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[Guilde indépendante] Aeternitas

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Dim 10 Juil 2016, 20:09
         

"Une magie superbe, qui écrit et lit les destins" : c'est la première personne qui est au courant de ma magie, et il utilise des mots aussi beau. Mais c'est la stricte vérité : mon pouvoir m'aide à écrire et lire les destins... Pour l'instant ! Qui sait ce que je pourrais faire avec un entraînement adéquat. Sa proposition est vraiment intéressante, et possède tout ce dont j'ai besoin... Cependant, même si je veux devenir responsable de moi-même, sans devoir m'occuper d'autre chose que de mon âme, mon destin, je ne suis pas seule : Réalta est avec moi. Je ne dois pas prendre des décisions sans la prendre en compte.
- "Réalta,", pensé-je "que penses-tu de cette proposition ?
- Ton bonheur est ma principale préoccupation. Si cette proposition t'apportes ce que tu souhaites, je ne peux pas être plus satisfaite. Néanmoins, si tu veux réellement savoir, j'ai confiance en ce Mugetsu. Je ne sais pas encore pourquoi mais je sais que c'est une personne de confiance.
- Go raibh maith agat, Réalta.".
Il est temps d'annoncer ma réponse à Mugetsu :
-" Vous savez, quand ma fratrie et moi avons fui Stella pour venir ici, à Brià, je me suis dit que ce pays, cette ville, cette maison, était l'endroit parfait pour recommencer une nouvelle vie. Il était encore temps pour préparer les papiers administratifs avant que l'année scolaire ne reprenne pour Mia et Lila. Elio et moi pouvions trouvé quelque chose qui nous convienne : un travail, une passion, une occupation. La mienne était toute trouvée : je voulais apprendre de nouvelles choses, sur moi, sur les arcanes, sur la vie en générale ! Je voulais de l'aventure, de la découverte, nouer des relations avec d'autres personnes, voyager, partager. Pour toujours revenir là où était mon cœur : avec ma fratrie. Et je crois -pardon, j'en suis sûre-, que votre proposition est ce qui me faut. Je suis consciente des efforts que j'ai à faire, du chemin que j'ai à parcourir. Mais le destin et les étoiles sont à mes côtés. Je suis prête à suivre la voie qui m'est destinée. Comme vous avez sûrement dû le remarquer, ma fratrie est mon trésor, la prunelle de mes yeux. Si je peux leur assurer un avenir sûr et sécurisant, je ferais tout mon possible. C'est la raison pour laquelle j'ai fui Stella en leur compagnie..."
Tuer ne me faisait pas peur ; par le passé, j'ai dû quelque fois recourir à ce moyen... Des souvenirs très marquants et qui me hanteront à jamais par la raison de ces actes...
-"Alors, je vous répond : moi, Aria Séléné Horwand, suis prête à trouver ma voie, à défendre Earthland, et à aider à propager la lumière qui guide mes pas."



"I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes."

- C. Baudelaire

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Sam 16 Juil 2016, 10:17
         


Esquissant un sourire, j'agitai nonchalamment la main droite, diffusant une douce lumière bleu saphir qui prit la forme de filaments. Ceux-ci s'envolèrent rapidement dans toute la maisonnée, avant de revenir quelques instants plus tard, ramenant avec eux les affaires d'Aria parfaitement empaquetées. Je congédiai alors les fils mystiques.


J'espère n'avoir rien oublié. Tu pourras évidemment revenir voir ta famille quand tu le souhaiteras, néanmoins, Æternitas étant indépendante, pour des raisons de sécurité, ceux-ci ne pourront pas faire de même. Avant de partir, donc, désires-tu leur dire au revoir ou que je leur laisse quelque chose pour expliquer les raisons de ton départ ou même encore quelque chose dont ils pourraient avoir besoin mais que tu n'as jamais pu leur offrir ?


Laissant la demoiselle réfléchir, et mon esprit vagabonder, j'explorais les terres de Minstrel par la pensée... Les ruines qu'elles abritaient contenait des choses si intéressantes. Il faudrait que je m'y rende pour de bon un jour ou l'autre. Dame Alithéia avait après tout trouvé sa magie de la foudre pourpre dans l'une d'entre elles, un nouveau territoire m'attendait peut-être dans ces murs défaits ?



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Mer 20 Juil 2016, 17:47
         
Je souris tristement à cette proposition :
-"Il y a beaucoup de choses que je n'ai pas pu leur offrir, même avec toute ma bonne volonté. Malheureusement, à moins que vous ne sachiez ramener les morts à la vie, je ne vois pas ce que pourriez nous offrir. L'opportunité que vous m'avez donné est déjà beaucoup. Je vais leur écrire quelque chose, je sais qu'ils comprendront. Vous avez des frères ou des sœurs, Mugetsu ? Ils peuvent être une vraie plaie parfois... Mais pour moi, ils sont surtout une partie de moi : ils savent mes envies, mes secrets, mes douleurs, mes sacrifices aussi. Je pense qu'en construisant ma propre vie, je leur fais un cadeau. D'un certain côté, j'étais un poids pour eux, un rappel des événements qui nous ont amené à nous installer ici... Bon, ça suffit ! Assez de mondanité : il faut que me lance, sinon on partira jamais !"
Je prends donc, sur ces paroles, de quoi écrire et je m'y mets. Tout ce que je n'ai pas pu leur dire, tout ce qui me semble important, des recommandations, des questions, des promesses : j'écris jusqu'à ne plus savoir ce que j'écris, à ne plus savoir quoi écrire ou rajouter, j'écris à oublier pourquoi je fais cela. Je me sens étrange, comme vide. J'ai mal à la poitrine : j'ai l'impression de les abandonner ! Comme papa, puis mama l'ont fait... Le claquement de la porte me ramène à la réalité : c'est Elio, qui vient chercher quelques affaires oubliées.
-"Deirfiúr mhór, qu'est-ce que tu fais...? Tu- tu pleures ?".
Et voilà ! J'ai pas pu m'en empêcher, hein ? Il fallait que ça se termine dans les larmes... Comme d'habitude !
-"Arrête de pleurer, ça te fait une tête bizarre !", se moque-t-il, en me prenant dans les bras.
-"Bí ‘do thost, idiot ! Je m'en vais, Elio. Je pars. Je ne sais pas quand je reviendrais vous voir...
- Mais Aria, t'as pas à te mettre dans tout tes états juste pour ça ! On savait, les filles et moi, que tu partirai, un jour... Tu remplaceras jamais mama, Aria. Il est temps que tu t'en rendes compte ! Pars ! Vas-y, va vivre ta vie ! Tu nous as laissé la chance, à Mia, à Lila et à moi, de vivre nos vies sans d'autres préoccupations que nos petites personnes. Tes bagages sont prêts, mais toi, l'es-tu ? Qu'est-ce qui te retiens ? J'informerai tante Diane et je donnerai des explications aux filles. Ne perds pas une seconde de plus dans la peau de quelqu'un que tu n'es pas. Il est temps de devenir toi même, Aria."
Il me serre plus fort dans ses bras et m'embrasse. Et, comme si rien ne s'était passé, il monte chercher ses affaires et s'apprête à partir : "A la prochaine, soeurette ! Eclates-toi bien.", dit-il en claquant la porte, ses affaires sous le bras. Je me retrouve seule avec Mugetsu, témoin silencieux de cette scène.
-"Désolée pour cela, je ne pensais pas le revoir... Mais, au moins, il m'a un peu secoué et renforcé dans mes convictions ! Laissez moi quelques instants pour régler quelque petits détails, et je suis prête."
Je sors de mes sacs mon petit livre, où j'ai listé toutes les plantes que j'ai pu découvrir, en cadeau pour Lila, la clé du tiroir où j'ai rangé les photos de mama et papa, pour Mia. Pour Elio, je retire ma bague, cadeau de ma mère. Je leur laisse ce que je souhaite leur offrir en souvenir, bien que je suis sûre de revenir. Tripotant mon collier, cadeau pour mes 21 ans, je me tourne vers Mugetsu, souriante :
-"Bon, voilà, je suis enfin prête. Définitivement... Alors, qu'est-ce qu'on attend ?"



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Mer 20 Juil 2016, 22:56
         
La demoiselle avait mené ses "adieux" d'une main de maître. Je n'avais rien à rajouter... Je lui tendis ma main ouverte.


En ce cas, partons sur le champ pour Æternitas !


Elle me tendit sa propre main et l'instant d'après, elle put poser les yeux sur sa nouvelle, et immense, demeure.


Bienvenue chez moi ! Et donc, bienvenue chez toi. Faisons rapide, tu auras comme chacun, tout le loisir d'explorer la guilde à souhaits : droit devant toi se dresse la Haute-Tour, centre névralgique de la guilde, si tu me cherches, je suis au huitième étage. Le rez-de-chaussée contient un portail dimensionnel géant qui te permettra de te rendre en tout lieu en faisant la demande à notre système de connexion mentale, mon cher Sirius !


Un silence de plomb.


Sirius ? Tu fais la sieste ? Passons... J'ai dû lui donner une recherche importante et oublier de la lui faire traiter en priorité. Donc il "boude"... Tu auras largement l'occasion de communiquer avec lui de toutes façons. Pour l'heure, il va falloir sacrifier au rituel habituel d'intégration.


Agitant la main, je fis apparaître une série de tâches de peinture rouge et noire, qui resta en suspension dans les airs, jusqu'à prendre la forme de l'emblème de la guilde.


