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    Deus Ex Libris






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    Deus Ex Libris par Liesel Engelwald le Jeu 01 Mar 2018, 17:01
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    Deus Ex Libris

    La Princesse et le Phénix



    Précédemment & Important:
    Le groupe sauve Matcha, de la Flan’mily, qui s’avère être la prêtresse de Nahkrankh. En récompense, elle offre à chacun un canon à eau magique ainsi que deux bombes à eau magiques. Le soir même, Ysaline et Amadeus couchent ensemble…

    Important : Beaucoup de musiques sont « timées ». Pas de panique, c’est pas dramatique, c’est juste vachement plus cool si c’est synchro. Donc si Youtube décide de lancer sa vidéo en plein milieu parce que vous l’avez déjà vue, mettez bien au début svp… Merci !

     Promesse.


    Quelqu’un toqua à la porte de la chambre de Liesel. Le garçon, qui faisait les derniers préparatifs, ouvrit à celle qui n’était autre qu’Ysaline.

    « Je suis presque prêt ! dit-il.
    — Je ne viens pas pour ça, en fait. J’ai une requête...
    — Tu as l’air inquiète.
    — Pour être honnête, elle commença en s’asseyant sur le petit fauteuil, je suis partie de chez moi pour trouver la source eu feu, pour Yolagaar. Je voulais me venger, mais grâce à toi… je vais faire des efforts. Tout ça pour dire que c’est bientôt la fin de mon voyage, puis je rentrerai pour affronter mon père et ma mère. Et Zélos aussi, ricana-t-elle. Tu es la première personne que j’ai rencontrée quand je suis partie… j’aimerais que tu rentres avec moi.
    — Euh, eh bien pourquoi pas !
    — Je fais de gros efforts en l’avouant, mais la noblesse a du bon ! La nourriture est délicieuse, pas besoin de faire son lit, quelqu’un est à ta disposition jour et nuit, tu peux avoir tous les habits que tu veux… riait-elle. Tu pourrais rester quelques jours – elle se leva subitement – non, autant que tu veux, même ! Après tout, tu l’as sacrément mérité ! Liesel… Si quelque chose tourne mal, au sommet du volcan… je pourrais compter sur toi ?
    — Évidemment ! On est partenaires, amis, alliés, enfin tu vois quoi. Y’a pas de raisons que ça se passe mal : on trouve la source, Muspelheim et on ruine ta famille pour un banquet de retour !
    — C’est promis ?
    — Promis ! »

    Elle partit en sautillant, alors que Liesel finit de faire son sac le sourire aux lèvres. Il avait pris beaucoup de papier. Si la théorie de Plume était bonne et qu’Yggdrasil lui rendait les pouvoir s’il y avait un problème, il lui faudrait suffisamment de ressources pour se battre. Il rejoignit les deux nobles à l’extérieur et remarqua de suite une légère différence dans leur comportement, ils étaient plus proches… Il ne se posa pas plus de questions.

    Alkael faisait encore la belle avec sa nouvelle coupe (affreuse, mais elle n’en savait rien), si bien qu’elle guidait le groupe vers le portail.

    Sur le petit piédestal se tenait un hibou, qui fixa immédiatement Liesel. Celui-ci comprit bien vite, en voyant le petit papier qui pendait à son cou, qu’il s’agissait d’un message de Plume.


    « ‘Fais attention à toi.’ Je ne sais pas si c’est touchant ou inquiétant…
    — C’est la fille aux hiboux, de ton clan ? interrogea la pyromanciennce en regardant autour d’elle.
    — Mmh, celui-ci n’a pas de collerette, s’amusa Amadeus.
    — Je préfère avec, répondit-elle en tirant la langue.
    — Ils sont ridicules, avec, taquina à nouveau l’adulte. Haha… »

    Liesel toucha le portail du bout des doigts et une lumière aveuglante immobilisa tous les passants. Reculé au cœur de la falaise, l’objet avait illuminé toute la ville, alors même que le groupe avait disparu.

    À une distance inconnue, de l’autre côté du portail, les trois humains apparurent, toujours accompagnés d’Alkael. Étrangement, l’arrivée fut délicate pour tout le monde. Le souci avait été dans l’apparition soudaine d’une chaleur écrasante. Enfermés dans une étroite grotte, ils commencèrent tous à étouffer aussitôt.


    « Même pour moi qui ai l’habitude… argh… il fait chaud… Liesel, ça va ?
    — Tous ces mois passés à Neferet ne seront pas vains, je… vaincrai… la cha… leur… Je vais mourir.
    — Ne soyez pas si faibles, se força le noble qui en pâtissait tout autant, nous parlons de la Source du Feu, vous ne vous attendiez pas à avoir froid, j’espère. »

    Le passage était si étroit qu’ils durent passer l’un après l’autre. Ysaline avait spontanément attrapé la main d’Amadeus en glissant sur un caillou, mais ne la lâcha pas. Les parois se faisaient de plus en plus fines, si bien que Liesel avait parfois mal au thorax en forçant le passage. Alkael, sans sa fourrure, ressemblait à un énorme rat anorexique ; elle n’avait aucun problème pour passer.

    Avançant un peu plus précipitamment dans une embouchure un peu plus large, Liesel trébucha et roula le long du couloir qui descendait d’un coup, en pente. Ses deux camarades surpris n’osèrent pas le suivre avant d’avoir un signe de vie.


    « J-Je… Ça va ! Vous pouvez desc-… Oh mon Dieu… »

    Le garçon s’interrompit, inquiétant ses amis.

    « Venez voir ça ! »

    Perché sur une petit bout de pierre qui dépassait, Liesel avait une vue imprenable sur la gigantesque grotte éclairée par la lave. Il pouvait aussi voir les bâtiments plus bas, les vestiges d’une cité toute entière. Des dômes dorés reflétaient la lumière bouillante et éblouissaient l’albinos par leur parfait état.

    « C’est magnifique…
    — Eh bien, je ne me m’attendais pas à une vue pareille, fit Amadeus en écarquillant les yeux. »

    ♦️
     Cité Oubliée de Jöltereg


    « Je crois… j’en avais entendu parler, fit Ysaline en doutant. Un livre qui mentionnait la Source parlait aussi de Jöltereg.
    — Ah oui ?
    — Oui… Arg, je ne me souviens plus trop. Je crois qu’elle date de l’ère asgardienne et qu’elle avait été construite comme forge gigantesque, pour lancer une guerre, ou quelque chose comme ça… Le bouquin était vieux, et puis j’ai renversé de l’eau dessus pendant que Zélos le feuilletait. Accidentellement, rougit-elle.
    — Eh bien, cela semble probable. Mais comment allons-nous descendre ? »

    Le groupe regarda au loin avec dépit, pensant que le petit grognement venait du ventre d’un des trois. Ysaline fut la première à demander qui avait faim alors qu’ils venaient de déjeuner, pourtant l’aboiement d’Alkael lui indiqua que c’était probablement le monstre derrière eux.

    Un golem d’au moins trois mètres fixait les trois humains avec curiosité, comme si, enfermé dans la pierre, il avait oublié ce dont il s’agissait. Le trio ne bougea pas non plus, surpris, bien qu’Alkael continuât d’informer son maître de la menace. Le géant posa son regard sur l’animal bruyant, toujours aussi intrigué, puis essaya de le faire taire en assénant un vif coup de poing sur le sol, faisant trembler leur petit balcon.


     Gardien.


    L’animal avait su être assez agile pour esquiver, mais l’espace était très restreint et les attaques du golem feraient tomber la plateforme s’il continuait.

    ♦️
     Golem.


    « Je ne perdrai pas si près du but ! »

    Il avait l’air plutôt inoffensif, selon Liesel, mais l’agressivité d’Ysaline fit virer les yeux du monstre au rouge quand il fut aspergé d’un violent jet d’eau. Il fit un pas en arrière, tandis qu’Amadeus effectuait son attaque signature, qui se montra étonnament inefficace. Le monstre cependant ne se laissa pas faire : bousculé, il utilisa le mur comme point d’appui, dont il saisit un gros fragment pour le jeter sur la pyromancienne.

    Elle invoqua un hibou rougeoyant qui la protégea du mieux qu’il pût, alors même que son ami albinos utilisa le rocher en pleine trajectoire comme appui pour sauter sur le visage du golem et planter sa dague dans son œil.

    Malheureusement il rata son coup et toucha une dent, ne faisant qu’augmenter la colère du protecteur, devenu enragé et plus rapide. Il attrapa le garçon qu’il jeta à l’autre bout de la grotte. Durant son vol, Liesel explora toutes les possibilités qui s’offraient à lui, très limitées. Avec une agilité digne des plus grands, il planta sa dague dans le plafond, se servant de l’énergie cinétique pour pivoter puis se propulsa de nouveau vers la créature grâce au recul de son canon à eau.

    Malgré cette adresse dont le jeune mage se sentit très fier, le golem gifla de sa main géante le corps du garçon, qui s’écrasa contre la paroi dans un râle de frustration. Il put néanmoins retomber sur la plateforme.


    « Argh… Cette tarte qu’il m’a mise… Je crois qu’il m’a broyé tous les os du corps.
    — Si tu as l’énergie de te plaindre, bats-toi ! cria l’adulte. Ces jeunes… »

    Amadeus dégaina son épée sombre et déchiqueta un morceau de l’épaisse armure de pierre qui couvrait le pied du monstre, qui n’en eut que faire, puisqu’il écrasa le ténébreux qui peina à retenir sa jambe malgré sa force accrue par les Æthernanos. Ysaline le secourut en le prenant par la taille, tout en laissant à sa place une plume explosive qui renversa la créature sur le dos.

    Les deux amants se relevèrent en rougissant, se retournant vers le monstre allongé qui tapait désormais sur le balcon pour le faire tomber.

    Alkael se tenait sur le torse du rocher vivant, les poils hérissés, les pattes écartés, si bien que le rocheux s’arrêta un instant pour admirer la détermination de la bête. Son maître prit le pendentif de Baasje dans ses mains et y insuffla assez de magie pour que les dents de son compagnon deviennent de grandes stalactites gelées qui brisèrent l’un des deux bras du géant.

    Le gardien balaya son torse et expulsa le parasite, qui s’attendait à une chute dans la lave. Pourtant Liesel se jeta presque dans le vide pour l’attraper, retenu par ses genoux. Il sauva sa chienne, qui le remercia par un rapide coup de langue sur le visage. La créature en avait profité pour se relever, un bras en moins.


    « Si j’avais su qu’Alkael était aussi puissante…
    — Crois-moi, c’est ma réserve qu’elle a vidée pour cette attaque… Je viens d’avoir une idée ! Ysaline, reste en retrait et prépare l’attaque la plus brûlante possible ! »

    Liesel fila entre les jambes du géant et se retrouva derrière lui. Il concentra son énergie dans ses jambes pour s’élever à deux bons mètres et s’accrocher au mur avec sa dague.

    Amadeus, qui avait compris l’idée, dégaina sa bombe à eau.

    Ysaline relâcha son oiseau en direction de Liesel, qui tira avec son pistolet. L’impact du feu et de l’eau produisit une explosion de vapeur chaude qui aveugla tous les combattants. Pourtant, Amadeus réussit à se mouvoir à l’endroit idéal pour jeter sa grenade dans la bouche du golem.


    « Attention !
    — Ysaline ! »

    Le coup de poing du rocailleux était si fort que lorsque le ténébreux vola le prendre à la place de son amante, une onde de choc fit vibrer le sol et l’air. Les bras en sang, Amadeus se tenait immobile devant son amie.

    Liesel profita de cet instant pour passer par-dessus le protecteur et lui enfoncer une bombe à eau dans la gueule. Le golem comprit aussitôt qu’il était fini, et lorsque l’explosion aquatique le fit hurler de douleur, ce fut tout le balcon qui se décrocha pour plonger dans la lave.

    Dans la chute, le sceau du dresseur d’Ysaline s’illumina et le gardien pleura une larme écarlate. Un piédestal surgit du lac mortel pour attraper le rocher qui tombait, sauvant ainsi le groupe. D’autres plateformes s’élevèrent pour former un passage vers la cité. Le golem, affaibli, déclara alors :


    « Daal heim praan fahdon Yolagaar. »

     Ouverture.


    Les pieds dans la lave, il s’agenouilla devant les héros.

    « Yolagaar… Explique-moi ! hurla la pyromancienne pour être sûre qu’il entende.
    — Je ne suis pas sûr qu’il puisse te comprendre…
    — Daal heim praan fahdon Yolagaar, il répéta.
    — Nous aurons peut-être les réponses à l’intérieur, fit Liesel. »

    Le groupe avança, à l’exception du plus jeune, qui préféra fixer le gardien de pierre. Il les avait sauvés et maintenant il s’agenouillait devant eux, il comprit alors qu’il ne s’agissait pas d’un simple monstre, mais du gardien de la cité.

