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    L'Eau la plus Pure






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    L'Eau la plus Pure par Liesel Engelwald le Mar 16 Jan 2018, 20:00
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    L’eau la plus pure



    Précédemment:
    La traversée des Plateaux Décharnés se termine bien, mais dans la nuit passée là-bas, Amadeus et Ysaline se rapprochent, au point que certaines ambiguïtés naissent entre eux. Celles-ci sont confirmées par la panique d’Amadeus lorsqu’Ysaline a disparu. C’est encore une fois Marglah qui sauve l’équipe…

     Sanctuaire.


    « C’est magnifique…
    — Fabuleux…
    — Ysaline, Liesel, voici le Temple de Nahkrankh. Nous nous en sommes sortis vivants… peu de gens peuvent s’en vanter.»

    De l’autre côté des plateaux, près des montagnes qui séparent Desierto de Bellum, se dresse ce temple séculaire. Cette petite ville élevée à plusieurs mètres de hauteur survit seule grâce aux sources qui coulent depuis le volcan près duquel elle se tient. Ce même volcan où se trouvait la source du feu, d’après Amadeus.

    « Par contre… comment on monte ? »

     Le Temple de Nahkrankh


    « Il devrait y avoir un téléporteur là-bas… Si mes souvenirs sont bons.
    — Vous êtes déjà venu ? demanda Liesel.
    — Oh, il y a longtemps. J’étais dans un groupe d’étude de ruines antiques, et Nahkrankh était l’endroit parfait pour analyser la réutilisation des mécanismes anciens hautement avancés dans la vie quotidienne. Ma mère n’a jamais voulu que je parte à Minstrel pour avoir des exemples encore plus concrets.
    — Vous êtes érudit ?
    — Allons, un tel mot… Non, j’ai fini par abandonner, suite à… certains événements. »

    Il parlait de son père, à n’en point douter.

    Le trio s’amena près de la petite plateforme au centre de laquelle s’élevait un piédestal. Le noble posa sa main dessus et le mécanisme se déclencha : un bruit sourd retentit alors qu’une lumière brilla vivement et la seconde d’après, ils étaient en haut.

    Ysaline posa un genou à terre alors que Liesel essuya un vertige. Ce dernier pensa qu’un transport si précis devait se faire au prix du confort, à l’époque, car il s’était habitué aux téléportations avec Sirius. Même Amadeus resta immobile quelques instants, durant lequel deux gardes approchèrent.


    'Ana alriyah muatiatan lak, que les vents vous soient favorables, chers voyageurs. Peu de gens empruntent ce portail. D’où venez-vous ?
    — Neferet, répondit Liesel, qui s’était remis.
    — Vous êtes venus par les Plateaux !?
    — C’était plus court, fit celui qui avait décidé du trajet.
    — Ç’aurait été plus sûr de contourner par le fleuve.
    — Attendez, on a risqué notre peau juste pour aller plus vite ? s’insurgea l’albinos.
    — Allons, le but était tout de même de créer un lien de confiance assez développé pour les épreuves qui nous attendent dans le volcan.
    — Le volcan ? s’étonna un garde. Je ne pense pas qu’on vous laisse y aller, mais vous pouvez toujours essayer de demander à la Prêtresse. »

    Le groupe se dispersa alors dans la ville dont la disposition n’aurait assurément pas pu être plus labyrinthique. Les bâtiments se dispersaient sur et dans la falaise, reliés par de maigres ponts de pierre, qui avaient parfois l’air trop fragiles pour supporter le poids d’un homme.

    Marglah avait une nouvelle fois disparu, pourtant Ysaline avait aperçu un enclos de sahaguins, alors elle ne s’inquiéta pas plus.

    Pendant que les deux plus jeunes flânaient, Amadeus cherchait les lieux principaux de la cité, mais surtout une carte. Avant d’en trouver une, il croisa la bibliothèque, le temple, ainsi qu’une auberge. Par gratitude, il paya la chambre à ses camarades et s’en alla leur annoncer la nouvelle.

