaît chaque année de plus en plus tôt…
— Nous ne sommes pas encore prêts pour l’affronter !
— Affronter qui !? fit vivement Liesel.
— Le Dieu Requin. »

Sur cette affirmation, tous s’en allèrent à l’exception des trois mages, planté au milieu du camp désormais vide. Tous s’étaient barricadés et un jeune apprenti avait filé sur le dos d’un sahaguin en direction du nord.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? s’inquiéta Ysaline.
— La cérémonie de la dent sacrée, dit Liesel en récitant mot pour mot ce que Sirius venait de lui dire à ce sujet. C’est un rituel que les chasseurs organisent chaque année pour chasser ce qu’ils appellent le Dieu Requin, un énorme poisson ayant la faculté de nager dans le sable. Habituellement, toute la zone est mise en quarantaine, les voyageurs sont interdits de passage et il est même arrivé certaines années que le gouvernement intervienne pour éviter que la créature ne s’échappe vers les villes.
— J’ignorais tout cela, avoua Amadeus.
— Classification ?
— 2D à 3D selon les années.
— À notre portée ! Nous devons les aider et terrasser ce truc !
— Cela nous retarderait, je ne pense pas q-…
— De Seven à Pergrande j’ai aidé les gens qui se trouvaient sur mon chemin. Je ne vais pas les abandonner à leur sort, que ce soit avec ou sans votre aide, rétorqua la pyromancienne en se dirigeant vers un des reptiles. Liesel, tu viens ? »

Sans se faire prier, il l’accompagna avec Alkael, montèrent tous les deux sur Marglah puis filèrent vers le nord eux aussi.

« Je suppose qu’il y a un autre camp vers là-bas ?
— Oui, où se regroupent les chasseurs, informa l’immatériel.
— Ysaline… Je suis content qu’on fasse équipe.
— Bien sûr qu’on fait équipe, espèce d’idiot ! »

Le plus dégoûtant chez ces lézards était leur respiration glaireuse comparable au bruit d’une craie sur un tableau. C’était normal, d’après Sirius, pourtant le duo ne put s’empêcher de penser que Marglah avait l’air d’agoniser.

Ils furent étonnés de la vitesse avec laquelle ils étaient arrivés. Descendus, ils s’étaient dirigés vers la plus grande tente en vue d’y trouver le chef. Celui-ci était jeune, mais musclé et robuste. Assis, les pieds sur la table, sa désinvolture contrastée par des yeux concentrés, il ne remarqua même pas les deux intrus.


« Nous pouvons vous aider à chasser le Dieu Requin, tenta Ysaline.
— Mmh… fit-il après un blanc. Habituellement, nous évitons de demander de l’aide aux étrangers. Mais cette année, les préparatifs ne sont pas terminés, nous ne sommes pas assez entraînés… Êtes-vous disposés à combattre dès maintenant ? En ce cas, je vais réunir une équipe de combattants… en espérant qu’ils accepteront malgré les risques. »

Sa phrase terminée, des cris de chasseurs se firent entendre à l’extérieur. Se précipitant hors de la tente, ils virent à leurs pieds l’aileron de requin se frayer un chemin à travers le sable sans la moindre difficulté. Alkael grognait, parée au combat.

 Dieu Requin


« Ysaline !
— Le porc-épic !
— Entendu ! »

Conformément au nom de cette attaque, une sphère se dessina autour de l’aileron, composée de papier et d’oiseaux prêts à fondre sur celle-ci.

« Dès qu’il sortira… » murmura Ysaline alors que les chasseurs se regroupaient.

Les quatre secondes d’attente leur semblèrent interminables, mais lorsque le poisson bondit la gueule ouverte pour dévorer Liesel d’une traite, le duo s’exécuta. L’albinos forgea un mur organique devant lui alors même que les écailles de l’ennemi subissaient l’attaque combinée.

Pourtant l’instant d’après, il passa la barrière de Liesel comme si de rien n’était et ce dernier sentit l’haleine du requin tant ses crocs étaient proches de son visage. Il ne comprit pas de suite ce qu’il s’était produit quand un trait blanc avait bondit en aboyant pour le sauver et plaquer le requin contre le sol, sol dans lequel il s’était lentement enfoui.