Tatouage d'Aria:


Voici le tatouage de la guilde. Une fois apposé sur ton corps, il aura deux fonctions : la première, classique, est de représenter ton appartenance à notre guilde. En d'autres termes : c'est ta fierté. Sa deuxième fonction est plus "fabrication maison" : en effet, de minuscule marqueurs de magie sont instillés dans l'encre. Ceci te permet d'être en contact avec Sirius par simple pression sur ton tatouage, de communiquer avec lui aisément pour avoir des renseignements ou pour te faire rapatrier à la guilde en urgence si une mission se passait mal. Sachant également que cette petite merveille te permet d'être localisée par Sirius ou moi en permanence au cas où tu aies besoin d'aide. Je te le dis immédiatement : sauf si je te cherche pour une urgence, en-dehors des missions, je ne m'amuse pas à vous localiser toutes les demi-heures. Je comprends tout à fait le concept de "vie privée". Bon ! En parlant de cela, excuse-moi, mais pour gagner du temps, j'ai lu rapidement le fil de tes pensées, donc...


Le tatouage prit ses dimensions d'application, passa au travers de la tenue d'Aria et s'apposa discrètement sur la partie droite et basse de son abdomen.


... Je me suis permis de prendre connaissance de l'endroit qui te conviendrais le mieux pour l'application ! Bien, je te laisse découvrir et explorer, n'hésite surtout pas à ouvrir les portes, on y trouve toujours des choses intéressantes ! Et ne t'inquiète pas : si tu touches une poignée dangereuse, je sais que môssieu Sirius daignera sortir de ses occupations pour t'avertir. Bonne journée à toi Aria, et encore une fois : bienvenue à Æternitas.


Je m'inclinai en faisant un arc révérencieux avec le bras droit, tout en me téléportant, laissant une image résiduelle qui s'irisa avant de se dissiper prestement...



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Mer 20 Juil 2016, 23:26
         
Ouah... Tout s'est passé tellement vite que je n'ai même pas eu le temps de questionner Mugetsu avant qu'il ne... Disparaisse ? Je suis encore sous le choc devant ce qui s'étale devant mes yeux... Un paysage magnifique avec des bâtiments à couper le souffle ! La guilde semble s'étendre à des kilomètres ! Et je ne sais même pas dans quel pays nous sommes... Sommes-nous même dans un pays ? Il me reste beaucoup de chose à découvrir : sur moi, sur ma famille, sur Mugetsu, sur les autres membres de la guilde, sur la guilde même... Mais en contre partie, j'ai beaucoup beaucoup de temps devant moi, et plus personne -à part moi-même- sur qui veiller. Je suis libre. Enfin.



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Aria Horwand
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Mer 20 Juil 2016, 23:45
         

Le soleil posait tranquillement ses rayons sur la guilde. Les heures vespérales s’étiolaient, la lune commençait à se lever. C’est ainsi que j’admirais ce paysage idyllique… Tout allait pour le mieux ou presque : la guerre était proche c’était un fait. Mais au fond de moi j’étais confiant : le Chrysokrone ne la laisserait pas durer. Nous écraserions ceux qui se dresseraient au travers de notre chemin. Mais pour cela, les mages d’Æternitas devraient être préparés et c’était ma mission. Aussi savais-je que tout ne serait pas forcément rose ni même tranquille dans l’évolution de mes protégés. Je devais leur inculquer des valeurs, certes, mais aussi, soyons honnêtes : en faire des êtres capables d’en tuer d’autres sans remords. Or, ce soir-là, ce sujet retors se posa à moi… Avec la délicatesse d’un buffle. Buffle nommé Sirius. 110 décibels directement dans la tête, ça fait mal, même pour un mage entraîné.

“MUGETSUUUUUUUUUUU !”

Excusez-moi, j’ai dit “buffle” ? Je voulais dire “Jupiter”. Tentant de garder mon calme, je répondis à mon acolyte favori…

“Oui, Sirius ? Pourquoi cette soudaine puissance vocale ? Non que je ne l’admire pas, mais elle fut désagréable pour ma migraine en apparition.
— M’en fous de ta migraine ! Nina va maaaaaaaaaal ! continua-t-il de façon exaspérante.
— MAIS T’AS FINI DE PANIQUER ?! explosai-je.
— Oui patron ! Je me calme. Mais Nina va vraiment mal.
— C’est-à-dire ?
— Sa mission. Il fallait qu’elle tue. Et c’était une mission du Chrysokrone.
— Pas d’échec admis donc… Forcément, pour un premier meurtre, les conditions ne sont pas optimales… Les mages pistés par les sbires d’Alithéia sont souvent… Pervers. Voire vicieux.
— Un meurtre reste un meurtre. Elle n’arrive pas à se faire à l’idée d’avoir ôté une vie…
— Dieu sait que ce ne sera pas la dernière… Peut-être qu’il faudrait que je forme les débutants avec un stage de torture sur criminel avant de les lancer dans de telles missions.
— Oui, bon, tes idées de sadique, garde-les pour après. Elle a besoin de soutien, là.
— Pas sadique, pragmatique : si l’on sait torturer, on sait déshumaniser, on sait tuer sans remords. Ne pense pas que j’éprouve un quelconque plaisir à arracher un foie, néanmoins, cette perspective arrache plutôt des renseignements avant même que la tâche ne soit menée à bien.
— Je ne vais pas remettre ça en cause. Mais pour tes infos je suis là tu sais ?
— Je ne veux pas carboniser la cervelle de tout le monde quand je cherche à obtenir une information.
— Soit. Nina ?
— Nina. Par où ?
— Sa chambre.
— Frappons avant d’entrer, il vaut mieux.”


Je me téléportai donc dans les dortoirs afin de converser avec la mage. La discussion allait être d’une grande joie. TOC ! TOC !

“Nina ? C’est Mugetsu, je peux entrer ?”

* * *

Dégoûtant. Répugnant.
Je relevai la tête de la cuvette heureusement parfaitement propre des toilettes de ma chambre et tirai la chasse d’eau sans aucune forme de procès, haletant légèrement. Le robinet libéra de l’eau en cascade dans la seconde qui suivit.
J’avais rejoint ma chambre sans voir ni chercher à voir quiconque. Cela faisait trente minutes que je devais être rentrée au total. Quoique… Je ne savais pas bien, ça m’importait trop peu. C’était trop, c’était tout.
Je me demandai si j’avais quelques médicaments quand j’entendis quelqu’un frapper à ma porte. Je n’eus pas le temps de me rendre à l’évidence quant à l’identité de la personne qui pouvait être là (à cette heure-ci, peu de gens pouvaient correspondre) que celle-ci se présenta.


“Nina ? C’est Mugetsu, je peux entrer ?”

Le Maître. Sirius était vraiment bavard… Mais je ne lui en voulais pas. Je toussai, malgré moi, et me tins droite pour ne pas paraître pathétique face à lui.

“Oui, tentèrent mes cordes vocales, sans grand succès. Hum, oui !”

Un peu plus fort déjà. J’épongeai mon visage avec la serviette à proximité et me hâtai à la porte, tournant la poignée d’une main tremblante (je dus m’y reprendre à deux fois). Il se tenait alors là, me toisant de toute sa hauteur. J’avais trop mal au cou pour le tendre vers l’arrière, je me contentai alors de lever les yeux.

“Excusez mon impolitesse, entrez.”

Ma voix ne s’améliorait pas malgré mes efforts, au contraire, ils la rendaient d’autant plus rauque que c’en était risible. Je proposai une chaise au Maître et il s’y assit. J’avais une petite idée de ce que Sirius avait dû lui dire, enfin plutôt, de la manière dont il avait dû le faire… J’avais peur de ne pas pouvoir faire face à son regard. Pourquoi ? Excellente question…

* * *

“Par où commencer ? m’interrogeai-je, à demi-silencieusement”

Nina était complètement tétanisée… Tant par le fait qu’elle ait tué que par ses blessures… Je ne pouvais pas travailler à lui rendre la conscience sur ses actes tant qu’elle accumulait autant d’ecchymoses. J’allais donc commencer par là.

“Ne bouge pas trop, je vais emplir la pièce d’énergie curative. Elle te revitalisera pendant notre conversation, tu devrais aller mieux ensuite. Mais il faudra surveiller tes blessures, si tu vois la moindre suppuration, viens me trouver.”

Je frappai dans mes mains et les étendis autour de moi, émettant des brumes dorées qui finirent par s’estomper, mais laissèrent une agréable odeur de jasmin derrière elle. La magie curative est habituellement inodore, mais je ne me refuse rien, voilà tout. Les traits de la magicienne se détendirent immédiatement, même si elle semblait toujours préoccupée par tout ce qui l’entourait.

“Tu sais Nina, ici, tu ne cours aucun risque. C’est ta maison. Quoique tu puisses commettre, du moment que ce n’est pas contre la guilde, cela te sera pardonné et nous trouverons une solution pour réparer les éventuels pots cassés. Maintenant, tu as tué. Oui, mais j’ai tué aussi, et je me rappelle de mon premier meurtre également… Je n’ai pas apprécié, il faudrait être malade pour cela, mais je n’ai pas été autant émotionné que toi. Cela étant, peut-être que je fais erreur, mais ta réaction me semble démesurée, même pour cela… Est-ce qu’il s’est passé autre chose, à Era ? Est-ce que tu as remarqué une chose horrible avant de le tuer ? Ou est-ce justement ce qui t’a donné le courage de le tuer ? Je t’en prie, prends ton temps, choisis tes mots, je suis là pour t’écouter.”