    Malheureusement, il tourna en rond pendant un long moment avant de croiser l’un d’entre eux.


    « Ah, Liesel ! Ysaline est introuvable… Je nous ai payé une chambre chacun, donc si tu la croises, dis-lui. Personnellement, je vais nous trouver de quoi préparer un bon repas pour ce soir.
    — J-Je… Merci à vous, Amadeus ! s’exclama Liesel, soulagé de voir que lorsque le danger ne le guettait pas, Amadeus était bien plus aimable.
    — Allons, tu peux me tutoyer maintenant. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont aucune audace, décidemment. Et pourtant ils sont si mal élevés… »

    Sur ces mots, qui semblaient plus adressés à une généralité qu’à Liesel, il s’en alla. L’albinos retira sa dernière pensée, agacé du ton hautain de son interlocuteur.

    ---

    Le repas fut délicieux. Personne ne s’était douté des talents culinaires d’Amadeus. Ce fut le ventre bien rempli que les trois amis purent se coucher. Liesel était persuadé d’avoir entendu Ysaline rejoindre la chambre d’Amadeus dans la nuit, pourtant il ne put en avoir le cœur net.

    Le lendemain, cette même Ysaline avait la tête passée à travers la porte entre-ouverte de la chambre de l’albinos. Alkael ne s’inquiéta pas, bien qu’elle levât une paupière pour observer ce qu’il se tramait.


    « Il est chou quand il dort, fit-elle à Amadeus.
    — Mmh… On dirait une sorte de blatte… fit la deuxième tête au-dessus.
    — Roh, t’es méchant avec lui… gloussa-t-elle. Bon, laissons-le dormir. Pendant ce temps, Amadeus, nous devons faire le plein d’objets !
    — En effet. Il est certain que nous rencontrerons des monstres de feu, et nos magies ne vont pas beaucoup nous aider. Nous allons devoir nous reposer sur nos habiletés physiques… Tiens, prends l’argent du jeune, on va voir ce qu’on peut trouver.
    — ‘Le jeune.’ » s’amusa Ysaline.

    Le duo partit donc en direction des marchés. Le comportement des deux avait légèrement varié, preuve que les terres désolées avaient une influence néfaste sur l’humeur. Quoi de plus normal ?

    Ysaline était plus joviale, impatiente d’être près de la source pour guérir Yolagaar. Elle était sûre que c’était le meilleur moyen de le soigner. Amadeus quant à lui avait fini par s’amuser des enfantillages de sa camarade.


    « Oh ! Regarde, des pistolets à eau…
    — Cela va bien pour une flammèche, mais nous allons dans un volcan, Ysaline…
    — Tout le monde fait cette erreur, s’amusa le vendeur. C’est un canon magique haute pression, il pourrait vous tuer, à bout portant, si vous n’avez pas la tête solide.
    — Héhé, ça nous serait utile !
    — En effet… Mais nous n’avons pas les moyens, même en s’y mettant tous les trois. »

     L’arme


    Figé, le couple soupira. Ils fixèrent avec envie l’objet en faisant mine de chercher une alternative, alors qu’il n’y en avait visiblement aucune. Ils saluèrent le marchand puis continuèrent leur route, jusqu’à tomber sur un petit attroupement.

    Devant les portes du temple – le nom de la ville était en fait une métonymie – la majorité des habitants s’étaient réunis pour accuser la prêtresse. Du peu que pouvait comprendre Ysaline, ils n’étaient pas contents. Amadeus en revanche, qui avait passé son enfance sous le soleil de Desierto, put traduire maladroitement leur dialecte.


    « Apparemment l’eau de la source est polluée… Il y a plusieurs malades, et la prêtresse refuse de parler.
    — Il faut les aider !
    — Encore un élan d’altruisme…
    — Il y a de ça, mais cette fois-ci, c’est intéressé. Si nous leur sauvons la mise, nous pourrons négocier un petit dédommagement… Les pistolets de tout à l’heure, par exemple.
    — Eh bien je n’y avais pas pensé… fit Amadeus en bégayant. Il n’avait pas été assez malin sur ce coup, se dit-il.