    « Je suis désolé, fit-il au golem qui semblait triste, tu as bien fait ton travail, on avait rien contre toi…
    — Hokron krongrah, vahlok sahlo…
    — Mmh… Je suis désolé… Sirius, demanda-t-il en rattrapant les autres. Quelle est cette langue ?
    — Je me posais la même question. Je sais presque tout sur le monde présent, mais je ne sais du passé que ce qui en reste. Je dirais que vu les mécanismes, les Æthernanos qui règnent ici, l’architecture et la langue… tout ça date de l’ère Asgardienne. Mais je ne pense pas qu’Asgard lui-même ait quelque chose à voir là-dedans, non. Peut-être que cette ville est vraiment une forge conçue pour faire la guerre… contre Asgard. Qui sait.
    — Possible. Et la source du feu serait une arme conçue pour stopper Yggdrasil et Asgard… Au fil de l’histoire, ils auraient obtenu Muspelheim comme otage et comme certitude que l’arbre ne se réveillerait jamais.
    — Ca se tient. Pense à ce que t’a dit Yggdrasil : prisonnier des flammes.
    — Attends, comment tu sais ça ?
    — Tu passes ton temps à parler tout seul, alors forcément j’écoute. Et je me moque, mais ça, c’est un secret. »

    L’humain soupira puis poursuivit sur les petits cailloux flottants jusqu’à l’entrée de la cité où ses camarades l’attendaient. Une fois près d’elle, ils se rendirent compte qu’il n’y avait qu’une poignée de bâtiments, qui avaient tous l’air d’endosser un rôle particulier.

    « Je ne pense pas qu’ils cachent la source du feu dans une petite maisonnette, allons d’abord voir la plus grande.
    — Soyons prudent, rappela Amadeus, blessé aux bras.
    — Toi, je t’ai déjà dit de ne pas sauter devant moi pour me sauver ! Je déteste que les gens fassent ça… murmura-t-elle avec mélancolie. Dans le passé, ça n’a jamais rien donné de bon, je n’ai pas envie que tu en pâtisses aussi.
    — Oui, Xylia et Ilhem… pensa Liesel, sans rien dire.
    — Mmh… s’inquiéta le ténébreux. Comme tu voudras. »

    Ils pénétrèrent dans un grand hall qui ressemblait à un magasin d’armes. Elles avaient toutes l’air solides, si l’on ignorait la rouille qui les rendait oranges.

    « Ta théorie de la forge se confirme, on dirait bien, dit Amadeus, si le bâtiment principal servait à vendre les armes.
    — La forge n’est pas ici, cherchons ailleurs.
    — Jeee te suis… » répondit le noble avec nonchalance, bien que sur ses gardes.

    Ils se séparèrent, sans pour autant se perdre de vue, ouvrant les portes de pierre pour jeter des coups d’œil, avançant avec prudence dans les pièces, sans s’éloigner du groupe trop longtemps. Jusqu’à ce que Liesel trouve un large escalier qui menait encore plus profondément sous la terre.

    « Je ne pense pas qu’il était secret, regardez les décoration… Peut-être que la forge est par là ?
    — J’entends un bruit… un bruit sourd, répondit le corbeau.
    — Oui… Vous pensez que la forge fonctionne encore ?
    — Je pense qu’elle est gardée.
    — La légende que j’ai lue dit que la Source du Feu ne s’éteint jamais. Si tout est mécanique comme la porte de la prison que j’ai vue tout à l’heure, alors peut-être qu’elle est toujours en marche, oui. »

    Le long couloir était parsemé de monte-charges, certains cassés, d’autres encore en état. Ils devaient probablement acheminer les armes vers les magasins. Il y avait plusieurs couloirs qui donnaient sur d’autres couloirs, chacun aboutissant sur des entrepôts encore pleins. Ysaline finit par choisir le passage le plus large et partit légèrement devant, laissant ses deux camarades discuter à voix basse.

    « Comment tu te sens ? commença le garçon.
    — Que veux-tu dire ?
    — On approche de la source, tu vas bientôt pouvoir assouvir ta vengeance… ça va ?
    — Évidemment, dit-il d’un ton hautain. J’ai pris cette décision il y a longtemps, je n’hésiterai pas.
    — Je sais, mais… ça doit faire remonter des souvenirs…
    — En effet… Tu sais, Liesel, tu n’es pas un mauvais garçon.
    — Un compliment de môôôsieur Loren, voyez-vous cela !
    — Oublie, tu n’es qu’un… troubadour ! lança-t-il en pouffant de rire.
    — Les garçons ! Venez voir ! »

    Ysaline, à l’aide d’une flamme qu’elle tenait dans sa main, éclairait une grande fresque qui s’étendait sur les murs, jusqu’à l’entrée d’une grande salle d’où provenait un bruit répétitif.

    « Cet oiseau… On dirait Yolagaar…
    — Le golem a dit son nom tout à l’heure, ce ne serait pas étonnant qu’il soit né ici.
    — C’est vrai. On dirait que ces fresques racontent une histoire… dans quel ordre il faut les lire… ah, comme ça !
    — Des nains, et au milieu une femme…
    — Regardez bien le motif derrière, il est un peu effacé, mais on devine de la magie.
    — Une puissante mage dans une ville de nains… Et ici, regardez, l’un d’entre eux tombe amoureux d’elle.
    — Celle-là est complexe… La mosaïque est construire en spirale. Si je me souviens bien de mes cours d’art antique, ça peut parfois représenter le temps qui passe. Et si on regarde les mêmes personnages qui sont présents plusieurs fois, je pense que c’est ça. La mage et le nain ont forgé ensemble pendant des années et sont devenus les meilleurs…
    — Jusqu’à ce qu’ils essaient de forger le feu lui-même ? dit Ysaline en pointant du doigt l’image suivante.
    — Tu es sûre ? se moqua Liesel.
    — Bonne analyse ! Le cadre qui entoure cette mosaïque-là est paré de fleurs. Dans l’esthétique antique de Desierto, les fleurs sont liées au divin. Celles du bas montent mais ne sont que des bourgeons, tandis que celles du haut sont belles et larges : ils défient les dieux. Et regarde sur l’enclume : le soleil. Encore une fois, dans l’antiquité, le feu et le soleil étaient pour eux la même chose.
    — Ooooh… échappa l’albinos, admiratif de tout ce savoir qu’il ne possédait pas. »

    Soudain, ils arrivèrent devant une image beaucoup plus sombre : ils avaient échoué à accomplir l’impossible. Les motifs étaient frappants, ainsi que les couleurs qui, bien qu’estompées, forçaient une certaine empathie pour les personnages.

    La dernière image, la première qu’avait vue Ysaline, c’était Yolagaar. Malgré leur échec, leur amour c’était resserré et même s’ils n’avaient pas réussi à forger les flammes en tant qu’arme, ils avaient réussi à faire naître la vie.


    « Alors ce sont eux, tes parents, dit la pyromancienne en caressant son bracelet. Je suppose qu’ils ont quand même réussi leur objectif, dit-elle en levant le bras.
    — Tout ces sceaux, le bracelet, l’épée, le bouclier… Au final, ils n’ont pas vraiment échoué !
    — Tout est bien qui finit bien. Maintenant que nous savons ça, allons voir d’où vient ce bruit. »

    Ysaline resta un instant devant la fresque, caressant du bout de ses doigts les petites pierres qui composaient la mosaïque. Yolagaar, le compagnon qui l’avait soutenue depuis sa plus tendre enfance ; c’était son lieu de naissance, et cette image au mur, un témoignage, une preuve, que sa quête n’était pas vaine. Même si elle se fichait de repartir les mains vide, elle voulait au moins sauver son ami, et maintenant, elle était certaine de pouvoir le faire ici.

    L’équipe pénétra timidement dans la grande salle qui n’était autre que la forge. Ils comprirent immédiatement que les bruits provenaient des énormes rouages qui tournaient sans cesse, suspendus dans les airs par de grandes poutres. Le tout grinçait, claquait, sans jamais s’arrêter de tourner lentement.

    Au sol, entre les petits étages et les escaliers, coulaient des filets de liquides orangés. Certains semblaient être de la lave, d’autres du métal fondu, et le tout permettait d’amener la chaleur à chacune des enclumes disposées sur le côté. Enfin, juste devant le groupe s’élevait un nouveau piédestal, sur lequel dansaient de minuscules chaînes autour d’une flamme.


    ♦️
     Cœur de la forge


    « Ça alors ! »

    Amadeus s’avança en premier vers les mécanismes, nostalgique de ses cours sur les civilisations antiques. Il se dit qu’un mécanisme pareil était un trésor d’étude, malheureusement il avait beaucoup perdu depuis et cet endroit était bien trop dangereux.

    Liesel quant à lui alla voir près des réserves, où dormaient des centaines de lingots différents. S’il avait été chasseur de trésor, l’or entreposé ici aurait mis fin à sa carrière, mais il n’en avait que faire. Il fut tenté cependant d’en emporter au moins un, mais il pensa qu’une charge aussi lourde le gênerait pour les combats.

    La pyromancienne restait immobile, parcourait du regard les environs à la recherche d’un indice pour sauver Yolagaar. Elle finit par s’approcher du piédestal en tendant le bras, hésitante. Le sceau de l’oiseau sembla réagir à mesure qu’il approchait.

    L’albinos sursauta quand une hache, juste à côté de lui, se mit à trembler frénétiquement.

    Les armes volèrent à travers la forge, créant la panique du groupe. Élevées par deux grandes colonnes, deux flammes s’allumèrent ensemble, alors que les armes flottaient autour d’elles.

    Cependant, une hache se coinça dans un plastron, interrompant la chorégraphie menaçante alors que les deux objets, pris de conscience, tentaient de se décoincer. Lorsqu’ils y arrivèrent, ils gigotèrent comme pour s’insulter.


     Épreuve.


    « Yolagaar folaas ? Yolagaar vukein ney vahlok ! »

    Toutes les torches s’allumèrent en chœur, insufflant à l’ambiance ancestrale de cet endroit une aura de vie et de danger qui se confirma à l’approche de deux flammes en armure. L’un des deux spectres avait deux haches et était lourdement équipé, l’autre avait une lance mais semblait plus rapide. Ils se tenaient côte à côte, face à Ysaline, qui recula de quelques pas tandis que ses camarades la rejoignirent.

    ♦️
     Les deux gardiens


    « Qu’est-ce que tu as fait !?
    — M-Mais rien ! J’ai juste approché mon bras, e-et…
    — Eh bien visiblement les lieux sont toujours habités. Ne vous inquiétez pas, avec nos nouvelles armes… »

    Amadeus jeta une bombe d’eau vers les deux créatures. La plus lourde l’avala pour protéger son camarade et devint un immense brasier bleu, transformant la détonation aquatique en un grand nuage de vapeur. Dans la brume, l’autre spectre fila à toute vitesse vers leur agresseur, qui eut tout juste le temps dégainer son épée pour parer.

    Immobile, le ténébreux mesura la puissance des deux adversaires, s’inquiétant que ces derniers soient d’un niveau trop élevé.

    Liesel observa la scène et fit l’inventaire des possibilités. Il en retint une particulière : faire diversion. Profitant de l’immobilité de son camarade, il vola le pistolet d’Amadeus et tira sur le spectre. Désormais équipé de deux canons, l’albinos s’éloigna, insufflant assez de magie dans ses armes pour tirer de petites rafales. Les deux créatures eurent tôt fait de s’enrober d’hostilité.


    « Ysaline, Amadeus, je vais m’en occuper. Trouvez la source, faites vite !
    — T’as perdu la tête !
    — Mais non, je suis le seul assez agile pour tenir le coup et si on y passe tous les trois, on aura fait tout ça pour rien. Ne vous en faîtes pas, j’ai un ange gardien, se vanta-t-il en pensant à Sirius.
    — Liesel, il se passe beaucoup de choses, répondit l’immatériel en grésillant, je ne pourrais peut-être pas tout faire en même temps, même moi, alors sois tout de même prudent.
    — Je vois. »

    Pris tout à coup d’une adrénaline conséquente, le garçon s’en alla avec le sourire vers le fond de la forge, tirant parfois quelques projectiles aqueux, que les monstres transformaient chaque fois en vapeur brûlante.

    « Revenez vite… »

    Alkael tenta de mordre l’un de deux spectres, mais la flamme qu’il croqua lui brûla le museau, la faisant se frotter le nez d’un air paniqué. Le garçon refusa de la laisser dans cet état et revint sur ses pas pour la porter, faisant son possible pour la rassurer.

    « N’essaie pas d’attaquer, Alkael… Nous devons juste survivre le temps qu’ils reviennent. N’aie pas peur, je suis là… Bon sang que t’es lourde ! »

    Comme si elle avait compris, l’animal se débattit pour redescendre. À terre, elle partit à l’opposé de son maître, espérant attirer vers elle l’un des ennemis.

    Pourtant les deux fantômes fixaient l’albinos avec attention, attaquaient, crachaient de grandes flammes, glissaient l’un devant l’autre pour lancer une série d’assauts, sans discontinuer. Liesel s’était efforcé de tout esquiver, mais la fatigue commençait à le gagner le terrain était limité : les filets de laves qui coulaient sur le sol ainsi que les multiples étages n’aidaient pas.


    « Khamsin ! »

    Propulsé par le vent, il grimpa aux rouages en un instant, pensant être en sécurité. Pourtant, les créatures s’étirèrent, faisant brûler leur feu plus vivement. Elles élevèrent leurs armures à hauteur du mage, qui jonglait entre les disques dentelés pour éviter les attaques qui lui étaient destinées. Les seules blessures qu’il avait subies ne l’empêchèrent pas de continuer.