« Alkael, tu m’as sauvé…
— La façon dont il a traversé ton mur, c’était comme si…
— Du papier banal… »

Son dernier combat apparut dans sa mémoire et les mots d’Yggdrasil résonnèrent avec ce souvenir. « Je peux t’offrir le pouvoir nécessaire, mais cela ne sera pas sans conséquences. Sache-le. »

« Derrière-toi ! » hurla un groupe d’archers en joue vers le garçon.

Ce dernier roula sur le côté quand le monstre surgit du sable. Une volée de flèches fut alors tirée puis broyée par la gueule de la créature qui replongea à nouveau. Liesel avait pu la voir plus distinctement à présent : ses écailles semblaient faîtes de roche et ses nageoires bleues se confondaient avec la couleur du ciel. Sa taille dépassait probablement les deux mètres, peut-être trois. Le plus impressionnant était pourtant la corne métallique qu’elle arborait, parfaite pour empaler le moindre adversaire.


Le Dieu Requin:

Il s’enfuyait ! Le chef des chasseurs ordonna à chacun d’entre eux de monter sur un sahaguin pour éloigner l’ennemi des zones habitées. Il n’en allait plus de l’honneur du combat mais du devoir de protection à présent. Il implora également Liesel et Ysaline d’utiliser Marglah pour combattre à leurs côtés. Ils acceptèrent sans réfléchir.

« À ton avis, comment tu crois qu’ils arrivent à différencier les lézards entre eux ?
— J’ai failli mourir et tu me demandes ça !? Bon sang… Alkael ! Tu penses pouvoir retrouver sa trace ?
— Bah oui et elle va te comprendre, comme ça… » critiqua Sirius.

Il ferma son clapet quand le pendentif de Baasje s’illumina et que la chienne renifla le sol à la recherche de leur proie.


« Impossible avec tout ce sable, même nos meilleurs chiens n’y sont jamais arrivés ! »

Pourtant l’animal aboya puis courut en direction du nord-ouest, guidant les deux mages.

« Mais c’est parce que vous n’avez pas… un chien magiq-… !
— Un chien magique, sérieusement ? coupa la pyromancienne avec dédain. J’ai jamais rien entendu d’aussi nul. Surveille où elle va au lieu de dire des trucs nuls. »

Et la petite armée dirigée par Alkael s’en alla vers les confins de la vallée. Durant le trajet, les mages en apprirent plus sur leur cible : comme beaucoup d’animaux, ses points faibles étaient le flanc et les yeux, mais la stratégie consistait à se débarrasser de ses ailerons pour le ralentir. Ils se plieraient au rituel, puisque ce devait être le moyen le plus efficace de tuer la bête.

Ils s’arrêtèrent tous au niveau de quatre piliers de roches étonnamment verticaux. Les aboiements ne trompaient pas : elle était en dessous. Dans le ciel, un cri retentit : l’oiseau de feu tournait en cercle autour des piliers, indiquant à Ysaline qu’elle pouvait compter sur son aide.

Un bruit sourd se faisait de plus en plus clair puis le requin s’envola verticalement, sa corne plantée dans la jambe d’un des hommes, qui criait de douleur. La proie n’eut le temps d’atterrir cependant, car Yolagaar fila dans un éclair de lumière dorée et s’écrasa contre ses écailles dans une déflagration qui fit rougir le sable.

Projeté à des dizaines de mètres, le requin lâcha sa victime, sous laquelle Liesel avait déployé des lits de papier… inefficaces. L’albinos s’écroula sous le poids de l’homme blessé en amortissant sa chute.

L’oiseau de feu désormais fatigué et couleur charbon se posa sur l’épaule d’Ysaline, qui libéra alors le grand cercle magique qu’elle avait dessiné dans le ciel, faisant s’abattre une tempête carmine sur le monstre, dont les ailerons ne résistèrent pas à l’attaque.


« Incroyable… s’exclamèrent les autochtones.
— À vous de jouer maintenant ! » souffla la rouquine à travers sa toux.

Liesel qui n’avait plus accès à la magie alla près d’elle pour vérifier son état.


« Tout va bien, ne t’inquiète pas, laisse-moi juste souffler trente secondes et je suis parée. Et toi, ta magie ? À quoi tu joues !?
— Je ne sais pas, je n’ai plus accès à mes pouvoirs… C’est à cause de mon combat dans Helheim, on m’avait prévenu, mais je ne pensais pas que…
— Alors reste en arrière, je ne veux pas que sois blessé ! » dit-elle en prenant son phénix épuisé dans les bras.