    La rouquine prit les devant et se proposa pour aider. Elle reconnut les deux soldats qui les avaient accueillis la veille. Eux-mêmes se rappelaient que le couple avait traversé les Plateaux Décharnés pour en ressortir indemne, un gage de virtuosité.

    Ils leur ouvrirent la porte et ils furent reçus dans une petite pièce où se tenait un large trône à l’allure très confortable. Les tapisseries murales représentaient des cascades, et plusieurs fois Ysaline y passa le regard pour s’assurer que l’eau n’y coulait pas vraiment. Pourtant elle coulait, elle en était sûre ! Il devait s’agir d’un trompe-l’œil…

    Voyant que personne ne venait pour les accueillir, Amadeus se leva, mais à ce moment, quelqu’un entra.


     Pollution.


    « Je suis désolé, c’est une situation assez délicate… C’est donc vous, les mercenaires ?
    — Nous pouvons dire ça, oui…
    — Je suis mercenaire, corrigea la rouquine. J’ai accompli pas mal de missions, à travers le monde. »

    Cette affirmation calma les tremblements du petit homme paniqué.

    « Bon… Je suis le valet de la prêtresse, mais il se trouve qu’elle a disparu… Pour être honnête, elle ne se sentait pas très bien hier, après le passage de ce visiteur. Depuis, disparue, et par-dessus le marché, l’eau est désormais polluée : une première !
    — Ce n’est jamais arrivé ?
    — Non ! L’eau de ce volcan est pure, de plus, les pouvoirs de la prêtresse permettent de laver cette eau : c’est elle qui lui donne toutes les vertus énergisantes qu’elle possède.
    — Vous avez parlé d’un visiteur… intervint la pyromancienne.
    — Oui, un homme louche est venu la voir hier soir. Il était très grand – et croyez-moi que quand je dis grand, c’est grand – avec un tatouage sous le menton.
    — Quel genre de tatouage ? elle s’inquiéta.
    — Je ne peux rien affirmer, mais par le style, on aurait dit une guilde noire… Sur le moment, je ne me suis pas inquiété, après tout, nous sommes au milieu de déserts féroces, mêmes les mages noirs sont en difficulté, il y a peu de conflits ici… On ne dirait pas, mais la prêtresse considère que tous les êtres humains sont égaux. Jamais je n’aurais pensé qu’il puisse lui vouloir du mal.
    — Bien, la priorité me semble tout de même être la pollution de l’eau. Donnez-nous accès à la source pour que nous puissions voir d’où vient le problème. » s’imposa Amadeus.

    Il attira le duo vers une toute petite porte, au fond de la salle. Il mit plusieurs minutes à l’ouvrir, car ses mains tremblaient. Il accompagna ensuite les nobles vers le sous-sol, où se trouvait un autre téléporteur, du même genre que celui qu’ils avaient emprunté la veille.

    Un air inquiet sur le visage, le valet laissa le couple disparaître dans une lueur intense. En remontant, il s’assit sur les marches, comptant les secondes avant leur retour.

    Au cœur de la falaise, Ysaline et Amadeus apparurent en s’effondrant sur le sol. Dans un soupir des moins gracieux, la plus jeune se releva.


    « Ils pourraient les faire moins brutaux, ces portails…
    — Je suis bien d’accord ! » répondit Amadeus en exposant un visage embrumé.

    La salle dans laquelle ils étaient apparus était faite de pierres sculptées. Il leur semblait avoir pénétré une sorte de temple ancien, très bien entretenu bien que très humide. Sans la moindre hésitation, ils avancèrent, toutefois prêts au combat.

    Le couloir exigu dans lequel ils passaient donnait quelques palpitations à Ysaline, qui appréciait entendre la respiration méfiante d’Amadeus. Elle refusa cette pensée et secoua la tête longuement et frénétiquement. Quand elle arrêta, deux couleurs lui faisaient face.