    Il approcha sa main du pendentif de Baasje, qui scintilla doucement.


    « Alkael, c’est trop dangereux, rentre à Nahkrankh… C’est un ordre ! »

    Elle hésita, mais la détermination de son maître la força à accepter. Liesel commençait presque à en vouloir à Yggdrasil de l’avoir privé de ses pouvoirs, ceux-ci lui auraient permis une bien meilleure mobilité, et ils auraient probablement permis d’éviter la lance brûlante qui venait de lui tailler le dos en diagonale.

    « Aaargh… Aaah… Ça brûle… Si ça continue comme ça, je ne vais pas m’en sortir… Mais qu’est-ce qu’ils font !? »

    ---


    « Gnnh… Cri du vautour !
    — Oh ! Rémiges de la corneille ! »

    La volée de flèches noires renforcées par le sort d’Ysaline tua sur le champ le petit rocher vivant qui avait tenté d’agresser les deux amants dans un couloir étroit.

    « Nous devons faire vite !
    — Doucement, Ysaline. La source est sûrement gardée, nous devons nous économiser.
    — Mais Liesel est en danger ! »

    Elle n’en fit qu’à sa tête et continua de courir. Le couloir débouchait sur une grande salle au centre de laquelle flottait un grand livre. La pyromancienne n’eut pas besoin de l’observer longtemps pour remarquer sa similitude avec ceux que Liesel utilisait. Il s’agissait de Muspelheim.

    ---


    De son côté, Liesel se reposait, essouflé, contre un pilier, dans une cheminée étroite. Sa tête tournait, car la fatigue l’avait rapidement rattrapé et ses habits tachés de sang en témoignaient. Il n’y avait aucune blessure importante à déclarer, mais cumulées aux brûlures et à la diminution de sa magie, le garçon sentait bien qu’il était en mauvaise posture.

    Elle ne tarda pas à empirer quand les spectres le trouvèrent et qu’il dût grimper à nouveau les rouages. Depuis combien de temps il escaladait ce mécanisme ? Il n’en avait aucune idée, mais il était sûr d’une chose : il était complexe et colossal, car il était désormais si haut que la chute serait mortelle.


    « Haha, vois le bon côté des choses, Liesel, se dit-il à voix haute, en haut il y a forcément ce qui fait tourner tout ce bazar… Tu pourras peut-être t’en servir pour tuer ces trucs ! »

    Cette tentative de le motiver échoua, mais la vue d’un long câble solide le réconforta grandement. Celui-ci continuait dans un large passage dans le mur puis revenait plus pas. Il prit son arc et s’y accrocha à la manière d’une poulie. Il aurait été plus sage d’utiliser un objet plus solide, mais les haches de l’ennemi l’en avaient empêché.

    « Ça va jamais tenir le coup ! » il s’exclama en voyant son arme se décomposer.

    Il la lâcha au dernier moment, utilisant l’énergie cinétique pour attraper une corde. Le mage usa alors de toute sa concentration pour faire voler une feuille coupante qui détacha le contrepoids, lui permettant de s’élever à toute allure jusqu’au sommet du mécanisme.

    Enfin posé sur le sol, il ne put faire fi des vertiges ; ils furent si violents qu’il perdit l’équilibre. Il tremblait, comme si le sort qu’il venait d’utiliser avait été d’un rang bien supérieur.


    « Du papier coupant… c’est le... huff… premier truc que j’ai appris à faire… dit-il essoufflé, pourquoi ça me met dans cet état… »

    Si Yggdrasil drainait sa magie, sa réserve devait être constamment au plus bas. Utiliser le papier devait le rapprocher un peu plus du réservoir vide. Avec la seconde origine, il n’aurait pas eu ce problème, mais il n’y avait jamais accédé…

    Il se mit à genoux, les mains posées sur le sol. Quand il releva la tête, il vit devant lui une petite flamme rosée, qui était d’après l’énergie qu’elle dégageait et sans l’ombre d’un doute, la Source du Feu. Il l’avait trouvée.


    ---


     Amadeus Loren.


    « Je pense que c’est l’artefact que cherchait Liesel. Nous devons lui ramener, avec ça, il pourra se battre !
    — Tu penses ? »

    Amadeus grimpa lentement les marches qui menaient à ce livre. Il essuya les flammes qui l’entouraient puis le prit. Aussitôt, une voix résonna dans son esprit, au moment même où Muspelheim libéra un échantillon de son pouvoir.

    « Désires-tu le pouvoir ? »

    L’homme le lâcha brusquement, surpris. Néanmoins, il voulait venger son père, et si ce livre offrait autant de puissance que la source du feu, alors il l’utiliserait, sauverait Liesel en passant puis anéantirait Bellum. Il reposa délicatement sa main sur la couverture et pensa :

    « Quel genre de pouvoir ?
    — Celui de te venger. Ta colère sera ton énergie, et ce livre ton arme. Moi ? Ton allié.
    — Pourquoi ?
    — C’est ta rancœur qui m’a permis d’entrer en toi.
    — Entrer en moi ? Je ne vous y ai pas autorisé !
    — Trop tard. Ouvre les yeux. »

    Il ouvrit et vit devant lui une plaine infinie de livres embrasés, un autodafé éternel, qui formait autour de lui des murs, un toit et même le sol. Il était au cœur du Muspelheim, où tous les savoirs sont immortels malgré le feu qui les consume.

    Le noble, en haut des marches se retourna vers Ysaline. Comment aurait-elle pu deviner qu’Amadeus n’était plus là et qu’elle faisait désormais face à Desdemona ? Le noble n’était plus, enfermé dans une autre dimension. À la place, l’être le plus démoniaque, né de la rancœur-même des Hommes. Le frère impur d’Yggdrasil.


    « Liesel ! hurla Sirius dans l’esprit du garçon. Ysaline court un grave danger, tu dois y aller !
    — Je n’ai plus de magie, et je suis aussi en grave danger… »

    Épuisé, Liesel était au centre d’une grande pièce rocheuse, à ciel ouvert. Il faisait nuit et la lune n’était pas visible. Les deux monstres qu’il tentait de fuir étaient juste devant lui, les armes brandies.

    « Ysaline. Dansons.
    — Qu’est-ce qui te prend ?
    — Le livre m’a parlé et m’a dit que Liesel était sauf. Alors dansons.
    — S-Si tu veux… »

    Il la prit par la taille et sentit sensuellement sa nuque. La jeune fille fut légèrement réticente, mais finit par se laisser faire, comme l’autre soir.

    « Je te l’avais promis, je vais te révéler mes objectifs. »

    Desdemona agissait à la place d’Amadeus, et ce qu’il disait n’était que paroles rapportées.

    Et il dansait avec Ysaline Todella. Cette pauvre innocente avait elle aussi commencé son voyage par désir de vengeance, mais Liesel l’avait ramenée à la raison. Elle lui en était extrêmement reconnaissante…


    « Bellum a tué mon père. Il m’a privé de mon enfance. Tu sais ce que cela fait, n’est-ce pas ? On peut dire que toi aussi, tu as grandi seule.
    — Comment tu… Oui, c’est vrai. J’ai longtemps voulu me venger. Liesel m’a ouvert les yeux : ça ne sert à rien. Tu voulais utiliser la source pour anéantir les assassins de ton père ?
    — Non. C’est Bellum tout entier que je veux raser de la carte !
    — Hein !? »

     Ysaline Todella.


    « Liesel, Ysaline a vraiment besoin de toi, c’est Desde-
    — AAAAARGH !!! »

    Une corde vocale céda et le cri devint plus aigu. Liesel n’avait jamais ressenti pareille douleur : la hache du spectre s’était logée dans son bassin, sur le symbole d’Æternitas. Distordu sur la peau fondue et noircie de la brûlure, il n’émettait plus aucune magie. L’esprit du garçon se vida instantanément. Il ne pouvait supporter une souffrance aussi continue, mais malgré ça, l’image d’Ysaline gravée dans son esprit évoquait sans cesse les vagues glacées qui résultaient de sa blessure.

    Il rouvrit les yeux, fixant ceux fantomatiques du spectre qui avait causé tout cela. Il avait besoin d’aide, mais Sirius n’était plus là, il avait disparu. Desdemona, il l’avait entendu, il en était sûr !


    « Yggdrasil… s-sauve Ysaline… »

    La jeune fille se défit de l’étreinte de son amant, choquée par ses propos.

    « Je t’en prie, reconsidère la chose… Tu n’as pas besoin d’aller jusque-là… Je comprends ta colère, mais un pays tout entier, c’est…
    — J’ai dit : DANSE ! »

    Il attrapa la noble et la serra fortement contre lui, au point de laisser des marques rouges sur son poignet. Ysaline suivait le pas, traînée par son camarade qui refusait de la lâcher.

    « Lâche-moi ! Amadeus ! Lâche-moi ! MAIS LÂCHE-MOI ! »

    Elle se débattit, lança contre le mage plusieurs oiseaux de feu, mais il restait immobile, la serrant de plus en plus fort, si bien qu’elle gémissait tout en intensifiant ses attaques inutiles.

    « Les humains sont si pathétiques. La vengeance, le désir…
    — T-Tu n’es pas… Amadeus ?
    — Sais-tu ce qu’est le Mal, Ysaline ? Tu te plains, tu geins que tes parents t’ont abandonnée mais tu n’es qu’une pourrie gâtée qui cherche l’attention. Et quand tu l’as trouvé, tu fais la traînée avec le premier inconnu qui passe pour te donner un semblant d’affection. Mais tu es seule, une bonne à rien, une pitoyable petite humaine inutile qui ne rêve que se sauver un piaf déjà mort ! »

    Elle s’arrêta net. Elle ne comprenait pas. Elle n’avait jamais été aussi blessée, mais elle ne pouvait rien faire. Amadeus continuait de la faire tourner, et ses jambes n’avançaient que pour éviter qu’elle tombe, mais il la jeta par terre. Livide, elle reprit lentement ses esprits et tenta de se relever pour s’enfuir. Mais l’homme l’attrapa.

    « Tu veux de l’affection ? Laisse-moi t’en donner…
    — LÂCHE-MOI !!! Ne me touche pas ! LAISSE-MOI ! »

    Malgré les coups de pieds rien n’y faisait, l’homme s’approchait, toujours plus près. Il respira le cou de la jeune fille et descendit jusque dans la poitrine. Il leva le haut de la jeune fille pour goûter la chair cachée en dessous. Ysaline sentit un frisson de terreur la parcourir, la paralysant. Elle n’osait plus bouger, le moindre de ses gestes était inefficace. Il fallait que quelqu’un vienne l’aider… Il n’y avait personne… Liesel n’était pas là… Il avait promis…

    Elle était passive, impuissante.

    Résignée.

    Amadeus retira ce qui lui restait de vêtement et remonta vers son visage. Il la força à le fixer dans les yeux quand il s’avança. Une impulsion la parcourut, puis d’autres. Elle espérait disparaître à chacune d’elle, pourtant elle restait en vie pour subir tout cela. Elle pleurait. Amadeus Loren gémissait. Chacun de ses soupirs sonnait comme la mort lui susurrant que son heure n’était pas encore venue.

    Ysaline était brisée.

    Amadeus se leva, satisfait. Il se racla la gorge en se rhabillant et éclata de rire. Elle ne pouvait pas répondre. Sa gorge était si serrée qu’elle ne pouvait respirer.


    « Tss. Petite garce. »

    Et Desdemona s’en alla, fier d’avoir perpétré ce péché. Ce n’était pas de sa faute, se dit-il en souriant, c’est à cause des Hommes s’il est comme ça. Mais il lui restait quelque chose à régler : le petit protégé de son ennemie.

    Ysaline, inerte, souillée, fixait son bracelet. Un murmure réussit à naître, fils de sa détresse et de sa culpabilité.


    « Yolagaar… je n’ai que toi… »


    Fiche de RP (c) Miss Yellow

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    Re: Deus Ex Libris par Liesel Engelwald le Jeu 01 Mar 2018, 17:03
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    Deus Ex Libris

    Le Chasseur et le Démon



     Liesel Engelwald.


    « Je crois bien que… c’est la fin… »

    Allongé par terre, les deux fantômes fixaient Liesel, les armes levées, tous les deux prêts à l’achever. Liesel se disait que peut-être Sirius viendrait le sauver. Sinon Yggdrasil ! Il ne pouvait pas mourir, après tout, il était protégé, il n’était jamais seul. Dans sa vie de mage, tout le monde l’avait protégé… Ysaline et Amadeus reviendraient le sauver et tout redeviendrait comme avant. Mais il savait très bien que personne ne serait là.

    « Ai-je été… utile ? »

    Est-ce que ses actions avaient contribué au Nouveau Monde ? Est-ce qu’il avait accompli quelque chose ? Liesel profita de ses derniers moments pour y réfléchir. Les mages noirs, le nombre ne comptait pas, il en restait beaucoup trop. Il était devenu plus fort, il avait sauvé des gens, mais à cause de lui, Adam et Xylia étaient morts, Ilhem était mort… il n’avait même pas pu voler au secours d’Ysaline alors qu’elle était en danger. Elle était peut-être morte elle aussi, par sa faute.