* * *

Mon cœur se serrait un peu plus à chaque mot qui était susceptible de me faire douter encore plus.

“Démesu… ré… Oui, peut-être, enfin… Non, mais…”

Du calme…

“Je ne sais plus trop… Enfin, si, mais…”

Instinctivement, l’oreiller que j’avais attrapé sur mon lit en m’asseyant s’écrasa plus fort contre ma poitrine, par la force de mes bras.

“Comment vous décrire… Euh… Fou… Oui, vous savez, comme ils sont…”

* * *

“Oui, je le sais. Ils sont mauvais. Pourris jusqu’à l’os. Même le plus insignifiant d’entre eux peut un jour devenir une créature plus dangereuse que le plus venimeux des serpents. Parce que le poison qu’ils instillent dans leurs victimes n’est pas que physique. Il agit sur les esprits. Regarde les ravages qu’un mage débutant a pu faire sur ton mental. Et pourtant tu as cette force latente que Sirius et moi avons ressentie. Sinon, tu ne serais pas là. Sache une chose Nina : jamais tu n’as trahi ma confiance et le jour où cela arrivera, tu n’auras pas à t’en soucier longtemps, crois-moi. Mais il en faut beaucoup, pour qu’un enfant perde la confiance de ses parents, non ?”

* * *

“Ses parents… Oui, sûrement…”

Mes mains se retrouvèrent sur mes bras ou mes cuisses à épousseter ma peau. Instinctivement ?

“Donc je ne sais… Enfin je ne sais pas vraiment quoi vous dire, c’est juste que je suis faible, vous savez… je levai mes iris au sommet de mes yeux pour voir le Maître alors que je détournai la tête, comme si une partie de moi voulait regarder par la fenêtre et ne plus arrêter. Il avait beau être faible, quand on ne sait pas se défendre face à… quelqu’un de tout de même plus fort que soi, enfin… C’est l’origine de mon, hum… état. Oui, c’est ça, état.”

J’époussetai alors une nouvelle fois ma peau, mon visage cette fois, avec plus de vigueur. Cela me démangeait, c’était une sensation vraiment désagréable. J’hésitais… J’hésitais sur la façon dont je devais expliquer notre combat au Maître, je n’avais pas envie d’utiliser les mots les plus précis. Risible créature que j’étais… Un rire nerveux s’échappa.

* * *

“Plus faible ? Tu as gagné pourtant, ma chère. Quelles que furent les circonstances, tu as été meilleure. Une victoire est une victoire. Les concepts de lâcheté et de fair-play ne sont là que pour permettre aux coups tordus d’exister. Quand on joue sa vie, on ne s’amuse pas à choisir une chose compliquée et risquée lorsque l’on dispose d’une voie victorieuse aisée. Tu as gagné. Et c’est à lui d’avoir peur de toi, maintenant qu’il croupit dans les marais infernaux. Tu lui as fait gagner la souffrance. Ne partage pas la part du diable avec lui…”

* * *

“Oui. Qu’il souffre… Que les marais le salissent et le dévorent pour le punir d’avoir voulu et tenté de me salir moi... “

J’avais prononcé cela d’une toute petite voix, mais elle était limpide, le ton tranchant, sec, comme une lame ; j’avais ricané nerveusement tant je trouvais cela ridicule après coup. Comme si l’obstacle qui rendait ma voix caverneuse se désagrégeait, comme si tout le dégoût que j’avais éprouvé quand le mage noir avait posé sa main sur moi était un puissant acide qui pouvait infliger plus de douleur encore que ce que mes blessures encore mal soignées me faisaient ressentir, si je gigotais un peu trop. Et comme si nul n’avait jamais menti en disant que la parole avait parfois un pouvoir plus puissant sur les gens que la magie. Sur moi-même en l’occurrence.

* * *

“Te salir ? Oh le…”

Un vase explosa non loin de moi. Je le reformai immédiatement avec ma magie.

“Il a osé… L’infâme. Je ferai alourdir sa peine.”

J’en venais à me demander ce qui pouvait être pire que “l’éternité de souffrances” que représentait l’Enfer… Il avait porté sa main impure sur l’une de mes protégées. Il avait de la chance d’être déjà mort. Vraiment beaucoup de chance.

“Je comprends que cela puisse être difficile d’en parler… Mais dis-moi tout ce que tu ressens sur cela. Prends l’heure s’il faut, mais je me tais maintenant : libère ta conscience, vomis-le, détruis cette abjection de tes pensées.”

* * *

Je regardais le Maître avec de grands yeux depuis l’incident du vase. Pas que je ne comprenais pas que cela puisse le mettre en colère… Comment expliquer…
Peut-être simplement avec les mots qu’il m’autorisait à employer ?


“Je ne sais pas comment dire… A posteriori, j’en ai un souvenir tellement… Hum… Irréel et pourtant bien présent… J’avais peur, vraiment peur, enfin je crois qu’à un moment je ne ressentais plus rien d’autre que de la haine… C’est quand je n’ai plus ressenti ni la peur en moi ni les mains qu’il traînait sur moi que j’ai trouvé la force de le… tuer. (Je mordis ma lèvre inférieure) Mais étrangement, je ne me sens pas aussi mal que je devrais… C’est assez complexe à expliquer, hum… Je pense que quelque part, je souhaite tellement l’éluder que mes souvenirs s’enfuient. Ou peut-être n’a-t-il pas pu aller assez loin pour que j’aie à me sentir aussi salie… (Ma tête se nicha dans mes mains) Comment pourriez-vous mettre des mots sur une émotion pareille ?! Je hais cela, je hais de ne pas parvenir à me rappeler ce qui s’est vraiment passé alors que je sais ce qu’il a tenté ! Mon corps est lourd de blessures et je sens encore çà et là une présence dessus, dégoûtante, répugnante… Mais je me sens en même temps très éloignée de tout cela, je… crois que je ne me rends plus bien compte, que je veux juste oublier et… que tout ce que je suis en train de dire n’a aucun sens voyez-vous. Je n’ai pas le sentiment d’aller bien, je peux affirmer que je ne vais pas bien, j’ai mal à la tête, je n’arrive pas à avoir les idées claires, c’est atroce, vraiment atroce… Mais Maître, laissez-moi vous demander… (j’attrapai un pan de ses vêtements, au niveau de l’épaule, en le regardant droit dans les yeux. Je sentais que je commençais à bouillir, qu’un flot d’émotion commençait à se mélanger en moi, mais je ne savais pas dire de quoi il s’agissait) Dites-moi que tous ne sont pas comme ça… Aussi… Comme ça !”

* * *

Je sentis la détresse de Nina dans la façon dont elle s’accrochait à moi, ses doigts vibrant, ses jointures blanchissant… Je devais la rassurer, quitte à embellir légèrement le portrait des mages noirs. Après tout, il est vrai que certains étaient “admirables” dans ce qu’ils faisaient…

“Non. Tous ne sont pas de sales pervers. Tous ne sont pas des violeurs. Ils sont tous tombés dans la perversion à leur façon, mais seuls les minables cherchent une forme de… récompense ? dans ce qu’ils font. J’ai affronté de grands mages noirs, et ce que je peux leur reconnaître, c’est que comme nous, ils poursuivaient un but. Sombre, certes. Mais ils avaient un but, et non pas seulement une existence nuisible. Mais nous, nous avons un but, mais également une droiture, un respect de l’autre. Ce respect je l’ai tant que l’on ne me marche pas sur les pieds. Ou tant que l’on ne cherche pas à toucher à ma famille. Celui-là, alors, réellement, je le plains car il aura touché un point de mon esprit qu’il n’aurait jamais dû réveiller.”

Mes iris flambaient presque, je regardais Nina droit dans ses yeux, espérant lui transmettre le courage et la force nécessaire pour qu’elle continue à avancer vers les sommets de la magie qui l’attendaient.

* * *


J’étais si reconnaissante envers le Maître pour m’avoir parlé et écoutée déblatérer un pêle-mêle de pensées sans queue ni tête que je ne savais pas comment le remercier… Je lui posai une question, pour le faire de manière détournée.

“Vous… me considérez vraiment comme faisant partie de votre famille ?”

Après tout ce temps où j’avais persisté à douter de lui bien qu’il m’ait hébergée, encouragée et toutes autres choses, je sentais que je voulais savoir si j’avais eu tort. Vraiment tort. Je voulais qu’il me fasse ressentir de la confiance, car c’était pour moi quelque chose de très difficile à éprouver et que je désirais, maintenant encore plus, un nouveau repère auquel m’accrocher. Je savais que le Maître allait devenir ce nouveau repère, comme Dirk l’était devenu avant lui, mais je voulais qu’il me le dise.
Dans ma tête, je passai en revue à une vitesse fulgurante tout un tas de phrases que j’aurais alors aimé entendre. Espérant qu’une sorte de sa bouche. J’étais persuadée que tout irait mieux après. Que cet instant de pure faiblesse que j’affichais serait un prélude à ma force. Que tout irait pour le mieux.


* * *

Mon regard se posa à nouveau sur Nina… Je souris.