    « Oh non… Ne me dis pas que c’est un labyrinthe…
    — Je ne pense pas, mais évitons de nous perdre. Prenons à droite, et continuons à droite à partir de maintenant. Si nous nous perdons, nous saurons où nous avons tourné.
    — D’accord. »

    Et ils prirent à droite.

    ---

    Réveillé par les grognements de sa chienne en plein cauchemar, Liesel ne put résister à l’envie de la prendre dans ses bras pour la rassurer et la réveiller doucement. Elle fut ravie de découvrir le visage de son maître en ouvrant les yeux et lui témoigna d’ailleurs sa joie par de grands coups de langue sur le visage. Liesel, amusé, se renversa pour les éviter, mais heurta le coin du lit.


    « Gnh… Aïeuh… »

    Se frottant la tête en dissipant la pitié qu’il ressentait pour lui-même, il constata avec effroi l’absence d’eau dans la salle de bain.

    « Quoi !? Mais non… J’ai soif, et puis il fait chaud… Et il est quelle heure au fait ? Ah oui… J’étais fatigué…
    — Tu recommences à parler tout seul… fit Sirius.
    — Ah, te revoilà ! Tu es beaucoup plus discret quand y’a du monde autour de moi…
    — Bah tu m’ignores, alors forcément. Mais bon, comme je t’aime bien – et que j’ai pas le choix – je vais te pardonner. Aux dernières nouvelles, il y a un problème avec l’eau dans la ville. J’ai pas été très attentif, parce que tu comprendras que j’ai autre chose à faire que de vous surveiller, mais Ysaline et l’autre sont partis pour le régler.
    — Sans moi ?
    — Tu étais vraiment fatigué. C’est comment, la vie de non-mage ?
    — J’ai encore de la magie ! Sinon on ne pourrait pas parler, et ma dague serait inutilisable, et je pourrais pas faire flotter le pap-…
    — Oui oui, j’ai écouté : restriction budgétaire.
    — Exactement. Enfin bon, j’ai cet arc et Khamsin, sans oublier Alkael. Je vais aller aider Ysaline !
    — Oui, ça suffira. Moi je sais ce qu’il se trame héhé, mais si je te dis tout, ça gâche le plaisir… »

    L’albinos soupira puis s’en alla. Il lui fut facile de trouver où aller, car la foule toujours agitée ne s’était pas calmée. Les mêmes gardes qui avaient laissé passer le couple lui ouvrirent la porte et il eut la même discussion avec le valet.

    « Empoisonner une source d’eau, en plein désert… Ces mages noirs n’ont donc aucune décence. À croire qu’ils n’ont même pas d’instinct de survie. Pff, ce sont des bêtes.
    — Si je puis me permettre, vos amis sont déjà en bas. Je vais vous ouvrir la porte. Vous êtes mercenaire vous aussi ? demanda-t-il en mélangeant ses clés en tremblant.
    — Non, je fais partie d’une guilde de mages. Aeternitas, dit-il en montrant son symbole. Retenez ce nom, vous pourriez nous recroiser un jour. Ce jour-là, souvenez-vous qui vous a sauvé la mise. » dit-il avec un clin d’œil complice.

    Il prit le portail et alors qu’Alkael avait semblé totalement passive, l’albinos avait eu le malheur de faire un pas sur le côté au moment où il s’activa. La conséquence fut terrible : à son arrivée, Liesel vola à travers le couloir et arriva d’un bond devant une intersection, au prix d’une deuxième bosse.