    Il se rappela des mots de Sirius, lorsqu’il avait assassiné cette femme qui avait perdu son fils. Son premier meurtre. « Tu sauves une personne, une autre meurt, c’est l’équilibre. »


    « Je n’ai… Tout ceci… était… vain ? »

    Il commença à paniquer. Sa vie n’avait mené à rien ? Æternitas, Yggdrasil, la magie, à quoi servait tout cela si tout était à double tranchant !? Son utopie… elle était impossible ?

    « J’ai perdu mon temps… »

    La douleur l’empêcha de pleurer. Il attendait avec crainte que ses ennemis l’achèvent. Pourtant, les armes et les armures tombèrent, soufflées par une magie puissante mais connue. Liesel ferma les yeux, épuisé, il voulait que tout s’arrête.

    Son sauveur interrompit sa chute vers le sommeil.


    « Te voilà, Liesel Engelwald.
    — Ama-… deus ?
    — Ne fais pas comme si tu m’avais reconnu. Tu ne te souviens pas de notre combat dans Helheim ? il rechigna.
    — Oh… Desdemona… Je devais… t’arrêter. Je n’en ai pas la force…
    — Tu ne vas même pas essayer ?
    — Non… Ça ne sert à rien.
    — Bon, moi qui voulais m’amuser. »

    Il donna un coup de pied dans le corps du garçon, qui vola quelques mètres plus loin, près de la source. Liesel roula, sans même essayer de se relever. Il était à bout de forces.

    « Tu ne te relèves pas ? Tu étais plus motivé la dernière fois. Si tu voyais dans quel état est Ysaline… Ouh, c’est pas beau à voir.
    — Qu’est-ce que tu… Qu’est-ce que tu lui as fait ? il cracha du sang.
    — Rien de plus que ce qu’elle cherchait.
    — Desdemona… Pourquoi les Hommes sont… mauvais ? »

    Le monstre s’approcha du visage de Liesel qui affrontait la douleur à chaque respiration. Il susurra à son oreille :

    « Je ne sais pas, mais ils le sont. »

    Il frappa une nouvelle fois Liesel comme s’il eût s’agit d’un vulgaire déchet. Il se cogna contre l’escalier qui menait à la source.

    « Et moi, j’en suis le résultat. »

    Il leva la tête et fixa la flamme rose qui dansait.

    « La Source du Feu ! Aaaah… Il y a de nombreuses légendes à son sujet. Tout ce que je retiens, c’est qu’il s’agit du seul moyen de cramer Yggdrasil jusqu’aux racines. C’est la seule façon de désherber cette hypocrite.
    — Quel intérêt ? Pourquoi faire le mal ?
    — Tu es stupide ? Quand j’aurais tué Yggdrasil, personne ne pourra m’arrêter ! Avec la source du feu, je pourrais régner en maître !
    — Je ne veux… pas…
    — Roh, il est pénible ! Tu veux pas crever un peu pour voir ? »

    Liesel réfléchit. Les seules solutions qui s’offraient à lui comportaient un sacrifice. Devait-il prendre le risque ? S’il ne faisait rien, il mourrait bientôt et cette fois-ci, il était seul.

    « Mais j’ai une meilleure idée… dit-il en attrapant le garçon par le cou pour le soulever. Je vais te raconter une histoire. C’est l’histoire d’un père qui vole un livre, un livre très précieux… Un livre qui s’appelle Alfheim, qu’il garde précieusement pour protéger sa famille. Jusqu’à que quelqu’un le tue pour le récupérer, exécutant au passage toute sa famille ! OUPS ! C’est une histoire tirée de faits réels ! Je ne t’ai pas dit ? Ce bouquin a vraiment des pouvoirs sympas, imagine un peu si quelqu’un avait de mauvaises intentions...
    — Qu-Quoi !?
    — Eeeh oui. C’est dommage, ton père n’avait aucune idée de comment l’exploiter complètement. »

    ---


    À l’autre bout du monde, dans la petite résidence des Engelwald, Cläre était en permission. C’était rare, et elle ne supportait pas ne rien faire, alors quand cela arrivait, elle insistait pour réaliser toutes les tâches de la maison, chose que son mari avait pour habitude de faire.

    Elle sortit un poulet du four, se demandant ce qu’avait dû ressentir la pauvre bête à l’intérieur, sans s’imaginer que Liesel était en ce moment même en train de ressentir la même chose. Il était trop cuit. Elle le couvrit de neige pour le refroidir, mais la bestiole resta noir charbon, alors elle le jeta. Ils mangeraient une salade.

    Eyrick entra dans la cuisine, enlaçant sa femme pas la taille en posant sa tête sur son épaule.


    « Tu l’as encore loupé ?
    — T’occupe.
    — Tu ne changeras jamais. Tu sais que je t’aime…
    — Oh ça je sais oui… depuis notre retour tu me le répètes tous les jours.
    — Comme si ça t’embêtait.
    — Haha, non, en effet. »

    Ils s’embrassèrent tendrement, mais un bruit de clochette interrompit ce qu’ils s’apprêtaient à commencer. Un client venait d’entrer.

    « Rah… J’y vais… Bonjour madame, que puis-je pour vous ?
    — Je cherche un livre bien spécial. Je viens de Pergrande, alors vous comprendrez à quel point il me tient à cœur.
    — W-Wow… Je ne suis pas sûr que nous puissions répondre à votre demande, mais nous pouvons essayer… Vous avez un titre, ou un auteur, j’imagine ? »

    Dans la cuisine, Cläre vit sa bague briller. C’était un cadeau d’Æternitas et elle l’avait accrochée à son oreille pour l’avoir toujours sur elle. Elle l’enfila à son doigt et la voix paniquée de Sirius résonna en elle.

    « Cläre, Dieu merci quelqu’un m’écoute ! Liesel a de gros problèmes et Ysaline aussi, mais je ne peux plus le joindre. Malheureusement j’ai des problèmes bien plus… graves à gérer maintenant, mais il se peut qu’il soit en danger de mort !
    — Quoi !? elle cria en dégainant son épée.
    — Prévenez Eyrick, je vous téléporte immédiatement ! »

    Elle déboula dans la pièce principale prête au combat, au moment où la dame dévoila le titre de l’œuvre recherchée.

    « Donnez-moi Alfheim.
    — Liesel est en danger ! »

    Il y eut un duel de regards. Le couple comprit immédiatement que cette femme était une ennemie, et cette intuition se confirma quand elle devint invisible.

     Adieux.


    Un faible blizzard enroba la pièce. La neige posée sur l’ennemie permit à Cläre de fondre sur elle. Forcée de parer, elle se révéla, permettant à Eyrick d’envoyer deux loups fantomatiques sur la femme.

    « Alors quelqu’un veut récupérer les grimoires… »

    Les deux femmes se lancèrent dans un duel d’épée des plus talentueux. Aucune d’elle ne menait, bien que l’opposante réussît à parer les attaques d’Eyrick.

    Soudain, elle devint invisible, assénant un violent coup de genou dans le ventre de la mère. L’équilibre perdu, elle ne put se protéger efficacement du coup d’estoc que l’invisible dirigea vers elle. Ce fut Eyrick qui le dévia en utilisant une chaise.


    « Vous ne l’aurez pas !
    — Bien sûr que si. »

    Cläre revint en force, glissant sur un torrent de neige pour passer derrière son opposante. Celle-ci, agile, réussit à esquiver tout en contre-attaquant avec sa rapière, devenant invisible entre chaque combo pour les enchaîner avec plus de fluidité. Cachée derrière ses murs de neige, la mère ne pourrait tenir bien longtemps si elle ne se lançait pas sérieusement dans le combat.

    « Eyrick, il faut que tu ailles sauver Liesel, je m’occupe de celle-là. »

    Cläre se para d’une cape blanche et tournoya avec les flocons pour attaquer l’ennemie. L’épéiste, prise contre le mur, ne put esquiver, mais son invisibilité lui permit de contre-attaquer efficacement. Les deux femmes étaient également blessées.

    « Schneebombe ! »

    Le bois céda sous la force de l’explosion enneigée. La voleuse se retrouva à l’extérieur. Elle glissa sur le petit étang que la mage avait gelé. Cläre s’y déplaça avec aisance, continuant ses attaques.

    « Weiße Furie ! »

    La soldate fila sur la glace grâce à ses propulsions de neige, taillant le corps de son ennemie à chaque cercle qu’elle dessinait.

    « C’est la fin ! Schneegestöber ! »

    Un énorme tourbillon détruisit le pont qui menait aux chambres. Au centre, l’ennemie, dont la peau se découpait avec les assauts continus de Cläre. La femme s’écroula, fragilisée par un enchainement dont elle n’avait pu s’extirper.

    « Eyrick, va sauv-… EYRICK ! »

    Une autre femme se tenait derrière lui. Le père tomba à genoux, un poignard planté dans l’abdomen. Il se tourna avec difficulté vers sa femme, un filet de sang coulant de sa bouche.

    « C-Cläre… sauve… Liesel… je t’… aime… »

    Il tomba, et une mare s’étendit autour de lui. Cläre resta pétrifiée.

    « E-Eyrick… N-Non… Tu… TU VAS PAYER !!! »

    En un éclair, elle vola vers la meurtrière qui disparut quand l’épée la toucha. Cläre se défit de ses larmes pour trouver son opposante. La deuxième femme devant elle la fixait, sans aucune émotion. La mère l’observa avec une colère douloureuse.

    « Lancement de l’émulation. »

    Plusieurs petits cubes bleutés apparurent et se réunirent vers un centre lumineux. Une onde de choc parcourut la pièce et Cläre se jeta sur son mari pour le protéger. L’instant d’après, il avait disparu.

    Elle était ailleurs, seule face à cette femme. Autour d’elles flottaient des cubes de diverses tailles, dans un espace noir qui semblait infini.


    « Tu as… Tu l’as tué… elle retint un spasme de colère. Je vais le venger…
    — Négatif. Nul ne peut vaincre Rei dans l’espace de combat.
    — TU VAS MOURIR ! »

     L’espace de combat


    ---


    « Ce père, poursuivit Desdemona, n’avait en réalité aucune idée de ce qu’était ce livre. C’était le fragment d’une entité très puissante, mais il ne savait pas que pour que cette entité renaisse, elle avait besoin d’un corps… Ton corps.
    — M-Mon..? »
    — Tu l’imaginais comment ? Une bouboule de lumière qui flotte ? Non non, Yggdrasil veut t’utiliser comme enveloppe charnelle. Oh, et tu mourras dans le processus, évidemment. C’est pour cela qu’elle t’a choisi, si tu ramènes tous les livres, tu lui prouveras que tu es assez fort pour l’accueillir. »


    Liesel, qui sentait sa température diminuer malgré la présence de lave tout autour de lui, sentit monter une colère impérieuse. Il mordit le bras du démon puis tomba. En employant des efforts colossaux, il se releva, tenant à peine debout, face à cet être démoniaque bien trop puissant pour lui.

    « Elle m’a manipulé… Tu t’es attaqué à ma famille…
    — Oh non, Liesel très colère… s’amusa l’homme.
    — Et je pensais qu’Yggdrasil me protègerait… Elle devait veiller sur moi… »

    Il décrocha de sa ceinture Helheim miniaturisé, qui reprit sa taille normale dans ses mains.

    « Je suis à bout de force, dit le garçon qui perdit presque l’équilibre, mais tu as… Non. Je sais que je vais perdre… Mais Adam avait raison… Si j’abandonne maintenant, je n’aurais pas fait de mon mieux… Alors je perdrai, mais je refuse d’abandonner !
    — Oh nooon, le discours du héros obstiné…
    — Yggdrasil m’a aidé lors du précédent combat, mais elle m’a menti. Si ce que tu dis est vrai… Si on a touché à ma famille… Si tu as blessé Ysaline… Alors j’ai tout perdu. Et Yggdrasil n’en a que faire ! Yggdrasil, il hurla vers le ciel en serrant le grimoire entre ses mains, va au diable, je refuse d’abandonner maintenant !

    Le sacrifice était nécessaire. De toute façon, s’il mourrait, personne ne pourrait prendre sa suite, alors qu’importait. Et puis elle avait tout observé sans réagir, et ce depuis le début de cette ère. D’une certaine manière, pour la mentalité manichéenne du garçon, ça la rendait complice.

    Liesel jeta Helheim dans la Source du Feu.

    Une flamme gigantesque consuma soudain l’objet, dont s’échappait une fumée colorée de hurlements stridents.


     Rébellion.


    Le livre libéra d’un coup tout l’énergie accumulée. Des milliers de feuilles volèrent autour du garçon, dont la poitrine se compressa, écrasée par la quantité d’Aeternanos qu’il récupérait. Il sentit sa magie revenir, il n’avait pas remarqué son absence, mais le retour brutal de celle-ci le mit dans un état d’exaltation tel qu’il envoya vers Desdemona plusieurs lances faites de papier.

    Il découpa la peau du démon dans une rapide volée de feuilles coupantes, accompagnée de dagues qui filaient depuis nulle part. Liesel ignorait ses blessures, qui semblaient superficielles tant l’adrénaline boostait ses capacités.