Celui-ci s’éclaira d’un rouge faible et révéla après un nuage de fumée le sceau du bretteur, sa forme tranchante. Elle prit une grande bouffée d’air puis courut vers le prétendu dieu, qui semblait fondre délicatement dans le sable. Arrivée à son niveau, elle put constater qu’il avait complètement disparu, enfoui.


« Faites attention, il est encore plus féroce quand il est affaibli ! Vous deux, allez aider le blessé et vous, avec moi, on va le réduire en poussière ! »

Les camarades s’exécutèrent tandis qu’Ysaline resserrait sa main sur son épée, impatiente de lacérer sa proie et de mettre fin à ce combat qui ne faisait que l’éloigner de la source. Elle songea à Amadeus et perdit sa concentration ; elle tourna le regard vers le village. Ce fut à cet instant précis que la bête apparut, surgit du sol pour empaler le visage de la jeune fille.

« Khamsin ! »

La dague de Liesel brilla et l’albinos se révéla à son tour, l’arme plantée dans l’abdomen de la créature, qui s’immobilisa dans les airs. Il y eut un blanc, puis le poids du requin se fit ressentir sur le poignet du garçon. Sa poitrine se compressa tout à coup et sa vision se troubla. Il lâcha tout et tomba à genoux. Le requin était mort, mais cette sensation, il la connaissait.

 Victoire !


« Je te prie de m’excuser, je ne pensais pas que tu te mettrais sur le chemin. »

C’était Amadeus. Des flammes brûlaient sa main, alors il la secoua pour les éteindre. Il alla vers l’albinos et l’aida à se relever par politesse. Après tout, il venait de le toucher avec son attaque. Il ne daigna même pas le regarder dans les yeux.

« Ce sort… je le connais.
— Oui, l’oiseau noir que j’avais invoqué lors de notre confrontation, dit Ysaline, il vient de faire la même chose.
— Oh, vous voulez parler du Corbeau ? »

Il s’apprêta à expliquer mais le groupe des chasseurs poussa un cri à l’unisson, afin de célébrer la défaite de leur proie.

Le trio fut invité à rester. Il était déjà tard dans l’après-midi et le soir ne tarderait pas à tomber. Avec tout cela, la journée était passée tellement vite. Ysaline – qui en avait profité pour s’autoproclamer chef de groupe après le combat – accepta avec joie. Les chasseurs leurs devaient une fière chandelle.

Ils mangèrent ce requin le soir-même, préparé par un couple de cuisiniers assez doués pour que l’on se demande ce qu’ils faisaient perdus dans le désert. Même les animaux eurent droit au festin !

Après ce repas, tous les trois dans une même petite maisonnette qui faisait office de chambre d’hôte, ils purent reprendre les explications autour du foyer qu’Ysaline avait ravivé au centre de la pièce.


« J’ai été étonné de voir qu’Ysaline maîtrisait la même magie que moi. J’ai déjà pu lire « pyroptéromancie » dans certains livres, mais c’est un nom barbare.
— Je vois, fit la jeune fille, comme pour demander la suite.
— Vous devez vous en douter, il existe bien d’autres éléments dans lesquels forger ces oiseaux : la glace, le sable, le bois, et bien plus. Ce que vous savez également, c’est qu’il existe différentes sortes de rapaces : le sort qu’a utilisé Ysaline contre le requin s’appelle le Faucon.
— Lorsque je privilégie des dégâts perforants aux dépens de l’énergie élémentaire...
— Exact. L’inverse est l’Albatros, qui peut exploser.
— Et donc ce truc noir qui m’a traversé comme un fantôme, c’est le Corbeau ? intervint Liesel, vexé.
— Tout à fait, il n’est pas physique, il blesse l’ennemi au cœur de son énergie vitale, si l’on peut l’appeler ainsi. Il le fatigue, l’affaiblit, le déprime, ce genre de chose.
— Et c’est très désagréable, insista encore l’albinos.
— Vous en savez tellement, Amadeus…
— Ouais bah il faudra qu’il garde tout pour lui jusqu’à demain, parce que moi, je vais me coucher. Nous avons encore du chemin. »

Liesel s’enfouit sous sa couette pour échapper au froid nocturne du désert. Le couple se tut aussitôt, par respect, et le garçon s’endormit sans s’en rendre compte, trop fatigué pour se soucier de ses pouvoirs qui avaient disparu.


Fiche de RP (c) Miss Yellow





Fiche du mage
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