    « Mais qu’est-ce que c’est que ces portails de qualité médiocre !? s’exclama-t-il en jetant un caillou dans le vide, tandis qu’Alkael le rejoignait.
    — Hahaha, y’en a qui se plaignent que mes téléportations donnent la nausée, mais quand on voit ce vol plané que tu viens de nous faire, ça fait relativiser, rit Sirius. La téléportation est quelque chose d’assez précis, et un vieux mécanisme comme ça ne peut pas rendre une minutie pareille.
    — Oui, mais bon… »

    Liesel observa les deux tunnels, hésitant. Les deux semblaient identiques, alors il resta un long moment planté comme un piquet, si bien qu’Alkael s’était presque endormie à ses pieds. Néanmoins, une voix féminine sembla lui parvenir depuis l’un des deux couloirs.

    Alors il prit à gauche.

    ---

    De leur côté, le couple venait de trouver une grande salle qui les laissa sans voix : dans les murs de briques s’ouvraient des cercles, depuis lesquelles de petites cascades coulaient, aussi bien vers le haut que vers le bas. Défiant la gravité, les eaux suivaient une chorégraphie détaillée, animant l’endroit d’une ambiance mystérieuse, mais relaxante.


     Salle principale


    « Eh bien je ne vois aucun probl-… Attends, je perçois quelque chose…
    —« Regarde, il y a quelque chose là-bas… »

    Curieux, les deux nobles s’avancèrent tout doucement sur le côté, dans l’espoir de distinguer un peu mieux ce qu’était l’étrange forme au fond de la salle.

    La seconde d’après, une créature des plus dégoûtantes avait foncé sur Amadeus, éjecté à temps par Ysaline.


    « Mais… que c’est… LAID ! »

     Miasme.


    Une créature visqueuse et orangée leur faisait face. Une grande bouche qui pendouillait, aucune dent, des yeux vides de toute expression et un bruit constant de bave. Le slime géant venait de les attaquer une seconde fois.

    « C’était sûr qu’on allait tomber sur quelque chose comme ça… Je déteste les slimes, bon sang… »

    Pour se venger des frissons de dégoûts qui parcoururent son dos, elle envoya plusieurs traits de feu qui ne firent que roussir la tête de l’être liquide.

     Babeuuuh


    Le bras extensible du monstre le vengea à son tour en expulsant la magicienne contre un mur. Ysaline n’eut que faire de la blessure, la simple idée d’être entrée en contact avec cette chose lui fit naître quelques larmes.

    « Amadeus, je t’en supplie, tue-moi ça, je ne suis pas capable… J’ai horreur de ça…
    — Mpf ! Rémiges de la cor-bloup ! »

    La volée flèches mauves s’en alla vers le gluant qui avait gobé la tête entière d’Amadeus. Étouffé dans la substance horrifiante de la créature, il dut subir avec elle sa propre attaque.

    « Amadeus ! »

    La pyromancienne eut quelques secondes d’hésitation, mais les bras agités de son ami paniqué la décidèrent. Elle dégaina son poignard dissimulé et, par une danse travaillée, sortit son ami du slime tout en lançant son arme dans la bouche de ce dernier, qui l’engloutit comme si de rien n’était.

    « Merci… mais les armes matérielles ne lui feront rien.
    — Héhé. »

    Amadeus écarquilla les yeux en voyant la plume dorée gravée sur la petite dague et Ysaline, fière de son coup, claqua des doigts. La plume explosa et avec elle le slime, qui éclaboussa toute la pièce, ainsi que ses occupant.

    « Bien joué ! »

    Ils purent souffler un moment. Mais le gluant ne comptait pas s’arrêter là : son liquide éparpillé se réunit au centre de la salle pour reformer, intacte, la créature.

    ---

    Liesel, dans un large couloir, n’entendait pas les bruits du combat qui avait lieu plus bas. La voix qu’il entendait cependant se faisait de plus en plus claire, si bien qu’il aperçut une silhouette féminine familière. Rassuré, il ignora à tort les grognements d’Alkael, qui avait bien senti que quelque chose n’allait pas.

    « La Flan’mily ! » s’exclama joyeusement le garçon, pourtant la fille répondit par un poing géant gélifié qui expulsa l’albinos contre un mur.

    Ses yeux rouges enrobés d’une aura noire témoignaient de son hypnose. Quant à la grande coiffe qu’elle arborait, c’était probablement la marque de son statut : prêtresse de Nahkrankh.