    « Je vais t’arrêter ! »

    L’instant d’après, il était derrière lui, la dague à la main. Il la leva pour la planter dans le dos de l’être maléfique. Mais Desdemona se retourna d’un éclair, saisissant la gorge du garçon pour l’étrangler et le suspendre.

    « Ahahah… Non. »

    Il jeta Liesel, qui heurta un mur avec une telle force qu’un cratère se forma sous son dos. Il eut tout juste la force d’esprit de former un petit sol de papier pour ne pas tomber dans la lave, mais le démon continua à jouer avec le garçon comme s’il était une balle. Il le jetait d’un mur à l’autre, sans retenue, agacé.

    « Est-ce que tu sais ce que tu viens de faire ? EST-CE QUE TU EN AS CONSCIENCE !? Tu as détruit Helheim, l’une des huit clés… Sans ce livre, tous les autres sont inutiles ! Yggdrasil ne pourra jamais sortir de l’arbre ! TU MESURES TON ACTE !? Ma foi, ça ne me dérange pas, au moins elle ne pourra pas s’enfuir quand je la cramerai… »

    Non, Liesel ne mesurait pas le danger. Il était en colère contre elle et contre lui. Il se releva et prit la parole malgré ses côtes probablement cassées.

    « Pendant des siècles elle n’a fait qu’observer les méfaits du monde sans agir. À quoi sert-elle ? J’ai eu un moment de doute, j’ai pensé que tout ce que j’avais fait n’avait servi à rien… Mais Adam avait raison, la valeur d’un acte se mesure par l’effort qu’on y investit. Alors même si j’échoue aujourd’hui, je vais tout donner pour purger Humanitas et forger un monde meilleur !

    — Purger Humanitas ? Ca alors… C’est… AHAHAHA !! C’est la chose la plus naïve que j’ai jamais entendue ! Et pourtant j’ai les oreilles baladeuses…
    — Mais pas les yeux assez ouverts ! »

    Desdemona remarqua trop tard la bombe aquatique accrochée à sa ceinture. Liesel s’en éloigna au moment où la détonation retentit. Le démon fut projeté par terre, un résultat qui lui déplut fortement.

    « Décidemment, ce mioche a le don pour m’humilier… Tss, c’est de ma faute, je ne te prends pas au sérieux et du coup tu arrives à me toucher. Je vais devoir y aller franchement. »

    ---


    « TU VAS PAYER ! »

    Cläre, blessée, continuait ses assauts sans réfléchir. Avec tous ses esprits, elle aurait pu gagner le combat, mais sa colère l’aveuglait et elle prenait sans cesse les coups de son ennemie.

    Les cubes volants la heurtaient violemment, la jetaient au sol, mais elle se relevait sans cesse, chaque fois un peu plus abîmée et animée par son désir de vengeance.


    « Le facteur de colère augmente les capacités ennemies. Recommandé : prudence.
    — FERME-LA !
    — Cläre ! intervint Sirius. Vous devez-vous concentrer sur le combat. J’ai repéré une ouverture : elle n’attaque jamais elle-même, donc elle doit être fragile. Cessez de foncer comme une demeurée et réfléchissez. »

    Sirius venait de faire grimper l’hostilité de la mère, mais elle s’arrêta tout de même pour considérer les propos de l’immatériel. Elle n’avait rien à y perdre. Cläre se concentra et observa les alentours. Le cœur lumineux était toujours là, elle devait le détruire.

    Elle glissa sur un sol enneigé pour l’atteindre, mais une armée de cubes défendit l’objet, preuve de son importance.


    « Apparition de conscience avancée malgré le facteur de colère. Tentative de destruction du cœur. Recommandé : grande prudence.
    — Oui, fais attention… » grinça la mère.

    ---


    À l’instar de sa mère, Liesel, blessé, se relevait contre chaque assaut de son ennemi. Il était néanmoins bien plus affaibli. Ce combat ne rimait à rien, le garçon se laissait simplement tabasser, car il n’avait la force de résister. Il commençait à regretter son sacrifice. Chaque attaque que le garçon arrivait à diriger vers son ennemi était anéantie dans une gerbe de flammes noires.

    « Bien pratique, le pouvoir de ce type…
    — Comment as-tu pu… t’échapper ? Gnh… Tu étais scellé dans Helheim, et…
    — Je ne suis pas ta chère Yggy, tu sais. Il me manquait juste un peu d’énergie pour m’échapper de la Forêt des Anges. Enfin, un peu est un euphémisme. Mais tu sais quoi ? Quelque chose est arrivé pile à temps, je n’avais qu’à attendre un gentil monsieur pour me donner une enveloppe charnelle.
    — Comment..?
    — Hvergelmir. Une autre création d’Asgard. Il se trouve qu’il a été détruit, quelle tragédie. Mais l’énergie libérée par la destruction de cette dimension a été… incommensurable. Je m’en suis servi pour m’échapper. »

    Lassé de tenir le garçon par les cheveux, Desdemona le jeta par terre pour l’attraper par le pied. Liesel, qui s’accrochait à la vie comme preuve de sa résistance, s’imaginait étrangler lentement son adversaire…

    « Pourquoi ne pas… combattre le mal ? Tu as pu voir ce dont les hommes sont capables… aide-moi à… combattre…
    — C’est à moi que tu demandes ? Je ne suis pas n’importe qui. Ne me confonds pas avec les mortels immoraux. Tu ne comprends pas ? Je suis le mal. La tristesse, la jalousie, la haine, la colère, la peur, le doute… »

    Il marqua une pause et se sourit à lui-même, comme si son dernier mot s’adressait à son enveloppe, Amadeus.

    « La rancœur. »

    Il s’approcha du rebord lentement, un grand sourire aux lèvres, impatient de voir le morveux patauger dans la lave et essayer de s’en sortir. S’il lui restait quelques Aethernanos, il pourrait peut-être survivre quelques secondes, se disait-il. Il avait hâte d’essayer.
    Cependant, une autre voix vint interrompre son jeu.


     La Source du Feu.


    « La rancœur ! »

    Liesel reconnut immédiatement la voix d’Ysaline. Le visage en larmes et en sang, elle se tenait droite, arborait un air froissé qui exprimait une colère impétueuse mêlée à une blessure en elle qui ne se refermerait probablement jamais. Le bras tendu au-dessus de la source, un Yolagaar blessé respirait difficilement sur le dos de sa main.

    « La rancœur… Un père inexistant, une mère double-jeu, un ami traître… J’y connais un rayon. Tu as dû te servir du désir de vengeance d’Amadeus pour entrer en lui, mais tu as négligé un détail. Tu m’as négligée, aussi bien par ce que tu as commis que ce que tu as omis de faire. Tu aurais dû me tuer, car cette même rancœur dont tu te vantes être l’émissaire va aujourd’hui causer ta perte ! Je suis partie dans le seul désir de voir ma famille brûler, il s’est mêlé à celui de faire grandir Yolagaar. Cet enfant est peut-être né de l’amour de deux êtres… Mais Yolagaar a grandi dans la haine, il m’appartient désormais. Je te baptise dans ces flammes sacrées… Yolagaar ! VENGE-MOI !!! »

    Le rapace plongea dans son nid originel et fit comprendre par un rugissement ardent que les garçons n’étaient pas les bienvenus. L’atmosphère devint écrasante, suffocante, la chaleur des flammes n’étaient plus rien face à la colère qui animait désormais l’être ailé. Yolagaar s’éleva de ce feu ancestral, les ailes déployées. Juste en dessous de lui, Ysaline était là, entourée d’une tempête de flammes noires qui étaient les siennes.

    Desdemona lâcha Liesel. Il comprit immédiatement qu’il était en danger, car si aucun moyen conventionnel n’aurait pu avoir raison de son âme, cette fille qu’il avait humiliée était à présent une menace qu’il craignait.


    « Ca alors… il bégaya, une perle de sueur sur le front. La petite Ysaline est en colère à ce que je vois.
    — Le monde est traitre. Ma rancœur dictera mes pas et quiconque se dressera en travers de mon chemin périra dans les flammes. Un nouveau monde naîtra, où seuls ceux que je jugerai dignes de confiance survivront. Malheureusement, il n’y a pas de place pour vous ! »

    Yolagaar s’envola, dispersant toute la fumée qui l’enrobait d’un battement d’aile. Les deux inséparables attaquèrent de concert Desdemona : une salve d’oiseaux noirs se mêla aux souffles magmatiques de l’oiseau. Le ténébreux esquiva avec difficulté, car la pluie obscure qui s’abattait sur lui n’en finissait pas. Ysaline s’approcha et dégaina le sceau du Bretteur d’elle-même, sans l’aide de son ami. Liesel pensa qu’ils devaient désormais faire qu’un.

    Desdemona répliqua par une salve de grands vautours qui s’écrasèrent contre le sceau du Protecteur. Ysaline profita de l’ouverture pour dessiner un nouveau cercle magique.


    « Colomba Volare ! »

    Un oiseau que Liesel n’avait jamais vu apparut : une colombe blanche tâchée par la haine. Elle plongea dans la poitrine d’Amadeus qui expira malgré lui un souffle d’énergie vitale dont se délecta la pyromancienne. Guérie, elle put continuer ses assauts que le démon ne pourrait éviter indéfiniment.

    « Elle me tient tête ! La garce ! Voyons ce dont ce nouveau corps est capable… »

    Il libéra une onde de choc et les oiseaux d’Ysaline se dissipèrent, laissant les flammes qui les composaient s’engouffrer dans le cœur du démon. Une grande paire d’ailes noires décora le dos de Desdemona, dont les cheveux s’éparpillèrent dans le vent aride. La lame corrompue d’Amadeus apparut, offrant au démon un arsenal complet.

     Ex Cholera


    D’un saut, il pourfendit le bras d’Ysaline, qui dégoulina de sang. Mais cela ne l’empêcha aucunement de mener une nouvelle danse aiguisée contre lui. Sa lame effilée en avant, la pyromancienne porta un nouvel assaut qui ne tailla que les ailes protectrices du démon.


    « Yolagaar ! »

    La rouquine ouvrit les bras, accordant à son ange gardien une confiance totale. Yolagaar plongea dans sa poitrine, recouvrant la peau de la jeune fille d’un brasier illuminé qui lui arracha un cri de douleur. Pourtant Liesel vit bien qu’elle savait ce qu’elle faisait. Il profita de l’inattention de Desdemona pour créer un grand loup blanc qui s’accrocha vigoureusement aux nouveaux membres du ténébreux.

    « Je l’avais oublié, lui ! » dit-il en déchirant le loup d’un coup d’épée. Mais le papier désagrégé se reforma aussitôt en une étoile tranchante, qui força l’adversaire à laisser une ouverture.

    « Khamsin ! »

    Liesel apparut devant le monstre, sa dague logée dans son abdomen. Avec elle, le canon à eau, qui déchargea toutes les munitions qu’il pouvait tirer. L’ennemi recula de quelques pas, bien trop résistant pour qu’un tour comme ça fonctionne sur lui. Néanmoins, il avait mal.

    « La douleur… Cela faisait si longtemps… Gnh… C’est si bon…
    — Tu en veux d’autres !? Frenetische Lawine ! »

    L’albinos écarta les bras et des centaines de feuilles dissimulées Dieu sait comment sous ses vêtement s’envolèrent dans une spirale effrayante. Desdemona, trop confiant, tendit son bras pour brûler cette attaque.

    « Trop évident ! Niflheim ! »

    Une vague de froid offrit un contraste absolu avec la chaleur du volcan et la tornade de lames gelées s’abattit sur le maudit qui n’avait pas compris. À nouveau vexé par son propre manque d’attention, il se redressa, fondant vers Liesel, qui utilisa les quelques feuilles qui lui restaient pour créer une cage autour du démon.

    « Jotunheim ! »

    La prison se resserra, parée de centaines d’échardes de bois. Le ténébreux les réduisit en cendres trop tard, cas sa peau en était désormais recouverte.

    « Encore un petit effort et-…
    — Assez ! »

    D’un battement de cil, Desdemona s’envola, laissant derrière lui quelques plumes mauves. Liesel le vit trop tard, tout comme il sentit trop tard la lame pénétrer son abdomen. Le garçon s’écroula et son corps s’évapora en dizaines de feuilles. L’albinos était derrière son prédateur, Khamsin pointée vers sa nuque.

    « Un vulgaire clone…
    — J’ai eu le temps de réfléchir à de nouveaux sorts dans le désert. Le livre de Mivard m’a bien aidé, cela dit. »

    Les deux garçons écarquillèrent les yeux en voyant la fumée s’évaporer autour d’Ysaline, qui était face à eux. Ou plutôt, ils furent surpris de voir qu’elle commençait à bouger malgré les flammes encore présentes. Ses yeux luisirent à travers les ondulations orangée et parée d’une mue volcanique, elle invoqua un albatros géant qui fit exploser les deux garçons. Liesel vola par-dessus la caldeira, où il perdit ses esprits quelques instants.

     Ysagaar


    La voix d’Ysaline résonna, supplantée par celle de Yolagaar.


    « Nous ne sommes qu’un. Il est le corps et elle est l’esprit. Sa colère brûle et de ce même feu vous allez tous périr. »

    Elle flottait délicatement, enrobée de pièces métalliques noircies qui cachaient quelques points clés de son corps. Pourtant, elle n’était que brasier, toute son enveloppe charnelle avait disparu. Desdemona, à terre, voulut se rendre.