“Tout membre de cette guilde, même les souris qui gambadent dans les forêts des zones boisées, fait partie de ma famille. Cette guilde est issue de mes mains, chaque habitant est donc naturellement dans ma généalogie, même si elle n’est qu’adoptive… Je tiens à chaque être vivant de ce lieu comme à la prunelle de mes yeux et je ne saurais tolérer que l’un de mes enfants soit brutalisé. Je place mon amour et ma confiance en chacun de vous, la seule chose que je souhaite en retour, c’est que vous fassiez de même avec moi, que vous me fassiez confiance pour être votre meneur. Le jour où je comprendrai que je ne suis plus apte à diriger, alors je me retirerai du monde des guildes pour évoluer en solitaire. C’est pourquoi j’ai besoin de cette famille, forte, unie, terrible même, parfois. Car nous sommes là pour changer ce monde corrompu. Je ne veux pas prétendre que c’est notre génération qui saura le purifier intégralement, mais sans effort, il n’est point de résultat. Alors, hourra, lève-toi, mage ! Et va de l’avant !”

Je m’étais pratiquement levé dans cette tirade, manquant de faire chavirer Nina qui s’accrochait encore à mes épaules… Je m’étais néanmoins rassis avant de la faire tomber à la renverse… Je toussai, gêné de mon emportement…

* * *

Le Maître avait mis tant d’âme dans son discours que ses gestes suivirent : je manquai d’être tirée dans les airs par un mouvement presque brusque de redressement, ce qui me fit sursauter. J’écarquillai les yeux de surprise alors qu’il s’était rassis et lâchai par réflexe le tissu sur ses épaules dont je ne m’étais pas rendue compte que je le serrai encore. Le voyant penaud alors que jamais c’était arrivé, je ne pus réprimer un rire.

“Comme quoi, vous êtes un peu comme n’importe qui au fond, haha… !”

Quand mon gloussement s’arrêta, je me rendis pleinement compte que ses mots m’avaient réellement touchée… Je n’avais plus l’impression d’accorder la moindre importance au mage noir. Il n’existait plus. Ses actes n’avaient jamais été accomplis. Son sang sur mes mains n’avait jamais coulé. J’avais juste envie de me reposer et passer en revue chacun de ces mots. La nuit me serait réparatrice, j’en étais persuadée…
Mais je ne sus pas ce qui me prit à cet instant. Quand je relevai la tête après mon rire, les paroles du Maître firent écho, celles concernant la famille. Je pensai à Élianore, Dimitri… Puis à Dirk, puis de nouveau au Maître, au fait qu’ils avaient tout fait ou étaient en train de faire autant qu’ils pouvaient pour que je me sente auprès d’eux comme une fille. Et je constatai que j’avais négligé de croire ces sentiments, par peur, par crainte qu’ils puissent s’avérer faux. Des larmes passèrent outre mes paupières, des sanglots commencèrent à faire trembler ma gorge et ma poitrine. J’essayai de tout arrêter, sans succès alors je… me levai brusquement et me ruai sur le Maître pour l’étreindre comme une enfant. Je ne savais pas ce qui me prenait, mais j’avais besoin de ça, je le sentais. Cela faisait trop longtemps que je me l’étais refusé, par peur, manque de confiance, ou fierté tout au long de ces années. Je craignais sa réaction, j’allais salir sa chemise à coup de larmes ou de… Beurk.


* * *

Je ne bougeai pas, laissant Nina déverser ses pleurs. Elle en avait la nécessité. Je lui aurais rendu son étreinte, mais dans sa fougue, elle avait enserré mes bras dans les siens, m’empêchant tout mouvement… Au bout d’un moment, je parvins néanmoins à dégager mes coudes, me permettant de la serrer dans mes bras à mon tour.  

“Bon retour à la maison, murmurai-je.”



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Nina Andersen
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Lun 29 Aoû 2016, 21:18
         
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—— - Liesel - ——

Tout était fini. Cette prise d’otage, ce combat… Je venais à peine de rentrer. J’étais désormais dans ma chambre, occupé à appliquer des bandages sur mes blessures, chouchoutant Alkael avec une certaine tristesse. Les derniers mots de mon amie me revenaient sans cesse : « Tu me dégoûtes. » Étais-je réellement le criminel dans l’histoire ? Après tout, j’avais agi pour mon utopie, mais également pour elle. Je l’avais sauvée. Pourtant elle me haïssait maintenant. Etais-je égoïste de penser qu’elle l’était ? Sûrement. Que restait-il de notre amitié ? Je fixai mon reflet dans l’orbe azuré qu’elle m’avait offert. Par moment, des pensées étranges me venaient, comme si l’ancien moi que j’avais enterré surgissait : « est-ce vraiment ce que je suis devenu ? ». Mais elles s’effaçaient, ne laissant derrière elles que des oublis. Je n’avais envie de parler à personne, je me contentais de caresser ma seule compagnie, contre laquelle je me blottissais parfois, observant sans relâche mon visage déformé dans cette boule de cristal. Je ne pouvais pas rester comme cela, c’était un état lamentable, mais les questions qu’Ysaline avait fait surgir… elles devaient trouver réponse. Si Aeternitas avait pour tâche de former des bourreaux, alors je devais aller voir le maître. Peut-être pourrait-il m’en dire plus au sujet de cette mission qui était la nôtre ? Je ne regrettais pas ce que j’avais fait, assurément pas, mais je voulais savoir. Etais-je aussi bon que ce que je croyais lorsque j’avais planté mon arme dans son estomac puis tranché sa gorge ?

Je me levai, prêt à affronter la vérité. Je sentais mon cœur dans ma poitrine, qui s’agitait comme s’il était en proie à des tremblements, mais cela ne me fit pas reculer. Je pris mon animal avec moi. Nous nous dirigeâmes ensemble vers la Haute-Tour, d’un pas calme. Arrivés devant le bureau du maître Mugetsu, j’espérai qu’il serait présent. Prenant une grande inspiration, affichant mon plus crédible sourire forcé, je toquai, impatient de savoir qui était le vrai criminel, au final.

—— - Mugetsu - ——

Une invasion de cafards ? Pour qui les gens d’Æternitas étaient-ils pris par les demandeurs de missions ? Ridicule. D’un geste rageur, je déchirai la missive grotesque. Et au même moment, le heurtoir de la porte de mon bureau fut actionné.

« Entrez, soupirai-je. »

Mes traits se détendirent lorsque je vis Liesel entrer et commencer à monter les escaliers… Après tout, il n’était pas responsable si des barbons cacochymes prenaient des guildes indépendantes pour des insecticides…

« Bienvenue jeune homme. En quoi un Master fatigué de sa journée – et de l’incompétence de certains idiots qui ne savent pas faire appel à la bonne personne pour leurs problèmes stupides – peut-il t’être utile ? tentai-je, en souriant, encore passablement irrité de cette demande aux limites de l’insultant pour notre guilde. »

—— - Liesel - ——

J’entrai timidement, intimant à ma camarade de rester sur le pas de la porte. Je pus observer le maître. Le fixer provoquait toujours les mêmes effets : des frissons dans le dos. Je ne pouvais qu’admirer la grandeur que ce personnage libérait par rapport à moi. Sans cette aura hors du commun, mon père ne m’aurait probablement pas laissé partir. Je m’avançai vers lui lentement, répondant à sa demande.

« Bonsoir, Maître Mugetsu. »

Je marquai une longue pause qui témoignait de mes difficultés à lancer le sujet. Lorsque, dans un léger sursaut, je constatai le temps qui s’était écoulé, je m’exclamai, d’une voix presque tremblante, les mots qui étaient venus de façon brute.

« Suis-je un criminel ? - Je baissai la tête, mes pensées partagées entre cette question et la déploration de ma capacité à parler clairement. - Je veux dire... Je ne sais pas si Sirius vous en a parlé. J’ai mis fin à la vie d’une femme, aujourd’hui. »

Dans le doute, je commençai à relater les faits, tentant d’être objectif tout en exprimant mon point de vue. Malgré une longue hésitation avant de passer à l’acte, je n’avais désormais plus de doutes sur le fondement de mon acte. Pourtant le jugement des autres m’importait. Je ne pouvais pas amener la paix par la terreur.

« Je voulais donc savoir si cet acte, tuer un être humain pour en sauver plusieurs, était mauvais. Qu’en pensez-vous ? »

Je levai la tête pour le fixer droit dans les yeux, prenant sur moi, prêt à entendre ses mots, ou à les subir.

—— - Mugetsu - ——

Ma tension retomba subitement… Même s’il arrivait que des gens ne prennent pas la guilde au sérieux, ses membres eux, mesuraient toute la portée de leurs actes. Je savais évidemment pertinemment que Liesel venait aujourd’hui de commettre son premier meurtre. Je savais également que sans Sirius, il se serait fait massacrer. Mais je savais également que, pour la suite de sa carrière et de sa mission en tant que mage d’Æternitas, il ne pourrait pas éternellement se reposer sur un discours de mon ami psionique… Alors, avec douceur, je répondis à Liesel sur tout ce que je pouvais penser de son geste.