    « Tout s’explique, quelqu’un l’hypnotise pour polluer l’eau… Je ne laisserai pas cela se dérouler ainsi ! Alkael, aanval ! »

    Les camarades foncèrent ensemble vers la prêtresse immobile. Celle-ci attendit le dernier moment pour agir, mais son action arrêta net le maître : un tourbillon de caramel liquide extrêmement collant. Quant à la chienne, elle avait été suffisamment agile pour éviter les puddings explosifs sur sa route, mais ceux-ci la tenaient à distance.

    « Mazette ! fit l’immatériel. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit aussi forte !
    — À qui le dis-tu, gémit l’albinos, dont la prison de sucre se faisait plus serrée chaque seconde. Alkael, fais quelque chose ! »

    Liesel se concentra et tenta d’envoyer à son amie une idée précise par le biais du collier enchanté. L’intéressée resta immobile un moment, intriguée par ce que pensait son maître, mais finit par comprendre et agir : plongeant sa gueule dans un petit court d’eau, elle se rua sur la chrysalide brune pour y essayer son nouveau sort : les crocs aquatiques. Liesel, s'aidant du peu qu’il maîtrisait de la magie de la neige, réussit finalement à s’échapper.

    Pourtant la prêtresse revint à la charge et trois poings gélifiés écrasèrent le corps du garçon contre un mur, qui céda. Dans un bruit sourd, l’albinos tomba plusieurs mètres plus bas, dans une grande salle. Néanmoins quelque chose amortit sa chute : un slime géant, qui explosa lorsqu’il atterrit dessus. Ysaline et Amadeus, éplapourdis par cette entrée salvatrice, ne surent que dire.


    « Ça alors… J-Je… Je… Je suis encore couverte de slime ! Bouhouhou…
    — Euh… salut, fit timidement Liesel.
    — Bon eh bien voilà un problème de réglé, soupira le plus âgé. Mais d’où es-tu tombé ?
    — Qui est là !? résonna une voix dans la pénombre.
    — Sors de ta cachette, mage noir ! grogna l’albinos.
    — Pas tant que je n’aurais pas pris ma revanche ! Prêtresse Matcha, montrez-leur l’étendue de votre pouvoir ! »

    Elle sauta dans la grande salle et se posa délicatement sur un pudding géant, qui se transforma en d’autres poings. L’un d’entre eux saisit Ysaline et la jeta au sol avec une violence impressionnante.

    Liesel laissa Amadeus vérifier qu’elle allait bien, tirant plusieurs flèches vers la prêtresse. Les projectiles se logèrent cependant dans un mur liquide, qui les avala puis les recracha vers l’archer. Une flèche dans le torse, il eut du mal à esquiver les autres.


    « Il faut trouver le mage qui la contrôle… »

    Concentrée, Ysaline invoqua une grande flamme qui illumina la pièce. Révélé, le véritable ennemi prit la fuite, mais la dague enchantée de Liesel l’aida à le rattraper. Pourtant, l’individu se retourna, menaçant. Il devait bien faire le double de la taille du garçon si bien qu’il devait se baisser pour ne pas toucher le plafond du couloir.

    Amadeus ne fut pas intimidé, et lança depuis le centre de la pièce principale une attaque qui blessa le géant suffisamment. Ne pouvant maintenir son sort, le mage noir vit son plan échouer : la prêtresse avait retrouvé ses esprits.


    « Que s’est-il passé ? dit-elle.
    — Prêtresse Matcha ! Nous sommes venus vous sauver.
    — Mmh, je n’ai besoin de personne. Cet homme… Vous êtes le sorcier d’hier… Et dire que je vous ai fait confiance… Flamby, VENGE-MOI ! »

    Sa voix fit résonner les petits bouts de gelée éparpillés, qui se réunirent une nouvelle fois pour former le slime qu’Ysaline redoutait. Ce dernier glissa à toute vitesse, traversant Liesel en le noyant un court instant, pour plaquer au sol le mage noir qui s’étouffa. L’albinos aurait aimé mettre un terme à la vie de ce manipulateur, pourtant Matcha décida de l’épargner, sans pour autant lui éviter la prison.