    « La vengeance d’Ysaline ne te pardonnera pas ! » Lança le spectre en fondant sur l’ennemi. Desdemona se mit à tourbillonner, se servant de ses ailes pour esquiver les flèches explosives qui venaient de toutes parts. Il fit le tour de la plateforme plusieurs fois, évitant avec toujours plus d’adresse les projectiles animés, mais Ysaline gagnait du terrain et il se retrouverait bien acculé.

    « Nidus Anhingidae ! »

    Un nid de serpents ailés apparut sous la lanterne humaine, mais au lieu de se laisser dévorer, elle les commanda, et le feu qui leur servait de chair devint un corbeau magnifique. Elle le lança sur Desdemona, qui se réfugia derrière un hibou protecteur.

    Les deux oiseaux se mêlèrent, et Ysaline, chaque seconde plus furieuse, imposa sa voix. D’un cri, elle ordonna aux flammes noires de fondre sur Desdemona, qui avait bien compris qu’il avait perdu.


    ---


     Cläre Leoni.


    Cläre planta son épée dans le sol virtuel et mit ses mains en avant. Une légère brise entoura la meurtrière qui fut aussitôt prise dans un tourbillon glacé. Profitant de cette ouverture, la mère brandit sa rapière.

    L’une de ses larmes se décrocha de son œil. La goutte s’enroba de flocons puis s’étala sur la lame. Enchantée, l’épée familiale des Leoni libéra son pouvoir et dessinant un cercle avec celle-ci, l’héritière invoqua un blizzard des plus violents.

    Filant à travers celui-ci comme s’il ne s’ouvrait que pour elle, elle enchaîna une série interrompue d’attaques dansées ; la trainée bleue qui s’échappait de l’épée sembla prendre la forme d’un cristal tout autour de la mère, qui s’en servit de bouclier pour se protéger et attaquer à nouveau.

    Entourée de poudre céleste, Cläre dansait en cercles et détruisait avec grâce tout obstacle sur son chemin, faisait d’elle à cet instant l’icône d’Iceberg, le contraste entre une beauté subtile et un danger assassin.


    « NIBELUNG SNǢR ! »

    Telle une glace brisée, le tissu de la réalité sembla fissuré par la poussière de diamant que semait la Leoni. Le cube lumineux d’où émanait la zone de combat se rompit. Les filets scintillants éparpillés dans l’espace s’élargirent, laissant entrevoir le néant. Cläre, les yeux fermés, n’observa pas la dimension fictive s’écrouler autour d’elle, elle ne vit pas la beauté de la poussière lumineuse qu’elle créait, ni son opposante abandonner le combat en disparaissant.

    Elle était désormais seule au centre de la pièce, elle crut. Eyrick était revenu, cependant. Elle finit par le remarquer et s’écroula malgré les forces qui lui restaient. Elle s’allongea près de lui et constata avec une joie douloureuse qu’il était toujours vivant…


    ---


    Voyant qu’il ne pouvait lutter, Desdemona se rendit. Une fumée malsaine s’évada de sa bouche et il rendit à Amadeus son corps. Le noble repris ses esprits en voyant l’aigle majestueux fondre sur lui. Il n’eut que le temps de crier le nom de sa bien-aimée, qui comprit qu’elle venait d’anéantir l’innocent.

    « Amadeus !!! »

     Malédiction.


    L’armure volcanique s’en alla et Ysaline revint. Ses vêtements brûlés exhibaient ses blessures et le sang qui coulait abondement de celles-ci. Elle se rua cependant vers son amant, qu’elle constata brûlé jusqu’aux os… par sa faute.

    « Amadeus… Ama… N-Non… »

    Liesel reprit connaissance grâce au cri d’horreur qu’Ysaline rendait interminable. Elle pleurait comme une enfant, et l’albinos se précipita près d’elle. La voyant à genoux près du cadavre d’Amadeus, il hésita un instant à l’interrompre. Il resta donc en retrait alors qu’elle extériorisait par ses cris tout ce qui lui était arrivé.

    « Il a fallu que tu y passes toi aussi… Tu n’avais rien fait, mais tu es mort par ma faute… Je t’ai tué ! Je suis maudite ! Pardonne-moi Amadeus ! Je suis maudite… Les gens que j’aime meurent tous…
    — Ysaline, murmura le garçon.
    — JE SUIS MAUDITE ! XYLIA ! ADAM ! ILHEM ET MAINTENANT AMADEUS ! POURQUOI !? »

    Sa voix hachurée par les spasmes serra le cœur de Liesel, qui posa sa main sur son épaule avec hésitation. Son amie réagit avec violence en s’éloignant vivement.

    « JE T’INTERDIS DE ME TOUCHER !!!
    — Ysaline…
    — TOUT EST DE TA FAUTE ! Chaque fois, tout est de ta faute… Tout le monde meurt à cause de toi ! Et tu en récupères les lauriers, mais chaque fois je souffre… TOUT ARRIVE À CAUSE DE TOI ! Je pensais être maudite, mais non, en fait – sa voix d’emplit d’un dédain furieux – c’est toi l’origine de tous mes problèmes… Si je ne t’avais jamais rencontré, jamais je n’aurais vu tous ces gens mourir sous mes yeux…
    — Y-Ysa…
    — LA FERME !!! Quand j’ai voulu t’aider à Iceberg, j’ai pris des vies humaines et tu m’as regardé comme si ça avait été quelque chose de normal pour toi ! Tu ne t’en rends pas compte, tu es un monstre, une malédiction ! Comme si mon enfance n’avait pas été assez douloureuse, tu viens me faire regretter d’être partie ! ALORS JE SUIS CENSÉE FAIRE QUOI !?
    — Je… Je ne sais pas…
    — Je vais en finir une bonne fois pour toute… »

    Elle dégaina le poignard qu’elle cachait sous sa jupe et le porta à sa gorge. Liesel s’approcha pour l’en empêcher, mais elle lui hurla de rester en arrière. Elle recula de quelques pas et fixa avec insistance les yeux rouges de l’albinos.

    « Le vrai démon ici, c’est toi.
    — Je suis… désolé…
    — Tu es désolé ? TU ES DÉSOLÉ !? C’EST VRAIMENT TOUT CE QUE TU TROUVES À DIRE !? »

    Elle s’approcha et brandit sa petite lame vers la gorge de Liesel, qui baissait la tête, honteux. Il commençait à se demander : n’avait-elle pas raison, au final ?

    « Pourquoi les choses sont comme ça… Je veux juste faire le bien…
    — Faire le bien ! À quel prix ! Regarde-moi ! Tu ne vois pas le problème !? JE DOIS VRAIMENT T’EXPLIQUER CE QUI NE VA PAS !?
    — Je sais ! Je sais qu’à cause de moi… tu dois traverser tout ça, et seule…
    — Comment tu fais pour ne pas te sentir coupable ? Comment tu fais pour te regarder dans un miroir, pour sourire ? COMMENT !?
    — Je voulais juste créer un monde de paix… Un monde meilleur… Je ne comprends pourquoi les choses ont tourné comme ça…
    — Un monde meilleur… elle rit jaune. Tu n’es vraiment qu’un idiot. Tu comptes infliger ça à combien de personnes encore ?
    — Mais j-…
    — Irina a perdu celui qu’elle aimait ! Elle pense l’avoir sauvé en l’enfermant dans un caillou, mais elle se dit ça pour se convaincre, parce qu’Ilhem est tout simplement mort ! Je ne suis pas la seule que tu as impliquée dans ta folie ! Un monde meilleur, bien sûr ! Un monde où tout le monde est mort et personne ne peut souffrir ! Après tout… C’est peut-être la solution… »

    Elle approcha de nouveau sa dague à sa gorge, appuyant sur celle-ci jusqu’à qu’un filet de sang s’en échappe.

    « Ysaline ! Tout ce qu’il s’est passé, je ne l’ai pas voulu. Si j’arrive à battre Desdemona, alors tout rentrera dans l’ordre et tu n’auras pas besoin de souffrir… Mais ne te tues pas, s’il te plaît… Sans toi je…
    — ET QUI VA PORTER MON FARDEAU !? TOI, PEUT-ÊTRE !? NON ! Tu vas encore te volatiliser, retourner dans ta guilde d’assassins sauvages, et tu vas encore me laisser pleurer dans le lit d’un hôtel miteux, COMME D’HABITUDE ! Ne me fais pas croire que j’ai de l’importance pour toi, parce que je ne te croirais pas ! Pas après la promesse que tu as brisée !
    — La promesse ? »

    Liesel se demanda ce qu’il avait bien pu faire pour briser cette promesse, celle d’être là pour elle quoi qu’il arrive. Il ne comprenait pas… Devant lui, Ysaline s’effondra une nouvelle fois, appuyant plus fort sur sa gorge, elle priait que la douleur soit insupportable, elle voulait qu’elle la brise, qu’elle en hurle et qu’elle en perde la raison. Elle ne voulait plus de cette vie.

    Mais Yolagaar en décida autrement. Il se posa sur son poignet et la regarda. Elle se figea et relâcha tous ses muscles. De nouveau, elle pleura comme une enfant, serrant dans ses bras son compagnon.


    « Tu veux que je vive… mais je ne peux pas… »

    Liesel fixait le sol, abattu par la honte et la culpabilité. Cette scène, il l’avait déjà vécue, au tout début… Après qu’il avait tué cette folle qui volait des enfants, Ysaline lui en avait voulu…

    Pour autant, il ne comprenait pas ! Il ne faisait que faire de son mieux ! Qu’est-ce qu’il y avait de mal à combattre le mal ? C’était illogique pour lui. Son nouveau monde, il voulait qu’Ysaline y ait sa place, alors pourquoi il n’arrivait pas à faire en sorte que tout se passe bien ? Pour lui, une seule réponse était possible : il n’était pas assez fort. Il devait gagner assez de pouvoirs et vaincre Desdemona, sans ça, il ne pourrait pas sauver tout le monde.


     Danger.


    « Je dois devenir plus f-… Quoi !? »

    Le garçon sentit le sol vibrer sous ses pieds. Entendant la lave s’agiter en contrebas et la température augmenter, il comprit immédiatement le danger qui les guettait.

    « Ysaline ! Il faut partir !
    — Laisse-moi mourir ici…
    — Ysaline ! »

    Le sol se fissura entre les deux amis tandis que l’oiseau paniqué incitait sa maîtresse à s’en aller. Pourtant elle restait immobile, forçant Liesel à la prendre sur le dos.

    « LÂCHE-MOI !
    — Hors de question ! Le volcan entre en éruption ! Si tu restes là tu vas y passer !
    — C’est ce que je veux…
    — Bon sang ! »

    Revigoré par l’adrénaline et l’envie de sauver son amie, l’albinos courait aussi vite que possible. Il devait réfléchir au plus vite à une sortie. Rebrousser le chemin constituait une mort certaine, mais grimper la caldeira serait trop long, surtout avec Ysaline sur les bras.

    Il créa un escalier de papier, qu’il monta à toute vitesse, mais une colonne de lave le réduisit à néant alors qu’il était encore dessus. Ysaline le frappait, se débattait, rendant sa tâche encore plus ardue.


    « Arrête, tu vois pas que j’essaie de te sauver !? Sirius, ce serait vraiment le moment idéal…

    Liesel sauta de feuille en feuille pour éviter de tomber, mais il s’aperçut rapidement que la terrasse était recouverte de lave et qu’aucun sol ne pourrait l’accueillir. Pressé par la peur de mourir, il accéléra le rythme et dut en plus éviter les bords qui s’effritaient.

    Une corde de papier le tira en haut du cratère. Il n’était pas pour autant hors de danger. Ses blessures le ralentirent et il sentit tout près de lui la chaleur de l’éruption qui se faisait imminente.


    « LAISSE-MOI !
    — Bon sang… »

    D’un coup bien placé il l’assomma et put souffler un instant. Cependant le retard qu’il avait pris se faisait de plus en plus grand et dangereux, car des jets de fumée noire et de lave transformaient le terrain en un enfer mortel.

    Il s’élança vers la mer qu’il voyait au loin et créa un avion de papier qui fila à toute vitesse, glissant sur l’air chaud. Usant de toute son énergie, Liesel esquiva les pierres et les explosions avec une agilité maladroite, s’aidant des cris de Yolagaar qui le guidait à travers les ténèbres.

    Un rocher heurta le fuselage du véhicule triangulaire et les passagers furent éjectés. Yolagaar plongea sur sa camarade et l’agrippa. Ses ailes s’élargirent et l’embrasé éloigna Ysaline du danger.

    Liesel roula en bas d’une pente. Il réussit à s’accrocher avant de tomber dans une nouvelle marre de lave. La chaleur commençait à avoir raison de lui, car ses forces le quittaient lentement et sa tête qui tournait ne l’aidait pas réagir correctement.


    « Je ne dois… pas… »

    Il réunit le peu de papier qui lui restait et forma un bras géant planté dans le sol. La main le saisit et le jeta au loin vers la mer avant de prendre feu au contact de la roche fondue.