« Liesel… Tu parles ici d’un sujet qui a interrogé tout mage prônant la justice dans sa carrière : le droit de décider de la vie ou de la mort de quelqu’un. Alors je vais te donner chaque état de ma pensée à cet égard… Et ce sera à toi de décider in fine si ce que tu penses que tu as fait était juste ou odieux. La première fois que j’ai tué quelqu’un pour cette justice, je l’ai fait sous le coup de la colère. Il me devait des informations pour sauver des milliers de personnes car il serait devenu un personnage influent du milieu des guildes noires… La colère justifie-t-elle le meurtre ? À mon sens : jamais. Mais je ne regrette pas de l’avoir tué pour autant. Pourquoi ? Parce que je sais, et j’ai même des preuves de cela, que sans lui, le plan que fomentaient ses alliés ne pouvait plus tenir la route. Et lorsque tu sais que ce plan implique la mise en route de plusieurs canons Jupiter, cela aide à faire disparaître les tracas concernant sa disparition. Néanmoins, tu penses bien que tous les mages noirs n’ont pas dans leurs possibilités le contrôle des armes Jupiter… Alors que faire d’un mage qui pourrait tuer, mais qui en même temps ne représente un danger que pour une poignée de gens, qui est juste une personne aux abois et qui cherche un sens à sa vie ? L’emprisonner ? Pourquoi faire ? Mettre sa personne et sa vie dans une cage de verre volante ne lui enlèvera pas ses instincts meurtriers et ne lui rendra certainement pas sa conscience. Le soigner ? Peut-être… Mais cela dépend du contexte et c’est pour cela que je ne vous demande pas le meurtre systématique. Ceci est le rôle du Chrysokrone, qui lui a parfaitement étudié les gens qu’il demande de tuer dans leur mission et sait pertinemment que ce sont des personnages cruels capables de vous arracher les yeux sans sourciller. Ceux-là, si tu ne te sens pas prêt à les affronter, alors tu ne pourras pas faire avancer le Chrysokrone. Tu progresseras dans ma guilde, certes, mais tu n’accompliras pas ce rêve de paix auquel tu aspires ou s’il se réalise, ce sera sans ton aide. Alors revenons à ce mage perdu… Pouvons-nous le soigner ? Peut-être, oui. Mais s’il menace des dizaines de vies comme cette femme, alors il faut agir vite. Et je ne connais aucun psychothérapeute capable d’une telle prouesse. Et personne, je dis bien personne, n’aurait pu la maîtriser sans l’empêcher totalement de nuire. Une personne folle à lier possède une force physique démesurée. Enfin… Vous auriez pu la maîtriser : en la blessant très grièvement pour l’empêcher de bouger, en sectionnant ses muscles et ses nerfs, en la clouant par la douleur… Penses-tu vraiment que ce genre de comportement tortionnaire soit une plus belle justice que celle d’être un bourreau ? Alors, si nous ne pouvons pas l’emprisonner, si nous ne pouvons plus la soigner et que nous ne pouvons certainement pas la laisser libre de ses actions : que nous reste-t-il ? La mort. »

Je marquais un flottement, tout d’abord pour reprendre ma respiration et humecter mes lèvres qui s’asséchaient avec une telle tirade, et ensuite pour voir si Liesel pouvait suivre mon raisonnement… Voyant qu’il écoutait toujours, je persistais dans mon propos :

« Cette mort, je l’analyse sous plusieurs aspects ; d’abord celui mathématique, logique et froid. Si l’on tue cette personne, on s’assure qu’elle ne tuera personne d’innocent. Dans cette optique, toutes les morts de mages meurtriers sont bonnes et toi comme moi devrions mourir. Mais également ceux qui nous tueraient… Un gros problème démographique en vue, n’est-ce pas ? Néanmoins, si nous analysons cet assassinat d’un point de vue humain, l’acte reste horrible mais nécessaire… En effet : cette femme n’avait pas demandé à mourir, ni même son enfant. Mais penses-tu que les mères de famille des enfants qu’elle détenait auraient voulu les voir périr ? Ne penses-tu pas que la mort de leurs enfants aurait pu les métamorphoser en une autre femme de cet acabit ? En vérité, et c’est là que je veux que tu comprennes que pour moi tu n’es pas un criminel mais bien le héros de ces mères, j’analyse ton meurtre comme une possibilité et une nécessité : tu avais la possibilité de la tuer. Et tu l’as fait. Par ce geste, tu as sauvé plusieurs enfants. Tu as protégé ta nouvelle amie, Ysaline je crois, m’a dit Sirius – et je sais que son regard compte beaucoup – et tu as évité que le conflit ne s’envenime et évité qu’elle puisse sortir, massacrer quelques gardes, avant que ceux-ci ne la mettent en pièces à leur tour. Liesel Engelwald, fils d’Eryck Völker Engelwald et Cläre Roseliese Leoni Engelwald, tu as protégé tes égaux : des enfants et tu as libéré l’esprit et le corps d’une mère pour qui la vie n’avait plus de sens et qui ne pouvait plus retrouver ce sens. Par ton action, tu as valorisé Æternitas aux yeux du monde. Tu as montré que tu pouvais te battre pour tes convictions et tes alliés. Pour ta famille. Je refuse donc que tu puisses te considérer comme un criminel fangeux alors que tu es un assassin somptueux. Tu as tué. Certes. Tu tueras encore et des gens bien plus obscurs que cette femme, ou encore plus désaxés. Alors que ton bras soit ferme, que ton esprit soit limpide, que ta magie soit pure. Tu écris ici l’histoire d’Æternitas, tu écriras une paix durable et tu seras reconnu comme n’importe quel autre soldat de n’importe quelle autre guerre ayant tué n’importe quelle personne pour sa famille : comme un héros par tes pairs. Tu es donc à mes yeux, et aux yeux du reste de la guilde, parce que tu es revenu en vie dans ta famille, un héros. »

—— - Liesel - ——

Ses mots étaient si puissants, ils me frappaient tous les uns après les autre, calmement, comprimant un peu plus mon coeur à chaque phrase. Ce séisme dans ma poitrine devenait si fort que mes poings s’étaient serrés d’eux-mêmes et une larme m’avait probablement échappé. Pourtant je faisais mon possible pour rester droit, le visage sérieux mais détendu. Les dires de mon Maître étaient tombés du ciel. Les mots parfaits qui s’étaient répandus jusque dans mon futur, entre l’action et la réflexion pour écraser le doute. Je ne me posais plus aucune question désormais, parce que j’étais prêt à accomplir ce pour quoi j’avais été choisi. Mes lèvres s’étirèrent pour exprimer un grand soulagement imprégné de joie.

« Maître, merci beaucoup… Vous avez ôté les indécisions nées du regard d’un être cher. Mais j’ai compris, grâce à vous. Qu’importe le regard que certains me porteront… ici, dans Æternitas, jamais je ne serai jugé pour un acte mauvais mené au nom d’un futur où la paix règne en maître. »

J’essuyai mes larmes, mais d’autres arrivèrent, plus nombreuses. Mon corps s’animait d’une détermination d’agir et de sauver tous ceux que j’étais en mesure de sauver. Pleurer était la seule chose dont j’étais capable pour l’exprimer. Je continuais de sourire, malgré mes pleurs, puis tentai à plusieurs reprises de prendre la parole. Malgré les faibles spasmes que mon visage subissait, mon esprit était parfaitement clair. Je réussis enfin à parler, entre deux sursauts d’enfant en pleurs.

« J’aimerais vous ressembler, plus tard. Droit, puissant, impartial mais surtout juste… Quand vous êtes arrivé dans cette auberge, il y a déjà quelques mois, jamais je n’aurais imaginé avoir accès au monde. Combien de personne y a-t-il sur Humanitas ? Je suis… effroyablement honoré que vous m’ayez jugé apte à m’essayer à cette quête impossible. Je vous promets, Maître, que je ferai tout ce qui est en ma possibilité pour l’accomplir. Je sais que ce ne sera pas sans efforts, que mon périple sera parsemé d’actes affreux, que je regretterai peut-être. Mais vos mots m’ont touché jusqu’au fond de mon âme. Alors je me promets, à moi aussi… je me promets… de ne jamais reculer. Aussi dangereuse que soit la route, aussi mortels que soient les dangers qui m’attendent, j’avancerai. »

Je mesurais mes mots. Alors qu’ils s’envolaient comme si cette détermination les déclamait d’elle-même, j’imaginais mon futur. Je savais que la mort m’attendait, moi aussi. J’en avais conscience. Je combattais un ennemi qui était maintenant mon allié le plus impérieux : la Mort. Je devais acquérir les armes, non, les outils afin de lutter contre elle et la transformer en arme, oui. Une arme pour une guerre. Une guerre menée contre le Mal. Détruire de celle-ci ceux qui tentaient, comme moi, de l’utiliser.

Ysaline… Pardon. Aujourd’hui, j’ai décidé d’emprunter cette voie que tu as jugée incorrecte. Soit. Je ne t’empêche pas de mener ce jugement. Mais… sache que cet engagement est mien, qu’il naît de mes idéaux. J’espère que tu sauras, un jour, te rallier à notre cause pour lutter avec nous, car j’aime combattre à tes côtés. Mais, par pitié… je ne veux pas avoir à t’effacer pour avancer vers ce pour quoi je me bats. Car si ce devoir venait à se présenter…  mmh…

« Les affres de la commisération ne m’atteindront plus. »

—— - Mugetsu - ——

Les mots de Liesel étaient durs et en même temps si naïfs, mais là n’était pas l’heure de le lui faire remarquer. Au contraire, sa détermination était admirable… Bien sûr qu’il douterait encore, comme n’importe qui. Bien sûr qu’il rencontrerait un adversaire contre lequel il ressentirait une pitié quelconque. Mais pour l’heure, un simple avertissement suffirait :

« Je suis heureux de voir que tu ne t’effondres pas et que tu as su faire un choix. Mais n’oublie pas une chose, Liesel : reste humain et garde ta nature profonde. Si tu perds ton essence, alors tu perds ce pourquoi Sirius t’a choisi, quels que furent ses critères…