    ---


     Retour.


    « Et qu’il ne sorte pas de sitôt, fit la gélifiée à son valet.
    — Vous dites ça parce que je suis grand !? Je le savais ! Vous êtes tous les mêmes, les vendeurs de sucreries ! Personne ne veut m’en donner parce que je suis grand ! J’ai créé ma guilde noire, Caramel Dream, pour me venger ! Mais je n’ai pas dit mon dernier mot ! J’aurai mes bonbons ! Mouahahaha !
    — Bon… soupira-elle en se tournant vers ses trois sauveurs. J’imagine que je vous en dois une. Tss, fit-elle d’un ton condescendant, si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas.
    — Pour être tout à fait honnête, ce geste était à moitié intéressé. Il y a bien un objet que nous avons vu, sur le marché…
    — Très bien, prenez-le, tant que ce n’est pas à moi de faire l’effort.
    — Matcha, c’est bien ça ? Euh, enfin, Prêtresse… J’ai un message de la part de Crème.
    — Crème ? s’étonna la gélifiée.
    — Crème ? ricana l’embrasée.
    — Oui, elle souhaite réunir à nouveau la Flan’mily. J’ai aussi rencontré Flan et Sachertorte.
    — Et pourquoi demanderait-elle ça à un étranger ? dit-elle d’un ton extrêmement hautain.
    — Je ne sais pas… Mais voici sa lettre. »

    Elle la lut en haussant les sourcils, d’un air pédant. Liesel avait bien compris que chaque membre de cette famille avait un trait ou un toc qui permettait de les différencier. En ce qui concernant Matcha, c’était son air bourgeois insupportable. Paradoxalement, l’albinos préférait le comportement pourtant bien pire de cette fille à celui d’Amadeus.

    Elle offrit donc à contrecœur un exemplaire du canon à chacun, ainsi qu’une lacryma aquatique : ces sphères, jetées par terre, créaient une explosion d’eau, ce qui serait bien utile pour les épreuves à venir.


    « Il se trouve que nous avons une dernière requête.
    — Quoi, encore !?
    — Euh o-oui, bafouilla le noble, qui n’avait pas l’habitude d’être traité comme un vulgaire fifrelin. Nous souhaitons accéder au volcan, à la source du feu plus précisément.
    — Si vous voulez mourir, je peux bien vous emmener jusqu’au volcan. Il paraît qu’il y a des ruines, mais elles sont gardées par tout un tas de monstres.
    — Nous pouvons gérer ça.
    — Oui, enfin, ne comptez pas sur moi pour aller chercher vos cadavres. J’ai déjà beaucoup trop de boulot ici. »

    Elle informa son valet de sa décision de leur ouvrir le passage puis les laissa s’en aller, ils reviendraient quand ils voudraient. Il fallait prendre un autre téléporteur (au grand dam de tout le monde) pour entrer dans les ruines. Personne ne s’en était servi depuis longtemps, car les premiers avaient été attaqués dès lors qu’ils étaient apparus.

    « Je ne savais pas que tu connaissais sa famille, Liesel, fit la pyromancienne.
    — Tu sais, après toutes les coïncidences qui me sont arrivées, je commence à croire au destin. Si ça continue comme ça, je trouverai les treize sœurs sans même les chercher… mais pour l’instant, je vais me recoucher. J’ai encore mal à la tête, soupira-t-il en montrant sa bosse.
    — Ysaline, pourquoi ne pas jouer aux cartes pendant ce temps ? Ca fait tellement longtemps que je n’ai pas fait une partie…
    —Eh bien pourquoi, mais je n’y connais pas grand-chose, j’ai tout oublié. Tu m’apprendras ! »

    Le groupe se sépara alors dans le couloir de l’auberge. Liesel ne se coucha pas de suite, il préféra s’occuper d’Alkael qui avait mérité un bon bain et un beau brossage après tout ce voyage. Il pensa également à raccourcir un peu ses poils : tant pis si elle était laide, elle devrait supporter la chaleur d’un volcan. Elle fut ravie d’être chouchoutée.