    Propulsé dans les airs, Liesel ressembla ses esprits. Il rapprocha ses mains de son visage et fit apparaître un petit cercle magique. Les cendres dans l’air se réunirent et formèrent des feuilles grises qui s’agencèrent comme un nouvel avion. L’albinos savait qu’un papier d’aussi mauvaise qualité ne le porterait pas loin, mais c’était tout ce dont il était capable pour le moment.

    Couché sur son véhicule, sa conscience disparut, tandis qu’il planait maladroitement au-dessus de l’eau.



    Fiche de RP (c) Miss Yellow


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    Re: Deus Ex Libris par Liesel Engelwald le Jeu 01 Mar 2018, 17:07
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    Deus Ex Libris

    Engel des Todes



     Glace.


    Au cœur d’une forêt enneigée marchait une silhouette rougeâtre. Sur son épaule, un oiseau de feu. Tous deux affaiblis par les épreuves qu’ils venaient de vivre, les compagnons cherchaient un abri. L’oiseau se blottit contre sa maîtresse pour qu’ils se réchauffent mutuellement, mais les flammes qui l’enrobaient n’étaient que tièdes. Elle le prit dans ses bras.

    « Yolagaar, n’en fais pas trop pour moi. Tu m’as déjà assez sauvée… Reste au chaud. »

    La voix placide de la rouquine ne calma pas l’oiseau que le froid faisait trembler. Il la regarda curieusement, et la questionna par un petit cri.

    « Je ne sais pas... S’il est mort, tant mieux. Sinon, j’espère pour lui qu’on ne se croisera pas.
    — Krri…
    — J’ai pris ma décision. Il m’a trahie. Tu es mon seul repère désormais. Je compte sur toi.
    — Krii !
    — Serais-tu prêt à me suivre jusqu’au bout, quelles que soient mes actions ? demanda-t-elle en s’arrêtant. Je l’espère. Je dois tuer Liesel. »

    Une comète ailée s’était écrasée au cœur de la forêt enneigée. Ysaline s’y était réveillée, grâce à Yolagaar. Perdue, elle s’était mise à marcher, sans but ni destination. Le froid avait engourdi ses membres, si bien qu’elle ne sentait sur elle que les épines imaginaires logées dans ses doigts. Tant mieux. Elle ne voulait plus rien ressentir…

    Le destin avait décidé de la maintenir en vie, mais elle ne voulait pas de cette vie. Si le froid pouvait la priver de ses sens, du souvenir oppressant de ce qu’il s’était passé… avec Amadeus… Si le froid pouvait tout simplement l’achever. Elle voulait que son corps s’écrase, comme une braise éteinte.

    Pourtant elle continuait de marcher.


    « Yolagaar, pourquoi m’as-tu sauvée ?
    — Krri…
    — Je me fiche de mon rôle. Je… n’en suis pas capable…
    — Krii, krri !
    — Qu’est-ce que tu en sais… Après ce qu’il m’a fait… je ne peux plus. Non, je ne peux tout simplement plus. Et tu ne veux même pas que j’en finisse… pourquoi tu continues de me faire souffrir ?
    — Krri !
    — C’est vrai, sans moi tu es seul… maintenant que le pouvoir de la Source est en notre possession, personne ne pourra nous faire de mal. Nous pourrons rester tous les deux, à l’abri, et réduire en cendres ceux qui nous ont trahis. Ils périront tous ! »

    Recroquevillée sous un maigre chaperon, Ysaline ne réalisait pas que sa voix saccadée était faible. Elle s’arrêta quand un homme sur un cheval lui fit de grands signes.

    — Hé ! Whouhou ! Vous venez de la comète !? Vous allez bien !?
    — Je ne veux pas… aller le voir…
    — Krri !
    — Mais je ne veux pas de cette seule chance, Yolagaar… »

    L’oiseau sortit pour faire signe au chasseur de venir, mais il comprit mal le message. Aussitôt l’animal en vue, l’homme dégaina son fusil, pensant sauver la jeune fille.

    « NON ! »

    Spontanément, Ysaline tendit le bras et une gerbe de flammes engloutit le chasseur et son cheval, ainsi que les buissons qui étaient à ses pieds. Ce spectacle illumina les yeux de la pyromancienne et sembla lui redonner un léger souffle de vie. Elle s’approcha pour réchauffer ses mains. Ses nouveaux pouvoirs étaient puissants, mais le halètement de la jeune fille témoignait de sa fatigue. Yolagaar se posa sur son épaule.

    « Tu vois… le monde nous déteste… Ne laissons plus personne nous faire de mal. »

    ---


    Sur les récifs Icebergeois de la mer intérieure, un garçon flottait, inconscient. Suite à la tempête que l’éruption volcanique avait causée, on avait cru qu’il faisait partie du navire qui s’était, lui aussi, échoué sur les récifs. Lorsque les habitants du village voisin eurent récupéré tous les corps, ils remarquèrent bien vite que ce jeune albinos était encore en vie.

    C’est ainsi que Liesel se réveilla près d’un foyer, à côté d’une femme qui trempait une serviette blanche dans une eau fumante.


     Village.


    Elle s’approcha mais ne réalisa pas qu’il était réveillé. Ses paupières étaient presque closes et il n’avait pas la force de parler. Son corps lui rappela néanmoins les blessures qu’il avait subies, ainsi le garçon grinça.

    « Là, là… Tu es encore blessé, repose-toi… »

    La voix douce de la femme lui fit l’effet d’une étreinte maternelle. Il leva les paupières faiblement, ébloui par la seule source de lumière.

    « M-… Ma… Maman ? »

    La silhouette aux cheveux clairs sourit. Elle se leva rapidement pour border le jeune d’un drap supplémentaire, d’une matière que Liesel trouva, sans même s’en rendre compte, très agréable.

    La serviette humide que la femme posa sur l’abdomen du garçon le fit sursauter. Il reprit aussitôt conscience, bien qu’il fût encore très faible.

    Il constata les cheveux gris décoiffés de la dame qui prenait soin de lui. Les premières rides faisaient déjà leur apparition, mais l’air si bienveillant et frais qu’elle arborait empêchait toute estimation de son âge. Liesel essaya à nouveau de parler, mais ses poumons humides remplis de cendres donnèrent à sa voix un ton distordu et rauque.


    « Je… suis vivant ?
    — On dirait bien, héhé.
    — Où est-ce que… on est où ? Comment je suis arrivé là ? Oh ! Où est Ysaline !? Desdemona !? Le volcan est entré en éruption ! Mon père ! Je dois voir mon père ! »

    Il se prit d’une quinte de toux et ses côtes abîmées n’apprécièrent pas vraiment. Il se calma et serra de ses petites mains râpées le bord du drap.

    « Allons, pas la peine de paniquer… Pour le moment, tu es sauf, nous avons repêché tout le monde. Tu pourras aller voir les autres blessés quand tu iras un peu mieux.
    — J’… J’ai froid… »

    La femme le couvrit d’une couverture de laine puis le borda à nouveau. Liesel fit son possible pour se mettre en boule malgré ses blessures. En position fœtale, il sombra à nouveau dans le sommeil, il murmurait…

    « Maman… transf…forme-toi… bonhomme… neige… »

    Les pensées de Liesel dérivaient, hors de son contrôle. Imbibé de rêve, l’esprit du garçon était bloqué à la frontière de l’imaginaire et du réel, lui permettant d’observer avec passivité ce qu’il se déroulait dans sa tête. Il revit le volcan et la lueur agressive de la lave. Ysaline se tenait face à lui, puis elle s’égorgea. Il ne sourcilla même pas, incapable. La voix de son amie résonna dans son esprit comme si elle avait été dans la pièce :

    « Tu m’as trahie. »

    L’albinos sursauta en criant, contractant ses muscles blessés. Cela lui fit l’effet d’une douche froide, si bien qu’il s’immobilisa malgré la douleur devant la petite fille qui était dans la pièce. Ses esprits étaient bien plus clairs.

    « Bonjour, monsieur l’ange.
    — J-Je… bonjour… tu pourrais… me passer mes habits ? S’il te plaît… »

    La petite eut de la peine à soulever la chemise de Liesel. Comment diable un tissu aussi fin pouvait peser si lourd ? L’albinos répondit à son regard interrogateur en sortant plusieurs paquets de feuilles dissimulées. Amusée par ces petits tours de passe-passe, la petite fille sourit.

    « Tu fais de la magie !
    — Haha, oui !
    — Pourquoi tu caches des feuilles dans ta chemise ?
    — Mmh… On sait jamais… Si jamais il y a une interro surprise !
    — Tu es encore à l’école !? s’étonna la petite fille.
    — Deux plus deux ! Six ! Trois plus trois ! Douze !
    — Mais non ! »

    Pourquoi Liesel avait décidé de jouer avec la petite ? Il n’en savait rien… Peut-être qu’il voulait retourner à cette époque d’insouciance ou rien n’avait d’importance. Pourtant, à cause de Desdemona, il s’était passé des choses…

    La mère entra et aida l’albinos à se redresser. Elle s’appelait Astrid et sa fille Aurelia. Liesel insista pour se mettre debout, bien qu’il eût besoin de l’aide d’objets pour se tenir debout.


    « J’aimerais faire un tour dehors.
    — Sois prudent, Aurelia, tu l’accompagnes ? »

    Sa couverture en laine sur les épaules, Liesel s’assit sur le bord de la petite terrasse. La petite s’assit près de lui et balançait ses pieds. Le garçon mit quelques minutes pour reconnaître l’air d’Iceberg, malgré le gros indice qu’était la neige. Ça ne faisait simplement pas sens, il était dans un volcan et se réveillait dans un village icebergeois. Ce village avait tout d’un cliché : la neige, les sapins, les chalets, la seule surface déblayée était la petite scène où devait parfois brûler un grand feu.

    « Ne t’inquiète pas, murmura la petite, je dirai à personne que t’es un ange, monsieur l’ange.
    — De quoi ?
    — Je t’ai vu tomber du ciel, pendant la tempête, avec la longue-vue de papa. Tu as fait plouf et après tu as disparu. Je me suis dit que tu étais remonté au ciel, je savais pas que les anges pouvaient se noyer…
    — Mais je ne suis pas… Bon, je vais te dire un secret, s’amusa le garçon, nous les anges, on a peur de l’eau. Si nos ailes sont trempes, on peut plus décoller ! Heureusement que mes amis ont pas vu ça, ils m’auraient traité de poule mouillée.
    — C’est méchant ! Un ange ça fait toujours le bien normalement !
    — Faire le bien… Dis-moi… J’ai une mission. Je dois éliminer les gens qui font du mal aux autres gens. Est-ce que… selon toi, c’est faire le bien ou c’est mal ?
    — Bah si tu empêches les méchants d’être méchants, alors y’a plus de méchants et tout le monde est gentil ! »

    La vérité sort de la bouche des enfants, pensa l’albinos. Il ne comprenait toujours pas ce que lui reprochait Ysaline… Comment pouvait-elle lui reprocher de faire le bien ? Il ne comprenait pas…

    « Bon, on est où là ?
    — Kaltbaum !
    — Un petit village, intervint la mère. On dépend surtout de Maarfrost, qui n’est pas loin, et de la Citadelle de Solvej, en cas de problème.
    — Oui, j’ai entendu parler de cette citadelle, mais je n’ai jamais su où elle se trouvait…
    — À quelques heures au nord. C’est un clan neutre qui s’efforce de maintenir l’ordre entre les tribus et les clans en les aidant équitablement. C’est aussi l’une des rares grandes villes dans ce pays…
    — Je vois, merci. Je dois y aller, là-bas, je pourrais me téléporter à Bosco, chez mes parents.
    — Hors de question que tu bouges d’ici, tu es encore convalescent.
    — Mais je vais beaucoup mieux grâce à vous, je me suis fait des bandages et… oh ! Je ne vous ai même pas remerciée !
    — C’est normal puisque je n’ai pas fini de prendre soin de toi, dit-elle d’un faux air énervé qui la fit apparaître encore plus douce, tu ne pars pas de ce village tant que tu es dans cet état ! »

    Liesel pouvait-il vraiment lutter face à une femme aussi gentille ? Lorsqu’il se leva pour retourner à l’intérieur, où elle lui offrit une boisson chaude, il se dit que personne ne le pouvait. Malgré le moment agréable qu’il passait ici, il devait rentrer chez lui, si Desdemona disait vrai, ses parents étaient en danger, et il était peut-être même trop tard… sûrement trop tard. Et puis il n’avait aucun signe d’Ysaline.

    À l’encadrement de la porte, un homme inquiet vint informer Astrid d’un nouvel événement étrange.


    « Un feu de forêt, tu es sûr ?
    — Je l’ai vu, c’était rouge et puis plus rien. Le temps que j’arrive, il était carbonisé…
    — Comment est-ce possible ?
    — Ysaline… Je crois que je sais de qui il s’agit ! Enfin, je ne sais pas si j’espère ou pas… Emmenez-moi là-bas !
    — Je t’ai dit que tu ne sortirais pas, répéta la bienveillante.
    — Je ne serai pas tout seul, et puis je sais me défendre. Même si je suis blessé, je suis encore capable. »

    Elle soupira puis accepta. Liesel rangea les paquets de feuilles dans sa chemise, personne ne comprit comme il avait fait et personne n’osa demander. De toute façon, il était incapable de l’expliquer. Il se fabriqua une canne de papier puis grimpa sur le cheval du chasseur en direction du lieu de « l’accident ».