Sur ce, je vais malheureusement devoir te congédier, ajoutai-je, en pointant du doigt une énorme pile de papiers à ma droite… Ceci est mon calvaire du soir : lire tous les avis de mission et déchirer les inutiles… Pour l’heure aucun n’a retenu mon attention… Bref, l’admnistration est ennuyeuse. Mais je suis le seul qui puisse la faire efficacement ici car je n’ai pas à dormir et je n’ai vraiment pas envie de confier cette tâche à quelqu’un : j’ai trop de respect pour les gens pour leur confier une mission relevant des pires méthodes de tortures inventées à nos jours. Même au plus retors des mages noirs, je ne le forcerai pas à trier des papiers qui vous demandent de tuer des cafards dans une seule maison ou qui exigent que vous veniez trier leur panier à linge… Ridicule. J’ai parfois songé à me rendre chez ces gens pour leur expliquer ma façon de penser à coup de bâton dans la figure, mais je dois trier les autres papiers. Si tu veux t’amuser à aller voir la misère sociale, les rebuts sont en bas de l’escalier, dans un grand tas de papiers déchirés en deux que j’incinèrerai dans quelques heures. Passe une bonne soirée Liesel et n’hésite pas à chercher des gens pour discuter de tout et de rien. Ça fait du bien dans une vie d’incompréhension et de solitude comme la notre, évoquai-je dans un rire à demi-étouffé, comme si je devenais fataliste sur le sort des guildes indépendantes… »


Et sans attendre, je pris un nouveau papier, tandis que de nouvelles rides d’exaspération se formaient sur mon visage au fur et à mesure de ma lecture…



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Liesel Engelwald
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Ven 21 Avr 2017, 18:42
         

Il devait être trois heures du matin… Peut-être un peu plus tard. Je perdais souvent la notion du temps lorsque je travaillais. Et en l’occurrence, je lisais le dernier rapport d’analyse de Shirona concernant la composition du poison qui avait affecté Nina. Il s’agissait apparemment d’une neurotoxine conçue pour attaquer spécifiquement les nerfs de la respiration et du coeur. Une vraie petite horreur. Mais ses composants étaient ce qui m’étonnait le plus : il s’y trouvait divers poisons que je connaissais, mais également une substance qui ne se trouvait pas sur terre, mais exclusivement en Enfer et dans le Jardin de Haniel. De la drôséra aux sépales d’argent. Un poison extrêmement virulent lorsqu’il est extrait correctement. Ceci expliquant pourquoi mes psalmodies classiques étaient inefficaces et pourquoi Nina et moi-même avions survécu à l’extraction du poison à l’aide d’une formule du Premier Cycle. Si Stella était aidée par un Démon, cela n’augurait rien de bon. Toujours est-il que je fus interrompu dans mes pensées par un certain clown psionique qui pouffait déjà de ce qu’il avait à me dire :

« Haha… C’est trop drôle… Mug !
— Quoi ?
— Il y a quelqu’un dans la chambre de Nina. Mais il dort maintenant. Et elle aussi.
— Hein ? » répondis-je, interdit.

Sirius partit d’un long rire crépitant, manifesté par des dizaines d’étincelles bleues qui s’agitèrent un peu partout dans mon bureau.

« Je ne savais pas s’il fallait que je les arrête ou pas. Mais je trouvais pas d’angle pour le foudroyer sur place sans toucher Nina…
— Mais qu’est-ce que tu me racontes ? QUI est avec Nina ? Et pourquoi ?
— Le pourquoi tu comprendras toi-même. Le qui. Deux syllabes. »

Il m’exaspérait…

« Je ne suis pas vraiment d’humeur à jouer aux charades, dis-moi juste si c’est grave et de qui il s’agit…
— Oh non, c’est pas graaaaaave… Plutôt aigu. Et il s’agit d’Hend-
— *Bziouf*
— -rik. On va rire. »

Je reparus donc après ma téléportation, directement dans la chambre de Nina. J’y trouvai la demoiselle dans les bras du tocard, l’ensemble pudiquement recouvert par un drap. Les vêtements éparpillés au sol me donnèrent effectivement la nature du “pourquoi”. Je disparus à nouveau, sans un  bruit, sans une étincelle.

« MWAHAHAHA ! Alors ?!
— Hm ? soupirai-je
— Hé ben ?! Nina ? Hendrik ?
— Ah, ça ? Bah elle fait ce qu’elle veut. Lui en revanche…
— Tu vas lui faire quoi ? Dis dis dis !
— Déjà, vérifier que tu ne sois pas en panne… »

Sirius poussa un grand soupir télépathique.

« Non mais là je suis déçu… Tu trouves la personne que tu aimes le moins dans cette guilde, dans le lit de l’une des membres que tu affectionnes le plus. Et que j’affectionne le plus. Et tu ne lui fais rien ? Même pas une mini castration de rien du tout ?
— Tu penses que ça rendrait Nina heureuse ?
— Vu sous cet angle… Elle avait l’air plus heureuse quand il-
— Mais tu vas la boucler oui ?! tempêtai-je
— Oh pardon.
— Merci, oui.
— Donc ?
— Donc il s’est engagé. À partir d’aujourd’hui, vu qu’il s’est lié à Nina, Hendrik est un membre officiel d’Æternitas et doit donc répondre de ses actes devant moi et le Chrysokrone. Et il est donc soumis aux mêmes obligations, que cela lui plaise ou non.
— Ce qui veut dire ?
— Que s’il fait le con, je l’expédie dans une oubliette d’Enca et je laisse sa tête aux cannibales.
— Pourquoi ne pas le faire de suite ? Je suis sûr d’avoir entendu “emplumé” à un moment, tenta le psion.
— Ho ? souris-je
— Vivivivivi ! Il s’est même moqué de tes pouvoirs, insista-t-il.
— Hoooo ?
— Alors ? Je peux le virer ? exulta Sirius
— Non. Même Shirona m’appelle “emplumé” ou se moque de mes pouvoirs de temps en temps. Ce ne serait pas bien. »

Je crois que cette fois, le monde entier put l’entendre soupirer.

« Non mais c’est n’importe quoi ! Je veux lui faire du MAAAAAAL ! Il a touché à Nina ! Il mérite de périr ! Dans d’atroces souffrances si possible ! s’irrita l’entité, de plus en plus courroucée.
— Tu peux pas faire comme moi ? Digérer le fait que Nina soit grande et qu’elle ait le droit de mettre qui elle veut dans son lit, même le dernier des abrutis ?
— Certes. Mais lui c’est pas le dernier des abrutis. C’est le PREMIER de tous ! Le number one ! Le Champion du Monde des couillons ! Et des emmerdeurs premier choix. FAUT LE VIREEEEEEEER ! hurla-t-il dans ma tête. »

C’en était trop.

« Sirius. Ordre de rang 0. Silence. dis-je, simplement.
— ... »

Enfin tranquille. Je pus donc me rendre, le pas léger, à la taverne, trouvant Irma roulée en boule sous le comptoir, qui se réveilla immédiatement à mon approche en hurlant :

« C’EST MON BAR ! VOUS NE PASSEREZ PAS ! »

Il y avait vraiment quelque chose qui clochait dans cette guilde… Un fois qu’elle m’eût reconnu et se fût confondue en excuses, elle me demanda ce que je voulais à cette heure si tardive.

« Rien de particulier, soufflais-je, tu peux retourner dormir ma chère…
— Ah ? Bon. N’hésitez pas si quelque chose ne va pas, Maître, s’inquiéta la rouquine.
— Ne t’en fais pas, tout va aller pour le mieux, tentai-je
— D’accord, acquiesça-t-elle. »

Et elle retourna dormir, dans sa chambre cette fois. Ceci me permit donc de prendre la plus grande des bouteilles de scotch de la réserve et de la vider en une lampée. Ouf. Il fallait au moins ça. J’allais briser le contenant pour aller planter le tesson résiduel dans la colonne vertébrale du paltoquet présomptueux qui empuantissait la penderie de ma protégée, mais je me ravisai et préférai m’approcher de la fenêtre de la taverne, afin de l’ouvrir et de jeter dans le vide ladite bouteille, tout aussi vide. Cette mise en abyme dans l’abîme, me soulagea quelque peu en imaginant Hendrik choir à la place du récipient.

« Une bonne chose de faite... »

J’allais repartir me coucher pour passer les dernières heures de la nuit auprès de ma moitié… Mais avant cela, je venais à penser que quelque chose manquait pour embellir ma soirée… Me rendant donc à la salle principale de la Haute-Tour, j’activai le portail pour déboucher sur la grande chaîne septentrionale des montagnes de Pergrande, dernier barrage d’Humanitas avant le grand océan de givre. Lévitant, j’observais le paysage montagnard avant de repérer une formation rocheuse idéale. Quatre ou cinq mille mètres de haut, une jolie base au sol, pas de population sur ses flancs. I-dé-ale. Un trait d’énergie bleue partit de main et fusa vers la base du mont tout en restant relié à moi. Le fuseau circula tranquillement le long de la paroi jusqu’à en avoir fait le tour. À proprement parler, je tenais donc la base de cette montagne en laisse. La magie remonta le long des pentes pendant une bonne minute, rendant cette portion du massif intégralement bleue.

« C’est très joli. Gravior mortalis ! » lançai-je.

La gravité devint terriblement forte autour de ma main. La laisse dimensionnelle transmis cette pesanteur sur chaque centimètres carrés de la montagne. Je sentais chaque rocher, chaque pan, chaque monticule devenir caillou, gravier ou même sable. Dix minutes plus tard, le vacarme cessa et de la montagne il ne restât plus qu’un amas de scories que le vent et le gel emporteraient, avec le temps.