    Dans la chambre à côté, Amadeus réexpliquait les règles de la belotte à Ysaline, qui se souvint rapidement du reste. Ainsi, après quelques démonstrations de situations, ils purent commencer leur partie. Sans savoir d’où elle tirait sa détermination, la jeune fille se plongea dans une profonde concentration. Son but : gagner contre lui. Ce serait une petite revanche pour avoir joué les héros dans le désert, face au nid de serpents.

    La partie se fit dans le plus grand des silences, sinon le bruit des cartes qui tombaient sur la petite table de bois. Le visage d’Amadeus se crispait au fur et à mesure que sa situation se dégradait.

    Finalement, Ysaline posa sa meilleure carte, et le noble se pétrifia intégralement.


    « Haha ! J’ai gagné ! Alors ? … Amadeuuuuus ? murmura la rouquine qui commença à se dire qu’il était mort.
    — Tu sais que… tu viens de battre le champion de Neferet ?
    — Hein ?
    — Un titre officiel que j’ai gagné il y a des années, dit-il avec nostalgie. Tu viens de le remporter, championne.
    — M-Mais c’est pas possible, je ne suis pas si forte ! Si ça avait été Irina, qui compte les cartes pour connaître la main des autres, d’accord, mais là non…
    — C’est comme ça, dit-il avec un clin d’œil. C’est pour cela que je t’admire, dit-il après un blanc, tu as du potentiel dans beaucoup de domaines, malheureusement tu ne t’en rends pas compte.
    — Admire !? » s’étouffa-t-elle.

     Tourteraux.


    Le garçon la fixa longuement, si bien qu’elle en fut gênée. Pourtant elle ne détourna son regard que lorsqu’il posa sa main sur la sienne. Elle s’imagina jusqu’où tout pourrait finir et se demanda si cette perspective l’attirait ou non.

    Amadeus l’embrassa audacieusement, et elle se laissa faire, se demandant toujours si cela était une bonne idée. Pourtant, quand il se recula pour la questionner du regard, elle se rapprocha à nouveau pour lui rendre son baiser.

    Il était beau, charmant, mystérieux, agréable, galant, drôle… Tant pis, se convainquit-elle : il l’attirait, elle devait regarder la vérité en face. Et c’est ce qu’elle fit en le laissant poser sa main sur sa cuisse, sous sa jupe. Dans l’euphorie du moment, elle rejeta toute raison pour lui accorder sa plus totale confiance, alors qu’il la déshabillait lentement.

    Sa pensée, incontrôlable, s’orienta vers Liesel, qui dormait dans la chambre à côté. Peut-être qu’il lui en voudrait ? Elle s’en fichait. Sa famille lui vint aussi à l’esprit. Elle s’en fichait. Yolagaar lui vint en dernier, et aussi égoïste qu’Ysaline pût être, elle s’en fichait.

    Amadeus était délicat avec elle. Ils avaient dansé ensemble, lors de leur première rencontre, et il avait bel et bien essayé de la draguer. Pourtant elle était sûre que ce soir, il y avait autre chose, un petit quelque chose, au fond de lui, qui le poussait à la désirer. Alors elle se laissa faire.

    ---

    Le lendemain matin, elle se réveilla dans ses bras. Revenue à elle, elle en fut étonnée : ce devait être son objectif depuis le début, s’était-elle dite avec méfiance ainsi qu’une légère culpabilité. Pourtant non, il était encore contre ses épaules, les bras autour de sa taille, encore assoupi.

    Jamais Liesel ne se serait douté de ce qu’il s’était passé dans la chambre à côté.



    Fiche de RP (c) Miss Yellow


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