    Un petit quart d’heure au galop suffit à s’y rendre. L’homme avait dit vrai, le chasseur était recroquevillé sur lui-même, noir comme un charbon brûlé, et toute la neige autour de lui avait fondu. Liesel se dit qu’Ysaline n’avait pas de pouvoirs aussi terrifiants, pourtant avec la source…


    « Ça ne peut pas être elle... Pourquoi ferait-elle une chose pareille ? »

    L’albinos enquêta, bien qu’aucun n’indice ne put l’aider, sinon des traces de pas qui menaient au sud.

    « Il y a plusieurs heures, une météorite s’est écrasée vers là-bas. Vous pensez que ça peut être ça ?
    — Une météorite ?
    — Un trait rouge, avec des ailes. Elle est tombée du ciel pendant la tempête de ce matin mais quand nous sommes allés voir, il n’y avait rien.
    — Pourquoi Ysaline aurait-elle fait une chose pareille ? »

     Village !


    Une colonne de fumée s’éleva au loin, en direction du village. Le chasseur réagit au quart de tour, abandonnant un Liesel infirme dans la forêt.

    « Le village !
    — Quoi ? Oh…
    — Je ne peux pas abandonner Astrid !
    — A-Attendez ! »

    Laissé derrière, l’albinos tenta de se mettre en route également, mais à peine grimpé sur son lapin de papier que sa côte l’en fit descendre par la douleur. Il ne pouvait pas contracter ses muscles.

    « Non, pas le lapin… »

    Une silhouette simplifiée de papier lui fit signe de monter sur son dos et Liesel s’en alla au dos de son avatar. Malgré la neige qui fragilisait son porteur et certaines de ses blessures qui s’étaient rouvertes, l’albinos ne lâchait rien. Il s’approchait de la colonne, mais il réalisa qu’il était suivi… par deux oiseaux de feu noirs.

    « Ysal-… »

    L’un d’eux perfora l’avatar, qui s’affaissa, laissant glisser Liesel sur un toboggan blanc qu’il venait de créer. Le deuxième plongea bêtement sur une petite boule de papier que Liesel sacrifia. Alors c’était bel et bien Ysaline… Pourquoi faire du mal aux innocents !?

    Toute une nuée d’oiseaux s’éparpilla à travers la forêt, tous à la recherche de vies à prendre. Liesel avait beau faire au plus vite, ses blessures l’empêchaient de courir.


    « Ysaline… pourquoi… »

    Un rapace fondit sur lui, mais Liesel transforma sa cane en un drap qui enroba l’ailé et retint faiblement l’explosion. L’ablinos se concentra et plusieurs oiseaux blancs volèrent autour de lui. Son but : éloigner les créatures de feu.

    Une minorité resta néanmoins autour de lui. Sans son agilité, il ne valait plus rien, sans compter la vulnérabilité du papier au feu. Dans sa fuite, Liesel manqua de glisser dans la neige.


    « Mais oui… la neige… »

    Il observa un instant la forêt immaculée et eut une idée. Il tapa dans ses mains et plusieurs feuilles l’enrobèrent. Il continua d’avancer, dissimulé dans un nuage blanc. Autour de lui, d’autres nuages du même genre, prenant d’autres direction pour leurrer ses poursuivants, qui hésitaient.

    « Je croyais que ses oiseaux n’avaient pas de conscience, alors comment font-ils pour me poursuivre ? Ce serait Yolagaar avec le sceau du dresseur ? À moins que la source ait… »

    Ne pouvant voir leur cible, les oiseaux fondirent aléatoirement sur le sol pour exploser à son contact. Le mage, tracté par une corde de papier, put grimper difficilement sur un arbre pour les éviter. Accroché au sommet d’un sapin, il eut une idée.

    « Bon sang, je suis pas assez en forme pour ce genre de cabrioles… »

    Deux épaisses bandes s’attachèrent aux pieds des arbres, tirant la pointe du sapin sur lequel était Liesel. Penché, l’arbre servirait de catapulte. Ainsi, le garçon imita les lames d’un ciseau dans le vide et les deux sangles lâchèrent, propulsant l’albinos dans les airs à une vitesse incroyable.

    ---


    « Maman… Maman, réveille-toi… pourquoi tu ne te réveilles pas… j’ai peur… »

    Près du corps brûlé de sa mère, la petite Aurelia restait exposée au danger. Elle sentit derrière elle une silhouette hostile, mais serra plus fort sa mère, effrayée.

    « M-Maman !!! »

    La petite fille leva les yeux et vit une colombe passer au-dessus du village. C’est ce qu’elle crut, mais ses plumes tombèrent, révélant un garçon, les bras tendus.

    Liesel s’écrasa dans un tourbillon de papier, protégeant la petite Aurelia de celle qui mettait le village à feux et à sang.


    « Monsieur l’ange ! »

     Retrouvés.


    L’albinos écarquilla les yeux en voyant la chevelure orangée de son amie. Les habits abîmés par le feu et la peau tachée par le sang, Ysaline tenait son épée sous le cou de son ami.

    « Ysaline, pourquoi faire tout ça…
    — Un ange, c’est comme ça que tu te fais appeler, Liesel ?
    — Pourquoi te ranges-tu du côté du mal !?
    — Tu es tout sauf un ange à mes yeux ! »

    Elle leva son épée, mais le papier de Liesel bloqua son attaque. Tous les deux figés, leurs regards s’emplirent de violence.

    « Pourquoi… Tu as détruit un village innocent, tu as tué Astrid… Je voulais que tu aies ta place dans notre Nouveau Monde, Ysaline, mais… c’est impossible ! »

    Le garçon recula et lança vers son ennemie plusieurs lances de papier qu’elle esquiva aisément. Elle répliqua par des oiseaux que Liesel trancha, mais Ysaline dut en retour éviter des shurikens. La pyromancienne riposta par un coup d’estoc que Liesel bloqua en élevant un mur, qui devint aussitôt un grand disque tranchant, réduit en cendre par une explosion d’où surgit des flèches embrasées. L’albinos esquiva pour sauver la petite fille en dépit de ses blessures.

    « Monsieur l’ange…
    — Va-t-en, fuis ! Va te mettre à l’abri… »

    Perché sur un toit, Liesel se para d’une cape qu’il déploya pour planer sur son adversaire. La rouquine le cibla par des projectiles de feu, mais il roula sur le sol, déterrant devant lui des piques acérées. Elles se logèrent dans un hibou protecteur, qui changea de forme pour devenir un visage d’aigle qui cracha un souffle ardent. Abrité par un faible dôme devenu noir, Liesel rendit l’attaque par une grande araignée de papier qui sauta sur Ysaline. D’un mouvement de bras, elle la découpa.

    « Tu as fait de ma vie un enfer… MEURS ! »

    Poursuivi par des comètes, Liesel grimpa sur ses escaliers de papier pour les semer, puis retomba sur son adversaire armé d’une large hache aiguisée. Celle-ci se dissipa quand une gerbe de flamme expulsa l’albinos plus haut dans les airs. Ysaline continua son assaut par un autre vecteur écarlate que les rectangles découpèrent pour protéger Liesel. L’albinos reprit l’équilibre et une main géante saisit la jeune fille par derrière, la jetant vers le garçon.

    « Khamsin ! »

    L’albinos glissa entre ses plateformes aériennes puis sauta, son arme en main, vers sa cible pour la poignarder.

    « Yolagaar ! »

    L’épée ardente se changea en bouclier et le garçon fut à nouveau expulsé vers une autre des marches célestes. Ysaline se posa, dessinant d’un mouvement de bras une dizaine de cercles magiques. Autant d’arcs de cercle rouges décollèrent pour tuer l’albinos, qui bloqua tant bien que mal avec ses feuilles. Il répliqua par deux loups de papier. La pyromancienne tourbillonna avec eux pour les brûler, mais ne put éviter le serpent qui lui saisit la cheville.

    Immobilisée un court instant, ce fut suffisant à Liesel pour se rapprocher, mais au moment où sa dague toucha sa gorge, il se figea et hésita.


    « Pourquoi…
    — Tout est arrivé par ta faute... tu avais promis d’être là pour moi et tu as menti… Mais si dès le départ je ne t’avais jamais rencontré, rien de tout cela ne serait arrivé !
    — Desdemona te manipule… Reviens à toi, je t’en supplie, sinon je vais devoir…
    — Manipule ? Hahaha… IL M’A VIOLÉE ! »

    Son corps s’embrasa subitement et Liesel fut jeté contre un chalet. Ysaline était à nouveau faite de flammes. Seulement habillée d’une armure rocheuse, elle lévita jusqu’à l’albinos sonné.

    « Mais grâce à ce pouvoir, plus rien ni personne ne pourra me faire de mal… Je détruirai les villages, tuerai les mères, les orphelins comprendront ma solitude, les femmes ressentiront la douleur, les hommes pleureront à mon approche ! Plus rien ne me fera souffrir.
    — Tu es devenue… complètement folle… »

    Liesel crut le voir, dans son regard, qu’elle ne reviendrait plus à elle… C’était donc ainsi que naissait un criminel, pensa-t-il. Il eut pitié. Ceux qu’il chassait depuis le début, étaient-ils tous ainsi ? Des cœurs brisés dont la seule émotion était la colère et la rancœur ? Il pouvait éliminer tant de criminels, arriverait-il un jour à faire disparaître leur douleur ? Certainement pas.

    Il n’arrivait pas à se relever. Même si Ysaline ne l’avait pas touché, ses plaies s’étaient rouvertes et il n’osait pas imaginer les dégâts à l’intérieur. Il ne pouvait pas continuer le combat, sinon il finirait par mourir d’hémorragie.


    « Je dois trouver un moyen de m’en sortir… »

    Ysaline voulut planter son épée dans le crâne de l’albinos, mais la lame racla celle de Liesel, qui para avec sa dague. Bloqué dans le chalet, le sceau du bretteur reprit sa forme volatile, qui tourna autour de sa maîtresse alors qu’elle s’éloignait. Le garçon finit par se remettre sur ses deux pieds, tant bien que mal, entouré d’un nuage de papier, puis invoqua un cercle magique devant lui.

    « J’espère que ça marchera… »

    Ysaline leva les bras, créant au-dessus d’elle un orbe de feu enrobé de plumes. La sphère grandit, éclairant la neige d’un orange douloureux. Liesel fit disparaître son cercle et fonça vers son ennemie en hurlant.

    L’orbe se changea en espadon, qu’Ysaline logea dans l’abdomen du garçon, broyant chacun des organes qu’il rencontra, détruisant ses os, calcinant sa chair.


    « Tu n’aurais pas dû hésiter… » dit-elle, les larmes aux yeux.

    Elle regretta.

    Le corps de Liesel devint blanc et son visage s’effrita. Sa peau tomba en lambeau, laissant place à un tas de rectangles blancs. Il s’était enfui.



    Fiche de RP (c) Miss Yellow

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    Re: Deus Ex Libris par Nina Andersen le Mar 27 Mar 2018, 18:26
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    Correction time !
    Purée c’que c’était naze... Non, là, ça mérite à peine un... S+ MAGGLE. Croyais quoi ! 500 points !

    Plus 500 points pour un entraînement, et quel entraînement ! Un beau bébé de 952 lignes rapportant 9520 Æthernanos. Bravo Arthour.

    ♦ J’ôterais tout d’abord quelques points de cohérence pour déplorer la réaction de Liesel vis-à-vis du développement d’Ysaline. Je ne l’ai pas trouvé assez concerné par tout ça, pourtant ce n’est pas rien... Dommage. Tout de même 80 points de cohérence !

    ♦ Originalité ? J’ai envie de te mettre un joli 40 pour le contexte géographique du RP.

    ♦ Au sujet de l’histoire, c’est là que ça devient intéressant. La forge pour illustrer l’origine de la Source du Feu ? Bingo. Yolagaar ? Bingo. La faiblesse de Liesel dans ce RP qui le mène presque à sa perte ? Bingo. Le développement d’Ysaline ? Bingo ! Le fait que ça parte complètement en couille et que j’adore ça ? BINGO SCROGNEUGNEU.

    Néanmoins, pas que j’aie envie de pénaliser, mais... Le flou concernant l’ennemi venu visiter le couple Engelwald me le fait voir comme un cheveu sur la soupe, un peu. Je ne sanctionnerai cela que de 10 points, mais si j’avais pu, je t’aurais mis 510 points de base pour avoir tout de même la note maximale, haha ! 490 points.

    ♦ Rendu 100 bla bla bla.

    ♦ J’ai bien aimé l’humour disséminé un peu partout, tout au long du... début du RP. Sirius, always ; se réchauffer les mains sur un cadavre, mdr ; LIESEL LE TROUBADOUR. 80 points.

    ♦ Et enfin en rédaction, rien à dire, c’est très bien : 300 points.

    Pour un total de BEAUCOUP d’Æthernanos. Quoi ? Combien exactement ? Pffff... Faut ouvrir la calculatrice... Faut taper sur la calculatrice... Faut lire les chiffres sur la calculatrice... 11 610 Æthernanos p’tit gars !

    by Nina

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