« Maintenant je peux dormir. »

Et j’appliquais justement ma phrase, me téléportant dans mes appartements. J’allais me coucher mais je fus arrêté par une ronce de ma dulcinée qui se dressa à ma hauteur.

« Tu es recouvert de poussière, siffla-t-elle entre ses dents.
— Euh oui, c’est normal… Je viens de détruire une monta-
— Je me fiche de ce que tu faisais ou de ce que tu as tué. Tu ne te couches pas contre moi dans cet état ! À la douche !
— Mais…
— PAS DE MAIS !
— Pff… Je ne pensais pas devoir en arriver là. »

Dans un éclat de rire, je fis disparaître la ronce grâce à ma magie et attrapai la femme de mes jours par la taille, la plaçant sur mon épaule alors qu’elle hurlait, surprise, son mécontentement.

« Si je vais me doucher, toi aussi. Y’a pas que les tocards qui ont le droit au bonheur, fis-je, empli d’ironie.
— Je ne comprends rien à ton baratin, emplumé bleuté, pesta-t-elle
— Ce n’est pas grave, je me comprends. » conclus-je en l’embrassant tout en jetant nos effets personnels au loin, après l’avoir reposée sur le sol de la douche.


* * *

Je ne rouvris pas les yeux tout de suite. Je savais que le jour s’était levé, même au-travers de mes paupières closes. Mais surtout…

Oh mon Dieu.

Je me souvins de tout. Depuis le début. Tout d’abord, je ne sus pas comment réagir. J’avais tout initié, je ne pouvais pas le pousser hors de mon lit… Avais-je bien fait ce que j’avais fait ? Avais-je réellement aimé ce que j’avais fait ? Mais que m’arrivait-il ?!

Quelques minutes de réflexion, encore contre le corps nu d’Hendrik, éclairairent ma lanterne. Tout ce que j’avais fait, je l’avais fait en mon âme et conscience. Je l’avais fait pour faire naître une Nina nouvelle. Détachée de ses origines.

Enfin...En théorie. Car tout ce que j’avais appris sur moi-même la veille, qui m’avait mené jusque… là, était indélébile. Je n’avais pour autant même pas envie de pleurer… Je me sentais juste… vide de sens. Il me fallait trouver le maître. Lui parler de tout ce que j’avais appris et lui avouer qui j’étais… Peut-être étais-je prédisposée à la magie noire ? Je ne voulais pas croire en l’hérédité du mal. Mais ma mère était mage du lien. Elle m’a liée à elle alors que je n’étais qu’un foetus pour que je prenne l’ensemble de ses caractéristiques physiques. Elle voulait me protéger de mes origines…

Bien qu’elle fût une mage noire, que je l’eusse haïe sur l’instant, je ne pouvais pas lui en vouloir plus longtemps. Néanmoins… Malgré tout, les actes du Vicomte avant sa décadence ne lui accorderaient pas le pardon à mes yeux.

Qu’importait pour l’heure. Je devais tout expliquer au Maître. Lui saurait m’ai…

Par tous les dieux.

Je venais de conscientiser. Hendrik et moi. Cela s’était fait très vite. Très spontanément. Nous ne nous étions pas… Protégés...

« H-Hendrik ! sursautai-je. Hendrik, je…!
— Hmgnnnn... ? »

Je m’empressai de le réveiller, le secouant par les épaules, paniquée. Qu’importait ma nudité dévoilée, il y avait des choses beaucoup plus importantes. Je ne voulais.

Pas.

D’enfant.

« Oui Nina ?
— Je… Je n’ai pas réfléchi, cette nuit nous…
— On a couché ensemble, oui, murmura-t-il en souriant en coin. Tu regrettes ? »

Mais là n’était pas la question… ! Je tentai de me calmer en respirant profondément… Tout allait bien. Tout irait bien.

« Non, p-pas du tout. Néanmoins... Nous n’avons rien, hum… mis…
— Je ne pense pas être malade, de toute façon je suis un demi-incube. Que veux-tu, on est spéciaux, sourit-il. Par contre, hum… On est d’accord qu’on n’est pas ensemble, hein ? Je veux dire…
— O-Oh eh bien… Ne t’inquiète pas pour cela, je n’y avais même pas songé… Mais je crains autre chose que les maladies, à vrai dire...
— … Oh merde. J’avais oublié. »

Nous nous regardâmes droit dans les yeux. Nous  murmurâmes un juron, l’un démoniaque, l’autre nain. Avant d’être pris en même temps d’un rire nerveux.

«  Hendrik, je pense que… c’est mieux que tu ne viennes pas. »

Ni une, ni deux, je m’habillai en trombe et me précipitai au bureau du Maître. Je m’étais entourée de bien trop de problèmes pour me contenter de baisser la tête… J’avais bien vu où cela avait mené avec ma cicatrice. Je frappai alors à la porte. Stressée. Mais je tentai de garder une contenance. J’espérais que rien ne trahissait mon réveil… chamboulé. Entendant que l’on m’autorisait à entrer, je m’exécutai, la boule au ventre.


* * *

On frappa à la porte. Enfin “on”... À cette heure-ci, ce ne pouvait qu’être une personne incidemment paniquée des évènements nocturnes ou un coupable venant à la rencontre du couperet. J’avais tort sur toute la ligne. En tout cas sur les raisons, mais passons, je laissais Nina entrer.

« Bonjour ma chère ! prononçai-je, enjoué. Que puis-je pour toi ?
— Bonjour, Maître. Vous… avez l’air d’aller bien, cela fait plaisir, sourit-elle, doucement.
— Oui, et pourtant je n’ai pas dormi de la nuit. Mais bon, mon humeur ne dépend pas de mon sommeil et j’en suis bien heureux ainsi ! Toujours est-il que tu n’as pas répondu à ma question : pourquoi viens-tu me voir de bon matin ? dis-je en battant des cils avec un sourire à peine plus que narquois.
— Eh bien je… plusieurs choses en fait. Déjà, hier, comme vous le savez, je suis sortie de la guilde à la recherche d’une certaine maison. J’y ai appris beaucoup alors que je ne m’attendais à rien de tout cela, je… Sur mon passé, mon origine, je veux dire. Et je… » hésita-t-elle en regardant partout sauf dans mes yeux.

Je cessai immédiatement de sourire comme un benêt et mes sourcils se verrouillèrent. Nina ne venait pas du tout me parler de ses folies crépusculaires.

« Excuse-moi Nina. Ce que tu as à me dire me semble assez grave. Viens t’asseoir je t’en prie, dis-je tout en m’asseyant également.
— Eh bien, je pense vous épargner quelques détails qui allongeraient inutilement l’histoire. Mais pour résumer… J’ai rencontré une femme. Fabia Fnerheit, vous le savez peut-être déjà par l’intermédiaire de Sirius ? Quoi qu’il en soit, cette femme m’intriguait. Elle me haïssait, sans que je sache concrètement pour quelle autre raison que ma position d’assassine. Liam, mon ami, avait également souligné notre ressemblance physique. Je me demandais si cette femme ne pouvait pas faire partie de ma famille… Apparemment, c’était ma tante. Je l’ai appris dans les ruines, en quelque sorte, de leur foyer familial, à ma mère et elle. Le fantôme du majordome de ma mère, Mélinoée Adrielle, était lié à ce lieu par sa magie. Il m’a raconté les véritables circonstances de sa mort et de ma naissance… Mais j’ai un peu peur de ce que mon origine pourrait engendrer. »

Dubitatif, je cherchais dans ma tête les possibilités qui pouvaient transformer ma perception de Nina. Mis à part le fait qu’il se fût agi d’un Démon ou d’une endive, je ne voyais pas.

« Ton origine ? Tu n’es pas humaine ?
— Si, si, je le suis mais ma mère… Et mon père, mon vrai père, peut-être son nom vous parlera mais… Aiakos. Maître de la guilde noire Persephone, encore treize ans auparavant. Ma mère m’a eue avec lui… avant de quitter la guilde. » trembla-t-elle.

Foudroyé par la nouvelle, je regardai Nina à deux fois pour être bien certain qu’il ne s’agissait pas d’un canular. Apparemment, non.

« Bon, bon, bon… Deux choses. Premièrement, toi, ça ne te remet pas en cause. Peu importe ton ascendance, tu es Nina, mage d’Æternitas et future prodige de la magie. Point final. Deuxièmement, il y a treize ans, j’étais relativement peu au fait des mouvements des guildes noires, ce nom d’Aiakos ne me parle donc absolument pas. La guilde en question ne doit donc plus exister, est-ce que je me trompe ?
— J’en ai entendu parler, Maître. Je connaissais ce nom de Persephone avant de l’entendre de la bouche du majordome fantôme. À l’époque déjà, c’était une guilde très secrète et particulièrement influente dans le milieu. Je ne sais pas ce qu’il en est aujourd’hui très exactement, mais je crains qu’elle n’ait pas fini de faire parler de lui, malgré la mort de l’intégralité de ses membres treize ans plus tôt. Et si… Et si quelqu’un… Aiakos ? Ou n’importe qui, d’ailleurs, avait survécu ? Maître, je crains que mes origines ne me fassent faire les mauvais choix un jour…
— Nina, prenons un cas de figure simple concernant tes origines. Posons le fait que le dénommé Aiakos ait survécu. Supposons qu’il connaisse ton existence et veuille que tu deviennes, comme lui, une mage noire. Te laisserais-tu berner à la moindre seconde par les paroles d’un père qui ne t’a pas élevée et ne s’est jamais présenté à toi durant l’intégralité de ton enfance ? Ou lui planterais-tu une lame dans le coeur comme à n’importe quel mage noir qui te ferait ainsi face ?
— La deuxième option, bien entendu. Mais je crains que… Oh, et puis zut, ce n’est pas grave, pas pour le moment. Je viens de me souvenir d’un autre… sujet, duquel je dois vous parler. Enfin, non pas que je doive, mais je… préfère, oui, c’est cela. »

Les joues de Nina s’embrasèrent sur le coup.

« Nous y voilà, pensai-je. Même si la nouvelle précédente m’a surpris, au fond, elle n’a aucune répercussion sur elle. Il a été prouvé depuis longtemps par l’expérience que les enfants ne dépendaient en rien des parents pour la nature de la magie, seulement pour le potentiel, malgré de nombreuses exceptions. Revenons donc à notre tocard. »

Je repris la parole :  

« Oui, est-ce encore plus grave que ce que tu voulais m’annoncer avant ?
— Cela pourrait bien le devenir si Shirona ne peut pas m’aider… Comment dire. Je… J’ai, hum… C’est très gênant à dire, je…
—  Tu ? Shirona ? Encore une histoire avec ce poison ? m’inquiétai-je subitement, pensant qu’elle avait un troisième sujet de conversation.
— J’ai peur d’être enceinte, Maître. »

Elle enfouit à la vitesse de l’éclair son visage dans ses mains. Très, très vite, tandis que j’explosai intérieurement :

« CET ABRUTI N’A RIEN MIS ?! pensai-je… à voix haute.
— C-Cet… Vous saviez ?! S-Sir-… !
— IL savait. Il m’a prévenu. Je n’ai rien vu. Lui tout. Je te préviens : il l’a beaucoup, beaucoup, beaucoup plus mal pris que moi. Je conseille à Hendrik de ne pas lui adresser la parole pendant environ une vie, ou de passer par toi.
— Mais enfin Sirius ! Pourquoi ?! s’outragea-t-elle. Je l’aurais dit dans tous les cas ! »

L’entité psionique sortit de son mutisme.

« Tu es mon amie, vrombit-il. Lui c’est qu’un tocard à moitié incube qui a vu en toi un moyen de ressentir du plaisir après 150 ans de stase ! Il n’a même pas pensé à toi et aux conséquences ! Si tu as été heureuse cette nuit, tant mieux. Mais j’aurais préféré que ce soit avec quelqu’un d’autre que ça.
— C’est… moi, qui l’ai voulu, Sirius. J’ai fait l’erreur avec lui. Je dois en assumer les conséquences tout autant. Simplement… J’aimerais savoir si Shirona avait quelque chose pour empêcher ces conséquences, justement…
— Justement, je vais te débarrasser de cette err-
— Assez de pulsions meurtrières, Sirius ! tonnai-je.
— MAIS ! Je parlais simplement de l’emmener prendre un bain dans l’eau d’une fontaine de Haniel. Dans les forêts sanctuaires de Caelum. Elles lavent de toute souillure démoniaque. Et ça, c’en est une. Tu ne peux pas le nier.
— Hm… Certes. Mais ne fais pas de mal à Hendrik – je n’en reviens pas de dire cela –, comme je te l’ai dit : en ayant couché avec Nina, il s’est engagé et fait partie intégrante d’Æternitas désormais. Il peut ne pas m’appeler Master s’il veut, mais s’il ne se soumet pas aux règles de la guilde et du Chrysokrone, je le tuerai comme s’il était un traître. Que je sois bien clair, il n’est plus un invité, il est un membre.
— Oui enfin bon… C’est un aspect de la chose qui n’est effectivement pas négligeable. Mais cette fontaine me garantirait-elle de ne pas tomber enceinte ? C’est-à-dire que je n’en ai pas trop envie, surtout qu’Hendrik et moi, ce n’est pas si sérieux…
— Et en plus il n’assumerait pas ses responsabilités si tu venais à être enceinte, vitupéra le psion. Hérétique. Pour répondre à ta question, ces fontaines ont été bénite par Haniel elle-même pour ramener au Néant tout ce qui provient d’un Démon et qui aurait touché un humain ou un Ange. Donc oui, tu en auras la certitude. Il me suffit juste de demander l’autorisation à la Reine Hildegarde III et je pourrai t’y téléporter dans l’heure.
— J’espère que c’est aussi efficace que tu le prétends… Mais je pense prendre un repas, avant toute chose. Si vous me permettez de vous fausser compagnie… (Elle murmura) Ce que je donnerais pour une mission normale… »

En mission normale, disait-elle… Je me demandais si j’avais encore cela en stock pendant ces temps de trouble… Bah… La chose la plus ennuyeuse que j’avais concernait de la politique. Peut-être aurait-elle envie de s’y essayer...



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Mer 21 Juin 2017, 19:37
         
Zélos avait à peine déposé Nina sur le lit de l’auberge, à Toliman. Il avait dû emprunter les petites rues et faire de grands détours pour que personne ne le voit porter une femme au bord de la mort. Lui-même, par ailleurs, n’était pas dans un état très enviable, mais… Cela ne l’empêchait pas de transporter Nina dans ses bras, Igni trottinant derrière du mieux qu’il pouvait.

À vrai dire, il se tenait droit. Mais s’il n’avait pas eu à porter la jeune femme, il aurait tenu sa tête baissée. Il s’en voulait un peu, non, beaucoup en fait. Après tout, n’était-ce pas lui qui l’avait entraînée dans le Hvergelmir ? Si, bien sûr, et c’était aussi lui qui l’avait laissée terminer dans cet état.

Finalement, après un trajet rallongé par tous ces facteurs, traverser la taverne de l’auberge avait été l’épreuve la plus compliquée à surmonter. Tant de regards portés sur eux… Celui de Theserin Mérédir avait même été aperçu dans un coin de la pièce mais Zélos ne put que l’ignorer. L’heure n’était pas aux familiarités…

Malheureusement, tout ne se passa pas comme prévu dans la chambre. Nina ne se réveilla pas malgré les sautillements d’Igni sur son ventre, mais son épaule, déchirée comme les vêtements qui la couvraient auparavant, se mit à luire. Le tatouage représentant le symbole de sa guilde, qu’il n’avait d’ailleurs jamais vu auparavant, émettait une lumière vacillante, comme si un signal était envoyé par son biais… Zélos le frôla...

Puis plus rien. L’espace d’une seconde, tout fut noir.

Les yeux de l’homme se rouvrirent sur les pavés bruns d’une place circulaire totalement inconnue. Il était à genoux, Nina près de lui, l’élémentaire toujours sur son ventre. Un instant d’incompréhension l’empêcha de réfléchir à la vue d’une immense tour au-devant. Où pouvait-il bien se trouver ?



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Mer 21 Juin 2017, 19:38
         
La matinée pouvait presque être calme. Mais non !

Il avait fallu qu’une alerte d’intrusion ET d’arrivée d’un membre en danger vital se déclenchent simultanément. Et au même endroit. Dans la cour d’accueil. Ce fut donc un moi-même muni d’une faux et une Shirona munie de ses onguents qui débarquèrent à l’extérieur de la Haute-Tour, pour se retrouver nez à nez avec une scène… insolite.

Un garçon aux cheveux rouges qui avait l’air complètement abruti par on ne sait quel phénomène ou substance. Toujours était-il qu’il avait les yeux dans le vague.

Une étrange créature brune dans une jarre colorée qui rebondissait sur le ventre d’...

Une Nina blessée grièvement, à l’épaule déchirée et, surtout, au cou calciné.

Sans concertation, Shirona se rendit au chevet de la mage pour examiner ses blessures, tandis que je… mis en joue le jeune intrus avec ma faux.

« Bonjour, posais-je. Merci d’avoir ramené Nina ici, mais… par acquis de conscience… j’ai une petite question qui, selon ta réponse, pourrait aboutir à ton décès… Est-ce que, à tout hasard, ces blessures, elle te les doit ?
— N… Non ?
couina-t-il telle la souris acculée.
— Puiii ! soutint la créature en sautillant depuis le ventre de Nina jusqu’à côté de l’homme.
— Bonne réponse, dirons-nous. »
terminai-je en abaissant l’instrument de mort qui reprit sa forme de bâton magique.

Je me tournai alors vers la jeune femme étendue à même le parterre. Les onguents que lui appliquait méticuleusement ma femme bouillonnaient, signe de leur activité.

« Ça va aller ? demandai-je, soucieux.
— Elle a morflé, vraiment, siffla entre ses dents l’apothicaire, je peux la soigner sans soucis mais il lui faut du repos. Suffisamment. »

Ayant fini d’appliquer ses préparations, elle me laissa la ramener magiquement à sa chambre.

Une fois que l’eus installée, et après avoir tiqué quant au fait que cela faisait bien deux fois qu’elle se mettait en danger de mort sur une très courte période, je retournai auprès de ma femme, qui avait de toute évidence décidé d’interroger le garçon… à sa façon. Trois énormes ronciers s’agitaient derrière elle.

« Je ne te veux aucun mal, argua-t-elle, peu convaincante mais très convaincue. Explique-moi, simplement, très clairement. Où a-t-elle récolté ces blessures ? Et ne t’avise pas de me répondre par une pirouette ou d’éluder la question. Sinon j’élude ta vie. Capiche ? »

J’avais une certaine envie de m’éclipser mais le fait de voir la jarre bondir plaintivement vers moi, tandis que la femme de mes jours menaçait d’occire l’intrus d’une façon peu enviable, donna un intérêt subit à la masse sombre couinante.



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